La traversée des Pyrénées par le GR10, entre autres !

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randonnée/trek
Quand : 31/05/19
Durée : 39 jours
Distance totale : 810.2km Dénivelées : +46533m / -46555m
Alti min/max : 19m/2705m
Carnet créé par Béryl le 14 juil.
modifié le il y a 4 heures 7mn
S'y rendre de manière douce : C'est possible en train bus
Précisions : Départ possible depuis les gares de toute grande ville.
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Vue d'ensemble

Le compte-rendu : J40 - Fin de l'aventure. (mise à jour : 11 sept.)

Mardi 9 juillet 2019

La nuit a été calme. Vu le temps couvert hier soir, c'était pas gagné.
J'émerge de ma tente vers 4h30. Ciel zébré d'éclairs. Non, c'est pas gagné !
Petit-déjeuner frugal et ablutions, je ne me presse pas. Drôle d'impression, comme un décalage. J'ai jusqu'à midi pour plier et je compte en profiter.
Je passe devant le gardien de nuit un peu après 5h00. Vous pensez que ça vient ici ?
Oui, on ne va pas y échapper.
Tant pis, je n'ai que ma veste pour me protéger. Mektoub.
J'arrive dans le centre-ville une petite demi-heure après. Effectivement, le tonnerre se fait entendre de plus en plus fort. Encore une course contre un orage !
Le temps de prendre quelques photos de très mauvaise qualité, je rejoins la seule terrasse ouverte à cette heure-ci. Un café, s'il vous plait.
C'est le déluge ! Ça pète de partout et, pour une fois depuis longtemps, je m'en fous complètement !
Oui, je vais plier ma tente mouillée, mais rien de grave, je la ferai sécher à la maison.
Orage sur Banyuls au petit matin.
Orage sur Banyuls au petit matin.
Le soleil tente une timide percée.
Le soleil tente une timide percée.
J'erre dans la ville en flânant dans les rues piétonnes. Je repère une pizzeria sympa pour midi en espérant que Mike et Pedro n'arriveront pas trop tard.
Je m'arrête à la fenêtre de l'arrière-boutique d'un boulanger : trois croissants, s'il vous plait. Ils seront dégustés encore chaud avec un second café en terrasse du front de mer.
Petit à petit, la ville s'éveille. L'orage est parti au loin et, après un énième tour, je rentre au camping.

Je sèche ma tente à la serviette, plie tout mon barda et suis prêt à quitter la place vers 10h00.
Retour en ville où j'ai repéré une petite cave dont le vin naturel et cultivé en biodynamie est en accord avec mes valeurs. La dame qui m'accueille est fin connaisseuse et m'explique le principe de vinification du Banyuls comparé au Collioure. Le propriétaire est en bio depuis treize ans, c'est le premier du coin. Il ne suit donc pas la mode du bio après avoir matraqué sa terre. Au contraire, il la respecte tellement qu'il la travaille au cheval. C'est de là que vient le nom de son domaine, d'ailleurs. Même le verre de ses bouteilles est plus épais pour bien filtrer la lumière.
Je prends un Banyuls et un Collioure, tous deux en rouge. Je bataille un peu pour les loger dans mon sac à dos, mais ça rentre !
Vers midi, j'envoie un message à Mike. Ils ne seront pas là avant une ou deux heures. Je leur dis que pour moi, c'est 14h00 dernier délai. Il faut que je gagne Perpignan et que je parvienne à me repérer dans cette ville où je n'ai jamais posé les pieds. En plus, je dois trouver un cadeau pour remercier Mélanie et Laurent de m'accueillir ce soir.
Je rejoins la pizzeria repérée le matin et m'en offre une bien grosse avec un quart de rouge. Ça aussi, ça me faisait envie !
Une dame blanche en dessert... Hum... Vous croyez que je peux ? Allez, pour fêter la fin du périple !
Je sors vers 13h00 et pars me balader sur le port. Toujours pas de nouvelle des deux retardataires. Il manquerait plus qu'ils ne se soient perdus !
En fait, je ne le saurai jamais. Je prends mon bus comme prévu à 14h00 après un énième message auquel ils n'ont pas répondu.
C'est lors du trajet que je reçois enfin la réponse : ils viennent d'arriver à Banyuls. Dommage, il n'est pas loin de 15h00 et je suis presque à Perpignan.
Salut les amis. Au moins, j'ai vos numéros de téléphone, tout n'est pas perdu.

