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D'UN CAP À D’AUTRES

65 jours
Par Jacqueline25
publié il y a 2 jours
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D'UN CAP À D’AUTRES

Section 3 Du 1 juillet au 5 ju..

Mise à jour section : 24 juil.

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Section 3 Du 1 juillet au 5 ju..
mercredi 1 juillet - 10e jour
50km
Bourbon-Lancy, Charrin, Devin, Decize


Échanger son vélo contre une mobylette
L’étape du jour est courte, une cinquantaine de kilomètres.
À mon ravissement, certaines côtes sont réalisables par l’élan pris dans la descente adjacente.
Sinon, je peine et pousse mon vélo.
Des cyclistes sur leur monture électrique me doublent avec une facilité déroutante. Ils me crient à leur passage : « Bon courage ! » et cela m’enrage !
Quelques descentes sont les bienvenues. Ce sont des  instants de repos fraîcheur mais toujours très éphémères.
Mon corps ne s’est pas défait de la chaleur des jours précédents. Il perçoit le soleil comme un ennemi et le canal du Nivernais, bien ombragé devient un cher ami.
Sur une petite route secondaire, une dame dresse trois chiens, de gabarits différents. Je m’approche prudemment à pied. Mon vélo roule au pas. Cependant les chiens se mettent à courir vers moi. Je demande à la dame de les attacher. Elle me rétorque :: « Votre vélo est considéré par mes chiens comme une vache. Ils courent donc après. »
Ah bon ! Mon vélo est perçu comme une vache par les chiens ! 
Lorsque je lui explique que j’ai peur des chiens, elle poursuit : « Si vous avez peur, vous devenez un problème pour eux !» J’aurais peut-être pu en apprendre plus, mais je dois poursuivre ma route. 
Mon vélo est une vache ! Moi un problème ! Je ne suis pas prête d’être tirée d’affaire avec les chiens.
Partie tôt ce matin, j’arrive à Decize à midi.
J’ai le temps d’aller me désaltérer au bar de la halte nautique jouxtant le camping.
Deux hommes arrivent en mobylette. J’adore les mobylettes !
À 18 ans, avec l’argent gagné lors d’un travail d’été, je m’étais acheté une 102 Peugeot. D’ailleurs je ne sais ce qu’est devenue ce magnifique cyclomoteur blanc.
L’un des messieurs me renseigne  : « C’est ma passion ! Je restaure les anciennes mobylettes et les vends. J’ai mon atelier au village de Fours proche de Decize. L’une que vous voyez date de 1950 et l’autre de 1968. En moyenne, un cyclomoteur de 50 cm³ offre une consommation impressionnante de 2,5 litres aux 100 km. J’ai baissé cette consommation par diverses transformations. »
Carole arrive en milieu d’après-midi et Yan en fin de journée. Nous ne saurons pas ce qui lui a pris autant de temps.
Nous sommes tous les trois installés sur le même emplacement au bord du canal. Carole a pris son temps à la recherche de papillons ou d’insectes. Mais l’herbe grillée par la chaleur, les fleurs absentes ne favorisent pas la présence des insectes. 
Selon les espèces, les libellules mâles défendent un territoire de reproduction au-dessus d’un plan d’eau par un va et vient. Elles sont faciles à observer par Carole. Elle n’attrape que ce qu’elle n’a pas encore identifié.
Carole m’explique : « Pour les données naturalistes, toutes les observations que n'importe qui fait de la faune (oiseaux , mammifères, insectes,.. ) sont renseignées sur une plate-forme participative pour récolter les éléments  qui peuvent ensuite servir aux associations telle que la LPO à mieux connaître et protéger les espèces. Un site identique existe au niveau national. »
Puis nous découvrons les gadgets de Yan. Un mini ventilateur lui permet de gonfler  son matelas. Avec de nombreux embouts, il peut s’adapter à toutes les valves. Ce mini appareil peut s’accrocher au plafond de sa tente et se transformer en lampe aux divers éclairages. Carole et moi sommes conquises par ce petit gadget. 
Une télécommande miniature est rangée dans sa sacoche de guidon. Après sa mise en fonctionnement, une sirène stridente se déclenche lorsqu’il déplace son vélo. L’alarme est placée dans sa sacoche outils.
Puis il est temps de nous rendre au restaurant du stade nautique.
Un magnifique cygne, fier et presque menaçant, est debout non loin de notre table.
Carole commente : « Un simple coup d’aile peut nous casser le bras. Certains animaux sauvages nourrit par l’homme peuvent être dangereux car ils associe l’homme à de la nourriture. Il ne serait donc pas prudent de nous en approcher. »
La discussion va bon train. Carole aimerait que sa mère, plus jeune que moi, parte voyager à vélo. Malheureusement des maux de dos l’handicapent pour l’instant. Yan envoient fréquemment des photos à ses petits-fils (de grands adolescents) afin de les inspirer et de les tirer hors des écrans, pratique qui leur occupe trop de temps à son avis.
Yan est un personnage sympathique,drôle. Et c’est dans une ambiance chaleureuse, riante, enthousiaste que nous passons notre dernière soirée ensemble. 





