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Ma traversée des Alpes

19 jours
546km
+33541m / -33204m
Par Runner Gatinais
publié il y a 4 heures 42mn
7 lecteurs
Informations générales
Dans la continuité de mes quelques jours en avril de l'Eurovélo 8, je me suis lancé sur la traversée des Alpes en partant de Menton pour rejoindre le lac Léman à St Gingoph.
Un parcours où j'ai suivi le GR52 puis le GR5 à contre sens des habitudes
Activité :
randonnée/trek
Statut :
réalisé
Distance :
546km
DATE :
18/07/2026
Durée :
19 jours
Dénivelées :
+33541m / -33204m
Alti min/max :
10m/2748m
Mobilité douce
Réalisé en utilisant transports en commun (train, bus, bateau...)
Toutes les sections GPX , KML

Ma traversée des Alpes

Les étapes :

1
20.1km
+1527m / -1108m
mise à jour : 09 août
Ça y est, me voilà lancé sur la grande traversée des Alpes par le GR5 — mais à ma façon, en prenant l’itinéraire à rebours du sens habituel. Une drôle d’idée, peut-être, mais déjà le sentiment d’entrer dans une aventure qui ne ressemblera à aucune autre.
Avant sept heures, le réveil sonne à l’hôtel Pastorale de Nice. Encore un peu embrumé, je rassemble mes affaires avec ce mélange d’excitation et d’appréhension propre aux grands départs. Il faut rejoindre Menton en train, mais la ligne est en travaux : le voyage commence déjà par son lot de contretemps.
Le prochain train n’est annoncé qu’à 8 h 03. Finalement, ce délai imposé m’offre une pause inattendue : le temps d’un petit-déjeuner, d’un jus d’orange, et de quelques minutes pour regarder Nice se réveiller.
Quand le train arrive enfin, il est déjà plein. Je me glisse comme je peux parmi les voyageurs, sac au dos, bâtons à la main. Passé Monaco, la rame se vide peu à peu ; l’agitation retombe.
À Menton, je descends du train, impatient de mettre enfin le pied sur le GR. Je lance le parcours… et ma montre m’annonce aussitôt que le départ se trouve encore à deux kilomètres. Deux kilomètres ? Je reste un instant interdit, à regarder l’écran, comme si la montre allait finir par se corriger toute seule.
La réponse arrive vite : j’aurais dû descendre à Menton-Garavan, l’arrêt suivant. Rien de grave, je me dis. Je reprends un bi...
2
28.2km
+2570m / -884m
mise à jour : 09 août
Réveil avant six heures. Il faut bien ça pour remettre un peu d’ordre dans le sac et préparer cette deuxième journée, qui s’annonce déjà plus engagée. Le marcheur rencontré la veille m’a prévenu : aucun point d’eau avant le refuge des Merveilles. L’information trotte dans ma tête pendant que je range mes affaires. Par prudence, j’embarque plus de deux litres d’eau, alourdissant le sac mais allégeant un peu l’inquiétude.
Je commence par redescendre les deux kilomètres qui séparent le camping de Sospel, histoire de retrouver la trace du GR. Ce retour en arrière a quelque chose d’un peu cruel au petit matin : il faut d’abord perdre ce que l’on avait gagné la veille. Puis, sans transition, le sentier se redresse. Devant moi s’ouvre une longue montée de plus de huit kilomètres, du genre à installer immédiatement le ton de la journée.
Je passe par la Baisse de Linière, d’abord sur une ancienne voie romaine, puis en forêt, où l’ombre devient une véritable alliée. À la Baisse de Linière, la trace censée filer tout droit vers Mongiabo reste introuvable. Je scrute, j’hésite, je cherche un départ évident qui ne vient pas. Plutôt que de m’entêter, je reste sur le GR. Ce sera donc un détour de plus, avec son supplément de dénivelé ajouté au programme.
Après une courte descente, il faut déjà remettre les jambes à l’ouvrage. La montagne ne laisse pas beaucoup de répit aujourd’hui. Je franchis la Baisse de la Déa, puis la B...
3
25.2km
+1784m / -2355m
mise à jour : 09 août
Après le petit-déjeuner du refuge, le départ se fait un peu plus tard que prévu, vers 8 heures. Rien de dramatique, mais je sens déjà que la journée sera longue. Le temps de resserrer les sangles du sac, de jeter un dernier regard autour du refuge, et me voilà de nouveau sur le sentier.
