De Besançon au cap Nord en 2022 ; de Besançon au cap Roca en 2026 ; et relier les deux caps à vélo.
Le cap Nord, point le plus septentrional d'Europe.
Le cap Roca, point le plus occidental du continent européen.
Le cap Nord, point le plus septentrional d'Europe.
Le cap Roca, point le plus occidental du continent européen.
Activité :
vélo de randonnée
Statut :
en cours
DATE :
30/06/2026
Durée :
65 jours
Mobilité douce
du pas de la porte au pas de la porte
Mise à jour section : 18 août
dimanche 2 août - 42e jour
52 km
San Bol (Iglesias), Castrojeriz, Fromista, Villarmentro de Campos
Dès l’aube, Martin me prépare un thé. Tous nos effets sont rangés depuis la veille. Nous nous mettons en chemin, lui à pied, moi à vélo…
Le soleil n’est pas encore levé. Une délicate lueur rouge pointe à l’horizon. Le bord supérieur du soleil apparaît. Voici l’aurore ! Le passage de l'aube au lever du soleil qui s'achèvera lorsque l'intégralité du disque solaire sera visible. J’attends… car l’est est derrière moi. Moment sublime !
Je peux reprendre mon chemin.
Après avoir terminé le dénivelé que j’aurais dû parcourir la veille sur le chemin sablonneux et caillouteux, je poursuis sur une route secondaire à une seule voie qui rejoint les villages.
Depuis le haut de la colline, l’arrivée à Castrojeriz est superbe avec la vue sur la collégiale de Nuestra Señora del Manzano, dominée par un château en ruine datant du IX siècle, érodé par le temps qui passe. Le village semble s’enrouler autour de la colline.
À la sortie du village deux options s’offrent à moi. En face la piste grimpe avec un fort dénivelé sur le plateau. Cent-vingt-sept mètres de dénivelé en un kilomètre soit 12% de moyenne. Lorsque je lis le panneau en début d’ascension, mon demi-tour se termine par un dérapage et je rejoins immédiatement la route pour me conformer au fléchage destiné aux cyclistes. Peu après, au bistrot de Castrillo Motra de Judios, un Espagnol m’informe : « Le village s’appelait encore récemment Castrillo Matajudios (« Tue les Juifs »). Le village a changé de nom suite à un référendum en 2014. » Puis je perds le sens de la discussion lorsqu’il me donne les détails sur le pogrom de 1035 forçant un groupe de juifs à se réfugier dans le lieu-dit de Castrillo. Intéressant monsieur aux excellentes connaissances historiques.
Nous sommes dimanche et je croise quelques cyclistes de route. L’un me demande si je vais à Santiago. Lorsque je lui réponds que mon chemin s’arrêtera à Lisbonne, iI lève le pouce et hoche la tête.
À mon départ, la température se montait à 15 degrés, deux heures après elle est à 25 degrés. Ce n’est pas excessif, mais le soleil tape fortement sur mon dos. C’est plus confortable que de l’avoir de face.
Je déjeune dans un bar de village avec Catherine, Lilloise. Depuis Saint-Jean-Pied-de-Port elle se rend à Saint-Jacques-de-Compostelle. Elle a cinquante-huit ans. Son frère, qu’elle considérait comme son jumeau, est décédé récemment. Elle a besoin de ce voyage pour s’éloigner de son chagrin. Contre toute attente, nous passons un bon moment d’hilarité. Elle ne fait que du camping sauvage. En fin de journée elle se met en quête d’un endroit isolé, loin des regards. La nuit précédente, un animal aux grognements inconnus pour elle, a tournicoté autour de sa tente. Elle n’était pas très rassurée. Je lui conseille de garder un bâton de marche en partie replié auprès d’elle. Cela permet, en cas de besoin, de tenir à distance un animal.
Elle n’a pas de panneau solaire pour recharger son téléphone. Ce qui lui complique la vie. Chaque fois qu’elle s’arrête dans un lieu public, elle doit penser à mettre son téléphone en charge. Pour moi, tout cela serait trop de complication et d’énergie à déployer au quotidien. Puis nous devons nous séparer. Nous ne nous reverrons pas, car une marcheuse et une cycliste ne sont pas sur le même rythme.
J’ai l’impression d’être revenue dans le Doubs ! Un canal ici ! Le canal de Castilla, dont la construction a débuté au milieu du XVIIIe siècle pour s’achever un siècle plus tard.
Tout y est : chemin de halage, écluses et maisons éclusières. Même l’office de tourisme de Frómista a élu domicile dans l’une. Il était utilisé pour transporter les céréales des champs de Castille jusqu’à la mer. Aujourd’hui, il est utilisé pour l’irrigation et pour je tourisme à bateau.
Plus loin, je double deux marcheurs qui parlent français. C’est encore une occasion d’échanger. Nous sommes surpris de longer un canal. Le canal de Castilla long de deux -cents-sept kilomètres. Le premier que nous rencontrons en Espagne. Nous constatons que l’herbe est verte. Les regains, coupe d’herbe supplémentaires, aux bottes d’herbe bien verte, nous surprennent. Les regains… le terme tend à être désuet, mais il est utilisé en Franche-Comté et aussi en littérature depuis le roman du même nom de Jean Giono.
L’un des hommes, encore jeune, réside à Carcassonne. L’autre, retraité de longue date, est parti depuis mi-mai de Delémont, ville située dans le district des Franches-Montagnes du canton du Jura en Suisse. Pas si loin de Besançon. Il est ravi d’entendre un accent qu’il connaît bien. Après cet échange sympathique aux différents accents : méridional, suisse et franc-comtois, je m’élance à vélo, je lève la main et crie : « Tout de bon ! » Cette expression est utilisée en Suisse romande pour dire "Au revoir". Elle signifie : prenez soin de vous et bonne chance. J’entends le monsieur Suisse s’exclamer derrière moi et rire bruyamment.
L’échelle de douze écluses avant Mulhouse n’a qu’à bien se tenir car une erreur de parcours, juste aux portes de Frómista, me permet d’admirer un grand ensemble d'écluses à la beauté extraordinaire de la 17 à la 20. Beaucoup considèrent que c’est l'une des œuvres les plus ingénieuses de tout le complexe du canal. Au total, les écluses permettent de gagner près de quinze mètres de dénivelé.
Ma destination est encore à douze kilomètres. Dans un village aux quelques fermes situées autour de son église, une Albergue est la bienvenue. Un peu rustique, les tables du bar-restaurant n’ont pas été nettoyées depuis longtemps et le jardin nécessiterait d’être désencombré. Mais cela reste un lieu atypique à l’écart des albergues de ville, parfois surpeuplées.
Nous sommes trois dames dans le dortoir. Hanna, Allemande, a des difficultés à la marche. Une inflammation d’une cheville lui inflige un important œdème et occasionne une couleur violacée sur tout le pourtour de sa cheville.
Gina, d’origine roumaine chante à tue-tête sous la douche et parle parfaitement français.
52 km
San Bol (Iglesias), Castrojeriz, Fromista, Villarmentro de Campos
Dès l’aube, Martin me prépare un thé. Tous nos effets sont rangés depuis la veille. Nous nous mettons en chemin, lui à pied, moi à vélo…
Le soleil n’est pas encore levé. Une délicate lueur rouge pointe à l’horizon. Le bord supérieur du soleil apparaît. Voici l’aurore ! Le passage de l'aube au lever du soleil qui s'achèvera lorsque l'intégralité du disque solaire sera visible. J’attends… car l’est est derrière moi. Moment sublime !