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Section 3 Du 1 juillet au 5 ju..
Jeudi 2 juillet - 11e jour
90 km
Decize, Luthenay, Sancoin, Banegon, le Pont de Sargy

Une longue nuit de sommeil récupérateur ne me permet pas de partir aux aurores pour cette longue étape du jour. La journée sera longue et j’ai repéré  un camping à la ferme au bout des quatre-vingt-dix km que je dois parcourir.
Je longe le canal latéral à la Loire. C’est plat ! Hormis lorsque je dois gravir, dans le sens latéral les nombreux ponts qui enjambent le canal.
Si le vent d’ouest était dans mon dos cela augmenterait considérablement ma vitesse. Il est de face évidemment !
Tout va bien ! J’avance rapidement. La piste est ombragée et me protège de mon ennemi. Le soleil !
J’ai quitté mes deux compagnons ce matin. Nos routes divergent. La rencontre a été éphémère mais fort sympathique et vivante. Le voyage de Carole se termine à Nevers et celui de Yan â Nantes.
Le barcyclette m’arrête un long moment. Nicolas est parti de Reims à bord de sa péniche-bar pour une année. Il navigue au fil de l’eau en empruntant les canaux pour un Tour de France.
Petites tables en fer, chaises de jardin, parasols, bottes de foin pour compléter les sièges, étagère présentant quelques objets des années cinquante : bouilloire, passoire…et petits jouets en métal qui décorent chacune des tables. Trois vélos des années 70 sont exposés, dont un Mercier, le summum pour Nicolas. Lorsque je lui évoque mon vélo Peugeot acheté en 1974, il rit et ajoute : « Nous les appelions des fers à repasser à cause de leur poids ! »
Il s’installe sur un siège botte de foin non loin de moi. Il possédait  pas  moins d’une centaine de vélos, qu’il a tous vendus.
Puis la discussion s’oriente sur notre monde en guerre, fragilisé par l’intolérance et le rejet de la différence et sur le réchauffement climatique.
Aujourd’hui encore la chaleur est accablante !
Il me raconte des histoires rocambolesques de voyageurs à vélo qui s’arrêtent dans son bar improvisé et éphémère. 
Je dois continuer ma route. Il est presque midi et il me reste encore soixante-dix kilomètres à parcourir
Plus loin dans la campagne, je croise de nombreux tracteurs chargés d’énormes bottes de foin aussi bien à l’avant que sur des plates-formes à l arrière, Ce n’est pas ma présence sur ces routes secondaires qui font ralentir ces agriculteurs qui me mettent en danger. À leur vue, je me précipite dans le talus et me retrouve couverte de poussière et de paille.
