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Ma traversée des Alpes

19 jours
546km
+33541m / -33204m
Par Runner Gatinais
publié hier
8 lecteurs
Informations générales
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Ma traversée des Alpes

Jour 15: Pietra Menta - Les Contamines

Mise à jour section : il y a 2 jours

30.1km
+1582m / -2426m
1160m/2530m
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Ça commence à sentir bon : il ne reste plus que cinq étapes. Mais je me méfie. Deux journées très compliquées m’attendent encore, et le GR m’a déjà appris qu’il ne fallait jamais vendre la peau du col avant de l’avoir franchi.
Je prends le petit-déjeuner à 7 heures avec les compagnons du dîner de la veille. On évoque la soirée, les rencontres, l’ambiance du refuge. La plupart partagent le même sentiment : c’était sans doute l’une des plus belles soirées de leur séjour. De mon côté, je n’ai aucun mal à être d’accord.
La nuit, elle aussi, a été bonne, même si le sommeil a un peu tardé à venir. Peut-être l’effet des discussions, de la journée passée, ou simplement de cette excitation douce qui accompagne la fin proche d’une grande traversée.
Je dis au revoir à mes compagnons d’un soir et me lance à 7 h 45, en jetant un dernier regard vers le refuge. Premier objectif : le col de Bresson, avec 2,6 kilomètres à grimper sur des sentiers que j’apprécie. Au col, je recroise un monsieur qui dormait au même refuge. Nous avions échangé avant son départ, notamment à propos de mon sac, qui continue d’étonner plus d’un randonneur. Décidément, il aura presque autant fait parler que mes journées à rallonge.
Dans la descente, quelques bouquetins se tiennent au loin, silhouettes paisibles dans le relief. Puis la vue sur le grand lac de Roselend apparaît. Le bleu de l’eau, les pentes autour, l’ouverture du paysage : tout cela donne à la matinée une belle ampleur.
Je remonte ensuite par à-coups pour arriver à proximité de la Grande Berge. Le sommet est là, accessible, mais je ne prends pas le temps d’y monter. L’intérêt ne me paraît pas suffisant, et la journée a encore de quoi remplir les jambes.
Puis ça monte, ça descend, ça remonte encore, jusqu’à rejoindre les abords de la route du Cormet vers 11 h 30. Je passe alors successivement devant trois établissements. Aucun ne veut servir à manger : trop tôt, paraît-il. À ce moment-là, l’explication passe mal. Quand on marche depuis des heures, “trop tôt” n’a plus tout à fait le même sens.
Je repars donc un peu agacé. Ce genre de petite frustration, en montagne, prend vite de la place : il suffit d’un repas manqué pour que la pente suivante paraisse encore plus raide.
Je monte alors vers le refuge du col de la Croix du Bonhomme. Le col lui-même, un peu plus bas, n’est pas sur mon itinéraire, mais son nom accompagne déjà la suite de la journée.
Ça grimpe fort dès le départ, sous une chaleur lourde et sans le moindre brin d’ombre. J’arrive au col de la Sauce, à 2 307 mètres, première étape vers la Croix du Bonhomme, puis je continue à monter. Le passage par la crête des Gittes offre un superbe panorama, aérien et ouvert. Vers la fin de la crête, un aigle surgit dans le ciel, spectaculaire, comme s’il venait couronner la montée et annoncer que le plus dur touche enfin à sa fin.
Au refuge du col de la Croix du Bonhomme, changement d’ambiance brutal. Le calme du Beaufortain du matin laisse place à la cacophonie du Tour du Mont-Blanc. Je m’arrête pour un ravitaillement express, puis je poursuis vers le col du Bonhomme. Une courte montée, puis de la descente jusqu’au col et ses 2 329 mètres, tout cela à contre-sens d’une foule de TMBistes. Il y a du monde, vraiment beaucoup de monde. J’ai l’impression de croiser en une seule journée autant de personnes que sur tout le reste de ma traversée.
Au col, je prends le temps de faire quelques photos et de repenser à mon passage ici, quelques années plus tôt, lors du Tour du Mont-Blanc. Les souvenirs se superposent un instant au présent. Puis je range le téléphone, remets le sac en place, et repars vers la longue descente.
Quatorze kilomètres de descente m’attendent. Je croise et double énormément de monde, je suis porté par un bon rythme. Mais un événement vient soudain me ralentir : une personne a chuté sur le chemin, et l’hélicoptère intervient. Je suis à peine surpris, tant je vois autour de moi des marcheurs en difficulté pour monter au col du Bonhomme, pourtant plutôt accessible de ce côté. La montagne rappelle, une fois encore, qu’il ne suffit pas qu’un chemin soit fréquenté pour devenir anodin.
Une fois l’hélicoptère posé et le passage possible, je reprends la descente. Quelques centaines de mètres plus bas, je récupère une piste qui me mène vers le refuge de Nant Borrant. Puis je passe Notre-Dame de la Gorge, avant d’arriver enfin aux Contamines-Montjoie. Après la foule, la chaleur, les cols et cette longue descente, l’arrivée a quelque chose de franchement bienvenu.
Ce soir, ce sera hôtel. Un vrai repos, une vraie récupération, et l’espoir d’attaquer la journée du lendemain avec un corps un peu plus coopératif. Après cette étape dense et très fréquentée, un peu de calme ne sera pas du luxe.
Vers le cole de Bresson
Vers le cole de Bresson
Lac de Roseland
Lac de Roseland
Depuis le col de la Sauce, on voit le chemin qui m'attend
Depuis le col de la Sauce, on voit le chemin qui m'attend
Passge par la crêt de Giites et au loin le refuge du col de la Croix du Bonhomme
Passge par la crêt de Giites et au loin le refuge du col de la Croix du Bonhomme
Sages les patous
Sages les patous
Refuge de Nant Borrant
Refuge de Nant Borrant
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