Je peux reprendre mon chemin.
Après avoir terminé le dénivelé que j’aurais dû parcourir la veille sur le chemin sablonneux et caillouteux, je poursuis sur une route secondaire à une seule voie qui rejoint les villages.
Depuis le haut de la colline, l’arrivée à Castrojeriz est superbe avec la vue sur la collégiale de Nuestra Señora del Manzano, dominée par un château en ruine datant du IX siècle, érodé par le temps qui passe. Le village semble s’enrouler autour de la colline.
À la sortie du village deux options s’offrent à moi. En face la piste grimpe avec un fort dénivelé sur le plateau. Cent-vingt-sept mètres de dénivelé en un kilomètre soit 12% de moyenne. Lorsque je lis le panneau en début d’ascension, mon demi-tour se termine par un dérapage et je rejoins immédiatement la route pour me conformer au fléchage destiné aux cyclistes. Peu après, au bistrot de Castrillo Motra de Judios, un Espagnol m’informe : « Le village s’appelait encore récemment Castrillo Matajudios (« Tue les Juifs »). Le village a changé de nom suite à un référendum en 2014. » Puis je perds le sens de la discussion lorsqu’il me donne les détails sur le pogrom de 1035 forçant un groupe de juifs à se réfugier dans le lieu-dit de Castrillo. Intéressant monsieur aux excellentes connaissances historiques.
Nous sommes dimanche et je croise quelques cyclistes de route. L’un me demande si je vais à Santiago. Lorsque je lui réponds que mon chemin s’arrêtera à Lisbonne, iI lève le pouce et hoche la tête.
À mon départ, la température se montait à 15 degrés, deux heures après elle est à 25 degrés. Ce n’est pas excessif, mais le soleil tape fortement sur mon dos. C’est plus confortable que de l’avoir de face.
Je déjeune dans un bar de village avec Catherine, Lilloise. Depuis Saint-Jean-Pied-de-Port elle se rend à Saint-Jacques-de-Compostelle. Elle a cinquante-huit ans. Son frère, qu’elle considérait comme son jumeau, est décédé récemment. Elle a besoin de ce voyage pour s’éloigner de son chagrin. Contre toute attente, nous passons un bon moment d’hilarité. Elle ne fait que du camping sauvage. En fin de journée elle se met en quête d’un endroit isolé, loin des regards. La nuit précédente, un animal aux grognements inconnus pour elle, a tournicoté autour de sa tente. Elle n’était pas très rassurée. Je lui conseille de garder un bâton de marche en partie replié auprès d’elle. Cela permet, en cas de besoin, de tenir à distance un animal.
Elle n’a pas de panneau solaire pour recharger son téléphone. Ce qui lui complique la vie. Chaque fois qu’elle s’arrête dans un lieu public, elle doit penser à mettre son téléphone en charge. Pour moi, tout cela serait trop de complication et d’énergie à déployer au quotidien. Puis nous devons nous séparer. Nous ne nous reverrons pas, car une marcheuse et une cycliste ne sont pas sur le même rythme.
J’ai l’impression d’être revenue dans le Doubs ! Un canal ici ! Le canal de Castilla, dont la construction a débuté au milieu du XVIIIe siècle pour s’achever un siècle plus tard.
Tout y est : chemin de halage, écluses et maisons éclusières. Même l’office de tourisme de Frómista a élu domicile dans l’une. Il était utilisé pour transporter les céréales des champs de Castille jusqu’à la mer. Aujourd’hui, il est utilisé pour l’irrigation et pour je tourisme à bateau.
Plus loin, je double deux marcheurs qui parlent français. C’est encore une occasion d’échanger. Nous sommes surpris de longer un canal. Le canal de Castilla long de deux -cents-sept kilomètres. Le premier que nous rencontrons en Espagne. Nous constatons que l’herbe est verte. Les regains, coupe d’herbe supplémentaires, aux bottes d’herbe bien verte, nous surprennent. Les regains… le terme tend à être désuet, mais il est utilisé en Franche-Comté et aussi en littérature depuis le roman du même nom de Jean Giono.
L’un des hommes, encore jeune, réside à Carcassonne. L’autre, retraité de longue date, est parti depuis mi-mai de Delémont, ville située dans le district des Franches-Montagnes du canton du Jura en Suisse. Pas si loin de Besançon. Il est ravi d’entendre un accent qu’il connaît bien. Après cet échange sympathique aux différents accents : méridional, suisse et franc-comtois, je m’élance à vélo, je lève la main et crie : « Tout de bon ! » Cette expression est utilisée en Suisse romande pour dire "Au revoir". Elle signifie : prenez soin de vous et bonne chance. J’entends le monsieur Suisse s’exclamer derrière moi et rire bruyamment.
L’échelle de douze écluses avant Mulhouse n’a qu’à bien se tenir car une erreur de parcours, juste aux portes de Frómista, me permet d’admirer un grand ensemble d'écluses à la beauté extraordinaire de la 17 à la 20. Beaucoup considèrent que c’est l'une des œuvres les plus ingénieuses de tout le complexe du canal. Au total, les écluses permettent de gagner près de quinze mètres de dénivelé.
Ma destination est encore à douze kilomètres. Dans un village aux quelques fermes situées autour de son église, une Albergue est la bienvenue. Un peu rustique, les tables du bar-restaurant n’ont pas été nettoyées depuis longtemps et le jardin nécessiterait d’être désencombré. Mais cela reste un lieu atypique à l’écart des albergues de ville, parfois surpeuplées.
Nous sommes trois dames dans le dortoir. Hanna, Allemande, a des difficultés à la marche. Une inflammation d’une cheville lui inflige un important œdème et occasionne une couleur violacée sur tout le pourtour de sa cheville.
Gina, d’origine roumaine chante à tue-tête sous la douche et parle parfaitement français.
…/…
lundi 3 août - 42e jour
55 km
Villarmentero de Campos, Carrión de los Condes, Ledigos, Sahagùn
Après douze kilomètres, je retrouve Gina à Carrión de los Condes. Nous prenons un café ensemble. Elle a commencé ce chemin l’année passée et au vu des bienfaits éprouvés, elle a décidé de poursuivre cette année. Elle travaille à Amsterdam comme comptable. Elle parle plusieurs langues et précise : « Je pense avoir un don pour les langues ». Je le pense aussi ! Elle a appris ces langues notamment en visionnant des films sous-titrés. Elle parle français d’une manière particulièrement soutenue.
À la sortie de la ville, installés sur une terrasse, les deux hommes m’appellent. Enfin… Je vais en savoir un peu plus sur eux. Je les ai vus pour la première fois à Lorca une semaine auparavant. Marwin et Wieslaw sont tous les deux Polonais. Ils ne se connaissaient pas au préalable et se sont rencontrés sur les chemins en France. Ils sont partis à pied depuis la Pologne. L’un mi-mai et l’autre fin mai. Ils parcourent en moyenne cinquante à soixante kilomètres quotidiennement. Incroyable ! Je comprends pourquoi, à Lorca, Marwin s’est plongé la tête dans la fontaine et Wieslaw a pris un bain de pieds durant de longues minutes.
Marwin parle bien français. Sa famille a rejoint Porto en avion et se dirige maintenant à pied à Saint-Jacques-de-Compostelle. Là, ils se retrouveront pour l’éclipse solaire du mercredi 12 août qui marquera la fin de leur voyage.
