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Ma traversée des Alpes

19 jours
546km
+33541m / -33204m
Par Runner Gatinais
publié il y a 5 heures 53mn
8 lecteurs
Informations générales
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Ma traversée des Alpes

Jour 11: Roubion - Orgère

Mise à jour section : il y a 2 jours

38.8km
+2184m / -1833m
1067m/2440m
41.90km / D+ : 2258 / D- : 1890
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La nuit au camping a été fraîche, du genre à faire apprécier chaque couche de tissu disponible. Je me lève vers 5 h 30. Le temps de tout plier, ranger, refaire une fois encore le sac — ce petit rituel désormais bien rodé —, je me mets en route un peu avant 6 h 30.
La boulette de la veille me revient tout de suite en tête : j’ai oublié ma casquette et mes lunettes de soleil au restaurant. Par acquis de conscience, j’y repasse. Évidemment, le restaurant n’ouvre qu’à 9 heures. Il est beaucoup trop tôt pour attendre. Tant pis, il faudra trouver une solution plus loin.
Je récupère la trace GPS de ma montre, qui me fait étrangement éviter le GR5. Bizarre, mais je la suis tout de même. Sur une section, le chemin semble avoir été emporté, sans doute par une crue. Ce qui attire surtout mon regard, c’est ce pic isolé au milieu de nulle part — ou plutôt en plein cœur de la forêt. Pas très haut, pas très large, mais suffisamment étrange pour accrocher l’œil, comme une pointe surgie du sol.
J’arrive presque à sa base, où un panneau m’apprend qu’il s’agit de la Demoiselle Coiffée : une cheminée de fée faite de sable et de graviers agglomérés. Tout ce secteur paraît fragile, friable, façonné par les intempéries. Le panneau raconte aussi qu’ici se trouvait autrefois un glacier, il y a quelques milliers d’années. J’aime ces moments où la marche traverse soudain une histoire beaucoup plus ancienne que la mienne.
Je poursuis vers le nord, en direction du col de Thures, à 2 194 mètres. La journée est déjà bien lancée, et je sens que ce sera encore une longue histoire de montées, de descentes et de choix à faire.
Je retrouve ensuite le GR5 à travers de vastes prairies aux herbes hautes. Le paysage s’ouvre tellement qu’on pourrait presque se croire dans les steppes d’Asie centrale. Après plusieurs jours de cols, de forêts et de vallées encaissées, cette ampleur donne une impression de liberté immense.
Aux granges de la Vallée Étroite, je m’arrête à un refuge pour prendre un vrai petit-déjeuner. Celui de 6 heures était bien trop léger, et il semble déjà appartenir à une autre journée. Je savoure cette pause simple, presque luxueuse, avant de repartir.
Le tracé reprend sur un chemin assez facile. Puis, après un ruisseau, tout se resserre : le sentier devient plus raide, plus étroit, comme s’il fallait franchir une porte entre les falaises. Je continue de grimper, de façon plus régulière, jusqu’au col de la Vallée Étroite. Sur ma gauche, le mont Thabor se dresse en toile de fond. Devant moi, en revanche, c’est une autre réalité qui m’attend : plus de treize kilomètres de descente.
Le début est agréable, sur de petits sentiers, puis la piste prend le relais. Après une pause déjeuner, je commence même à trottiner par endroits. Une manière comme une autre de faire défiler les kilomètres, ou plutôt de croire qu’ils passeront plus vite.
Évidemment, je finis par me tromper à un endroit où je devais quitter la piste. Quand je retrouve enfin ma trace, la montre annonce encore huit kilomètres de descente. Huit kilomètres. À ce moment-là, le mot “enfer” paraît presque raisonnable.
J’arrive à Valfréjus. Fini la piste : place au bitume. Le soleil tape fort, et l’absence de casquette et de lunettes commence sérieusement à se faire sentir. Avec un peu de chance, je pourrai peut-être trouver de quoi remplacer mon oubli dans la station.
Valfréjus a pourtant un air un peu désert. Les restaurants sont ouverts, mais ce n’est pas ce qu’il me faut. À la sortie, j’aperçois un Intersport avec la mention “ouvert l’été”. Chouette, je fonce. Désillusion immédiate : il n’ouvre qu’à 15 h 30, et il est à peine plus de 13 heures. Pas question d’attendre deux heures et demie. Je continue donc la descente vers Modane, par la route, en attrapant de rares raccourcis dans les lacets quand ils se présentent.
La descente n’a rien d’agréable. Le bitume chauffe, la température monte, et l’étape commence à tirer sérieusement. Sur les portions de route, je tente le stop. Après quelques échecs, une dame finit par s’arrêter. Elle peut me descendre à Modane et m’épargner quatre kilomètres de descente. Dans la voiture, je lui demande s’il existe un magasin de sport pour acheter une casquette et des lunettes. Oui, me répond-elle, mais il se trouve à trois kilomètres de Modane. Et comme si la journée voulait soudain se rattraper, elle propose de m’y emmener. Elle me dépose devant l’Intersport au moment même où il ouvre, vers 14 heures. Le choix est limité, je prends ce qui peut convenir, par défaut. Bilan de l’oubli de la veille : un peu plus de 50 euros. Ça pique presque autant que le soleil.
Juste à côté, un supermarché tombe à point nommé. J’y achète du jus d’orange et du cola pour remettre un peu de carburant dans la machine. Après le bitume, la chaleur et l’épisode shopping forcé, ces boissons prennent des allures de ravitaillement stratégique.
Mon objectif est désormais clair : atteindre le refuge de l’Orgère pour prendre un peu d’avance sur la journée du lendemain. Je vide le jus d’orange d’un trait, puis je coupe le cola avec de l’eau dans mes flasques. Me voilà prêt, ou presque, à me lancer dans une nouvelle montée, sous une chaleur écrasante.
Pour rattraper le GR, j’emprunte un chemin de traverse. Quand je rejoins enfin ma trace, la montre annonce la couleur : 3,6 kilomètres de montée à 22 %. Heureusement, une partie se fait à l’ombre des arbres. Mais l’ombre ne change pas tout : c’est raide, parfois très raide, et chaque virage donne l’impression de demander un effort supplémentaire.
J’arrive enfin au refuge de l’Orgère. Il reste une place. Une seule, mais elle est pour moi. Après cette journée interminable, ce petit coup de chance a tout d’une bénédiction.
Au repas de 19 heures, les échanges s’animent autour de la tablée. Un jeune couple, des Belges, des Tourangeaux : chacun arrive avec son histoire, son rythme, ses étapes. Comme souvent, les mêmes questions reviennent pour moi : “Pourquoi dans ce sens ?”, “Mais tu doubles toutes les étapes !”, “Et comment tu fais pour avoir un sac si petit ?” Je souris. Ces questions font désormais partie du voyage autant que les cols, les pistes et les refuges.
Levé de soleil sur Roubion
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La demoiselle Coiffée
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Des allures de steppes
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Benèze les vaches
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