Je passe au-dessus de l’Allier par l’un des plus grands ponts-canaux de France, le Guétin, avec 343 m de long (470 en comprenant la double écluse attenante). 
À son extrémité, je découvre une brasserie de campagne. Malgré l’heure avancée, le restaurateur accepte de me servir.
Depuis quelque temps j’ai des difficultés à m’approvisionner. Les commerces ont fermé depuis belle lurette dans les villages.
De nombreux champs de céréales m’entourent. Une importante colonie de cigognes a trouvé à se nourrir. À mon approche, elles s’envolent anarchiquement et se reposent non loin.
Après le bourg de Sancoins, une voiture me double dans une côte et s’arrête peu après. Une dame m’attend au bord de la route.
Elle m’a laissé traverser une route à grande circulation à Sancoins, et a pensé : « Là ! C’est du lourd ! »
Me retrouvant plus loin, elle ne pouvait passer outre une petite discussion.
Après avoir partagé l’objectif de mon voyage, il est temps pour moi de m’intéresser à Florence. Je pressens qu’elle est une grand sportive à son maintien, sa posture, son élocution.
Eh oui ! Florence ! Au palmarès sportif inouï ! Plusieurs fois  championne de France, d’Europe, du Monde de judo et surtout de jujitsu dans les années 90. Entraîneuse de France et dans des pays étrangers. Aux Émirats Arabes par exemple dont elle porte le polo avec chameaux et l’inscription Abou Dabi.
Une championne qui m’attend au bord de la route en toute simplicité et humilité !
Nous nous entendons comme deux copines de longue date.
Le camping à la ferme, qui est la destination du jour, encore à vingt km, appartient à sa nièce. Elle lui téléphone pour l’aviser de mon arrivée tardive.
Mon démarrage en côte est cahin-caha. Les vitesses de mon vélo sont mal positionnées. Mais Florence court derrière moi et sa main posée à l’arrière de mon vélo est salutaire. Et c’est ainsi qu’au bout de 50 m de course pour Florence, je peux prendre mon envol.
Quelle belle et surprenante rencontre !
Contente, je parcours les vingt derniers kilomètres en un temps record et j’arrive  tardivement au camping après quatre-vingt-dix kilomètres.
Me rendant à la piscine, je me tords la cheville dans un trou du champ et tombe lourdement dans le champ. Allongée au sol, je constate les dégâts : douleurs à la cheville, au genou et au poignet. Plus de peur que de mal ! Quelques minutes après toutes les douleurs se sont dissipées et je peux  profiter de l’eau restée fraîche de la petite piscine bac du camping.
J’ai des nouvelles de Florence. Ensemble, nous prendrons  le petit-déjeuner demain matin au camping avant mon départ.