Le Soleil, la Terre et la Lune ont de nouveau rendez-vous pour un ballet astronomique rare.
Cette éclipse solaire exceptionnelle sera visible depuis toute la France. Elle sera totale dans le nord de l'Espagne.
Je ne sais pourquoi, nous parlons extrêmement fort, comme de vieux camarades qui se retrouvent après des années de séparation.
Une séance de photos scelle notre rencontre.
Nous ne nous souhaitons pas « Tout de bon !» mais « À tout à l’heure !» ou alors « À demain ! »
Le chemin traverse une immense plaine. La cordillère Cantabriques se discernent au loin.
La piste est extrêmement poussiéreuse. Les mollets des marcheurs sont couverts de poussière. Ma bicyclette émet des gémissements. Cette lourde poussière a envahi plateaux, pignons, dérailleur, chaîne…
Je dois laver tout ce mécanisme avant de l’endommager. La bicyclette est douchée régulièrement, mais aujourd’hui, l’empoussiérage a atteint son paroxysme après seulement quelques kilomètres.
Les collines réapparaissent. La piste longe la nationale où le trafic est pratiquement inexistant. L’autoroute est à proximité, ce qui peut expliquer cela. Je circule sur l’accotement de la route. En effet, les routes espagnoles sont construites avec cet espace d’environ un mètre cinquante.
Ma progression est facilitée par le bitume. Un marcheur a choisi aussi cette formule-là. Il marche pieds nus sur la route. De multiples pansements recouvrent ses orteils, ses talons et il se déplace avec précaution.
Ils sont un certain nombre à avoir une démarche malaisée occasionnée par des ampoules, des inflammations des chevilles, des genoux et sans doute d’autres maux.
Cet itinéraire culturel européen nécessite une bonne préparation au préalable. Sinon la progression doit aller crescendo.
Cette journée se déroule principalement sous un ciel couvert, sur route au dénivelé modéré et pour une étape relativement courte. J’arrive en début d’après-midi à Sahagún. .
Sur la place du village, mon vélo est douché à la fontaine en utilisant mes gourdes. Ce nettoyage peu puissant ne vient pas à bout de la poussière qui s’est agglutinée et collée sur les rouages. Heureusement, un tuyau d’arrosage placé dans le patio de l’albergue choisie pour la nuit, viendra à ma rescousse pour un nettoyage approfondi.
Je me rends à l’albergue de Peregrinos de La Santa Cruz dans le monastère des mères Bénédictines (XVIe siècle) qui abrite une auberge de seize places et une hospedería avec des chambres doubles et individuelles.
Je suis accueillie par Paul, natif de Tanna une île proche de la Nouvelle-Calédonie. Il a étudié dans un lycée français et parle parfaitement français.
Il connaît six langues et a commencé l’apprentissage du Coréen dans la mesure où cette population est très présente sur le chemin de Compostelle, même si ces derniers pratiquent l’Anglais avec grande facilité. C’est un long parcours de vie, même s’il n’a que quarante-cinq ans, qui l’a mené à la prêtrise.
Toutes ces informations me seront données par Anna-Maria, professeur de Roumain en Roumanie. Elle est bénévole au monastère pendant ses vacances. Elle a même acheté une petite et ancienne maison à Sahagun.
Le cadre du monastère est magnifique et les équipements de bonne qualité. Tous les jours à 17h, le " café des pèlerins " offre un moment d'échange privilégié pour discuter autour d'un café ou d'un thé. À 18h30, messe et bénédiction des pèlerins, suivi d'un dîner avec la communauté des bénédictines. J’opte pour le café au centre du village où se réunissent les retraités du bourg. Ils forment des groupes de quatre et jouent à un jeu de cartes qui occasionne une grande agitation et de nombreux haussements de ton. Progressivement ils quittent les lieux et laissent la place à une clientèle un peu plus mixte.
Après plusieurs semaines d’alimentation sur le pouce, je choisis un restaurant qui propose un menu à trois plats. La soupe castillane est un délice. Le bifteck à la plancha me convient merveilleusement bien. Pour compléter le tout, un flan au caramel de fabrication maison me régale. Cet excellent menu, au prix dérisoire de quinze euros comporte aussi la boisson : une bouteille d’eau d’un litre et une bouteille de vin sont posées sur la table. Le garçon de café m’explique que je peux consommer un tiers de la bouteille de vin. À la fin du repas, il semble penser que je me suis servie avec parcimonie et complète mon verre. Tout compte fait, j’ai dû consommer plus de la moitié de la bouteille de vin.
Puis je rejoins ma chambre individuelle au monastère.
55 km
Villarmentero de Campos, Carrión de los Condes, Ledigos, Sahagùn
Après douze kilomètres, je retrouve Gina à Carrión de los Condes. Nous prenons un café ensemble. Elle a commencé ce chemin l’année passée et au vu des bienfaits éprouvés, elle a décidé de poursuivre cette année. Elle travaille à Amsterdam comme comptable. Elle parle plusieurs langues et précise : « Je pense avoir un don pour les langues ». Je le pense aussi ! Elle a appris ces langues notamment en visionnant des films sous-titrés. Elle parle français d’une manière particulièrement soutenue.
À la sortie de la ville, installés sur une terrasse, les deux hommes m’appellent. Enfin… Je vais en savoir un peu plus sur eux. Je les ai vus pour la première fois à Lorca une semaine auparavant. Marwin et Wieslaw sont tous les deux Polonais. Ils ne se connaissaient pas au préalable et se sont rencontrés sur les chemins en France. Ils sont partis à pied depuis la Pologne. L’un mi-mai et l’autre fin mai. Ils parcourent en moyenne cinquante à soixante kilomètres quotidiennement. Incroyable ! Je comprends pourquoi, à Lorca, Marwin s’est plongé la tête dans la fontaine et Wieslaw a pris un bain de pieds durant de longues minutes.
Marwin parle bien français. Sa famille a rejoint Porto en avion et se dirige maintenant à pied à Saint-Jacques-de-Compostelle. Là, ils se retrouveront pour l’éclipse solaire du mercredi 12 août qui marquera la fin de leur voyage.
Le Soleil, la Terre et la Lune ont de nouveau rendez-vous pour un ballet astronomique rare.
Cette éclipse solaire exceptionnelle sera visible depuis toute la France. Elle sera totale dans le nord de l'Espagne.
Je ne sais pourquoi, nous parlons extrêmement fort, comme de vieux camarades qui se retrouvent après des années de séparation.
Une séance de photos scelle notre rencontre.
Nous ne nous souhaitons pas « Tout de bon !» mais « À tout à l’heure !» ou alors « À demain ! »
Le chemin traverse une immense plaine. La cordillère Cantabriques se discernent au loin.
La piste est extrêmement poussiéreuse. Les mollets des marcheurs sont couverts de poussière. Ma bicyclette émet des gémissements. Cette lourde poussière a envahi plateaux, pignons, dérailleur, chaîne…
Je dois laver tout ce mécanisme avant de l’endommager. La bicyclette est douchée régulièrement, mais aujourd’hui, l’empoussiérage a atteint son paroxysme après seulement quelques kilomètres.
Les collines réapparaissent. La piste longe la nationale où le trafic est pratiquement inexistant. L’autoroute est à proximité, ce qui peut expliquer cela. Je circule sur l’accotement de la route. En effet, les routes espagnoles sont construites avec cet espace d’environ un mètre cinquante.