Je traverse la vallée des Merveilles par le site des gravures rupestres, dans cette ambiance si particulière où la montagne semble garder la mémoire des hommes. Très vite, les chamois apparaissent, nombreux, ils sont chez eux sur ces pentes où je ne fais que passer. Puis, au loin, je distingue le col à atteindre. Rien qu’à le regarder, je comprends que ça va piquer un peu. Sans me mettre dans le rouge, je monte à mon rythme jusqu’à la Baisse Valmasque, avant de redescendre quelques centaines de mètres… pour mieux regrimper ensuite, avec la vue sur le lac Basto en récompense.
Le terrain devient plus minéral. Je traverse de petits névés, encore accrochés à la montagne malgré la saison, puis quelques pierriers où chaque pas demande un peu d’attention. La Baisse de Basto finit par se laisser atteindre, au terme d’une progression qui oblige à rester concentré.
Après une courte pause, j’engage la descente. Au début, rien n’est vraiment donné : graviers, cailloux roulants, appuis fuyants, puis un pierrier qui impose de choisir chaque pas. Peu à peu, le chemin se calme, comme si la montagne acceptait enfin de relâcher la pression. Je...
4
31.2km
+1370m / -2396m
mise à jour : 09 août
Le départ du gîte du Boréon se fait sans précipitation, après un petit-déjeuner qui s’étire un peu. Il faut croire que le confort de la veille a laissé des traces. Je reprends finalement la route du col de Salèse, encore un peu engourdi, avant que la trace ne quitte l’asphalte, deux ou trois kilomètres plus loin, pour plonger sur la gauche vers la forêt.
Le sentier joue aussitôt avec les jambes : ça monte, ça descend, puis ça remonte encore, sans vraiment laisser le rythme s’installer. Heureusement, quelques myrtilles croisées au bord du chemin me font de l’œil et ajoutent une touche de gourmandise à la matinée. J’atteins assez facilement le col de Salèse, à 2 013 mètres, avant d’entamer une descente agréable en longeant un cours d’eau.
Un peu plus loin, je bifurque sur la gauche. J’aperçois un bâtiment sans parvenir à savoir s’il s’agit d’un refuge. Dans le doute, je ne m’attarde pas et file vers le col de Barn. La montée commence sous les arbres, alternant passages en forêt et clairières plus ouvertes. Puis le paysage s’élargit : de grandes étendues vertes apparaissent, traversées de ruisseaux bienvenus où je peux enfin refaire le plein de mes flasques.
Le dernier kilomètre de montée change franchement d’ambiance. Le terrain devient plus rude, plus minéral, et le ciel commence à se charger au-dessus de moi. J’avance en espérant passer entre les gouttes. Au col de Barn, à 2 452 mètres, le vent souffle fort ...
5
28.6km
+2349m / -1325m
mise à jour : 09 août
Petit-déjeuner léger ce matin, mais suffisant pour lancer la machine. Il ne faut pas trop traîner : la journée s’annonce solide, et dès les premiers kilomètres, le profil promet de mettre les jambes au travail.
L’objectif du jour est clair : rejoindre le col de Crousette, perché à 2 480 mètres. Rien qu’en regardant la carte, je comprends que cette cinquième étape ne sera pas une simple formalité.
D’entrée, le ton est donné : huit kilomètres de montée à plus de 14 %. Le corps n’a pas vraiment le temps de discuter. Je passe par Roure, qui tombe à point nommé pour une pause et un plein d’eau après cette première portion bien raide. Je traverse le village en continuant de grimper, puis j’atteins la Barre, à 1 373 mètres, où cette première montée finit enfin par relâcher son étreinte.
La suite emprunte une piste forestière moins bucolique, régulièrement parcourue par des camions de travaux publics. Le contraste est un peu rude après les sentiers de montagne, mais il fait partie du chemin. Je passe sous le hameau de Rougios, en gardant le regard fixé sur la prochaine difficulté.
De là, une nouvelle montée s’impose jusqu’au refuge de Longon. Cinq kilomètres à grimper, heureusement souvent à l’ombre, ce qui change tout dans l’effort. En franchissant le ruisseau de l’Arcane, le sentier se redresse encore : le refuge approche, mais il faut aller le chercher. J’y arrive un peu avant midi, avec le sen...
