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De Besançon au Cap Nord à vélo en 2022. Pérégrinations de Jacqueline

De Besançon au Cap Nord à vélo en 2022. Pérégrinations de Jacqueline

(en cours)
     A Caroline ma fille et à Gaël mon petits-fils, 
 
De Besançon au Cap Nord… Chiche !
 
Partir en solitaire, un défi pour un si long voyage !
Ce sera mon plus long voyage. Si je cumule tous les kilomètres que j’aurai faits depuis mon premier coup de pédale il y a déjà quelques années, j’aurai bouclé environ 65000 km soit 60% du tour de l’Equateur. 
J’ai traversé dix pays de Saint-Nazaire à Constanta en Roumanie, j’ai suivi le Rhin d’Andermatt à Rotterdam, j’ai fait deux fois le tour de Bourgogne dont l’un avec mon petits-fils, au cours d'un tour de la France, j’ai rejoint la côte atlantique par la Camargue, le canal des Deux Mers puis remontée jusqu’à Saint-Nazaire et terminée par L’Eurovelo6 jusqu’à Besançon.
Et début avril, en guise de reprise d’entraînement, j’ai aussi fait le tour d’Alsace, petite balade de 700 km…
Enfin, pour ne pas perdre les bons réflexes et les muscles, petits moteurs qu’il faut indispensablement garder en forme, j’ai pris l’habitude de me rendre à vélo chez mes amis à Strasbourg, en Suisse… Et maintenant, quand Gaël m’accompagne, grand garçon de 5 ans, c’est dans sa remorque à vélo à pédales.
Vertigineux !
Tous ces voyages ont été l’occasion de faire des rencontres magiques, découvrir des paysages magnifiques, avoir des surprises émouvantes. Quand je pédale, j’éprouve un grand sentiment de liberté. Je deviens philosophe, poète, artiste. Je partage mes réflexions et mes sentiments, mes efforts aussi, avec les cyclotouristes qui m’accompagnent quelquefois sur des dizaines de kilomètres. Quelques-uns me disent que croiser une dame de mon âge -j’ai 68 ans- seule, partant si loin, les aide et les motive. Moi aussi je suis très motivée et je continue, le nez au vent et les sourires dans mon baluchon. Quand je rejoins mon point de chute, je retrouve quelques-unes de ces rencontres et je découvre d’autres cyclotouristes avec qui nous échangeons sur nos expériences.
Mais le plus amusant et un peu flatteur aussi je l’avoue, c’est de lire dans le regard de certains l’étonnement, l’admiration et le respect. Parfois même, on me perçoit comme une personne perchée à l’âme romantique. Mais tous font preuve d’humanité, ils sont accueillants, aimables, généreux et surtout admiratifs !
Certaines amies m’ont attribué le terme de jeunior. D’autres sont subjuguées, rares sont celles qui me regardent d’un air circonspect voire dubitatif.
Ma fille Caroline, qui sait que je n’outrepasserai pas mes capacités physiques, me fait confiance et c’est important. De cette façon, je pars tranquille, l’esprit léger. 
Quant à Gaël, mon petit-fils, adepte de cyclotourisme depuis nos échappées complices,  il sera penché sur les cartes à tracer mon parcours et à dessiner des campings et des restaurants ! Mais je sais qu’au fond de lui, il aimerait partir avec moi parce qu’il est sûr que je vais voir le Père Noël au cap Nord !
Cette année, j’ajoute à ma famille et mes amis, les résidents de l’Ehpad « Le village de la Croix Blanche » et les jeunes de l’association Paris de Besançon qui me suivront assidûment.
Enfin, pour mon retour, fin août 2022, je sais que quand je prendrai l’avion à Alta, mes sacoches, mon cœur, ma tête -mes jambes aussi, seront pleins de souvenirs de rencontres, de paysages, de saines fatigues qui me rendront heureuse et fière d’avoir fait ce que j’aurai fait en 3 mois ½. 
 
vélo de randonnée
Quand : 15/05/22
Durée : 106 jours
Distance globale : 5638km
Dénivelées : +26238m / -26332m
Alti min/max : -1m/488m
Carnet publié par Jacqueline25 le 09 mai
modifié le 29 août
3775 lecteur(s) -
Vue d'ensemble

