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De Besançon au Cap Nord à vélo en 2022. Pérégrinations de Jacqueline

De Besançon au Cap Nord à vélo en 2022. Pérégrinations de Jacqueline

(en cours)
     A Caroline ma fille et à Gaël mon petits-fils, 
 
De Besançon au Cap Nord… Chiche !
 
Partir en solitaire, un défi pour un si long voyage !
Ce sera mon plus long voyage. Si je cumule tous les kilomètres que j’aurai faits depuis mon premier coup de pédale il y a déjà quelques années, j’aurai bouclé environ 65000 km soit 60% du tour de l’Equateur. 
J’ai traversé dix pays de Saint-Nazaire à Constanta en Roumanie, j’ai suivi le Rhin d’Andermatt à Rotterdam, j’ai fait deux fois le tour de Bourgogne dont l’un avec mon petits-fils, au cours d'un tour de la France, j’ai rejoint la côte atlantique par la Camargue, le canal des Deux Mers puis remontée jusqu’à Saint-Nazaire et terminée par L’Eurovelo6 jusqu’à Besançon.
Et début avril, en guise de reprise d’entraînement, j’ai aussi fait le tour d’Alsace, petite balade de 700 km…
Enfin, pour ne pas perdre les bons réflexes et les muscles, petits moteurs qu’il faut indispensablement garder en forme, j’ai pris l’habitude de me rendre à vélo chez mes amis à Strasbourg, en Suisse… Et maintenant, quand Gaël m’accompagne, grand garçon de 5 ans, c’est dans sa remorque à vélo à pédales.
Vertigineux !
Tous ces voyages ont été l’occasion de faire des rencontres magiques, découvrir des paysages magnifiques, avoir des surprises émouvantes. Quand je pédale, j’éprouve un grand sentiment de liberté. Je deviens philosophe, poète, artiste. Je partage mes réflexions et mes sentiments, mes efforts aussi, avec les cyclotouristes qui m’accompagnent quelquefois sur des dizaines de kilomètres. Quelques-uns me disent que croiser une dame de mon âge -j’ai 68 ans- seule, partant si loin, les aide et les motive. Moi aussi je suis très motivée et je continue, le nez au vent et les sourires dans mon baluchon. Quand je rejoins mon point de chute, je retrouve quelques-unes de ces rencontres et je découvre d’autres cyclotouristes avec qui nous échangeons sur nos expériences.
Mais le plus amusant et un peu flatteur aussi je l’avoue, c’est de lire dans le regard de certains l’étonnement, l’admiration et le respect. Parfois même, on me perçoit comme une personne perchée à l’âme romantique. Mais tous font preuve d’humanité, ils sont accueillants, aimables, généreux et surtout admiratifs !
Certaines amies m’ont attribué le terme de jeunior. D’autres sont subjuguées, rares sont celles qui me regardent d’un air circonspect voire dubitatif.
Ma fille Caroline, qui sait que je n’outrepasserai pas mes capacités physiques, me fait confiance et c’est important. De cette façon, je pars tranquille, l’esprit léger. 
Quant à Gaël, mon petit-fils, adepte de cyclotourisme depuis nos échappées complices,  il sera penché sur les cartes à tracer mon parcours et à dessiner des campings et des restaurants ! Mais je sais qu’au fond de lui, il aimerait partir avec moi parce qu’il est sûr que je vais voir le Père Noël au cap Nord !
Cette année, j’ajoute à ma famille et mes amis, les résidents de l’Ehpad « Le village de la Croix Blanche » et les jeunes de l’association Paris de Besançon qui me suivront assidûment.
Enfin, pour mon retour, fin août 2022, je sais que quand je prendrai l’avion à Alta, mes sacoches, mon cœur, ma tête -mes jambes aussi, seront pleins de souvenirs de rencontres, de paysages, de saines fatigues qui me rendront heureuse et fière d’avoir fait ce que j’aurai fait en 3 mois ½. 
 
vélo de randonnée
Quand : 15/05/22
Durée : 106 jours
Distance globale : 5638km
Dénivelées : +26238m / -26332m
Alti min/max : -1m/488m
Carnet publié par Jacqueline25 le 09 mai
modifié le 29 août
3813 lecteur(s) -
Vue d'ensemble

Le topo : Section 13 - 6 juillet au 10 .. (mise à jour : 12 juil.)