6
27.8km
+2031m / -1639m
mise à jour : 09 août
Le départ se fait encore un peu tard ce matin. Il est 7 h 50 quand je finis par mettre le sac sur le dos et reprendre les chemins. Les jambes ont déjà plusieurs jours dans les pattes, et le corps commence à connaître la musique : une fois lancé, il faudra avancer.
D’entrée, ça grimpe. À force, cela devient presque une habitude, comme si chaque matin devait commencer par rappeler qui commande ici. Le premier objectif est de rejoindre Auron, station de ski posée de l’autre côté de la montagne. Après quatre kilomètres de montée, je passe le col du Blainon, puis j’entame la descente vers Auron à travers la forêt. Je coupe deux ou trois fois une piste forestière avant d’arriver dans un secteur partagé avec les VTT. Plusieurs chemins affichent clairement “Piétons interdits”. Très bien, je vais suivre la trace. Enfin… en théorie. En pratique, j’oublie de tourner, je ne vois plus de balisage, et me voilà déjà à bricoler avec l’itinéraire. Heureusement, je parviens à recouper et à retrouver le tracé du GR5 pour descendre vers Auron.
À Auron, je m’accorde un arrêt à la supérette. Quelques boissons, des fruits, et voilà un deuxième petit-déjeuner improvisé. Ces pauses-là n’ont rien de spectaculaire, mais sur le chemin elles prennent une vraie importance : elles relancent le moral autant que les jambes.
Je repars en traversant Auron, toujours en montant. À la sortie de la station, la pente bascule franchement : une gros...
7
31.6km
+2041m / -2029m
mise à jour : 09 août
Le départ est encore tardif ce matin, alors même qu’une grosse journée m’attend. À peine sorti du gîte, la montagne reprend ses droits : ça grimpe immédiatement. À plusieurs reprises, je coupe la route de la Bonette, comme si le sentier jouait à cache-cache avec l’asphalte.
J’arrive bientôt à l’ancien baraquement des Fourches, ces bâtiments militaires qui ont servi jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. Un peu plus loin apparaissent les dolines du Salso Moreno, curiosités géologiques posées au milieu du paysage. Avec les jeux d’ombre du matin, l’ensemble prend une allure presque irréelle. C’est le genre de décor qui oblige à ralentir, ne serait-ce que pour regarder.
Je descends ensuite vers ce relief vallonné, étrange et fascinant. Au milieu des pentes, sûrement sous l’effet de la fonte des neiges, de larges traînées de schiste gris noir dessinent comme des rivières asséchées. Le paysage semble à la fois vivant et figé, marqué par l’eau, le froid et le temps.
Après quelques centaines de mètres, je m’aperçois que je me suis éloigné de la trace de presque 700 mètres. Encore un embranchement manqué. Il faut alors crapahuter à travers les vallons pour retrouver le bon itinéraire, et l’effort se paie immédiatement. Une fois revenu sur le GR, il n’est plus temps de rêver : m’attend maintenant le plus haut col depuis le début de cette traversée, le col de la Cavale, à 2 671 mètres.
La montée est rai...
8
34.8km
+1870m / -2403m
mise à jour : 09 août
7 h 45, je quitte Fouillouse. Décidément, je n’arrive toujours pas à décoller plus tôt. Aujourd’hui, l’étape a un parfum de transition : je traverse la Haute-Ubaye pour basculer dans le Queyras. Sur la carte, ce changement de massif ressemble à une simple ligne ; sur le terrain, je sens déjà que la journée va avoir du caractère.
Je commence par une légère montée, avant d’enchaîner avec une descente à travers la forêt. Puis je longe l’Ubaye, en alternant route et sentier, au rythme de la rivière. Je traverse Saint-Antoine, petit hameau discret, puis la Barge, à peine plus grand. Rien de spectaculaire dans ces lieux minuscules, mais ils donnent à l’étape ce goût de vallée habitée, de passage entre deux mondes, avant d’attaquer la montée vers le col Girardin.
La vallée de l’Ubaye est splendide. Il y a là quelque chose d’évident, de généreux, une lumière et une ampleur qui donnent immédiatement envie d’y revenir, sans sac trop lourd peut-être, simplement pour prendre le temps.
Pour rejoindre le col Girardin, quatre kilomètres de grimpette sont au programme. Le début est bien raide, de quoi remettre tout de suite les jambes dans le sujet, puis le chemin redescend légèrement avant de s’adoucir. J’arrive à un point d’eau où je refais le plein, dernier geste rassurant avant la partie finale. Là, la pente se redresse nettement. La montée se fait en lacets, chacun donnant l’impression d’approcher du but sans jamais vr...
