La traversée des Pyrénées par le GR10, entre autres !

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randonnée/trek
Quand : 31/05/19
Durée : 39 jours
Distance totale : 810.2km Dénivelées : +46533m / -46555m
Alti min/max : 19m/2705m
Carnet créé par Béryl le 14 juil.
modifié le il y a 1 jour
S'y rendre de manière douce : C'est possible en train bus
Précisions : Départ possible depuis les gares de toute grande ville.
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Vue d'ensemble

Le topo : J39 - Col de l'Ouillat/Banyuls (mise à jour : 11 sept.)

Distance section : 22.3km Dénivelées section : +656m / -1592m
Section Alti min/max : 941m/1234m

Description :

Indications GPS  (différentes de celles du site) :

Distance : 24,56Km
Dénivelé positif : 750m
Dénivelé négatif : 1687m
Temps de marche : 6h36
Temps d'arrêt : 1h04

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Le compte-rendu : J39 - Col de l'Ouillat/Banyuls (mise à jour : 11 sept.)

Lundi 8 juillet 2019


Une nuit sous les tropiques...
Autant à Arles-sur-Tech la nuit avait était chaude et sèche, autant celle-ci fut lourde de chaleur et d'humidité. N'y tenant plus, je me suis levé vers 2h00 pour sortir. J'étouffais. Quelques pas, à la frontale, en remontant vers la cabane salvatrice d'hier sous l'orage, avant de rentrer dans la moiteur du dortoir.
Si j'avais su, j'aurais planté la tente.
Les préparatifs du matin sont rapidement expédiés ; tout le monde a envie de reprendre le chemin et d'arriver à Banyuls au plus tôt pour éviter soit les orages, soit la canicule.
Mêmes places, mêmes tables pour le petit-déjeuner. Pas le même patron, par contre. Des employés, donc, apparemment.
Bien entendu, doses de Parigot et tranches de belle-mère au programme. Expédiées en deux minutes j'en demande une autre panière au serveur. Avec des tranches plus larges si possible, merci.
Il n'a pas dû avoir de consigne de celui d'hier et en ramène quatre ou cinq.
Deux minutes après, rebelote.
Au bout de la troisième fois, il nous demande quand même si nous comptons nous arrêter ! J'y vais franchement : tant qu'il vous en reste, on prend !
Bref, on terminera toutes les panières des tables où il reste du pain et, pour nous voir partir plus rapidement, il finira par faire décongeler un gros pain entier pour nous l'apporter tel quel !
Ah, enfin, on peut commencer le petit-déj ! Il est sympa et nous remet du lait et de la confiture à chaque fois. Même si c'est de la confiture industrielle, c'est toujours mieux que le pain sec.
Nous sortons de table, Benoit et moi, correctement remplis !