Le topo : Section 17 -27 juillet au 31 j.. (mise à jour : 20 août)

Distance section : 391km
Dénivelées section : +1706m / -1700m
Section Alti min/max : 0m/294m

Description :

Kabelvag - Svolvaer - Fiskebol - Stokmarknes - Sortland -Stave - Bleik -

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Le compte-rendu : Section 17 -27 juillet au 31 j.. (mise à jour : 20 août)

Jeudi 28 juillet 2022
Jour 75
70 km
« T’as meilleur temps »

Peut-être que « Ne pas pleuvoir ! » équivaut à « Le soleil resplendira ! ».  La pluie mouille toutes mes affaires avant que je puisse refermer mes sacoches. Par chance cela s’arrange, je ne suis pas obligée de revêtir mon habit de pluie.
J’arrive rapidement à la ville de Svolvaer et je m’achète cette fois-ci  une véritable canne à pêche (sans couleur) ce qui me prend du temps. Je n’ai donc plus à me poser la question si je prends le ferry, recommandé par Franck le Canadien, passant dans un fjord juste assez large pour le ferry, dont les falaises sont en apiques et grandioses. C’était peut-être le Hurtigruten, l’Express côtier, mais il est déjà parti !
En me promenant sur la place de la petite ville, une jeune femme m’accoste et me dit « Raphael ! » je comprends qu’elle connaît Raphael et Juan-Carlos. Ils ont fait connaissance hier. Je suppose qu’elle a dû leur montrer l’équipement de son vélo identique au mien et si j’ai bien compris ils lui ont montré une photo de moi et de mon vélo. Isabelle est Suédoise. Pour l’instant, elle vend des pulls norvégiens et tient la toute petite cabane-boutique de vente de tickets pour la visite des fjords. Son projet est de partir à vélo en Sibérie ou en Italie. Elle s’est entraînée pour cela une année. Elle inspecte ma bicyclette, fait des photos de ma sacoche transversale et de ses fixations, de mes éclairages, vérifie le système de mon porte-drapeaux… Elle a le calme, la douceur et la gentillesse des gens des pays du Nord. Pour finir je lui achète un pull pour Gaël que j’enverrai par la poste. 
Il est presque midi lorsque je repars,  je ne suis donc pas prête d’arriver car mon étape est longue. Je dois prendre deux tunnels, je m’arrête sur un parking pour allumer tous mes éclairages. Un couple de Français dans un camping-car m’offrent un morceau de cake et n’en reviennent pas de mes prouesses de cyclovoyageuse. Peu après je m’arrête à un belvédère. Le point de vue est splendide sur le village en contrebas. Il s’atteint, non pas par des escaliers fabriqués par les Sherpas mais simplement par quelques rampes d’escaliers en bois, bien intégrées dans le paysage. 
Je pense à deux expressions du Haut-Doubs : « Tu as meilleur temps ! » et « Tu as rencontré une charrette renversée ! »
Un monsieur arrive à bord de son camping-car, c’est Jean-Marc il est parti début mai de Haute-Savoie. Il est passé par la Suède, le Cap Nord… Il redescend et pense terminer son voyage en décembre. Il me dit que la région du Cap Nord est extraordinaire au niveau des paysages que c’est quelque chose que l’on ne connaît pas a contrario des Lofoten, paysages que l’on rencontre ailleurs, la vallée de la Clarée par exemple où se trouve Martine et Daniel en ce moment. 
Jean-Marc connait bien le Jura car des amis à lui habitent Lons-le-Saunier. Il me dit que les cyclovoyageurs le fascinent et lorsqu’il discute avec les marcheurs car il y en a beaucoup ici, ils lui disent qu’ils alternent la marche, le train, le bateau, le bus alors que nous, nous bravons  comme je le disais précédemment tous les éléments sans utiliser d’autres moyens de transport que nos vélos. Évidemment il y a quelques exceptions : la maladie, la fatigue, une blessure, un vélo endommagé. Mais on se fait en effet un honneur de rester sur nos bécanes,  c’est comme ça, c’est intégré dans nos mentalités. Ewen qui avait pris le bus car il avait cassé des rayons était prêt à revenir en arrière pour prendre le tunnel sous la mer lorsque nous avons raconté nos frayeurs respectives. Il est « remarquable » Ewen avec ses vieilles sacoches qui prennent l’eau malgré ses housses oranges, ses chaussures qui ne sèchent jamais, inutile de dire le reste, ses multiples bouquins qu’il a le temps de lire, et son guide du routard qu’il connaît par cœur… il m’a donné un livre devenu tout léger, à force d’avoir été mouillé. 
Donc après presque deux heures de discussion avec Jean-Marc, d’un très sympathique échange, nous convenons de nous  retrouver à la magnifique brasserie du Commerce à Besançon à son retour pour partager nos voyages respectifs autour d’un déjeuner.
Jean-Marc m’a dit qu’il allait à une fête Wiking avec concert demain soir, sur une île un peu plus au sud, j’aurais dû lui demander si je pouvais monter dans son camping-car pour y aller aussi, je peux revenir un peu en arrière, je suis considérablement en avance sur mes prévisions. Lorsque j’ai organisé mon voyage je ne pensais pas que je deviendrais « Jacqueline la Machine ». 
C’est la journée des « Char… » l’expression n’est pas très soutenue. Peu après je m’arrête pour échanger avec une famille valaisanne. Ils sont partis de Bergen, je n’étais donc pas seule dans le sud !
Apres une dizaine de mètres de pédalage, sans avoir eu le temps de m’élancer, un jeune couple arrive face à moi et disent : « C’est Jacqueline ! ». Rebelote je m’arrête. Marion leur a dit la veille qu’ils me croiseraient, que j’étais repérable aisément. Ils sont originaires de la Côte-d’Or. Ils sont extrêmement agréables. Ils sont partis de Tromso. Ils allient le vélo à la randonnée en montagne. Xavier a fabriqué sa sacoche de guidon en bois qui a le même poids qu’une sacoche de guidon Ortlieb et une sorte de réceptacle en bois dans son cadre de vélo pour sa canne à pêche qu’il a achetée ici et aussi pour des bières éventuelles. 
Ils sont vraiment marrants et sympathique. Xavier dit que parfois il en marre de faire du vélo dans ces conditions, qu’il n’a pas encore lâché prise. Je lui dis qu’après plusieurs milliers de kilomètres, on n’est pas que perchés sur nos vélos. On devient volubiles, on rit pour un rien, on est toujours en mouvement, un brin agités… 
Anne-Sophie est un peu comme cela, c’est dans sa nature. Je conseille à Anne-Sophie de masser Xavier chaque soir…. Mais ils ont l’air vraiment heureux ces deux jeunes gens, ils font plaisir à voir. Là encore quel bon moment ! Bref, mais intense.
Nadine … ! Xavier est le double de Jérôme ! C’est le même ! Physiquement, le ton de sa voix, sa façon de s’exprimer et fabriquer une sacoche de guidon en bois…. Franchement ! Il n’y en a que deux pour faire cela  !