Distance section : 300km
Dénivelées section : +2335m / -2325m
Section Alti min/max : 0m/422m

Description :

Kristiansund -Eidet - Ytre Sniltfjord - Viggja - Trondheim

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Le compte-rendu : Section 13 - 6 juillet au 10 .. (mise à jour : 12 juil.)

Mercredi 6 juillet 2022
Jour 52
65 Km
« Ne pas apparaître »
Je dois tout replier rapidement entre deux averses. Je quitte le camping de Kristiansund.
Je suis encore aujourd’hui vêtue comme une cosmonaute, il ne me manque qu’une bulle sur la tête. Cet ensemble de pluie ne m’est pas ajusté, c’est le moins qu’on puisse dire ! Le pantalon bouffonne et la veste pourrait être portée par quelqu’un mesurant 1,85 m. Mais c’est un bon matériel de la marque Tucano-Urbano dans lequel je suis à l’aise et qui me protège bien.
Mes surchaussures Chiba ne valent rien elles ne sont pas assez imperméables et partent déjà en lambeaux. J’aurais dû prendre celles que je porte depuis dix ans.
Pas la peine de le dire… il pleut. 
Celui qui a inventé l’adage « il n’y a pas de mauvais temps, mais que de mauvais vêtements » devait être un sédentaire qui séchait ces vêtements chaque jour. Les jours de pluie à répétition sont un souci lorsque l’on fait du camping et que l’on est un cyclo voyageur. La pluie ne me gêne pas si je peux tout faire sécher chaque jour.
Certains paysages sont grandioses, tout est gris mais c’est une couleur aussi.
Sur deux ponts, à la croisée de plusieurs fjords, le vent hurle à faire frémir. Je ne sens pas ce vent, c’est très étrange. Je ne vois pas sinon à quoi attribuer ce bruit assourdissant.
Puis il apparaît au loin, il se rapproche… une apparition ! Oui oui oui ! C’est un cyclo voyageur. Je m’arrête pour le prendre en photo. Il se rapproche et vient vers moi.  Nous sommes ravis, heureux, contents de nous rencontrer. Comme moi il n’a pas vu qui que ce soit ces derniers jours. Arnoldas est Lituanien, il est parti de Lituanie, passé par la Finlande, pour rejoindre le Cap Nord, et se rend de ce « pas » à Saint-Jacques-de-Compostelle. Son voyage devrait durer 7 mois. Il fait 120 km par jour. Lorsque je lui dis que j’en fais 80. Il me montre le pouce. Ce geste est vraiment universel. Son vélo est très chargé aussi et il est bien équipé. Lorsqu’il repart, je me retourne, sa selle est couverte d’un plastique, peut-être que c’est une Brooks en cuir ! Lui aussi se retourne, nous nous faisons un petit signe et nous continuons nos chemins inverses. Cette rencontre égaie ma journée ; je ne suis pas seule à pédaler.
Toutes mes étapes ont été construites avant mon départ. Mon amie Nadine m’a donné un sérieux coup de main. Évidemment ce n’est qu’un canevas qui se modifie en fonction des rencontres de la difficulté des étapes, de l’humeur…
Je dois dire qu’il n’y a pas de nombreux campings sur cette partie de l’euro vélo1.
Le camping d’Ediet faisait partie d’un lieu choisi. Il n’a pas de site internet. Il est noté sur ma carte et un panneau l’indique sur la route.
Le camping semble désaffecté, mais il a dû vraiment avoir son heure de gloire. Des hommes entrent et sortent d’immenses chalets, je vois que ce sont des pêcheurs.
Un vieil homme sort de nulle part et il s’avère que c’est le patron. À ma demande il me propose un petit chalet chauffé. Je suis ravie, je vais pouvoir faire sécher, tente, vêtements, chaussures, ouvrir toutes mes pochettes de rangement…
Il est Tchèque. Il m’invite à boire un café. Il m’emmène dans l’immense bâtiment du camping. 
Une salle de plus de 100 m2 est composée d’un long bar avec cuisine derrière, une enfilade de tables, un salon. Une femme d’une cinquantaine d’années est là. Elle regarde la cinquième étape du Tour  de France sur un immense écran relié à un ordinateur ! Elle n’est pas Norvégienne, ni Tchèque… elle s’empresse de me faire un café servi avec un délicieux gâteau. Elle se dépêche, elle ne veut pas manquer une minute du tour.
Caché derrière un autre grand écran il y a un homme. Le patron me dit qu’il est Allemand. Il se penche pour me saluer, je trouve qu’il a une tête bizarre. Lorsqu’il se lève je vois qu’il est atteint du syndrome de Korsakoff.
Toute la façade est vitrée, la vue est magnifique sur la mer, sur les îles et notamment sur les pêcheurs. Une table devant les vitres est couverte de plusieurs jumelles. Un trépied porte aussi un appareil que je n’identifie pas.
Le vieil homme explique à la femme d’où je viens, tous les pays que j’ai traversés et au moment où il se tape le front de la main pour dire que je suis « folle », les trois premiers du Tour de France appuie comme des « fous » sur leurs pédales pour que l’un remporte l’étape. Quel synchronisme !
Ils sont sympathiques, bienveillants avec moi. Je suis très intuitive, je ne me sens pas en insécurité mais je perçois l’étrangeté du lieu et des personnes réunies ici.
Je me rends sur le magnifique ponton conduisant à un petit îlot et c’est seulement lorsque je demande un peu de poisson pour mon repas aux pêcheurs occupés à le préparer, que je comprends. Les hommes ne parlent ni Norvégien, ni Anglais et ils ne me regardent pas. Un jeune est dépêché pour me répondre. Lorsque j’ai mes deux filets de poisson en main je m’éclipse rapidement. 
Je connais cette attitude. L’attitude des gens qui ne veulent pas apparaître. Il ne faut pas montrer son visage, il ne faut surtout pas croiser le regard de l’autre. Le regard qui renseigne, qui dit tout. Seul le jeune garçon était tranquille.
Je compris que ce n’était plus un camping mais un camp qui exploitait des hommes venus d’ailleurs.

