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Ma traversée des Alpes

19 jours
546km
+33541m / -33204m
Par Runner Gatinais
publié hier
8 lecteurs
Informations générales
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Ma traversée des Alpes

Jour 3: Les Merveilles - Boréon

Mise à jour section : 09 août

25.2km
+1784m / -2355m
1544m/2693m
29.91km / D+ : 1971 / D- : 2559
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Après le petit-déjeuner du refuge, le départ se fait un peu plus tard que prévu, vers 8 heures. Rien de dramatique, mais je sens déjà que la journée sera longue. Le temps de resserrer les sangles du sac, de jeter un dernier regard autour du refuge, et me voilà de nouveau sur le sentier.
Je traverse la vallée des Merveilles par le site des gravures rupestres, dans cette ambiance si particulière où la montagne semble garder la mémoire des hommes. Très vite, les chamois apparaissent, nombreux, ils sont chez eux sur ces pentes où je ne fais que passer. Puis, au loin, je distingue le col à atteindre. Rien qu’à le regarder, je comprends que ça va piquer un peu. Sans me mettre dans le rouge, je monte à mon rythme jusqu’à la Baisse Valmasque, avant de redescendre quelques centaines de mètres… pour mieux regrimper ensuite, avec la vue sur le lac Basto en récompense.
Le terrain devient plus minéral. Je traverse de petits névés, encore accrochés à la montagne malgré la saison, puis quelques pierriers où chaque pas demande un peu d’attention. La Baisse de Basto finit par se laisser atteindre, au terme d’une progression qui oblige à rester concentré.
Après une courte pause, j’engage la descente. Au début, rien n’est vraiment donné : graviers, cailloux roulants, appuis fuyants, puis un pierrier qui impose de choisir chaque pas. Peu à peu, le chemin se calme, comme si la montagne acceptait enfin de relâcher la pression. Je descends vers le refuge de Nice, accompagné encore par les chamois, toujours plus nombreux dans le décor.
Au refuge de Nice, je m’accorde une pause déjeuner bienvenue. Le temps de reprendre des forces, d’échanger quelques mots avec d’autres randonneurs, et il faut déjà repartir. Je quitte le refuge en longeant le lac de la Fous, dont les eaux apportent un peu de douceur avant la prochaine difficulté.
Car après cette parenthèse, une vraie épreuve m’attend : le pas du Mont Colomb.
2548 mètres d’altitude, une pente moyenne à 32 %, le tout à travers les éboulis et les pierriers. Sur le papier, c’est déjà sérieux. Sur le terrain, c’est une autre histoire : une belle affaire, comme on dit quand on préfère sourire avant de souffrir.
Dans la dernière pente, un chamois semble surveiller mon ascension depuis les hauteurs. Il a l’air parfaitement à l’aise, lui, là où je lutte pour garder le rythme. Je lui prête presque un air moqueur, comme s’il me rappelait que, dans ce royaume de pierres, je ne suis qu’un visiteur maladroit.
Au pas, je prends le temps de reprendre des forces. Le souffle redescend, les jambes se posent, et l’esprit savoure quelques minutes de répit. Puis je me lance dans une belle descente, à bonne allure. Là encore, les chamois sont partout, silhouettes agiles qui traversent le paysage avec une facilité presque insolente.
La descente s’achève à la Madone de Fenestre. Je fais halte au refuge pour boire un peu, reprendre mes esprits et demander conseil. Le patron m’annonce alors l’existence d’un raccourci qui pourrait me faire gagner une heure. Une heure, à ce moment de la journée, cela sonne comme une promesse difficile à refuser. Pourquoi pas ?
Soit les explications n’étaient pas tout à fait claires, soit mon cerveau fatigué n’a retenu qu’une partie du message. Toujours est-il que je continue finalement sur le GR52, avec une belle montée vers le pas des Ladres.
L’heure avance, et je sens que je suis en retard. Je décide d’accélérer dans la descente, sans courir mais avec l’envie nette de ne plus traîner. Je passe près du lac de Trécolpas, évite de peu de me tromper de chemin, puis continue sur le GR52 à vive allure en suivant la rivière. La trace GPS joue avec mes nerfs : je la perds, je la retrouve, je la reperds encore. Un vrai jeu du chat et de la souris, sauf qu’à ce stade, je commence à manquer d’humour.
Finalement, je passe par le vallon des Erps, ce qui n’était pas du tout prévu au programme. Quand j’arrive au gîte du Boréon, je suis bien rincé. L’idée de bivouaquer me trottait encore dans la tête, surtout pour limiter les frais, mais la perspective d’un vrai lit finit par balayer mes dernières résistances. Ce soir, le confort gagne.
Et quelle bonne décision. Dans la nuit, une grosse tempête éclate, confirmant que le bivouac n’aurait pas été l’idée du siècle. Le repas du soir au gîte ajoute une belle conclusion à cette journée : autour de la table, les discussions s’engagent avec d’autres randonneurs, curieux de savoir ce qui les attend. Cette fois, c’est moi qui transmets quelques impressions de la route, encore chargé de fatigue mais déjà un peu riche de ce que la montagne m’a donné.
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