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Section 3 Du 1 juillet au 5 ju..
vendredi 3 juillet - 12e jour
40 km
Le Pont de Pargy, Charenton-du-Cher, Saint-Amand-Montrond

Le tout arrosé de vin et bière 
Aujourd’hui, je suis hébergée par Christian, Cyclo-voyageur. Il a lu une présentation succincte de mon voyage sur un site vélo et m’a proposé chaleureusement le gîte et le couvert. Cela se pratique régulièrement entre Cyclo-voyageur, mais ce n’est pas coutumier pour moi.
Avant de partir, place au petit-déjeuner en compagnie de Florence, retraitée depuis trois ans.
Je suis choyée par Florence. Elle a préparé deux sortes de café dont un noisette à la teinte si particulière qui provient d'un simple nuage de lait qui adoucit le café tout en conservant sa puissance. Des viennoiseries s’associent viennent corréler le café.
En quelques mots, Florence m’explique les différences entre les vaches présentes dans le champ voisin composant le cheptel de sa nièce.
Je pensais à tort que les Charolaises étaient de robustes vaches. En réalité elles demandent beaucoup d’attention notamment au cours du vêlage. En revanche, les Limousines qui pour certaines ont été modifiées génétiquement  et n’ont plus de cornes, correspondent mieux au choix de sa nièce car elles sont plus robustes que les premières notamment lors du vêlage, elles se débrouillent seules. Et pour compléter l’ensemble, des vaches à la robe foncée, peut-être la Brune des Alpes, se mélangent au troupeau. Mais je ne me souviens plus avec exactitude ce que m’a mentionné Florence sur cette dernière race de vaches.
Chacune parle de sa vie, de ses passions. J’ai le plaisir d’admirer les sculptures miniatures fabriquées avec des pièces mécanique réalisées par Florence. Elles sont en lien avec un de ses amis chirurgiens qui répare genoux, hanches, épaules et autres articulations.
Nous échangeons aussi sur les deux livres écrits respectivement. Pour elle, un sur le judo et l’autre est un recueil de poésies. Pour moi, deux récits de voyage, l’un de Besançon au cap Nord à vélo et l’autre, écrit avec Gaël, est un récit à vélo le long de la Somme. 
La conversation va bon train, chacune expose sa vie, ses passions. Elle a été monitrice en tant que judokate en France et à travers le monde. Une vie dépeinte en toute simplicité.
Nous nous quittons en milieu de matinée. 
L’étape du jour sera courte pour arriver à Saint-Amand-Montrond, où Christian, cyclo-voyageur m’a proposé chaleureusement de m’héberger.
Je n’utilise pas lors de mes voyages, les sites d’hébergement chez l’habitant. Mais une invitation ne se refuse pas. 
Christian, un peu plus jeune que moi, est un voyageur à vélo depuis neuf ans.
D’emblée, l’échange est aisé. Cette passion commune impacte nos vies. Nous sommes sur un même registre d’expériences, d’émotions, d’envies, de partage. Le matériel occupe  aussi une grande place dans les discussions. En effet, nous transformons nos vies sédentaires, confortables, en vie nomade et cela plusieurs mois par an. Le matériel doit être léger, fonctionnel et parfois, un gadget peut simplifier notre quotidien.
Intervient aussi la façon de préparer ou pas nos voyages. Je lui indique le nom de l’application qui recense tous les Shelters en Europe. Christian me fait connaître l’application qui recense tous les points d’eau indispensables par ces périodes de grande chaleur et également celle qui recense les campings. Je sais enfin comment installer mes traces GPX sur l’application Osmand, cartographie mondiale à partir d’un calculateur d’itinéraire BRouteur. Cela peut paraître du Chinois pour un profane. Mais avant de partir, je trace ma route à l’aide de ces outils. Je la suis ou diverge en fonctions de mes envies.
Christian est un fin cuisinier. Il a préparé une pizza digne du meilleur pizzaïolo et une tarte aux pommes au goût rehaussé de cannelle. Et le tout arrosé de vin rosé et rouge et de bière qui nous entraîne jusqu’au milieu de la nuit.
Quel belle rencontre !


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Section 3 Du 1 juillet au 5 ju..
samedi 4 juillet - 13e jour
75 Km
Saint-Amand-Montrond, Châteaumeillant, la Châtre, Montgivray