Je me dis encore une fois que j’ai de la chance d’avoir pu traverser  six pays avec ce moyen de locomotion insolite qu’est Madauphine. 
J’ai de la chance de toujours avoir été libre.
Premier ferry de là journée.
Premier ferry de là journée.
Un autre ferry.
Un autre ferry.
À l’abri devant une coop. Les Spar ont disparu dans cette région,
À l’abri devant une coop. Les Spar ont disparu dans cette région,
Tutsa
Tutsa
Voici Arnoldas.
Voici Arnoldas.
J’ai travetsé de nombreux ponts aujourd’hui
J’ai travetsé de nombreux ponts aujourd’hui
J’ai oublié mes drapeaux et son porte drapeau à Bergen
J’ai oublié mes drapeaux et son porte drapeau à Bergen
Que d’eau !
Que d’eau !
Ma cabane pour la nuit. Elle est un peu défraîchie. Mais il y a le chauffage, deux lits, deux fauteuils et une cuisine équipée
Ma cabane pour la nuit. Elle est un peu défraîchie. Mais il y a le chauffage, deux lits, deux fauteuils et une cuisine équipée
Les pêcheurs clandestins
Les pêcheurs clandestins
Mon festin
Mon festin
Il ne fait pas nuit. Il est trois heures du matin. Le café m’empêche de dormir
Il ne fait pas nuit. Il est trois heures du matin. Le café m’empêche de dormir
L’immense bâtiment depuis lequel ils observent
L’immense bâtiment depuis lequel ils observent
Le ponton rejoignant l’îlot
Le ponton rejoignant l’îlot
Jeudi 7 juillet 2022
Jour 53
73 Km
« Énièmes jours de pédalage sous la pluie»
Du vélo, de la marche, de la pluie et mon seul souhait et de trouver un abri pour la nuit. Je ne veux pas mouiller ma tente sèche.