Pour aujourd’hui j’ai vraiment « meilleur temps » d’éviter toutes les boucles de la petite route côtière, je coupe par la E10, sinon j’arriverai très très tardivement, jamais de nuit puisqu’elle n’existe pas. 
Je sais que je trouverai un chalet au camping de Storkmarknes. Je ferai une pause demain pour innover ma nouvelle canne à pêche.




La cathédrale de Kabelvag
La cathédrale de Kabelvag
Nous faisons les mêmes étapes. Le camion pastel des Allemands.
Nous faisons les mêmes étapes. Le camion pastel des Allemands.
Isabelle et moi.
Isabelle et moi.
Je suis ravie de Madauphine.
Je suis ravie de Madauphine.
Une bagatellle celui-ci
Une bagatellle celui-ci
Cela ne doit être facile à mini-velo
Cela ne doit être facile à mini-velo
Xavier et Anne-Sophie
Xavier et Anne-Sophie
Une vache dans le camping de Stokmarknes
Une vache dans le camping de Stokmarknes
Mon chalet au camping
Mon chalet au camping
C’était lorsque je faisais équipe avec les garçons.
C’était lorsque je faisais équipe avec les garçons.
Vendredi 29 juillet 2022
Jour 76
50 km
« Une pêche infructueuse »
Je prépare ma canne à pêche. J’apprends à faire le nœud pour attacher le hameçon puis je replie la  canne télescopique. Je n’arrive pas à bloquer le fil dans une toute petite encoche. J’ai renvoyé ma loupe de voyage par la poste avec  mes autres effets en trop. Je sais que je pourrai avoir de mauvaises surprises avec le fil. En effet le fil s’emmêlera et je devrai en couper plusieurs mètres. 