Ma progression est facilitée par le bitume. Un marcheur a choisi aussi cette formule-là. Il marche pieds nus sur la route. De multiples pansements recouvrent ses orteils, ses talons et il se déplace avec précaution.
Ils sont un certain nombre à avoir une démarche malaisée occasionnée par des ampoules, des inflammations des chevilles, des genoux et sans doute d’autres maux.
Cet itinéraire culturel européen nécessite une bonne préparation au préalable. Sinon la progression doit aller crescendo.
Cette journée se déroule principalement sous un ciel couvert, sur route au dénivelé modéré et pour une étape relativement courte. J’arrive en début d’après-midi à Sahagún. .
Sur la place du village, mon vélo est douché à la fontaine en utilisant mes gourdes. Ce nettoyage peu puissant ne vient pas à bout de la poussière qui s’est agglutinée et collée sur les rouages. Heureusement, un tuyau d’arrosage placé dans le patio de l’albergue choisie pour la nuit, viendra à ma rescousse pour un nettoyage approfondi.
Je me rends à l’albergue de Peregrinos de La Santa Cruz dans le monastère des mères Bénédictines (XVIe siècle) qui abrite une auberge de seize places et une hospedería avec des chambres doubles et individuelles.
Je suis accueillie par Paul, natif de Tanna une île proche de la Nouvelle-Calédonie. Il a étudié dans un lycée français et parle parfaitement français.
Il connaît six langues et a commencé l’apprentissage du Coréen dans la mesure où cette population est très présente sur le chemin de Compostelle, même si ces derniers pratiquent l’Anglais avec grande facilité. C’est un long parcours de vie, même s’il n’a que quarante-cinq ans, qui l’a mené à la prêtrise.
Toutes ces informations me seront données par Anna-Maria, professeur de Roumain en Roumanie. Elle est bénévole au monastère pendant ses vacances. Elle a même acheté une petite et ancienne maison à Sahagun.
Le cadre du monastère est magnifique et les équipements de bonne qualité. Tous les jours à 17h, le " café des pèlerins " offre un moment d'échange privilégié pour discuter autour d'un café ou d'un thé. À 18h30, messe et bénédiction des pèlerins, suivi d'un dîner avec la communauté des bénédictines. J’opte pour le café au centre du village où se réunissent les retraités du bourg. Ils forment des groupes de quatre et jouent à un jeu de cartes qui occasionne une grande agitation et de nombreux haussements de ton. Progressivement ils quittent les lieux et laissent la place à une clientèle un peu plus mixte.
Après plusieurs semaines d’alimentation sur le pouce, je choisis un restaurant qui propose un menu à trois plats. La soupe castillane est un délice. Le bifteck à la plancha me convient merveilleusement bien. Pour compléter le tout, un flan au caramel de fabrication maison me régale. Cet excellent menu, au prix dérisoire de quinze euros comporte aussi la boisson : une bouteille d’eau d’un litre et une bouteille de vin sont posées sur la table. Le garçon de café m’explique que je peux consommer un tiers de la bouteille de vin. À la fin du repas, il semble penser que je me suis servie avec parcimonie et complète mon verre. Tout compte fait, j’ai dû consommer plus de la moitié de la bouteille de vin.
Puis je rejoins ma chambre individuelle au monastère.
mardi 4 août - 43e jour
60 km
Sahagun, Reliegos, Puente Villarente
Confortablement installée dans la chambre individuelle je dors jusqu’à sept heures. Je me suis privée du lever de soleil, mais une bonne nuit n’a pas de prix.
Un petit-déjeuner libre service propose une grande variété de choix : charcuterie, fromage, fruits, viennoiseries, jus de fruit… Le tarif de ce premier repas est la formule du donativo. C’est un acte de générosité qui signifie que les pèlerins présents aujourd'hui dans cette auberge mangent grâce aux dons que les pèlerins ont déposés la veille. S'il y a peu de dons, cela signifie que ceux qui arriveront le lendemain, auront peu à manger.
Le petit-déjeuner se prend dans une spacieuse salle à manger aux tables assemblées, recouvertes de nappe à quadrillage rouge et blanc.
Le fond de la salle à manger est couvert d’un planisphère. De nombreuses épingles à tête plastique sont fichées et situent la nationalité des hôtes passés au monastère venant de tous les coins du monde. Essentiellement d’Europe, d’Amérique du Nord et de Corée. L’espace français est sur-occupé. Mais un département est vide. Mayotte ! Je le choisis pour planter mon épingle. Mayotte où j’ai travaillé de nombreuses années. L’île aux parfums, l’île hippocampe que j’ai parcouru à pied dans ses moindres recoins.
Puis il est temps de me mettre en route pour rejoindre León. Le ciel est d’un bleu éclatant. Ce qui n’est pas particulièrement bon ni pour les marcheurs ni pour les cyclistes.
La région que je traverse depuis hier semble plus pauvre. La mono-culture de blé est remplacée par de petites parcelles de maïs, millet, tournesol, vignes… ou alors les champs ne sont plus cultivés. Les maisons des villages sont construites en brique rouge parfois recouverte d’un épais et grossier crépi marron.
Une route secondaire en pente douce jouxte le chemin des marcheurs et me permet de rouler à bonne vitesse.
Au loin j’aperçois deux marcheurs et à leur démarche rapide il semblerait que cela soit Marwin et Wieslaw. C’est bien eux ! On se donne rendez-vous au bistrot du village situé à trois kilomètres.
Ils ont dormi dans une albergue à Sahagun. Ils étaient trois dans un dortoir prévu pour cinquante personnes.
Depuis leur départ, ils ont parcouru plus de trois-mille kilomètres à pied !
Aujourd’hui, ils espèrent arriver à León située à soixante kilomètres. « Peut-être vers vingt ou vingt-deux heures » ajoute Marwin en souriant. D’habitude leur journée commence à 6 h, mais aujourd’hui ils ont débuté à 8h30. Comme moi ! Ils aimeraient s’arrêter à quelques kilomètres de León. La traversée des grandes villes en fin de journée fatigue le marcheur comme le cycliste. Trop de monde, de voitures, de bruit… les grandes villes aux basiliques prestigieuses sont des arrêts de prédilection pour les pèlerins ce qui occasionne de nombreuses personnes dans les albergues.
Je suis surprise par les compétences physiques de ces deux hommes de quarante-trois ans.
Wieslaw dispute des marathons généralement sur route sur une distance de 42,195 kilomètres.
Marwin pratique la course à pied en montagne en Pologne principalement dans les superbes massifs des Tatras, des Karkonosze et des Bieszczady. Des événements majeurs qui proposent des tracés exigeants au cœur de paysages sauvages.
Il a été sélectionné parmi 250 000 candidats pour le HOKA de Chamonix. 2 500 ont été retenus. Il partira en course pour 172 km.
Une brève recherche m’informe : « Le HOKA Ultra-Trail du Mont-Blanc (UTMB) est l'un des ultra-marathons les plus prestigieux au monde. Il fait le tour du massif du Mont-Blanc à travers la France, l'Italie et la Suisse. Organisé chaque année à Chamonix, l'UTMB est le fleuron du trail running, avec plusieurs formats de courses allant de 15 km à l'épreuve reine de 171 km avec plus de 10 000 mètres de dénivelé positif. Plus qu'une simple course, l'UTMB est un rassemblement mondial d'ultra-coureurs d'élite et d'amateurs passionnés, tous attirés par le défi que représentent les sentiers alpins accidentés, les conditions météorologiques imprévisibles et le terrain en haute altitude. L'inscription se fait grâce à un système de qualification par points et est finalisée par un tirage au sort, ce qui rend la participation à la fois exclusive et méritée. »
Eh bien ! Après Florence la championne du monde de Jujitsu, voici un autre champion de la course à pied.