C’est possible ! Je dormirai dans une cabine. Plus la peine de porter ma robe pailletée 
Un village de pêcheurs
Un village de pêcheurs
Village de pêcheurs
Village de pêcheurs
En fonction du vent, je me hâte de revêtir mes vêtements de pluie.
En fonction du vent, je me hâte de revêtir mes vêtements de pluie.
La petite maison n’était pas une maison de poupées.
La petite maison n’était pas une maison de poupées.
J’aurais aimé passer une nuit dans cette magnifique petite mauson. Mais c’est le matin
J’aurais aimé passer une nuit dans cette magnifique petite mauson. Mais c’est le matin
Trois sympathiques
Trois sympathiques
C’est la nature !!!!
C’est la nature !!!!
Vendredi 8 juillet 2022
Jour 54 
50 Km
« Ma cabane avec sa forêt sur son toit »
Après une longue nuit, je pars très tardivement ce matin, à 10 heures, mon étape est courte.
Je sais aussi depuis que je suis en Norvège que je peux allier le vélo à la marche et accomplir mon étape « programmée ». 
Mon gps m’indique parfois le pourcentage et la distance de la côte. Je me donne l’objectif d’aller le plus loin possible dans cette côte à 7 %. Je fais environ 1 km et lorsqu’elle passe à 9 % je capitule. J’entends à ce moment-là que les coureurs du Tour de France terminent à 25 % dans les gravillons à la Planche des Belles Filles en Haute-Saône. Je me dis que c’est extraordinaire pour une dame de 68 ans de faire 1 km à 7 % avec 50 kg à déplacer, plus le poids de ma personne qui semblerait être un peu moins important qu’à mon départ. Il faut dire aussi que depuis que je suis en Norvège, terminé ! les pâtisseries, les glaces, les desserts lactés d’Allemagne, les fraises et les jus de fruit achetés dans les petits abris au bord de la piste cyclable et parfois des petits-déjeuners en sus du premier déjà pris ; ici lorsque je trouve une supérette chaque jour c’est déjà bien, et puis comme il n’y a aucun endroit pour m’asseoir, je limite rapidement ma consommation. Je dois dire que je viens de traverser une zone montagneuse norvégienne peu peuplée et fortement agricole.
J’arrive à Orkanger 8 200 hab. je passe devant une zone commerciale.  Tout est réuni dans un seul bâtiment. Alimentation, vêtements, sport, snack, café.  C’est comme partout ailleurs depuis Bergen, tous les petits magasins : boulangeries, épiceries, boucheries, petits commerces ont totalement disparus. Ici il y a encore quelques boutiques dans la rue centrale.  Je vois d’intéressants bâtiments : surtout le bâtiment de la Norvège Thamspaviljongen. Le pavillon a été conçu comme une église en bois debout et utilisé comme pavillon de la Norvège à l'Exposition universelle de Chicago en 1893. Le Norway Building a commercialisé la Norvège et le style d'église en bois debout norvégien aux États-Unis pendant 123 ans.  En 2017, le bâtiment a été ramené à Orkanger et ouvert au public après un effort fantastique des habitants passionnés de l'Orkdal.  Ils ont démantelé le bâtiment, l'ont ramené à la maison, l'ont restauré et reconstruit. Il est fermé lors de mon passage, je fais des photos de l’intérieur depuis l’extérieur.
Une dame discute avec moi, elle veut savoir… qui je suis, ce que je fais. Elle me dit être stupéfaite de la performance et elle me félicite. Elle me fait penser à Marta rencontrée en Allemagne. Elle fait aussi du vélo à assistance électrique, surtout pour une rééducation de hanches. Je regrette qu’elle parte, je regrette de ne pas avoir osé lui demander si elle pouvait m’héberger, elle m’aurait renseignée sur la Norvège. Mais je n’ai jamais fait de telles demandes de ma vie ! 
J’arrive au camping de Vigglia, un vrai camping avec une réception et un monsieur présent, une jolie salle pour prendre un verre et un salon. Je prends une bière pression qui me semble très alcoolisée au vue de l’effet qu’elle me procure. 
Le monsieur est très sympathique, il est heureux de rechercher dans sa mémoire les mots français appris à l’école. Il me dit qu’il parle bien allemand car de nombreux Allemands viennent dans son camping, mais les Français ne viennent pas jusqu’ici. 
Lorsque je rejoins mon tout petit chalet sur lequel pousse une petite forêt, un couple m’arrête. La dame frémit à l’idée de tout le chemin parcouru à vélo et le Cap Nord à venir. Il sont propriétaires d’un magnifique bungalow dans le camping et vont bientôt monter dans le Nord en suivant la côte jusqu’à Bodo. Ils me disent qu’ils me verront peut-être sur la route et que ce sera avec plaisir. Là encore ce sont des personnes très sympathiques. Les Norvégiens rencontrés après tant de jours vécus solitairement me paraissent très aimables et attentionnés avec beaucoup de douceur dans la voix. Et ma petite cabane avec sa forêt poussant sur son toit me ravit totalement.