Une marcheuse et une cycliste
Aux aurores je partage le petit-déjeuner avec Christian. La nuit fut particulièrement courte, mais l’un et l’autre sommes en forme.
La discussion reprend avec l’impression qu’il n’y a pas eu d’interruption.
Je dois poursuivre ma route après ce moment chaleureux passé avec Christian. 
Le pays de George Sand regorge de petites routes, de chemins creux et de points de vue pour découvrir ce paysage de bocage romantique.
La nature est préservée. Le chant des oiseaux est très présent et me submerge.
Les petits villages sont authentiques et tous ont le clocher  de l’église qui trône fièrement au centre du village.
Ils sont silencieux. Toutes les maisons ont leurs volets fermés pour tenter d’emprisonner la fraîcheur résumante de la nuit.
Plus un brin d’herbe verte, tout est grillé par le soleil. Les arbres aussi sont victimes de la chaleur. Ces derniers jours, ils en perdent même leur feuillage. Un phénomène étonnant, qui s'avère être une réaction d'auto-défense face à la canicule qui sévit en ce début juillet.
J’écoute régulièrement la radio lors de mes voyages à vélo. Cela rompt mon isolement. Une émission est très à propos et me renseigne : « Pour éviter la surchauffe, les arbres consomment donc plus d'eau lors de fortes chaleurs, mais ils savent aussi s'économiser, en cas de sécheresse par exemple. Quand l'arbre sent qu'il y a moins d'eau dans le sol, il limite l'ouverture des stomates pour éliminer moins d'eau, et préserver ses organes. L'organisme de l'arbre ne va plus pouvoir se refroidir avec l'eau, et le feuillage va alors s'échauffer et s'assècher. »
La première maison du hameau des Archers est surprenante. La façade, en partie en pierre apparente, a été mise en valeur par de nombreuses volutes colorées entourant les fenêtres, décorant le renfoncement du balcon et de l’escalier. Le soubassement, le corps de façade et le couronnement sont séparés par une frise toujours sur le même mode décoratif.
À Archers, à l’origine dans les années 1800, une vingtaine de potiers y exerçaient.
L’association Merlusine et la commune du Châtelet ont redynamisé les Archers en permettant l’établissement de plusieurs potiers dans le village depuis 1997.
Un musée de la poterie est basé au village. À l’arrière de celui-ci, un joli parc aux nombreux arbres n’ayant pas perdu leur feuillage m’appelle  à la prudence. Deux mots me reviennent en mémoire : s’échauffer et s’assécher. Donc, je dois me reposer sous l’arbre le plus feuillu… et je dors pendant une heure.
Le musée est fermé et je ne trouve pas âme qui vive au village. Les potiers aussi ont tiré leurs volets. Et je n’ose frapper aux persiennes closes.
Sur la route secondaire, les rares voitures croisées vont à toute vitesse. Je ne sais pourquoi !
Je ne croise ni cyclo-voyageur ni marcheur-pèlerins  en direction de Saint-Jacques-de-Compostelle. En effet, l’EuroVelo 3 se confond avec le chemin de Vezelay.
Cependant, une autre dame est installée au camping de Montgivray. Elle est Néerlandaise et partie depuis sept semaines. Elle est très fatiguée m’indique-t-elle. Et cette chaleur y est pour beaucoup. Sa tente est particulière. C’est une tente de tête avec un long fourreau qui entoure son matelas et vient s’attacher à la tente grâce a une fermeture à glissière. Elle n’a pas testé le système avant de partir et remarque qu’il génère beaucoup de condensation.
Nous ne sommes que deux au camping. Une marcheuse et une cycliste pour une destination grandement identique.



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Section 3 Du 1 juillet au 5 ju..
dimanche 5 juillet - 14e jour
70 km
Montgivray, Châtre, Ids-Saint-Roch, Le Bourg, Neuvy-Saint-Sépulcre

