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Ma traversée des Alpes

19 jours
546km
+33541m / -33204m
Par Runner Gatinais
publié il y a 7 heures
8 lecteurs
Informations générales
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Ma traversée des Alpes

Jour 7: Bousiéyas - Fouillouse

Mise à jour section : 09 août

31.6km
+2041m / -2029m
1688m/2672m
35.95km / D+ : 2179 / D- : 2160
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Le départ est encore tardif ce matin, alors même qu’une grosse journée m’attend. À peine sorti du gîte, la montagne reprend ses droits : ça grimpe immédiatement. À plusieurs reprises, je coupe la route de la Bonette, comme si le sentier jouait à cache-cache avec l’asphalte.
J’arrive bientôt à l’ancien baraquement des Fourches, ces bâtiments militaires qui ont servi jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. Un peu plus loin apparaissent les dolines du Salso Moreno, curiosités géologiques posées au milieu du paysage. Avec les jeux d’ombre du matin, l’ensemble prend une allure presque irréelle. C’est le genre de décor qui oblige à ralentir, ne serait-ce que pour regarder.
Je descends ensuite vers ce relief vallonné, étrange et fascinant. Au milieu des pentes, sûrement sous l’effet de la fonte des neiges, de larges traînées de schiste gris noir dessinent comme des rivières asséchées. Le paysage semble à la fois vivant et figé, marqué par l’eau, le froid et le temps.
Après quelques centaines de mètres, je m’aperçois que je me suis éloigné de la trace de presque 700 mètres. Encore un embranchement manqué. Il faut alors crapahuter à travers les vallons pour retrouver le bon itinéraire, et l’effort se paie immédiatement. Une fois revenu sur le GR, il n’est plus temps de rêver : m’attend maintenant le plus haut col depuis le début de cette traversée, le col de la Cavale, à 2 671 mètres.
La montée est raide, puis très raide, surtout dans la partie finale. J’avance comme je peux entre les pierriers instables et les éboulis, en cherchant les appuis les moins mauvais. Chaque pas demande de l’attention, chaque pause semble trop courte. Le col se mérite, et il ne laisse aucun doute là-dessus.
J’arrive enfin au col. Devant moi s’ouvre la descente — ou du moins une partie de ce qui m’attend. Treize kilomètres à dévaler. Sur le moment, le chiffre paraît presque abstrait, mais les jambes, elles, comprennent très bien ce que cela signifie : ce sera long, très long.
Je prends quelques minutes pour reprendre des forces, avaler de quoi me redonner un peu de courage, puis je repars. Dans ces moments-là, on ne réfléchit pas trop : on range, on remet le sac, et on bascule de l’autre côté.
Le départ de la descente longe les sommets sur ma droite. Là-haut, quelques silhouettes gambadent dans les pentes — des chamois, je crois. Eux semblent parfaitement à leur place dans ce décor, pendant que je négocie plus prudemment mon chemin.
Après quelques passages dans les pierriers, la végétation revient peu à peu, comme un signe que je redescends vraiment. Je longe le lac de Derrière la Croix et croise quelques marmottes, petites apparitions furtives qui animent la vallée.
Puis arrive le superbe lac du Lauzanier. Le cadre est magnifique, mais la descente de la vallée du Lauzanier semble ne jamais vouloir finir. C’est beau, oui, mais que c’est long ! Les kilomètres s’étirent, et je sens l’impatience grandir à mesure que le fond de vallée refuse de se rapprocher.
Je longe le ruisseau de l’Ubayette, signe que j’ai quitté le Mercantour pour entrer dans l’Ubaye. Après de longs kilomètres, j’arrive enfin au parking de Pont Rouge. On m’avait parlé d’une navette pour rejoindre Larche et éviter les quatre kilomètres de goudron. Raté : elle était à 12 h 20, et il est 12 h 27. Sept minutes de trop. La prochaine n’est que dans deux heures ; pas question d’attendre. Je descendrai donc à pied jusqu’à Larche.
Presque arrivé à Larche, je passe devant le camping et tente ma chance : est-il possible de manger quelque chose ? La réponse tombe, placide, du gars pas vraiment pressé derrière l’accueil : ici, on ne fait pas à manger. Bon. Il va falloir chercher ailleurs.
Pas grave, je trouverai bien mon bonheur dans le village. Je passe devant le gîte : fermé jusqu’à 15 heures. Décidément, cette pause repas se mérite elle aussi.
Je continue vers le centre, où un bar est ouvert. Soulagement de courte durée : le patron est absent et ne revient que dans dix minutes. À ce stade, j’ai l’impression que tout conspire pour retarder mon sandwich. La poisse, mais au moins la porte n’est pas fermée.
À son retour, il me propose finalement un sandwich jambon-fromage. Nickel. Parfois, il ne faut pas grand-chose pour transformer une mauvaise série en petite victoire.
Après avoir vidé deux diabolos — oui, c’est décidément la boisson officielle de ce GR — et mangé une partie de mon sandwich, j’attaque le col de Mallemort sous la chaleur. Le patron du bar me regarde repartir avec une pointe d’inquiétude et me prévient : « Attention, il n’y a pas d’ombre et ça grimpe fort. » Voilà qui met tout de suite dans l’ambiance.
Effectivement, certains passages se dressent sérieusement, mais dans l’ensemble la montée reste assez régulière. Je trouve mon rythme et, contre toute attente, je m’arrête très peu. Le corps a peut-être fini par comprendre le programme : avancer, encore, même quand le soleil tape et que l’ombre manque.
Au col de Mallemort, à 2 558 mètres, le décor prend des airs militaires. Plus haut, au sommet de Viraysse, se dresse la batterie de Viraysse ; plus bas, les ruines d’un ancien baraquement rappellent que ces montagnes ont aussi été des lieux de surveillance et de défense. La beauté du paysage se teinte ici d’une histoire plus austère.
Je descends par l’ancienne route militaire, puis je tourne à droite vers le dernier col du jour : le col du Vallonet, à 2 524 mètres. Celui-ci ne présente pas de difficulté majeure, sans doute parce que j’ai déjà beaucoup grimpé depuis Mallemort et finalement assez peu perdu d’altitude. À ce stade, tout ce qui ne grimpe pas trop fort ressemble presque à une faveur.
Après le col, il reste encore quatre à cinq kilomètres de descente vers Fouillouse. Comme ces derniers jours, je finis par alterner marche rapide et petites foulées sur les trois derniers kilomètres. Les jambes sont fatiguées, mais l’envie d’en terminer donne toujours un peu d’élan.
Avant d’arriver au gîte, je m’accorde même une petite pause boisson et glace. Une étape pareille mérite bien ce détour gourmand. Puis je rejoins Fouillouse, fatigué mais content d’avoir avalé cette journée dense, entre cols hauts perchés, vallées interminables, rendez-vous manqué avec la navette et cette longue traversée vers l’Ubaye.
Attetion passage de marmottes
Attetion passage de marmottes
Baraquement des Fourches
Baraquement des Fourches
Dolines du Salso Moreno
Dolines du Salso Moreno
Un petit air d'Islande
Un petit air d'Islande
Lac de derrière la Croix, curieux nom
Lac de derrière la Croix, curieux nom
Lac du Lauzanier
Lac du Lauzanier
Perché la batterie de Viraysse
Perché la batterie de Viraysse
Baraquement de Viraysse
Baraquement de Viraysse
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