Allez, on démarre !
D'entrée mon pied droit se plaint. Il va falloir gérer la douleur. L'étape est courte et quelques grimpettes pas bien méchantes sont au programme. Je redoute plus la descente vers Banyuls qui est réputée très longue.
Le col des Trois-Termes (1110m) est rapidement atteint par une bonne montée dans une hêtraie.
L'ascension du pic Neulos (1256m) se passe bien. Les vaches du coin, notoirement connues pour s'attaquer aux randonneurs, sont restées tranquilles ; même Laurent, le mari de Mélanie chez qui je dois dormir ce soir, m'a prévenu.
Enfin, de là-haut, la Méditerranée daigne se montrer !
Nous contournons les antennes télé et amorçons la descente vers le col de l'Orry (974m). C'est là que je rencontre mes derniers baliseurs avec qui j'apprécie de discuter. Merci, les amis, vous faites un excellent travail et nous vous sommes tous redevables !
Arrêtés sur le chemin pour discuter avec eux, Benoit et moi, nous sommes rejoints par les Bordelais et les Bretons. Nous continuons la route longtemps ensemble en joyeuse troupe.
Passe la cabane de Tagnarède où je comptais me poser hier soir (merci, Benoit, d'avoir insisté !). Elle est occupée par un randonneur et son (gros) chien.
Dans la montée du col de l'Estaque (1023m), une scission du groupe s'opère naturellement. Nous partons devant, Benoit et moi, et finissons par arriver au pic des Quatre-Termes (1156m) seuls, les autres loin derrière qui ne nous rattraperont plus. Avec ce pic, nous finissons avec les 1000m. Souvenir du premier au pic d'Iparla...
Je prie Benoit de partir devant sans m'attendre ; je souffre trop du pied et dois ralentir. Il comprend et m'attendra à Banyuls.
Mais mon allure boiteuse n'est pas la seule raison. Je ressens un malaise. J'ai besoin d'être seul. Quelque chose me tracasse et je n'arrive pas à mettre le doigt dessus.
Benoit dans la montée du pic de Neulos.
Benoit dans la montée du pic de Neulos.
La voilà (mais si, la bande claire à droite) !!!
La voilà (mais si, la bande claire à droite) !!!
Derniers baliseurs rencontrés (Benoit, à gauche).
Derniers baliseurs rencontrés (Benoit, à gauche).
Oui je sais, mais c'est vraiment la seule que j'ai des Bordelais !
Oui je sais, mais c'est vraiment la seule que j'ai des Bordelais !
Et voilà nos amis Bretons !
Et voilà nos amis Bretons !
On la voit mieux, là, non ?
On la voit mieux, là, non ?
Dans la vie, il faut savoir faire son trou !
Dans la vie, il faut savoir faire son trou !
Je me pose un moment au col del Pal (899m) sans orage, celui-ci ! Il n'est pas loin de midi et curieusement je n'ai pas faim, enfin pas trop ! J'ai comme une boule à l'estomac. Est-ce la fin de l'aventure qui me noue ainsi ? Probablement, mais pas uniquement.
Je pose mon sac à dos, m'assoie et, comme j'aime le faire souvent, je ferme les yeux. Un sens de moins, les autres à l'affût. Le vent, les oiseaux, les insectes, j'écoute la vie qui grouille autour de moi. Je lâche la bride et mon esprit file battre la campagne. Je ralentis ma respiration et les battements de mon cœur s'espacent en suivant.
Quelques minutes suffisent.
Apaisé, je repars.
Ça va mieux. C'est pas le top cela dit, toujours cette sensation de... je ne sais... comme quand on pense oublier quelque chose. Je fais une rapide check-list dans ma tête : non, j'ai tout, il me semble.
J'arrive au pic de Sailfort (981m) dernière hauteur avant la descente vers Banyuls.
Un peu en amont de col de Gascons je tombe sur un jeune gars assis sur le bord du chemin. Il semble épuisé et je comprends pourquoi : il est calé contre le plus gros sac à dos que j'aie jamais vu ! Un monstre ! Il marche avec son chien, tout aussi jeune, qui passe son temps à me grimper la jambe pendant que nous parlons. Il vient de partir de Banyuls et tente la traversée entière. 23kg le sac !!
Laisse tomber, mon gars, tu vas mourir en chemin.
Ouais, je le sens mal, en effet.
Mais t'as quoi dans ton sac pour qu'il pèse aussi lourd ?
Mes affaires et les croquettes du chien.
5kg de croquettes, pour commencer, c'est énorme. Ensuite, je vois dépasser quatre ou cinq bouquins dans une poche transparente. Du genre à caler les armoires !
Tu t'es mal préparé, je pense. Retourne à la case départ et revois tout ça ou tu vas droit dans le mur. Tu tiens vraiment à marcher avec ton chien ?
Personne pour le garder.
Certains l'ont fait, ce n'est pas impossible, mais très contraignant. Ils ne sont pas acceptés partout et t'as intérêt à le tenir en laisse dans les zones pastorales. En plus il est très jeune et tout fou (bon, tu vas me lâcher, oui, le clebs ?!), ça risque mal se passer avec les troupeaux de brebis et les patous.
Le gars acquiesce, mais j'ai l'impression de prêcher dans le désert. Vu qu'il est gaulé comme un piquet de vigne (un carasson, comme on dit chez moi) avec son sac de 70 litres, je lui souhaite bon courage.
Ah, tant que j'y suis : trouve-lui une copine à ton chien ou une gonflable si tu tiens à continuer, parce que ce que j'ai enduré pendant notre conversation ne passera pas forcément avec tous ceux que tu croiseras !
Première vue sur Banyuls à 3h15 de là !
Première vue sur Banyuls à 3h15 de là !
Pendant ce temps d'autres bossent !
Pendant ce temps d'autres bossent !
Allez, encore une grosse heure et c'est l'arrivée !
Allez, encore une grosse heure et c'est l'arrivée !
Une heure avant d'arriver, je me pose pour mon dernier casse-croûte saucisson/pomme !
Sans pomme. Sans presque plus d'eau non plus.
Heureusement, le temps est couvert ; en plein cagnard, ce doit être difficilement supportable.
Je vois la ville déjà depuis un moment. La descente n'est pas simple à gérer avec mon mal au pied. Je ralentis souvent l'allure et dois parfois m'arrêter pour calmer la douleur. Les genoux aussi se plaignent de plus en plus. Je pense qu'il est temps que ça s'arrête, la machine est à bout.
Allez, pas de temps à perdre si je veux prendre le bus à temps. 
C'est reparti !
Comme je disais à Benoit voilà quelques jours : quand on verra de la vigne, ce sera bon signe !
Et la voilà, la vigne ! Superbement étagée sur les coteaux alentour, aucun tuteur, à la sauvage comme dans la Rioja en Espagne, avec de jolis murets de pierres sèches pour délimiter les parcelles de terre à cailloux où pas le moindre brin d'herbe ne pousse.
Je passe près de la fontaine des chasseurs, mais décide de continuer. Le temps que ma pastille de Micropur fasse effet, je serai arrivé. Et puis j'ai la nette impression que toute cette eau traitée m'a bien ravagé la flore intestinale !
Dernière table d'orientation.
Dernière table d'orientation.
Le vignoble étagé autour de Banyuls.
Le vignoble étagé autour de Banyuls.
Parcelles délimitées par des murets de pierres sèches.
Parcelles délimitées par des murets de pierres sèches.
Banyuls enfin !
Je ne réalise pas trop encore. Je marche dans les rues et suivant toujours les balises qui mènent à la mairie (là aussi, le GR a été dévié !)
Je renoue avec la frénésie urbaine, les klaxons, la circulation incessante et l'odeur de pots d'échappement. J'arrête très vite mes "bonjour" auxquels personne ne répond. À un moment, je dois passer dans un tunnel qui traverse la voie ferrée. Un seul véhicule peut passer à la fois. Je m'engage et bien sûr, une voiture arrive derrière moi. Obligé de me suivre au pas, le chauffeur s'impatiente en faisant ronfler le moteur. Pourtant, je me presse malgré mon pied douloureux.
Arrivé de l'autre côté, je ne m'écarte pas assez quand je m'arrête pour faire le point sur les panneaux. De suite, l'autre derrière me lance des coups de klaxon et quand je m'écarte pour le laisser passer, un fourgon qui arrive en face m'agresse par le sien, plus puissant !
Je lance un MERDE ! retentissant et continue mon chemin. Ça ne fait pas dix minutes que je suis en ville que je suis déjà stressé !
Stop, stop, STOOOOOOOP ! Oui, j'ai parlé fort, limite hurlé, mais personne ne semble m'avoir entendu.
C'en est trop. Je me pose sur un muret en face d'une cave (où que l'on aille à Banyuls, on est toujours près d'une cave !). Mon sac à dos posé. Je fais le point.
Il faut que je trouve l'office du tourisme afin de glaner tous les renseignements nécessaires. Ensuite, direction la gare pour acheter mon billet de train. Puis je prends le bus en fin d'après-midi pour Perpignan. Là, Mélanie doit me récupérer pour passer la nuit chez eux. Demain, lever à l'aube pour prendre mon train à 5h30. Timing serré !
Timing serré...
Vite, pressé, pas le temps, pas le temps !
Bon sang, le voilà mon malaise. Trente-neuf jours que je vis à trois à l'heure et d'un coup tout s'emballe. Il faut que je fasse vite, que je fasse attention aux horaires, que je fasse attention aux voitures, que je fasse attention aux panneaux.
Pourquoi ? Je ne reprends le boulot que dans un mois ! Qu'est-ce qui me presse ? Qu'est-ce qui m'oblige ?
La réponse tombe, implacable : rien.
Rien ne te presse, petit père. Rien sinon toi-même.
Ça ne va pas, je dois revoir toute l'organisation de mon retour. Je sais que j'ai un train aussi mercredi à la même heure. Voilà ce que je vais faire : je vais me poser et rester un jour ici, tranquille. J'ai vu le camping en arrivant sur les hauteurs de la ville. Je vais y planter ma tente et atterrir en douceur.
Coups de fil à ma femme et à Mélanie : je décale d'un jour, ça ne vous dérange pas ? Non, ça ne les dérange pas. De suite, je sens un poids énorme en moins sur mes épaules et ce n'est pas mon sac !
J'ai tout mon temps, à présent. Je peux renouer avec mon rythme de croisière de ces derniers jours et, bon sang, qu'est-ce que ça fait du bien !