Me voici donc partie à la recherche d’un endroit propice pour cette pêche qui je l’espère sera miraculeuse. 
Je fais de nombreux kilomètres à vélo. Il faut de la profondeur et ce n’est que depuis les rochers que l’on peut pêcher. Je fais quelques tentatives mais je crains de me tordre la cheville dans les cailloux, de tomber des rochers. Je ne suis plus un cabri comme les Garçons ! Je rebrousse chemin dépitée mais deux dames me rassurent en me disant que la côte est inaccessible pour la pêche. L’Hurtigrutemuseet (musée des l’Express côtiers) installé dans un gigantesque bâtiment moderne est fermé à mon retour. Je pense à l’impressionnant édifice du musée Munch d’Oslo.  Aujourd’hui l’Express côtier fait 34 arrêts entre Bergen et Kirkenes pour 11 jours pour relier les deux villes aller-retour. Ah ah ! C’est encore une idée de retour : vélo ou bateau ou avion ! Je verrai…
Un café est attenant  au musée avec terrasses à l’avant et à l’arrière, la vue est imprenable sur le fjord.  C’est un pub avec d’innombrables objets posés sur les tablettes des fenêtres, accrochés au plafond, au mur. Plusieurs pièces, bar, salons sont toutes plongées dans l’obscurité malgré les fenêtres et l’éclairage.
Des Norvégiens jouent aux cartes, ils sont aussi âgés que moi. Leur langage semble différent, les tonalités sont particulières plus rauques. 

Je n’ai plus de nouvelles des Garçons, eux n’ont jamais eu de problèmes pour la pêche ! 
Ce n’était donc qu’une illusion d’avoir pensé manger les fruits de ma pêche mais je n’ai que l’embarras du choix à Stokmarknes : Spar, ExtraX, Coop, Joker… ils sont presque tous là, je ne vois jamais grand monde dans ces  Supermarchés. Je comprends que les garçons puissent faire des affaires en récupérant les produits. 
Je rejoins mon petit camping très calme dans la forêt de Stokmarknes.
Radia me téléphone, elle est repartie seule d’Oslo pour son voyage de retour. Actuellement elle est en Belgique dans un camping bondé dans lequel il y aura la fête ce soir. Elle aurait préféré le calme et la magie forestière du mien !