Nous partageons le café avec Natale, un marcheur italien qui dînait hier soir dans le même restaurant que moi. Nous étions les seuls clients. Mais aujourd’hui, vêtue de vêtements de vélo et casquée, il ne me reconnaît pas d’emblée.
Je repars… dans le village, un mur est couvert de lianes de passiflore. Le fruit plutôt petit est jaune à orangé. L’intérieur ressemble aux fruits de la passion. Il est comestible. J’en goûte quelques uns.
Le village de Villamarco marque son entrée par une exposition, sur deux-cents mètres, d’anciennes machines agricoles ou parfois ce sont des sculptures dans leur plus simples expressions pour représenter un homme poussant une charrue. Les machines aux composants en bois sont couvertes, sinon on accepte que les autres se mettent à rouiller aux intempéries. Cette exposition est pensée avec soin. Le village n’est pas sur le chemin, mais l’exposition invite à s’y rendre.
Le relief est toujours aussi plat. Le canal permet l’irrigation de milliers d’hectares avec de l’eau en provenance d’un barrage situé sur le rio au Parma. On cultive ici essentiellement du maïs qui demande une grande quantité d’eau.
Je franchis le Rio Parma sur une passerelle qui permet de traverser le cours d’eau et de disposer d’une belle vue sur le superbe pont médiéval conduisant à Puente Villarente.
« L'auberge San Pelayo offre l'atmosphère d'une maison de campagne léonaise traditionnelle » m’informe Anna qui parle français. Elle est née à Colmar, puis ses parents, Espagnols, sont repartis au pays alors qu’elle avait quatorze ans. Elle n’a jamais remis les pieds en Alsace, mais elle y pense fortement. L’auberge dispose d'un restaurant, d'un espace vert paysager arboré et d'un patio où Anna cultive de multiples fleurs dans de gigantesques pots.
Le sol est couvert de pierres de toutes les formes dont les joints garantissent approximativement la platitude. Une large rampe parcourt l’intégralité de la maison sur environ quarante mètres et traverse l’entrée, les salons et parvient au jardin où l’on trouve le bar et permet l’accessibilité aux personnes à mobilité réduite.
Il est à noter que fauteuils, divans, meubles suivent la pente. Une multitude d’objets sont exposés. On y trouve même un vieux vélo. Une véritable caverne d’Ali Baba dans laquelle il vaut mieux retirer ses lunettes de soleil lorsque l’on arrive du dehors, car l’obscurité des lieux, le sol, les meubles, les escaliers de couleur foncée ne permettent pas de bien s’orienter dans un premier temps. Puis l’accommodation visuelle ajustée on peut se laisser envahir par la richesse du lieu.
60 km
Sahagun, Reliegos, Puente Villarente
Confortablement installée dans la chambre individuelle je dors jusqu’à sept heures. Je me suis privée du lever de soleil, mais une bonne nuit n’a pas de prix.
Un petit-déjeuner libre service propose une grande variété de choix : charcuterie, fromage, fruits, viennoiseries, jus de fruit… Le tarif de ce premier repas est la formule du donativo. C’est un acte de générosité qui signifie que les pèlerins présents aujourd'hui dans cette auberge mangent grâce aux dons que les pèlerins ont déposés la veille. S'il y a peu de dons, cela signifie que ceux qui arriveront le lendemain, auront peu à manger.
Le petit-déjeuner se prend dans une spacieuse salle à manger aux tables assemblées, recouvertes de nappe à quadrillage rouge et blanc.
Le fond de la salle à manger est couvert d’un planisphère. De nombreuses épingles à tête plastique sont fichées et situent la nationalité des hôtes passés au monastère venant de tous les coins du monde. Essentiellement d’Europe, d’Amérique du Nord et de Corée. L’espace français est sur-occupé. Mais un département est vide. Mayotte ! Je le choisis pour planter mon épingle. Mayotte où j’ai travaillé de nombreuses années. L’île aux parfums, l’île hippocampe que j’ai parcouru à pied dans ses moindres recoins.
Puis il est temps de me mettre en route pour rejoindre León. Le ciel est d’un bleu éclatant. Ce qui n’est pas particulièrement bon ni pour les marcheurs ni pour les cyclistes.
La région que je traverse depuis hier semble plus pauvre. La mono-culture de blé est remplacée par de petites parcelles de maïs, millet, tournesol, vignes… ou alors les champs ne sont plus cultivés. Les maisons des villages sont construites en brique rouge parfois recouverte d’un épais et grossier crépi marron.
Une route secondaire en pente douce jouxte le chemin des marcheurs et me permet de rouler à bonne vitesse.
Au loin j’aperçois deux marcheurs et à leur démarche rapide il semblerait que cela soit Marwin et Wieslaw. C’est bien eux ! On se donne rendez-vous au bistrot du village situé à trois kilomètres.
Ils ont dormi dans une albergue à Sahagun. Ils étaient trois dans un dortoir prévu pour cinquante personnes.
Depuis leur départ, ils ont parcouru plus de trois-mille kilomètres à pied !
Aujourd’hui, ils espèrent arriver à León située à soixante kilomètres. « Peut-être vers vingt ou vingt-deux heures » ajoute Marwin en souriant. D’habitude leur journée commence à 6 h, mais aujourd’hui ils ont débuté à 8h30. Comme moi ! Ils aimeraient s’arrêter à quelques kilomètres de León. La traversée des grandes villes en fin de journée fatigue le marcheur comme le cycliste. Trop de monde, de voitures, de bruit… les grandes villes aux basiliques prestigieuses sont des arrêts de prédilection pour les pèlerins ce qui occasionne de nombreuses personnes dans les albergues.
Je suis surprise par les compétences physiques de ces deux hommes de quarante-trois ans.
Wieslaw dispute des marathons généralement sur route sur une distance de 42,195 kilomètres.
Marwin pratique la course à pied en montagne en Pologne principalement dans les superbes massifs des Tatras, des Karkonosze et des Bieszczady. Des événements majeurs qui proposent des tracés exigeants au cœur de paysages sauvages.
Il a été sélectionné parmi 250 000 candidats pour le HOKA de Chamonix. 2 500 ont été retenus. Il partira en course pour 172 km.
Une brève recherche m’informe : « Le HOKA Ultra-Trail du Mont-Blanc (UTMB) est l'un des ultra-marathons les plus prestigieux au monde. Il fait le tour du massif du Mont-Blanc à travers la France, l'Italie et la Suisse. Organisé chaque année à Chamonix, l'UTMB est le fleuron du trail running, avec plusieurs formats de courses allant de 15 km à l'épreuve reine de 171 km avec plus de 10 000 mètres de dénivelé positif. Plus qu'une simple course, l'UTMB est un rassemblement mondial d'ultra-coureurs d'élite et d'amateurs passionnés, tous attirés par le défi que représentent les sentiers alpins accidentés, les conditions météorologiques imprévisibles et le terrain en haute altitude. L'inscription se fait grâce à un système de qualification par points et est finalisée par un tirage au sort, ce qui rend la participation à la fois exclusive et méritée. »
Eh bien ! Après Florence la championne du monde de Jujitsu, voici un autre champion de la course à pied.
