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Ma traversée des Alpes

19 jours
546km
+33541m / -33204m
Par Runner Gatinais
publié hier
8 lecteurs
Informations générales
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Ma traversée des Alpes

Jour 1: Menton - Sospel

Mise à jour section : 09 août

20.1km
+1527m / -1108m
10m/1113m
22.52km / D+ :1591 / D- :1192

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Ça y est, me voilà lancé sur la grande traversée des Alpes par le GR5 — mais à ma façon, en prenant l’itinéraire à rebours du sens habituel. Une drôle d’idée, peut-être, mais déjà le sentiment d’entrer dans une aventure qui ne ressemblera à aucune autre.
Avant sept heures, le réveil sonne à l’hôtel Pastorale de Nice. Encore un peu embrumé, je rassemble mes affaires avec ce mélange d’excitation et d’appréhension propre aux grands départs. Il faut rejoindre Menton en train, mais la ligne est en travaux : le voyage commence déjà par son lot de contretemps.
Le prochain train n’est annoncé qu’à 8 h 03. Finalement, ce délai imposé m’offre une pause inattendue : le temps d’un petit-déjeuner, d’un jus d’orange, et de quelques minutes pour regarder Nice se réveiller.
Quand le train arrive enfin, il est déjà plein. Je me glisse comme je peux parmi les voyageurs, sac au dos, bâtons à la main. Passé Monaco, la rame se vide peu à peu ; l’agitation retombe.
À Menton, je descends du train, impatient de mettre enfin le pied sur le GR. Je lance le parcours… et ma montre m’annonce aussitôt que le départ se trouve encore à deux kilomètres. Deux kilomètres ? Je reste un instant interdit, à regarder l’écran, comme si la montre allait finir par se corriger toute seule.
La réponse arrive vite : j’aurais dû descendre à Menton-Garavan, l’arrêt suivant. Rien de grave, je me dis. Je reprends un billet pour le train de 9 h 03. Dix petites minutes d’attente, ce n’est encore qu’une anecdote de départ.
Sauf que le train est annulé. Le suivant, prévu à 9 h 33, prend d’abord du retard, puis encore du retard, jusqu’à afficher presque une heure d’attente… avant de disparaître lui aussi. Le GR5 n’a pas encore commencé que, déjà, il me rappelle qu’un voyage se plie rarement à l’itinéraire prévu.
Alors je tranche : les deux kilomètres, je les ferai à pied. Après tout, autant considérer cela comme l’échauffement officiel de cette traversée. Le sac se cale sur les épaules, les jambes se mettent en route, et l’aventure commence finalement là, sur ce léger détour imprévu.
Quand j’atteins enfin Menton-Garavan, je sens que cette fois, c’est le vrai départ. Il y a toujours quelque chose de particulier dans ces premiers mètres : on sait que tout est encore devant soi, que le corps n’a pas encore compris ce qu’on va lui demander, et que la route, elle, n’attendra pas.
D’entrée, Menton me met dans le bain. La montée commence par un escalier qui grimpe entre les rues, sans douceur, comme une première mise à l’épreuve. La chaleur est déjà là, lourde, accrochée aux murs et aux marches. À chaque palier, je me retourne un instant vers la ville et la mer, histoire de souffler et de mesurer le chemin qui s’ouvre.
Après trois kilomètres et demi d’une montée à 20 %, le relief consent enfin à s’adoucir — mais seulement pour un kilomètre. La pause est brève. Très vite, la pente se cabre de nouveau : 1,3 km à 30 %. Là, plus question de faire le malin. Les mollets brûlent, le souffle se raccourcit, et le premier vrai coup de mou arrive bien plus tôt que prévu. Est-ce la chaleur ? Le sac, pourtant raisonnable avec ses moins de huit kilos ? La fatigue accumulée ? Sans doute un peu tout cela. Je monte lentement, pas après pas, en négociant avec moi-même chaque portion d’ombre.
Je franchis le col du Berceau, puis le col du Razet. Avant de poursuivre vers la Baisse de Faiche Fonda, un point d’eau surgit comme une petite oasis. Deux alpagas déambulent tranquillement, presque indifférents à ma fatigue, et un panneau annonce l’essentiel : de l’eau. Mieux encore, quelques sirops sont là pour les randonneurs. Mes réserves étaient presque vides ; je remplis, je bois, j’ajoute une bonne dose de sucre, et je sens peu à peu le corps revenir. Ce geste simple, laissé par un berger attentionné, prend sur le moment une valeur immense.
Cette halte change tout. Je repars un peu plus droit, un peu plus léger, même si les pentes à 30 % reviennent rapidement me rappeler où je suis. Je gagne la Colla Bassa, puis prends cette fois la direction du col du Razet. Enfin, le terrain m’offre une récompense : six kilomètres de descente vers Sospel. Les jambes déroulent, l’esprit se relâche, et je retrouve le plaisir simple d’avancer.
À Sospel, l’arrivée au village a des airs de petite victoire. Je passe par l’office de tourisme pour prendre quelques renseignements pratiques : épiceries, campings, points de chute possibles. Après les heures de chaleur et de montée, ces questions très simples prennent soudain beaucoup d’importance.
Les épiceries sont bien là, de quoi refaire le plein. En revanche, le camping le plus proche se situe encore à deux kilomètres… et, bien sûr, en montée. La journée n’a manifestement pas dit son dernier mot. Je remets le sac sur les épaules avec un sourire un peu forcé : il n’y a plus qu’à repartir.
Au camping, je croise un autre marcheur du GR. Lui touche presque au but : sa traversée s’achèvera le lendemain. Nous échangeons quelques mots, comme seuls savent le faire ceux qui portent un sac et partagent la même fatigue. Il me donne des informations pour la suite, et même la promesse d’un petit raccourci pour le lendemain. Ces rencontres brèves ont parfois le goût des meilleures nouvelles.
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Vue sur Menton et Monaco
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