À Stokmarknes. Enfin une bakeri
À Stokmarknes. Enfin une bakeri
Les maisons ont moins de prétention sur l’île de , les corps de ferme sont petits, n’accueillant que de petits troupeaux de moutons ou de chèvres.
Les maisons ont moins de prétention sur l’île de , les corps de ferme sont petits, n’accueillant que de petits troupeaux de moutons ou de chèvres.
Voilà une idée pour un cours de pêche à la ligne
Voilà une idée pour un cours de pêche à la ligne
Le pub de Stokmarknes
Le pub de Stokmarknes
Samedi 30 juillet 2022
Jour 77
65 Km
« Tout va bien !»
J’aime les pont ! Je les franchis aisément aujourd’hui, il n’y a pas de vent. Le soleil resplendit, les fjords sont d’un bleu intense miroitant au soleil. C’est le premier jour depuis que je pédale en Norvège, depuis début juillet qu’il fait réellement beau, vraiment beau. 
Les ponts ! J’aime les ponts ! Ils me font penser à Vittorio mon père qui aurait pu construire les superbes ponts norvégiens. C’était aussi un passionné de vélo. Je pense qu’il connaissait Jostein Wilmann qui a révisé mon vélo peu avant Trondheim. Il connaissait tous les cyclistes. Mais j’ai oublié de lui demander, avant qu’il ne soit récemment emporté par le Covid, si il savait faire du vélo… Je crois que non !  Ma mère si elle avait vécu une génération après, elle aurait été une aventurière. Elle était de tout cœur avec mes extravagances. Elle m’a suivie pas à pas lors de ma vie à Mayotte où je travaillais comme enseignante. Je pense aussi à mon grand-père Anselmo.  Il était sculpteur, il avait appris auprès des sculpteurs en République de San Marino, à quelques pas de chez lui. 
J’ai hérité de la passion du vélo, mon frère Daniel de la passion de la sculpture et ma sœur Dominique commence à voyager autour du monde. 
Je pense souvent à Claude comme aujourd’hui en gravissant le pont. La belle, la pétillante, la soyeuse Claude, sa place est toujours à mes côtés. 
Elle me manque toujours autant et parfois je ne peux m’empêcher de pleurer. Les émotions sont exacerbées, dopée comme je suis.
Je pense à Gaël et Caroline ils me manquent évidemment mais ils sont en vie, ils vont bien. Lorsque je rentrerai, si je rentre à ma date prévue ils seront en vacances au bord de l’Atlantique. Je ne suis donc pas pressée. Et si je ….
Et voilà j’ai gravi le pont !
J’ai beaucoup d’avance sur mes prévisions je suis devenue beaucoup plus performante. 
Je suis ravie de ce voyage. Je pense que j’ai une chance inouïe d’avoir encore le physique, d’être capable de voyager seule, de n’avoir peur de rien, de faire tant de belles rencontres exceptionnelles avec les « fadas » du Cap Nord et avec les habitants des différents pays traversés.
Ils sont là les Norvégiens ! Je les vois aujourd’hui ! ils ne sont plus claquemurés, calfeutrés dans leurs maisons par le froid et la pluie de ces dernières semaines. On doit leur faire pitié, nous les forçats du Cap Nord ! Ils sont sur leur balcon, torse nu ou en maillot de bain, ils me font signe, me font le fameux geste avec le pouce.
Décidément ! Comme me disait Gauthier « Tu es une star ! ». 
Je vois très peu d’enfants. 
Il y a peu de trafic sur cette petite route côtière. Aujourd’hui je distingue les passagers des véhicules, ils me font signe ce que je ne percevais pas les jours précédents car l’habitacle était trop sombre sous ce ciel gris.

J’ai aussi mon petit espace de gloire dans l’Est Republicain ce samedi. José, journaliste qui avait déjà écrit un article sur moi en avril dernier a de nouveau publié sur mes pérégrinations de Besançon au Cap Nord. Je le remercie du fond du cœur ainsi que vous tous qui me suivez. Lorsqu’il m’avait reçue dans son magnifique manoir du 19ième meublé et décoré d’origine, il m’avait dit que j’avais plutôt l’air d’une bibliothécaire ou d’une galeriste  plutôt que d’une cycliste ! Mais au bout de tant de kilomètres à vélo, il faut être sportive même si je n’en ai pas le profil.

Je suis l’unique femme de cet âge, seule de surcroît, dans cette aventure du Cap Nord à vélo. 
Les jeunes n’ont de cesse de parler de moi. Marine a fait une vidéo de moi pour inciter sa grand-mère « DanyLongo » à faire du cyclotourisme. Youn m’a demandé d’écrire un sms à sa mère qui se fait du souci pour les deux « gamins » Youn et Ewen. 
J’ai reçu un message émouvant des parents de Emiel qui me suivent sur mon Carnet d’Aventure.
Les parents se font du souci, quant à moi c’est ma fille qui s’inquiétait. 
Je suis proche de mon but et tout va bien !
Je m’arrête à Sortland. Sur la place centrale se dresse une statue en bronze de Kjetil Paulsen. Pendant 30 ans il fut le balayeur de la ville. Il a pris sa retraite en 2006. Les habitants l’adoraient et ils lui ont rendu hommage. Il faut être Norvégien pour un tel geste. Franchement ! Quel peuple exceptionnel ! Bravo à eux !