Il s’arrête de travailler pour échanger quelques mots avec moi. Il a été surpris de me voir apparaître en bas de la côte.
Section 13 - 6 juillet au 10 ..
Mon camping était situé en bordure du fjord.
Un essai de photo avec déclencheur automatique.
Un essai de photo avec déclencheur automatique.
Ah ! Un complexe de repos !!! Le premier
Ah ! Un complexe de repos !!! Le premier
Une rivière.
Une rivière.
Une descente. Je ne dépasse jamais 45 km/h. Bcp moins lorsque la route est fissurée. Mes patins de freins sont complètement usés. Il faut démonter les mâchoires hydrauliques, j’espère trouver un vélociste à Trondheim pour ce changement et une bonne révision
Le Norway Building de l'exposition universelle de Chicago en 1893.
Le Norway Building de l'exposition universelle de Chicago en 1893.
Ahhh! Ma superbe cabane et sa forêt en guise de chevelure
Ahhh! Ma superbe cabane et sa forêt en guise de chevelure
La réception du camping.
La réception du camping.
Mon intérieur.
Mon intérieur.
On les voit bien les petits arbustes sur son toit.
On les voit bien les petits arbustes sur son toit.
Un bungalow du camping.
Un bungalow du camping.
Des Allemands au camping.
Des Allemands au camping.
La petite plage du camping. Plus de fantaisie, plus de natation, je fais assez de sport quotidiennement.
La petite plage du camping. Plus de fantaisie, plus de natation, je fais assez de sport quotidiennement.
Samedi 9 juillet 2022
Jour 55
50 Km
« Mouthe, la petite Sibérie»
À quelques kilomètres de mon départ du camping de Viggja un panneau m’indique un atelier de réparations vélos. Parfait !  Cela me simplifie la vie. Je serai libérée de cette contrainte à Trondheim.
Je vois en contrebas de la route l’architecture typique de la région. La maison d’habitation blanche très jolie, toute en longueur avec porches et entrées,   balcons parfois et des bâtiments adjacents rouges. Je m’engage dans le chemin. L’atelier est fermé. Je vais sonner à la maison, la porte d’entrée est ouverte, j’appelle et je pousse une porte, c’est la cuisine en bois massif réchauffant l’atmosphère. Je contourne la maison aux jardins bien fleuris et parfaitement entretenus et je descends jusqu’au fjord. Deux hommes en bateau viennent dans ma direction. Ils étaient partis pêchés. L’un des deux s’avère être le vélociste. Son atelier occupe un très grand  bâtiment composé de différentes pièces. Une caverne d’Ali baba pour cyclistes. Il s’empare de mon vélo, le suspend, change les patins de freins, ce qui n’est pas simple car il faut libérer la roue, et fait une excellente révision. La chaîne est un peu usée, il me dit que cela ira jusqu’au Cap-Nord, car il faut changer la cassette avec la chaîne et il n’en a pas. Il ne me demandera que 250 NOK (25 euros).
Il me raconte qu’il  a fait le Tour de France en 1982 avec Bernard Hinault. Il s’appelle Jostein Wilmann, nous sommes nés la même année. Il a été professionnel de 1980 à 1983. Il a notamment été médaillé de bronze du championnat du monde du contre-la-montre par équipes en 1979 et vainqueur  du Tour de Romandie et de la Semaine catalane en 1982. 
Madauphine a été entre de bonnes mains. Je suis ravie d’avoir rencontrée ce champion sans  le savoir réellement.
Ensuite ma route croise Alain, c’est un Normand. Il est parti le 20 mai en passant par la Finlande pour le Cap-Nord. Il est sur le retour. Il fera environ 12 000 kilomètres. Il a le corps fuselé du cycliste de longue date. Il a fait à plusieurs reprises Paris-Brest et Paris-Bordeaux. Autant dire que c’est un vrai cycliste. Il fait 150 kilomètres par jour. Pour moi les paysages défilent moins vite. Il arrive en principe à trouver des lieux pour bivouaquer, un peu à l’abri. On discute, on se prend en photo, on se donne nos blogs et lorsqu’on s’est bien refroidis car il fait 10 degrés, nous reprenons respectivement nos routes opposées en nous embrassant en guise d’au revoir.