Nous partageons le café avec Natale, un marcheur italien qui dînait hier soir dans le même restaurant que moi. Nous étions les seuls clients. Mais aujourd’hui, vêtue de vêtements de vélo et casquée, il ne me reconnaît pas d’emblée.
Je repars… dans le village, un mur est couvert de lianes de passiflore. Le fruit plutôt petit est jaune à orangé. L’intérieur ressemble aux fruits de la passion. Il est comestible. J’en goûte quelques uns.
Le village de Villamarco marque son entrée par une exposition, sur deux-cents mètres, d’anciennes machines agricoles ou parfois ce sont des sculptures dans leur plus simples expressions pour représenter un homme poussant une charrue. Les machines aux composants en bois sont couvertes, sinon on accepte que les autres se mettent à rouiller aux intempéries. Cette exposition est pensée avec soin. Le village n’est pas sur le chemin, mais l’exposition invite à s’y rendre.
Le relief est toujours aussi plat. Le canal permet l’irrigation de milliers d’hectares avec de l’eau en provenance d’un barrage situé sur le rio au Parma. On cultive ici essentiellement du maïs qui demande une grande quantité d’eau.
Je franchis le Rio Parma sur une passerelle qui permet de traverser le cours d’eau et de disposer d’une belle vue sur le superbe pont médiéval conduisant à Puente Villarente.
« L'auberge San Pelayo offre l'atmosphère d'une maison de campagne léonaise traditionnelle » m’informe Anna qui parle français. Elle est née à Colmar, puis ses parents, Espagnols, sont repartis au pays alors qu’elle avait quatorze ans. Elle n’a jamais remis les pieds en Alsace, mais elle y pense fortement. L’auberge dispose d'un restaurant, d'un espace vert paysager arboré et d'un patio où Anna cultive de multiples fleurs dans de gigantesques pots.
Le sol est couvert de pierres de toutes les formes dont les joints garantissent approximativement la platitude. Une large rampe parcourt l’intégralité de la maison sur environ quarante mètres et traverse l’entrée, les salons et parvient au jardin où l’on trouve le bar et permet l’accessibilité aux personnes à mobilité réduite.
Il est à noter que fauteuils, divans, meubles suivent la pente. Une multitude d’objets sont exposés. On y trouve même un vieux vélo. Une véritable caverne d’Ali Baba dans laquelle il vaut mieux retirer ses lunettes de soleil lorsque l’on arrive du dehors, car l’obscurité des lieux, le sol, les meubles, les escaliers de couleur foncée ne permettent pas de bien s’orienter dans un premier temps. Puis l’accommodation visuelle ajustée on peut se laisser envahir par la richesse du lieu.
…/…
mercredi 5 août -44e jour
55 km
Puente Villatente, León, San Miguel del Camino, Chojas de Abajo, Villavente, Hospital de Òrbigo
Après 12 km de chemin, j’aperçois la ville de León. Je passe au-dessus d’un maillage important de routes nationales, d’échangeurs d’autoroutes.
Dans un premier temps, je suis scrupuleusement les indications des Coquille Saint-Jacques et des flèches jaunes. Puis je perds le fléchage et arrive tout de même assez facilement auprès de la cathédrale qui est encore fermée. Monument colossal qui gouverne la ville depuis les hauteurs et qui captive par sa seule présence. De style gothique elle a été construite au XIIIe siècle sur les ruines d'un palais. Elle est surtout reconnue pour ses vitraux dont la majorité sont encore les originaux et datent du XIIIe-XVe siècle.
Un autre édifice est à apprécier également : la Casa Botines de style moderniste conçu par l’architecte espagnol Antoni Gaudi. Il s'agit d'une des rares œuvres importantes de Gaudí hors de Catalogne. Elle a été déclarée monument historique en 1969.
Je reprends ma route. S’échapper de la ville et de sa périphérie me prend du temps. Je marche ou roule sur les trottoirs et parfois on m’adresse quelques réprimandes. Ces villes ne sont pas équipées de pistes cyclables. Il est donc hors de question que je place une seule roue sur la route très fréquentée.
Au niveau d’un important maillage de routes, je ne suis pas assez vigilante et je me réfère aux panneaux des marcheurs et non à mon GPS qui emprunte une variante dans la campagne. Le sentier longe la N-120. Un long fil tiré au cordeau pendant trente kilomètres. Le trafic de camions et de voitures est ininterrompu et le bruit occasionné est infernal. Les habitants des villages traversés ne doivent pas être à la fête tous les jours. Il doit être impossible d’ouvrir les fenêtres et de rendre visite à sa voisine résidant de l’autre coté de la rue-route.
Nous sommes quelques infortunés au bord de cette nationale épuisante. Un jeune homme asiatique bien protégé du soleil par un pantalon, des ajouts de manches longues qui couvrent aussi ses mains et un ample chapeau marche vite. Pour me permettre de la doubler Martine doit se ranger dans l’herbe. Elle est protégée du soleil par un parapluie noire sanglé sur son torse. Elle est partie début mai du Puy-en-Velay. Elle est chaussée de sandales. Elle a abandonné ses chaussures à Roncevaux, car elle en avait marre d’avoir les pieds enfermés dans des chaussures.
Le vacarme des véhicules est insupportable. Je suis obligée de pousser mon vélo à contresens sur le bas côté de la route, heureusement très large, car le sentier étroit en dévers sur cent mètres ne me permet pas de faire rouler ma bicyclette.
Il est donc plus prudent de rejoindre la variante en empruntant une route secondaire que s’ouvre à moi juste au bon moment.
Quel calme ! Quelle
Sérénité ! Quelle quiétude ! Je dois traverser des champs sur des chemins grandement poussiéreux où je verrai d’immenses étendues de maïs abondamment arrosé et un nombre invraisemblable de panneaux solaires recouvrant plusieurs hectares,
Après une dizaine de kilomètres mon GPS détecte mon tracé initial. Couverte de poussière, j’arrive au centre de Chojas de Abajo. À mon image, mon vélo fait piètre figure. Un cyclo-voyageur assis sur le banc de la petite épicerie déguste une glace et s’adresse à moi.
Krzysztof, quarante ans, est parti de Pologne le 15 juillet. Ce qui veut dire qu’il parcourt plus de 150 km par jour. Montagnes, chemins, rien ne le freine. Nous utilisons nos traducteurs. Son langage est soutenu, vivant, agréable. Preuve d’une grande culture. Il s’intéresse à ma bicyclette. La sienne, neuve au départ, lui a occasionné quelques soucis : rayons cassés, crevaisons… alors que le vendeur lui avait certifié que tout irait bien. Il n’avait pas projeté d’aller jusqu’au Portugal, mais cette idée germe en lui depuis quelques jours. Il est 14 h et sa journée est loin d’être finie , car il prévoit de parcourir encore 70 kilomètres. Encore un champion !
Tous ces champions sont d’une grande humilité. Bravo à eux !
J’ai pris l’habitude de doucher ma bicyclette à la fontaine du dernier village rencontré avant mon arrivée. Le mécanisme souffre de tant de poussière et de gravillons. Abondamment douchée, la voici reluisante et nous arrivons à Hospital de Orbigo par le pont du Paso Honroso, surnommé passage de l’honneur, pont médiéval du XIIIe siècle construit sur la rivière Órbigo. Ses dix-neuf arches sont bien conservées.