Lorsque j’arrive au camping qui ne m’inspirait guère, j’ai une belle surprise. Le patron m’installe dans un chalet, véritable maison de poupée, où il ne manquait rien, pour trois fois rien. Pour la première fois je vois que les fenêtres sont munies de beaux rideaux damassés ne laissant pas la clarté pénétrée durant la « nuit ». Tout est neuf. Il y a même thé et café à disposition. 



Pont !
Pont !
C’est le même !
C’est le même !
Cet hôtel est sur mon passage. Je m’arrête, elle m’offre un café !
Cet hôtel est sur mon passage. Je m’arrête, elle m’offre un café !
En voilà encore un !
En voilà encore un !
C’est le même !
C’est le même !
Le musée, j’ai contourné le fjord.
Le musée, j’ai contourné le fjord.
La piste cyclable s’arrête sans crier gare ! Heureusement je n’avais pas les yeux ailleurs.
La piste cyclable s’arrête sans crier gare ! Heureusement je n’avais pas les yeux ailleurs.
Je m’en vais au loin !
Je m’en vais au loin !
Ma cabane à Sortland
Ma cabane à Sortland
Le patron m’a fait une faveur…
Le patron m’a fait une faveur…
C’était parfait.
C’était parfait.
Parce que j’étais seule et que je venais de France à vélo.
Parce que j’étais seule et que je venais de France à vélo.
Depuis ma terrasse !
Depuis ma terrasse !
Un prix dérisoire …pour une petite maison de poupée !
Un prix dérisoire …pour une petite maison de poupée !
Dimanche 31 juillet 2022
Jour 78
95 km
« Elle gisait au bas de la digue »
Je quitte la jolie petite maison de poupée.
À mon grand plaisir je dois emprunter plusieurs ponts. 
Il est magnifique au loin, sa courbe ascendante et descendante est extravagante. 
Brusquement, je sors de mes pensées ! Mais qu’est-ce qui s’est érigé face à moi ? Un mur ? Une piste de saut à ski ? Non c’est lui, c’est le pont qu’il faut que je gravisse… 
Mama Mia !!! Il faut que j’y arrive… Je ne dois plus penser au pont. Je dois me concentrer sur autre chose. Je dois faire fi de mes difficultés tellement dérisoires en comparaison aux « escaliers de Sherpas ». 
C’est Geirr Vetti, 60 ans, un ancien fermier, pour lequel travaille Nima Nuru en (2001). Le fermier veut restaurer les chemins érodés dans sa région d’origine, près de Skjolden, au fin fond du Sognefjord, en contrebas du colossal glacier Josteda. J’ai traversé le Sogneford non Nord de Bergen, c’était encore lorsque je doutais d’arriver au Cap Nord. Je n’étais pas entraînée pour gravir les montagnes. C’était lorsque j’étais « La Française qui poussait son vélo dans les montagnes norvégiennes ». Sinon je serais allée au fond du Sogneford voir Geir Vetti et le premier escalier de Nima Nuru. Pour Geir, les escaliers représentent un idéal de liberté, une façon de rappeler que la Norvège est, avant tout, un pays obsédé par la nature. C’est parce qu’il voulait daller l’un d’eux, près de sa ferme à Skjolden, qu’il a pensé pour la première fois, il y a maintenant deux décennies, à faire venir un sherpa dont il avait repéré le nom dans un compte rendu d’expédition sur l’Everest. 
Quelle chance pour moi, j’ai gravi l’un d’eux à Moskenes. 
J’ai un bon moment pour penser à cette histoire et pour moi c’est une petite  victoire car j’arrive au sommet… du pont ! Mais Il y a encore tant à savoir sur ces hommes. 
Tout est calme dans cette campagne. C’est dimanche et les Norvégiens sont toujours sur leur balcon se faisant bronzer. 
Je fais des photos des paysages mais il manque les personnages. Mes photos n’ont pas d’âmes. 
Les pitreries, la bonne humeur, la joie de vivre des garçons me manquent. Deux sont devant et les trois plus jeunes sont derrière moi. 
Je fais un selfie… ce n’est pas une grande réussite. J’entends un bruit feutré derrière moi. Je me retourne, mon vélo a disparu ! Je l’avais posé sur sa béquille en vérifiant sa stabilité comme d’habitude au bord de la route quasiment déserte. Je m’approche de son emplacement et je vois ma chère Dauphine, ma compagne de voyage qui n’a jamais faibli durant ces milliers de kilomètres, gisant tête la première sur le talus de la digue. Bon ! Comment vais-je faire pour la sortir de « ce pas de côté », celle qui est si lourde, chargée de mes effets. 
Au secours les Garçons ! Où êtes-vous ?
Les quelques voitures passant ne s’arrêtent pas. Je me sens un peu ridicule. 
Je retire toutes les sacoches et c’est avec toutes les « peines du monde » que je l’extirpe de ce fossé bien pentu au sol meuble. Pas de casse ! Ouf !
Raphael et Juan Carlos comptent environ deux étapes d’avance sur moi. Les trois garçons (Emiel, Youn et Ewen) sont restés ensemble et sont derrière moi. Stéphane aussi est derrière moi. Marion Gauthier, marine Damien sont devant. Joris Sarah je ne sais pas. Rupert et Paul bien devant certainement…
Je suis redevenue « une sorte de louve solitaire » sur les îles de Langoya et d’Andoya. Les voyageurs à vélo et les touristes se sont faits rares. 
Mes vêtements se sont ternis au soleil et à la pluie et quelques taches de cambouis sont tenaces. Mon casque a perdu son éclat. Mes sacoches ont bien vécu durant ce long voyage, elles ont perdu leur propreté. Mes cheveux ne sont plus domptables, lorsque j’enlève mon casque ils se dressent sur ma tête. Quelle allure ! J’ai aussi deux sillons au niveau du cuir chevelu où repose mon casque. Je vais avoir du travail de remise en état à mon retour.
Les Garçons et leurs cheveux : Youn et ses cheveux frisés est toujours parfait, même sans se coiffer ; Emiel et ses beaux cheveux blonds mi-longs est toujours parfait aussi, quant à Ewen il est un peu comme moi, mais en pire, avec les cheveux dressés sur la tête. 
Je fais plus de 95 km aujourd’hui et j’entrevois enfin un camping à Stave où le soleil est en train de se coucher.