Quelques kilomètres après, c’est Cathi la Parisienne qui est en train de monter sa tente au bord de la route, sur un petit promontoire face au fjord. Je m’arrête et vais vers elle. C’est une vraie solitaire. Elle me dit que la conversation ne lui manque pas, qu’elle a surtout croisé une majorité d’Allemands qui vont au Cap-Nord et ils « tracent ». Je lui demande si ma présence la dérange, mais pas du tout. Elle est très volubile. C’est une ancienne athlète de judo, elle a 66 ans et elle était professeure d’éducation physique et sportive au lycée. Cela fait 40 ans qu’elle arpente le monde à vélo. Elle fait de grands treks, mais je ne sais plus où… pourtant elle ne fait pas très sportive, elle est petite, voire menue. Elle est partie d’Oslo pour ce que je qualifierais une petite boucle de visite des fjords. Elle tire une remorque, très lourde, car elle transporte sa nourriture lyophilisée, 17 kg à son départ. C’est étrange !
Elle part très tôt et fait de petites étapes. En fait, elle est intarissable. J’en apprendrai plus sur elle qu’elle sur moi. Mais ce qui est important ne serait-il pas de découvrir l’autre et l’un de mes  premiers métiers étaient en quelque sorte l’extrospection. Je sais encore un peu y faire.
Je lui dis que si nous avons travaillé pour le même corps de métier, elle était professeure et moi professeure des écoles et directrice d’école, nous ne jouons pas dans la même cour en qualité sportive.
 Et la cerise sur le gâteau !!!! Elle connaît le Haut-Doubs ! Chaque hiver en janvier elle va à Mouthe, la petite Sibérie, il fait régulièrement moins trente degrés. Elle fait un trou dans la neige pour planter sa tente, c’est une tente nordique.  À Mouthe elle fait du ski de fonds pour son entraînement d’hiver.
Chaque hiver je vais aussi à Mouthe en janvier ou février depuis que je possède ma petite caravane Eriba, qui est magnifiquement illuminée et resplendissante dans la neige. Mais nous ne nous sommes jamais rencontrées, ce qui était beaucoup plus probable qu’ici à 4 000 kilomètres de la France. Elle m’a bien fait rire Cathi qui me disait qu’il était ressourçant de ne pas être en lien avec les autres. 
Je n’arrive donc pas très tôt à Trondheim. En périphérie j’arrive à une station de bus. Je monte dans l’un en espérant qu’il va  bien au centre. Je ne sais pas si les vélos sont acceptés. Je n’ai pas de billet mais il semble gratuit. 
Je ne veux pas qu’il m’arrive la même mésaventure qu’à Alain. À la sortie de la ville il a perdu la piste cyclable à cause d’importants chantiers et s’est retrouvé sur la quatre voies. Pour terminer « sa course folle » c’est la gendarmerie qui est venue à sa rescousse pour le remettre dans  « le droit chemin ». Dans une telle situation il faut rebrousser chemin, prendre un bus, faire du stop à une camionnette, surtout prendre le temps d’aviser. Mon expérience à Forde m’a servi d’excellente leçon.
Je passerai une journée de visite à Trondheim demain. 
Jostein Wilmann et Madauphine
Jostein Wilmann et Madauphine
Ses dépendances
Ses dépendances
Un innombrable stock de matériel
Un innombrable stock de matériel
Sa Maison Blanche au milieu des dépendances
Sa Maison Blanche au milieu des dépendances
Alain le Normand
Alain le Normand
Moi en cosmonaute
Moi en cosmonaute
Cathi et sa tente nordique
Cathi et sa tente nordique
J’aime bien le parasol-pluie
J’aime bien le parasol-pluie
Le Lokka-cafe à Trondheim
Le Lokka-cafe à Trondheim
L’intérieur du Lokka
L’intérieur du Lokka
Dimanche 20 juillet 2022
Jour 56
15 Km
« La jolie ville de Trondheim »
Trondheim est la quatrième ville de Norvège (190 500 habitants). 
Son centre est moderne, commerçant, réservé aux piétons. 
On y trouve une cathédrale unique en son genre en Norvège, des cafés épatants, un vieux quartier le Bakklandet, composé d’entrepôts sur pilotis bordant une charmante rivière et des ruelles encadrées par de jolies maisons en bois. 
C’est une étape de l’Express côtier, je discute avec deux couples toulousains qui ont trois heures pour visiter la ville. Ils sont partis de Bergen, le bateau fait des escales successives jusqu’au Cap Nord, l’express  rejoint ensuite la frontière russe, tout cela en six jours. Je suppose que l’express redescend à Bergen avec ses vacanciers.
Six jours et moi…. Je n’en suis qu’au tiers depuis Bergen et je ne me souviens plus de la date du début de mes pérégrinations en Norvège.