9
27.2km
+1311m / -1601m
mise à jour : 09 août
Pour éviter la pluie annoncée l’après-midi, je décide cette fois de partir de bonne heure. Réveil à 5 h 45, départ à 6 h 25 : presque un exploit après mes derniers départs tardifs. La veille, j’ai retravaillé le tracé GPS pour rejoindre directement Arvieux, sans repasser par Château-Queyras. Sur le papier, c’est plus logique. Sur le terrain, on verra bien.
Le propriétaire du gîte m’a donné quelques indications simples : sortir de Montbardon par le cimetière, prendre la direction de Villargaudin, puis filer vers Arvieux. Facile… en théorie. Ce genre de phrase, je commence à le connaître : elle précède souvent les petites galères du matin.
Le premier objectif est de rattraper la route et de la traverser. Au début, le chemin que j’ai tracé semble correct. Puis, tout à coup, la descente devient plus pentue, la trace disparaît, et les affaires se compliquent sérieusement. Je galère à descendre, je tombe deux ou trois fois, et je finis même par partir en glissade sur les fesses sur quatre ou cinq mètres, sans aucun contrôle. Pas très glorieux, mais efficace malgré tout : j’atteins enfin la route départementale, un peu secoué et déjà bien réveillé.
Pour rejoindre Villargaudin, les choses deviennent plus simples. Je suis les panneaux et le GRP, même si les pentes restent sévères. Après le rodéo de la descente sauvage, retrouver un itinéraire balisé a quelque chose de presque réconfortant.
À Villar...
10
25km
+1534m / -1146m
mise à jour : il y a 2 jours
La nuit à l’hôtel a fait du bien. Un vrai lit, une vraie douche, un peu de confort : ça retape. En revanche, au réveil, les courbatures se rappellent à moi avec une franchise redoutable. Le corps a récupéré, oui, mais il n’a rien oublié des jours précédents. Après un petit-déjeuner plutôt copieux pour moi, je quitte Briançon vers 7 h 30.
Premier objectif : traverser Briançon et retrouver le GR5. Comme souvent, cela commence par quelques hésitations, quelques rues à choisir, quelques regards vers la montre. Je finis par rejoindre le chemin des Salettes, qui remonte vers le GR. Et là, pas de doute possible : ça grimpe sec jusqu’à la Croix de Toulouse. L’effort est sérieux, mais la récompense arrive vite, avec une belle vue sur Briançon qui s’étale en contrebas. La descente qui suit se fait bien, sur un bon chemin, avant d’enchaîner montées et petites descentes jusqu’au col du Granon, ce col routier célèbre des Alpes, perché à plus de 2 400 mètres.
En chemin, la montagne m’offre quelques douceurs inattendues : des myrtilles, nombreuses, puis même quelques framboises. De quoi ralentir un peu sans culpabiliser. Une fois les forêts derrière moi, le paysage s’ouvre largement sur le massif des Écrins et ses sommets à plus de 4 000 mètres. Ce genre de vue remet tout de suite l’effort à sa juste place.
Juste avant le Granon, je m’arrête pour manger un morceau. Rien de très cérémonieux : poser le sac, souffler, avaler ...
11
38.8km
+2184m / -1833m
mise à jour : il y a 2 jours
La nuit au camping a été fraîche, du genre à faire apprécier chaque couche de tissu disponible. Je me lève vers 5 h 30. Le temps de tout plier, ranger, refaire une fois encore le sac — ce petit rituel désormais bien rodé —, je me mets en route un peu avant 6 h 30.
La boulette de la veille me revient tout de suite en tête : j’ai oublié ma casquette et mes lunettes de soleil au restaurant. Par acquis de conscience, j’y repasse. Évidemment, le restaurant n’ouvre qu’à 9 heures. Il est beaucoup trop tôt pour attendre. Tant pis, il faudra trouver une solution plus loin.
Je récupère la trace GPS de ma montre, qui me fait étrangement éviter le GR5. Bizarre, mais je la suis tout de même. Sur une section, le chemin semble avoir été emporté, sans doute par une crue. Ce qui attire surtout mon regard, c’est ce pic isolé au milieu de nulle part — ou plutôt en plein cœur de la forêt. Pas très haut, pas très large, mais suffisamment étrange pour accrocher l’œil, comme une pointe surgie du sol.