On ne se rend pas vraiment compte du dénivelé
On ne se rend pas vraiment compte du dénivelé
Des inconnus. Les bâtons sont ce qui marque les routes enneigées l’hiver. Ils sont lourds.
Des inconnus. Les bâtons sont ce qui marque les routes enneigées l’hiver. Ils sont lourds.
Il a l’air pas mal celui-là
Il a l’air pas mal celui-là
Je n’avais encore jamais vu un pont pareil. Je me suis racontée l’histoire des Sherpas. Je suis arrivée au sommet.
Je n’avais encore jamais vu un pont pareil. Je me suis racontée l’histoire des Sherpas. Je suis arrivée au sommet.
Premier bain à Stave
Premier bain à Stave
La plage de Stave
La plage de Stave
Commentaires
Mouette77703 - 29 juil.
Trop chouette ! Que de rencontres dis donc tu ne vas pas avancer à force ‘ plus ça va plus on est nombreux à parler de Jacqueline en plus 😂😂 Marine et Damien

Ouders Emiel - 30 juil.
Beste Jacqueline,
Met veel plezier en bewondering lezen wij jouw reisverhalen. Wat een prachtige tocht en veel respect om zo'n avontuur aan te gaan.
Wij vinden het ook erg leuk dat je onze zoon Emiel hebt ontmoet en zijn geroerd door jouw lieve woorden.
Met jouw reisverslag zien we ook nog eens heel veel meer foto's van onze zoon en zijn fietsvrienden.

Wij wensen jou nog een heel goede reis toe naar de Noordkaap.
Met vriendelijke groeten,
De ouders van Emiel. (Nederland).

Jacqueline25 - 31 juil.
Beste ouders van Emiel,
Bedankt voor je bericht dat me diep heeft geraakt.
Ik hervatte mijn solo-reis een paar dagen geleden. De drie jongens vormen een uitstekend trio. Ze tonen levendigheid, ze zijn vol leven en gelukkig. Ze hebben mijn dagen met hen enorm opgefleurd.
Met alle respect,
Jacqueline