Ma journée à Trondheim m’a procuré un vif plaisir. J’ai beaucoup aimé l’ambiance de cette ville, feutrée dans la vielle ville, trépidante au centre moderne, des terrasses un peu zinzins,  des gens sympathiques…
Lorsque je visite les grandes villes je le fais à vélo. Cela permet de me rendre rapidement d’un endroit à l’autre sans fatigue, de sillonner la ville et de tomber par hasard sur de « petites pépites ».

Église dédiée au culte catholique…
Église dédiée au culte catholique…
… curieux pour un pays majoritaire Luthérien
… curieux pour un pays majoritaire Luthérien
Très large façade aux tours ramassées, impressionnante rangées de sculptures
Très large façade aux tours ramassées, impressionnante rangées de sculptures
Dés gargouilles qui ne servent qu’à décorer et non à évacuer l’eau de pluie.
Dés gargouilles qui ne servent qu’à décorer et non à évacuer l’eau de pluie.
Détruite par plusieurs incendies, elle fut à chaque fois reconstruite plus belle
Détruite par plusieurs incendies, elle fut à chaque fois reconstruite plus belle
Une gargouille de plus près
Une gargouille de plus près
C’est Bakeri en norvégien
C’est Bakeri en norvégien
Exceptionnel beau temps pour ma visite de Trondheim
Exceptionnel beau temps pour ma visite de Trondheim
Entrepôts sur pilotis
Entrepôts sur pilotis
Gardez vos vieilleries pour les terrasses des anciens entrepôts de Trondheim
Gardez vos vieilleries pour les terrasses des anciens entrepôts de Trondheim
Ancien entrepôt = café
Ancien entrepôt = café
Kafé skuret
Kafé skuret
Marco est parti de Venise pour le Cap Nord. Il est sur le chemin du retour. Il a mis 15 jours
Marco est parti de Venise pour le Cap Nord. Il est sur le chemin du retour. Il a mis 15 jours
Quartier du Bakklandet
Quartier du Bakklandet
Madauphine a trouvé sa place dans ce bel hôtel de Trondheim. Cela semble naturel pour tout le monde
Madauphine a trouvé sa place dans ce bel hôtel de Trondheim. Cela semble naturel pour tout le monde
Commentaires
Nadstrasbourg - 09 juil.
Quel plaisir de te lire tous les jours ; c’est comme retrouver un livre que l’on a dû fermer la veille et dont on attend avec hâte le moment d’y retourner. Des paysages, même si le soleil n’est pas là, qui me donnent envie de visiter ce beau pays que tu traverses ; tes photos pourraient être affichées dans un office de tourisme !!!
Bonne suite et bon courage si toutefois il t’en manque parfois pour les longues côtes.
Bisous