Je passe rapidement sur Perpignan. Je resterai longtemps à la FNAC ; Mélanie doit m'y prendre juste à côté vers 20h00. Coup de fil à mon frère qui me conseille sur un cadeau à offrir à mes hôtes : du chocolat ! Je ne peux raisonnablement pas sortir de ce genre de commerce sans quelques livres, je me connais. J'en ai une bonne poche quand je me retrouve à musarder dans les rues piétonnes à la recherche d'un chocolatier. Enfin, en voilà un ! Je commençais à désespérer ! La vendeuse me regarde bizarrement avec mon gros sac à dos, mais se radoucit et me couvre même d'éloges quand je lui explique d'où je viens. D'autant plus que je sors avec un ballotin de saveurs différentes.
Après une petite glace sur la place en face du tribunal, je rejoins mon arrêt taxi !
Mélanie est pile à l'heure malgré une circulation très dense.
La soirée sera très conviviale et Laurent, qui d'habitude débauche à pas d'heure, aura même fait l'effort d'être là avant nous, préparant le barbecue.
Je m'écroule finalement dans mon lit deux places où je peux enfin faire l'étoile de mer sans être enfermé dans mon sac à viande.
Ça aussi ça me manquait !
Rien que pour le nom sur la coiffe du poteau !
Rien que pour le nom sur la coiffe du poteau !
Le port de plaisance côté calme...
Le port de plaisance côté calme...
... et les vagues côté sauvage.
... et les vagues côté sauvage.
Au revoir Banyuls !
Au revoir Banyuls !
Me voilà dans le train, une revue à la main à regarder le paysage défiler. Combien de fois me suis-je passé cette scène dans la tête ces derniers jours ?...
Bon, là je ne suis pas dans le sens de la marche, dans les trains suivants non plus d'ailleurs, mais c'est sans importance.
Première correspondance à Narbonne où j'ai le temps de boire un café avec un croissant et un jus d'orange. Deuxième changement à Bordeaux où j'ai encore plus de temps. Re café !
Christine, ma femme, m'attend à la dernière gare et je finis les derniers kilomètres en voiture.
Retour à la maison, retour au quotidien. Visites à la famille, discussions sur ce périple, oui oui, je vous montrerai les photos, je vais même écrire un carnet de voyage. Vous pourrez le lire dès que je l'aurai terminé.
Et puis plus rien...
Comme pour mon retour de Compostelle, je me retrouve seul avec mes souvenirs. Tout le monde est passé à autre chose, bien entendu. Alors je me plonge dans l'écriture de ce carnet. Je trie les 80 pages de notes, le millier de photos et commence à réfléchir sur la manière de présenter tout cela.
J'avais pensé monter un site internet, mais j'en ai soupé de gérer la sécurité de ces bouts de toile constamment matraqués par les fouteurs de merde numérique.
Je trouve enfin un coin sympa, hébergé par un magazine que j'aime bien. Je n'ai certes pas le contrôle à cent pour cent, mais je n'ai pas à mettre les mains dans le cambouis au premier bug !
Merci à l'équipe de Carnets d'Aventures !

Fort heureusement, j'ai prévu un bon sas de décompression avant la reprise du boulot. Ces quelques semaines me permettent un atterrissage en douceur.
Je réponds encore à quelques personnes intéressées par mon périple. Une question revient souvent : conseillerais-tu ce trek à tout le monde ? Avec son invariable suite : moi, je ne pourrai jamais faire ce que tu as fait !
Ce n'est pas une question anodine, mine de rien. Loin de me considérer comme un héros, ma première réponse était souvent : oui, bien sûr, si je l'ai fait, tout le monde peut le faire.
Cela dit, après réflexion, je serais plus mesuré. Pas sûr finalement que je le conseille à tout le monde.
Déjà, sujets au vertige s'abstenir, évidemment. Certains passages, les fameux passages "craignos", sont vraiment dangereux. Vraiment. Pas du genre promenade du dimanche. Le moindre faux pas, un déséquilibre et c'est la chute. Et assurément la fin pour les plus craignos d'entre eux.
Ensuite, il faut être en bonne forme physique, cela va de soi, mais quand je dis en bonne forme cela ne veut pas dire uniquement sans pépin de santé. Cela veut dire ayant pas mal de kilomètres dans les semelles et si possible avec du dénivelé. J'en ai fait l'amère expérience, moi qui me croyais suffisamment entrainé.
Certes, le corps se met au pli les premiers jours, mais si vous n'avez pas le mental qui va avec, vous risquez fort d'être découragé bien avant de prendre du plaisir. Avec un bon entrainement, le plaisir arrive plus vite. Donc, si vous voulez partir en montagne, l'idéal est de bouffer de la montagne avant.
Le mental, justement. Mieux vaut qu'il soit blindé.
Avant de partir, j'ai lu des centaines de pages sur Internet, dans des livres et des magazines sur cette traversée. Elles sont unanimes : c'est fantastique, merveilleux, splendide, etc.
Pas une ne vous met en garde. Oui, c'est exact. C'est fantastique, merveilleux, splendide et vous allez en prendre plein les yeux. Mais vous allez devoir le mériter et pour ça, vous allez en chi.. parfois comme des rats morts. Le GR10 ne vous fera pas de cadeau, pas sans contrepartie en tout cas.
Gardez bien à l'esprit que la montagne, comme tout endroit sauvage, c'est dangereux. Et parfois fatal. Votre égo sera mis à rude épreuve, tout comme vos pieds. Renoncer n'est pas un échec, c'est parfois la seule solution. L'orgueil en prend un coup, mais la vie est sauve.
Oh bien sûr ce n'est pas l'Himalaya ou l'Amazonie ; n'est pas Sarah Marquis ou Mike Horn qui veut. Mais oui, préparez-vous à en baver. 
Cependant, la récompense sera bien souvent à la hauteur de l'effort. Pas forcément les jours de pluie, de brouillard, de vent, de grésil ou tout cela à la fois, mais oui, je peux vous l'assurer, vous allez en prendre plein les yeux.
Plein les oreilles aussi, si vous appréciez le silence des cimes. Plein le nez de cet air au parfum minéral là-haut ou végétal à mi-pente. Plein la peau de ces vents si doux ou si turbulents, des ces eaux vives qui vous éclaboussent au bas d'une chute, de ce soleil qui vous réchauffe doucement les matins de gelées blanches ou vous grille les après-midi de canicule si vous ne vous protégez pas. Plein les papilles des plats préparés avec les produits sains de la ferme qui vous héberge par des amoureux de leur terroir.
Tous vos sens seront gâtés.
Alors vous pourrez dire merci, merci à ce sacré GR10 qui certes ne vous aura pas ménagé, mais vous aura tout de même révélé de bien belles choses, dont les plus belles étaient peut-être profondément enfouies en vous.

Merci à toi, petit père, au plaisir de sentir à nouveau tes pas me caresser l'échine...


Fin.

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