J’arrive presque à sa base, où un panneau m’apprend qu’il s’agit de la Demoiselle Coiffée : une cheminée de fée faite de sable et de graviers agglomérés. Tout ce secteur paraît fragile, friable, façonné par les intempéries. Le panneau raconte aussi qu’ici se trouvait autrefois un glacier, il y a quelques milliers d’années. J’aime ces moments où la marche traverse soudain une histoire beaucoup plus ancienne que la mienne.
[ju...
12
25.3km
+1522m / -1152m
mise à jour : il y a 2 jours
Je quitte le refuge avant 7 h 30, avec mes 4,5 kilomètres d’avance grappillés la veille. Ce petit matelas me rassure, même si la journée reste ouverte. Dans un coin de ma tête, l’idée de pousser au-delà du refuge de l’Arpont me tente déjà, mais le prochain refuge demanderait d’ajouter encore 11 à 12 kilomètres. Autant dire que rien n’est décidé. Comme souvent, ce sera le terrain, les jambes et les événements qui trancheront.
La journée commence presque gentiment, par une petite descente pour réveiller le corps. Mais la montagne ne tarde pas à annoncer la couleur : une montée de 2,7 kilomètres à 17 % m’attend pour me mettre dans le bain. Une bonne partie se fait en forêt, ce qui adoucit un peu l’effort, même si certains passages se redressent franchement. Je pense alors à l’avance prise hier, et je me dis que j’ai bien fait : sans elle, il aurait fallu enchaîner deux grosses montées d’entrée. En sortant des arbres, il ne reste que quelques centaines de mètres avant d’en finir avec cette première difficulté.
Ma montre, toujours pleine d’optimisme dans sa cruauté numérique, m’annonce encore dix montées à venir. Je poursuis pourtant sur des chemins faciles, sans difficulté technique, jusqu’au col du Barbier, à 2 295 mètres. En descendant, la vue s’ouvre sur deux retenues d’eau successives posées sur le ruisseau Saint-Benoît : le Plan d’Amont et le Plan d’Aval. Deux grandes nappes bleues encadrées par la montagne, qui donnent souda...
13
29.4km
+1650m / -1367m
mise à jour : il y a 2 jours
Je quitte le refuge de l’Arpont un peu après 7 heures. Pas le temps de s’échauffer tranquillement : dès le départ, il faut grimper pendant 2,6 kilomètres. Au loin, les glaciers de la Vanoise accrochent la lumière et donnent à la matinée une beauté froide, presque majestueuse. Dans la descente, je tombe sur un troupeau de brebis installé sur le chemin, avec des chiens disséminés un peu partout. Je traverse prudemment, sans gestes brusques. Les chiens ne semblent pas agressifs, mais dans ces moments-là, mieux vaut rester humble et discret.
Une petite montée plus loin, un nouveau troupeau apparaît, cette fois installé au-dessus du chemin. Décidément, ce matin, la montagne se partage aussi avec ceux qui y travaillent et les bêtes qui y passent l’été.
Une belle descente m’attend ensuite, suivie d’une petite remontée qui me mène au refuge d’Entre-Deux-Eaux. Il m’a fallu trois heures pour y arriver. Autant dire que j’ai bien fait de m’arrêter la veille à l’Arpont : pousser jusqu’ici aurait été une toute autre histoire. Je profite de la pause pour boire et m’offrir une tarte à la myrtille. Après plusieurs heures de marche, ce genre de récompense a le goût simple du bonheur.
La suite traverse la vallée de la Grande Motte, en direction du col de la Leisse. La vallée est superbe, ample et paisible, avec son cours d’eau, ses névés encore présents et ses grands sommets qui ferment l’horizon. Je fais halte au refuge de la...
14
33km
+1364m / -1927m
mise à jour : hier
La nuit au refuge n’a pas été fameuse. Avec le recul, j’aurais peut-être mieux dormi sous la tente. L’ambiance avait vraiment des airs de colonie de vacances : des enfants partout, du bruit, de l’agitation, et ce sentiment étrange d’être arrivé dans un lieu qui n’avait plus grand-chose à voir avec le calme minéral de la veille.
Bref, je quitte le refuge vers 7 h 30, avec devant moi une longue descente. J’espère seulement qu’elle ne sera pas trop casse-pattes. Après plusieurs jours à beaucoup monter et beaucoup descendre, les jambes commencent à avoir leur avis sur la question.