Me voilà rendu devant la mairie. De suite, je vois Benoit courir vers moi : ah te voilà, vite il y'a un bus qui part pour Perpignan dans cinq minutes, on a encore le temps de le prendre, viens !
Non, Benoit, je ne viens pas.
Comment ça ?
Je reste ici. Je me pose une journée pour profiter de la ville sans stress.
Mais tu m'avais dit que tu voulais aller à Perpignan dès ce soir !
Oui, mais j'ai changé d'avis. Je n'irai que demain. Ce soir, c'est camping à Banyuls.
Allez, viens, on va passer la dernière soirée ensemble.
Non, Benoit, pas la peine d'insister, je reste.
...
Tiens, pour commencer, tu vas me prendre en photo devant la fresque.
Ah oui, c'est vrai, j'avais oublié, ça.
Tu avais oublié ? Tu vois, tu pars à fond la caisse, toi aussi et tu rates des moments essentiels (bon, j'avoue, la fresque c'est pas vraiment essentiel. Encore que...)
On se prend donc en photo chacun son tour devant le trophée.
Il me rend mon appareil : bon, bin salut alors, content de t'avoir connu.
Salut, Benoit et merci pour ces quelques moments passés ensemble sur le chemin. Bon retour dans euch'nord !
Je regarde son bus partir. Salut l'ami.
Tiens, voilà les Bretons ! Allez, petite séance photo pour eux aussi. Ils dorment à l'hôtel ce soir. Nous entrons ensemble à l'office du tourisme. Je prends un plan de la ville, repère la gare et le camping. Bien éloigné, quand même le camping, mais c'est le seul.
Allez bisou les Bretons, bon retour à vous aussi.