En passant devant le refuge paroissial à la porte cochère ouverte, je peux admirer le patio copieusement fleuri et entouré par l’habitat, dont la face visible dès que l’on entre est couverte de fenêtres bleu roi à petit bois bleu clair. Le sol est recouvert de petites pierres parfaitement organisées et fichées dans le sol. Quel charme !
Je suis très gentiment accueillie par une bénévole qui me fait visiter l’ensemble. L'une des particularités les plus remarquables est, à l’arrière, sa cour intérieure, un espace agréable pour se reposer, ornée d'une croix très spéciale (une composition de croix du Chemin, œuvre de l'artiste barcelonais Héctor J. Izquierdo) et de petites attentions pensées pour les pèlerins, comme un bain de pieds et un bassin à poissons.
La bénévole au joli prénom de Juana aime à me raconter : « L’auberge privilégie un esprit communautaire et propose également des options originales : les animaux de compagnie sont acceptés dans une petite chambre permettant à leurs maîtres de dormir avec eux, et il est possible de camper dans le jardin. »
Me promenant dans le village, je vois arriver Marwin et Wieslaw. Ils ont longé la nationale, ont discuté avec Martine au parapluie. Certainement me devançaient-ils de quelques kilomètres au moment où j’ai bifurqué pour rejoindre la nationale. Nous sommes toujours heureux de nous rencontrer. Un petit fil conducteur à nos voyages respectifs. Partis de León, une quinzaine de kilomètres après moi, ils envisagent encore une quinzaine de kilomètres pour cette fin d’après-midi.
55 km
Puente Villatente, León, San Miguel del Camino, Chojas de Abajo, Villavente, Hospital de Òrbigo
Après 12 km de chemin, j’aperçois la ville de León. Je passe au-dessus d’un maillage important de routes nationales, d’échangeurs d’autoroutes.
Dans un premier temps, je suis scrupuleusement les indications des Coquille Saint-Jacques et des flèches jaunes. Puis je perds le fléchage et arrive tout de même assez facilement auprès de la cathédrale qui est encore fermée. Monument colossal qui gouverne la ville depuis les hauteurs et qui captive par sa seule présence. De style gothique elle a été construite au XIIIe siècle sur les ruines d'un palais. Elle est surtout reconnue pour ses vitraux dont la majorité sont encore les originaux et datent du XIIIe-XVe siècle.
Un autre édifice est à apprécier également : la Casa Botines de style moderniste conçu par l’architecte espagnol Antoni Gaudi. Il s'agit d'une des rares œuvres importantes de Gaudí hors de Catalogne. Elle a été déclarée monument historique en 1969.
Je reprends ma route. S’échapper de la ville et de sa périphérie me prend du temps. Je marche ou roule sur les trottoirs et parfois on m’adresse quelques réprimandes. Ces villes ne sont pas équipées de pistes cyclables. Il est donc hors de question que je place une seule roue sur la route très fréquentée.
Au niveau d’un important maillage de routes, je ne suis pas assez vigilante et je me réfère aux panneaux des marcheurs et non à mon GPS qui emprunte une variante dans la campagne. Le sentier longe la N-120. Un long fil tiré au cordeau pendant trente kilomètres. Le trafic de camions et de voitures est ininterrompu et le bruit occasionné est infernal. Les habitants des villages traversés ne doivent pas être à la fête tous les jours. Il doit être impossible d’ouvrir les fenêtres et de rendre visite à sa voisine résidant de l’autre coté de la rue-route.
Nous sommes quelques infortunés au bord de cette nationale épuisante. Un jeune homme asiatique bien protégé du soleil par un pantalon, des ajouts de manches longues qui couvrent aussi ses mains et un ample chapeau marche vite. Pour me permettre de la doubler Martine doit se ranger dans l’herbe. Elle est protégée du soleil par un parapluie noire sanglé sur son torse. Elle est partie début mai du Puy-en-Velay. Elle est chaussée de sandales. Elle a abandonné ses chaussures à Roncevaux, car elle en avait marre d’avoir les pieds enfermés dans des chaussures.
Le vacarme des véhicules est insupportable. Je suis obligée de pousser mon vélo à contresens sur le bas côté de la route, heureusement très large, car le sentier étroit en dévers sur cent mètres ne me permet pas de faire rouler ma bicyclette.
Il est donc plus prudent de rejoindre la variante en empruntant une route secondaire que s’ouvre à moi juste au bon moment.
Quel calme ! Quelle
Sérénité ! Quelle quiétude ! Je dois traverser des champs sur des chemins grandement poussiéreux où je verrai d’immenses étendues de maïs abondamment arrosé et un nombre invraisemblable de panneaux solaires recouvrant plusieurs hectares,
Après une dizaine de kilomètres mon GPS détecte mon tracé initial. Couverte de poussière, j’arrive au centre de Chojas de Abajo. À mon image, mon vélo fait piètre figure. Un cyclo-voyageur assis sur le banc de la petite épicerie déguste une glace et s’adresse à moi.
Krzysztof, quarante ans, est parti de Pologne le 15 juillet. Ce qui veut dire qu’il parcourt plus de 150 km par jour. Montagnes, chemins, rien ne le freine. Nous utilisons nos traducteurs. Son langage est soutenu, vivant, agréable. Preuve d’une grande culture. Il s’intéresse à ma bicyclette. La sienne, neuve au départ, lui a occasionné quelques soucis : rayons cassés, crevaisons… alors que le vendeur lui avait certifié que tout irait bien. Il n’avait pas projeté d’aller jusqu’au Portugal, mais cette idée germe en lui depuis quelques jours. Il est 14 h et sa journée est loin d’être finie , car il prévoit de parcourir encore 70 kilomètres. Encore un champion !
Tous ces champions sont d’une grande humilité. Bravo à eux !
J’ai pris l’habitude de doucher ma bicyclette à la fontaine du dernier village rencontré avant mon arrivée. Le mécanisme souffre de tant de poussière et de gravillons. Abondamment douchée, la voici reluisante et nous arrivons à Hospital de Orbigo par le pont du Paso Honroso, surnommé passage de l’honneur, pont médiéval du XIIIe siècle construit sur la rivière Órbigo. Ses dix-neuf arches sont bien conservées.
En passant devant le refuge paroissial à la porte cochère ouverte, je peux admirer le patio copieusement fleuri et entouré par l’habitat, dont la face visible dès que l’on entre est couverte de fenêtres bleu roi à petit bois bleu clair. Le sol est recouvert de petites pierres parfaitement organisées et fichées dans le sol. Quel charme !
Je suis très gentiment accueillie par une bénévole qui me fait visiter l’ensemble. L'une des particularités les plus remarquables est, à l’arrière, sa cour intérieure, un espace agréable pour se reposer, ornée d'une croix très spéciale (une composition de croix du Chemin, œuvre de l'artiste barcelonais Héctor J. Izquierdo) et de petites attentions pensées pour les pèlerins, comme un bain de pieds et un bassin à poissons.
La bénévole au joli prénom de Juana aime à me raconter : « L’auberge privilégie un esprit communautaire et propose également des options originales : les animaux de compagnie sont acceptés dans une petite chambre permettant à leurs maîtres de dormir avec eux, et il est possible de camper dans le jardin. »
Me promenant dans le village, je vois arriver Marwin et Wieslaw. Ils ont longé la nationale, ont discuté avec Martine au parapluie. Certainement me devançaient-ils de quelques kilomètres au moment où j’ai bifurqué pour rejoindre la nationale. Nous sommes toujours heureux de nous rencontrer. Un petit fil conducteur à nos voyages respectifs. Partis de León, une quinzaine de kilomètres après moi, ils envisagent encore une quinzaine de kilomètres pour cette fin d’après-midi.