Dix minutes à peine après le départ, je passe le lac de Gratteleu, encore tout proche du refuge. Puis je continue à perdre de l’altitude dans la vallée. Avant les Lanches, je sors définitivement du parc national de la Vanoise. Le décor reste superbe : des cascades dévalent depuis les glaciers du Mont Pourri, comme autant de fils blancs accrochés à la montagne. En arrivant aux Lanches, la pluie s’invite soudain au programme. Coup de chance : un abri se trouve là, juste au moment où je commence à ranger les affaires fixées à l’extérieur du sac pour les protéger.
Je patiente un peu, en observant le rideau de pluie. Au bout d’une vingtaine de minutes, il faut bien se rendre à l’évidence : attendre ne fera pas avancer l’étape. Je m’équipe donc et repars sous une pluie plus fine. Une heure plus tard environ, elle semble enfin s’arrêter. Je p...
15
30.1km
+1582m / -2426m
mise à jour : hier
Ça commence à sentir bon : il ne reste plus que cinq étapes. Mais je me méfie. Deux journées très compliquées m’attendent encore, et le GR m’a déjà appris qu’il ne fallait jamais vendre la peau du col avant de l’avoir franchi.
Je prends le petit-déjeuner à 7 heures avec les compagnons du dîner de la veille. On évoque la soirée, les rencontres, l’ambiance du refuge. La plupart partagent le même sentiment : c’était sans doute l’une des plus belles soirées de leur séjour. De mon côté, je n’ai aucun mal à être d’accord.
La nuit, elle aussi, a été bonne, même si le sommeil a un peu tardé à venir. Peut-être l’effet des discussions, de la journée passée, ou simplement de cette excitation douce qui accompagne la fin proche d’une grande traversée.
Je dis au revoir à mes compagnons d’un soir et me lance à 7 h 45, en jetant un dernier regard vers le refuge. Premier objectif : le col de Bresson, avec 2,6 kilomètres à grimper sur des sentiers que j’apprécie. Au col, je recroise un monsieur qui dormait au même refuge. Nous avions échangé avant son départ, notamment à propos de mon sac, qui continue d’étonner plus d’un randonneur. Décidément, il aura presque autant fait parler que mes journées à rallonge.
Dans la descente, quelques bouquetins se tiennent au loin, silhouettes paisibles dans le relief. Puis la vue sur le grand lac de Roselend apparaît. Le bleu de l’eau, les pentes autour, l’ouverture du pa...
16
33.3km
+2758m / -1885m
mise à jour : hier
Une bonne nuit, et ça repart. Sur le papier, cette journée a tout pour être la plus grosse de la traversée : environ 35 kilomètres, près de 2 800 mètres de dénivelé positif, et surtout cette fameuse montée vers le Brévent que je redoute depuis un moment. Autant dire que je quitte les Contamines avec un mélange d’envie et d’appréhension.
Je pars des Contamines pour récupérer le GR5. À peine retrouvé, je réussis l’exploit de le prendre dans le mauvais sens. Demi-tour rapide, histoire de remettre tout de suite la journée sur les bons rails, direction les Houches.
Je traverse Bionnassay puis Champel, en alternant montées, descentes, chemins et portions de goudron. Le parcours ondule sans cesse, comme s’il cherchait à user les jambes avant même la vraie difficulté du jour. Puis j’attaque la montée vers le col de Voza, à 1 650 mètres. Il y a encore beaucoup de monde sur le sentier, puis au col lui-même. Au-dessus, j’aperçois le refuge du Goûter, perché à plus de 3 800 mètres. Le voir là-haut me ramène aussitôt à cette nuit que j’ai eu la chance d’y passer. Une autre aventure, un autre souvenir de montagne, qui surgit au milieu de celle-ci.
Après le col, il reste encore un peu de montée, puis vient la descente vers les Houches. J’y arrive vers 11 heures. Comme souvent, j’ai le chic pour débarquer à une heure bâtarde : trop tôt pour un vrai repas, alors que je pensais pourtant mettre plus de temps à rejoindre le vil...
17
26.6km
+1393m / -1738m
mise à jour : hier
Comme souvent, la nuit en tente n’a rien eu de vraiment réparateur. Je me lève vers 5 heures pour ranger les affaires et improviser un petit-déjeuner avec ce que j’ai sous la main : une compote, une orange et une pâte de fruit. Rien de royal, mais suffisant pour lancer la dernière vraie grosse journée.