J'ai le temps pour rallier la gare. Je vais faire quelques photos sur la plage et vise ensuite un glacier, déjà repéré en entrant dans le centre-ville, pour une méga quatre boules dont je rêve depuis... trop longtemps !
Alors que je choisis mes parfums, je vois les Bordelais attablés à la terrasse d'un bar. Il y a du monde devant moi et quand arrive mon tour, une fois servi, les Bordelais ont disparu !
Je ne les reverrai plus. Dommage.
Et voilà ! Crotté, transpirant et heureux !
Et voilà ! Crotté, transpirant et heureux !
Petit regret de ne pas avoir fait la même à Hendaye.
Petit regret de ne pas avoir fait la même à Hendaye.
Celle-là, ça fait des jours que je me la promets !
Celle-là, ça fait des jours que je me la promets !
Après avoir savouré ma glace (de mémoire : mandarine, banane, vanille, chocolat !) face à la mer, je vais à la gare. Une fois mon billet en poche (il faudra m'expliquer pourquoi les billets sont plus chers au guichet que sur Internet), je file au camping.
Celui-ci est bien excentré et l'envie de retourner au centre-ville ce soir pour me faire un resto ou une pizza diminue au fur et à mesure que j'avance.
La dame de l'accueil me laisse le choix entre deux emplacements dont l'un est juste derrière le bâtiment où nous sommes, mais semble bruyant, et l'autre sur les hauteurs, mais beaucoup plus loin.
Je pars en reconnaissance avant d'arrêter mon choix. Le premier est effectivement bruyant (chien et gosses qui braillent). En plus, il n'y a quasiment pas d'herbe, que de la caillasse !
Il me faut un bon moment pour trouver le second. Les pancartes où sont notés les numéros sont tournées à l'envers et je suis obligé de faire tout le tour pour arriver par l'autre côté. Je repère enfin l'emplacement. C'est une blague ? Alors-là, il n'y a aucun brin d'herbe du tout, cent pour cent cailloux et tous les espaces sont logés à la même enseigne. À 15€ la nuit, ça pique un peu le c.. !!
Je me rappelle alors avoir lu quelques commentaires forts peu élogieux sur certains résumés de grdistes à propos de ce camping.
Bon, je reviens vers le premier et y pose ma tente. Je joue un peu avec le chien du voisin, mais me lasse très vite de lui envoyer son bâton assez loin (limite dangereux, dans un camping en plus !).
Je repasse à l'accueil régulariser ma situation et reçois un bon pour un apéro gratuit au snack à l'entrée.
Petit message à Mike et Pedro : vous êtes où les gars ?
Je vous laisse deviner... Allez, un petit effort !
Et oui, ils se sont paumés et ont perdu une journée. Ils ne seront pas là ce soir, comme je l'avais espéré. Arrivée prévue demain en début d'après-midi.

Allez, apéro !
La douche et la lessive expédiées, je vais au bar à au moins cinquante mètres de ma tente !
Un petit verre de sangria bon marché. Ils ne se ruinent pas trop en apéro gratos. Ça me permet de patienter le temps que mon plat du jour soit prêt. Des gambas à la sauce chais pas quoi. Pfff, quel idiot. J'ai horreur de ces crevettes qu'il faut décortiquer pendant des plombes et s'en mettre partout en tirant dessus pour se retrouver encore avec des bouts de carapace dans la bouche. Je ne sais pas ce qui m'a pris de choisir ce plat plutôt qu'une pizza !
Quand je regagne ma tente, les gosses sont au lit, les chiens se sont calmés et je peux bouquiner un moment avant de m'endormir sans bouchons dans les oreilles.
Désormais, je suis en mode touriste.
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