Perdre le nord !
Après une excellente nuit réparatrice, je démarre ma journée.
La Vallée Noire, c'est l'Indre vue par George Sand : « Un pays de bocages, de landes, de chemins sinueux, où l'âme humaine se révèle dans la simplicité du quotidien. Ce n'est pas un décor figé, c'est un monde vivant, travaillé par le temps, par les saisons, par les hommes. »
La jolie ville de Châtres nécessite une petite visite. La ville se réveille en ce dimanche matin. Les cafés ont déjà installé leur terrasse pour mon grand plaisir.
Après quelque déambulation dans la ville où j’admire en particulier la maison à pans de bois, je m’arrête devant le musée George Sand. Il est fermé. La réouverture est prévue pour 2030. Inutile d’attendre ! Il est temps de partir.
Mais ma  situation de voyageuse se corse. Je me perds en suivant les panneaux qui m’envoient à mon insu en sens inverse. Je fais fi de mon GPS qui pourtant s’alarme de ma bévue.
Apres bon nombre de km, je commence à réagir et utilise Google Maps pour me remettre dans le droit chemin. Peine perdue, il m’envoie dans un chemin d’herbe fermé par une solide barrière.
J’utilise la mention « voiture ». Et là encore il me fait circuler dans des chemins herbeux, terreux, caillouteux en bordure de champ. Puis j’arrive à une départementale circulante limitée à 90 km/h. Je dois parcourir sept kilomètres. Je ne tergiverse pas ! J’installe tous mes signaux de sécurité : éclairage, mat à l’arrière surmonté d’un ample drapeau jaune, et je porte évidemment un gilet jaune.
Je pense à Charles. Charles Goemans. Jeune homme d’une trentaine d’années, du nord de la France. Un terrible accident en Australie l’a fortement handicapé. Il n’a plus le sens de l’équilibre entre autres handicaps. 
Il utilise un vélo couché, à trois roues, mécanique. Il m’a contacté il y a environ deux années car il avait lu un article sur mon voyage au cap Nord. C’était son rêve de s’y rendre. Il a réalisé son voyage en trois étapes. Il est parti cette année depuis Oslo.
Il m’a envoyé l’article élogieux paru dans le journal de sa région. Celui-ci relate ses défis, ses difficultés et une photo le montrant, tellement heureux et accompagné de son magnifique vélo
Charles m’a profondément ému.
Charles est particulier. Quelle témérité ! Quel courage ! Quelle bravoure ! Quelle vaillance !
Il faut être un être exceptionnel pour porter tant de détermination.
La motivation est donc un élément capital pour les voyageurs à vélo. Ce genre de déplacement est semé d’embûches parfois dangereuses. La Norvège, montagneuse, aux tunnels sous-marins, comporte ses propres difficultés. Heureusement, dans ce pays, les chauffeurs associent les cyclistes à des véhicules. Ce qui fait que l’on ne vous frôle a priori jamais. La voie sur laquelle  vous roulez vous appartient.
Le voyage en solitaire nécessite de puiser au fond de soi toutes les ressources nécessaires. Celles-ci doivent toujours être atteignables. Ces ressources sont intrinsèques à chacun.
Aujourd’hui, mes ressources sur l’orientation sont absolument défaillantes. Je ressemble à mon GPS, je suis toute tourneboulée. J’ai perdu le nord. Je parcours donc quinze kilomètres pour me retrouver à mon point de départ. C’est tout de même rageant !
Peu après la Châtre, j’emprunte une ancienne voie ferrée transformée en piste cyclable magnifiquement ombragée. Le relief est nivelé par de petites digues. Quelques ponts en arc l’enjambent et la frondaison luxuriante est d’un immense bienfait par cette grande chaleur. 
Je ne prends pas le temps de visiter le château privé de Sarzay et j’arrive rapidement à Neuvy-Saint-Sépulcre. Je visite la basilique Saint-Étienne. À l'intérieur de la rotonde, la voûte est soutenue par des colonnes surmontées de chapiteaux représentant des motifs floraux, des figures animales ou humaines. 
Il est temps d’aller me restaurer. Il fait trop chaud pour transporter de la nourriture. Je dois rapidement réfléchir à la nourriture que je peux transporter sans souci,
Une brasserie est installée sur la place. Les prix sont exceptionnellement bon marché à l’instar de l’agréable camping municipal avec piscine pour un coût de six euros où je pourrai, gratuitement, laver l’entièreté de mon linge. 
Ada est là, déjà installée. Sans doute n’a-t-elle pas tournicoté.
Et puis une autre belle rencontre, Elly, camping-cariste. Elle est partie du sud-ouest et rend visite à sa sœur. La discussion va bon train. Ancienne marathonienne, le dernier important date de 2024 au Japon. Puis au milieu d’un autre, plus mineur, elle s’est arrêtée, d’un coup et a senti que c’était fini. Plus de motivation !
Nous nous donnons rendez-vous à la guinguette « Au fil de l’eau, Beach-bar à Sauveterre-de-Béarn d’ici une vingtaine de jours. Incroyable ! Les rencontres sont surprenantes !

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