Je pars un peu avant 6 heures en direction du col d’Anterne. Derrière moi, le massif du Mont-Blanc s’éveille dans la lumière du matin ; devant, les Aiguilles Rouges dressent leurs silhouettes. Le décor est superbe, presque trop beau pour un corps encore engourdi. J’atteins le col après un ou deux passages raides, puis j’enlève la veste avant d’entamer la descente.
Un peu plus bas, je longe le lac d’Anterne, vaste et calme, posé dans son écrin de montagne. Puis je poursuis vers le collet d’Anterne, à 1 816 mètres, en laissant peu à peu derrière moi les hauteurs du matin.
La descente continue vers Sixt-Fer-à-Cheval, mais la trace me fait tourner à gauche un peu avant, pour emprunter une montée bien raide sur un chemin pas toujours évident. Une nouvelle descente suit, puis je traverse des gorges fréquentées, aménagées pour les visites. D’un coup, il y a beaucoup de monde. Après les heures calmes du matin, ce retour à la foule surprend presque.
Pour rejoindre Samoëns, je longe le Giffre, où des groupes descendent la rivière en rafting. L’eau vive donne de l’énergie au paysage, mais moi, je n’ai ...
18
25.6km
+1443m / -1242m
mise à jour : il y a 4 heures 54mn
Je quitte le refuge un peu après 7 heures. Le corps connaît désormais la routine : ranger, serrer les sangles, remettre le sac, repartir. Quelques minutes plus tard, je passe le col de la Golèse, presque sans cérémonial, puis j’attaque une longue descente. Très vite, pourtant, la montagne reprend son refrain habituel : après avoir perdu de l’altitude, il faut remonter vers le col de Coux.
Le début se fait tranquillement, presque en douceur. Puis quelques lacets viennent rappeler que les cols, même les derniers, ne se donnent jamais tout à fait. Je grimpe sans me presser, avec cette sensation étrange d’approcher de la fin tout en restant encore pleinement dans l’effort.
J’arrive au col de Coux, à 1 920 mètres, et bascule pour quelques kilomètres du côté suisse. Comme lors de mon passage sur le Tour du Mont-Blanc, les paysages suisses me saisissent immédiatement. Tout semble plus doux, plus vert, presque parfaitement dessiné. Je descends à travers les troupeaux de vaches, au milieu des sonnailles, puis la trace se redresse une nouvelle fois.
Direction les Portes d’Hiver, dernier col au-dessus des 2 000 mètres de toute cette traversée. Devant moi, un groupe de randonneurs avance avec quelques mètres d’avance. Sans vraiment le décider, j’en fais un objectif. J’accélère le pas, je rejoins la queue du groupe, puis je double peu à peu. Quand j’arrive au col, une seule personne m’a résisté. Cette petite bataille sil...
19
24km
+1258m / -2748m
mise à jour : il y a 4 heures 44mn
Dernier jour sur le GR5. Cette fois, la direction ne laisse plus de doute : le lac Léman m’attend. Je quitte le refuge à 7 h 15 avec une drôle de sensation dans le ventre, mélange d’envie d’en finir et de regret que tout cela touche déjà à sa fin.
Pour commencer, une longue descente m’attend. Depuis le refuge, je la voyais déjà filer vers la vallée. Le chemin en terre est collant, détrempé par l’orage et la pluie de la veille qui a continué jusqu’à minuit. Chaque pas demande un peu d’attention.
Je reste prudent. Les crampons des chaussures ont bien souffert depuis le départ, après plus de 600 kilomètres de marche. Ce serait tout de même dommage de se faire piéger si près du but.
Je passe des pâturages aux forêts jusqu’à La Chapelle-d’Abondance. C’est là que commence la véritable première difficulté du jour. La montre annonce cinq kilomètres de montée à 16 %. Le début se fait sur une petite route qui mène à un parking, sans grande difficulté. Puis le bitume laisse place aux chemins, et là, le ton change. La pente se redresse, d’abord en serpentant dans la forêt, puis à découvert, sans plus un arbre pour adoucir l’effort. J’arrive au Pas de la Bosse en un peu plus d’une heure trente, avec déjà plus de 800 mètres de dénivelé positif avalés sur ces cinq kilomètres.
Du col, le programme se dévoile sans détour : une descente, puis une dernière montée vers l’ultime col de la traversée. Je commenc...