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jeudi 6 août - 45e jour
46 km
Hospital de Órbigo, Astorga, Rabanal del Camino, Foncebadón
À la sortie du village, j’emprunte un sentier de trente centimètres de large qui semble peu utilisé par les marcheurs. C’est l’EuroVelo 3 ! Les yeux rivés sur le sentier, je dois être très attentive, car de chaque côté, deux talus en pente me mettent en danger.
La N120 est à portée de main. Un cycliste de route l’emprunte. Avec un rythme véloce, il est certainement moins en danger que moi qui zigzague dans les côtes.
Après ce mini sentier, il faut traverser la nationale pour pédaler ou marcher sur l’ancienne route. Des panneaux avertissent les automobilistes de ces passages fréquents qui sont dangereux pour les marcheurs et pour les rares cyclo-voyageurs. Je franchis toujours les routes à pied. Il est plus facile de courir que de tenter de pédaler en mobilisant rapidement les quarante kilos et risquer de s’emmêler les pieds dans les pédales.
L’ancienne route longe la nationale, le vacarme est atténué par une épaisse barrière de pins et de chênes. L’ancienne route ondule au gré des collines. Des tranchées routières ont nivelé en grande partie la trajectoire de la nationale.
Je double quelques marcheurs fatigués. En ce début de matinée, deux se reposent déjà sur un banc. Un autre boitille, chaussé de crocs et les pieds protégés par des chaussettes. Il s’appuie sur un bâton. Je pense que c’est un marcheur âgé, mais lorsque je le double, je m’aperçois que cet homme a, au plus, une cinquantaine d’années.
Puis je domine la ville d’Astorga par une magnifique vue. Les fontaines sont très nombreuses le long du chemin. Et à ce point de vue, la fontaine est contiguë à une jolie et haute sculpture en bronze. Elle représente un pèlerin en train de boire à la régalade en portant haut sa gourde en peau.
Après une belle descente, j’arrive à l’impressionnante passerelle en métal verte qui passe par dessus la voie de chemin de fer et permet d’atteindre par une belle côte le centre ville d’Astorga, au riche patrimoine médiéval. Une petite pause sur la place Mayor me permet d’admirer l’hôtel de ville du XVIIe siècle. Deux tours entourent un joli balcon et les « Maragatos » rythment les heures sur une grande cloche de bronze.
La sortie de la ville me mène au palais épiscopal, un édifice néogothique réalisé par le maître moderniste Antoni Gaudi.
À quelques kilomètres, je prends ce qui me semble être une route secondaire afin d’éviter le chemin. Mais mal m’en a pris car cette voie bitumée se prolonge par un chemin caillouteux ressemblant à une voie romaine sur laquelle je dois pousser mon vélo. Après quelques kilomètres, j’atteins Castrillo de los Polvazares. Une véritable surprise !
« Castrillo de los Polvazares revêt une importance historique particulière en tant que l'un des rares lieux de la région de la « Maragatería » à avoir préservé ses traditions et pour avoir été l'un des principaux foyers de résistance face aux conquêtes françaises. Castrillo a conservé son architecture d'origine depuis le XVIe siècle. Tous les bâtiments sont en pierre et la chaussée, pavée de pierres, n'est pas asphaltée afin de préserver l'aspect originel du lieu. »
Voici comment un mauvais choix au départ m’a permis de visiter un village, qui en 1980 a été classé : « Ensemble historico-artistique de grande valeur. »
Il est à noter que j’apercevrai des touristes, mais aucun marcheur et pèlerins. Le chemin passe à cent mètres du village sans passer par celui-ci.
Après quelques kilomètres, les choses sérieuses commencent avec l’ascension en direction du second grand sommet du Camino Francés.
Un arrêt à la Meson Cowboy au village de El Ganso, bar particulièrement original et coloré, me permet de recharger mes batteries hydriques et sucrées.
J’avais projeté de m’arrêter à Rabanal del Camino. Et pourquoi pas poursuivre jusqu’à Foncebadón ! Six kilomètres ! Et ainsi alléger mon étape de demain. D’emblée la côte est raide et je pousse mon vélo.
Afin de ne pas me décourager prématurément, je ne m’informe jamais de ce qui m’attend. Il est salutaire pour moi de prendre les renseignements au moment voulu.
Mes traces GPX élaborées avant mes voyages renseignent d’un dénivelé toujours en deçà de la réalité. Au début de chaque ascension, le GPS prend le relais et m’avise de la côte à venir. Ici il m’annonce six kilomètres pour un dénivelé positif de trois-cent-cinquante mètres. C’est beaucoup en poussant mon poids-lourd ! Je prendrai le temps !
À la moitié de mon chemin, j’ai déjà absorbé la moitié de mon eau. Une fontaine est la bienvenue, mais l’eau est non potable. Comme par enchantement deux ouvriers travaillent là et me donnent une bouteille d’eau. Ils sont extrêmement surpris d’apercevoir la bicyclette chargée. Ils me demandent son poids. À partir de ma réponse, ils hochent la tête et à leur expression interdite, je discerne un peu d’incompréhension.
Je remarque que les marcheurs sont jeunes, les cyclos pratiquement inexistants et ce sont des hommes essentiellement. Je coche toutes les cases pour parfois une discrimination : femme, à vélo, seule, âgée.
A contrario de cela, on marque à mon égard un grand respect, on me signifie des qualificatifs élogieux.
Mon ascension reprend… Il me reste à peine deux kilomètres pour parvenir au village et j’entends un homme m’appeler. Il marche sur le chemin me surplombant caché au milieu de chênes Tauzin, ne mesurant pas plus de cinq mètres, de fougères qui poussent à plus de mille mètres d’altitudes, de bruyère à clochettes roses ou cendrée, de genêt hirsute… une végétation dense dans ces montagnes simplement interrompue par cette route de montagne sur laquelle je me trouve. Cet homme me demande : « Voulez-vous que je vous aide ? » Evidemment qu’il peut m’aider !
Il dévale le haut talus au risque de se blesser et nous voici repartie de plus belle. Je ne porte que mon casque à la main.
Il s’appelle Bertin et parcourt le chemin avec un ami. Il habite à Madrid. Nous parlons… ce qui m’essouffle. Il se renseigne sur ma réservation dans une auberge du village qui se rapproche petit à petit. Rapidement Bertin accroché à mon vélo me distance. Je suis relayée à l’arrière.
Le village apparaît. Simplement quelques maisons.
Au panneau de Foncebadón, Bertin me rend ma bicyclette et rejoint son ami qui vient d’apparaître au bout du chemin poussiéreux.
Merci Bertin de m’avoir aidée ! Je peux ainsi faire mon entrée au village en tout bien tout honneur, en poussant mon vélo moi-même, devant une horde de marcheurs, de quelques touristes et de deux motards.
Je comprends rapidement le sens de la réservation d’un lit. Première, deuxième, troisième et quatrième auberges sont complètes. Le refuge paroissial veut bien m’accueillir pour des échanges religieux entre pèlerins. Je suis une mécréante ! Je préfère après cette ascension une bonne douche et une bonne bière !
Par bonheur, l’albergue Cruz de Fierro a encore de la place et ici on ne parle pas de religion.
La journée de demain sera une journée de repos. Mes genoux crient leur insatisfaction à être autant sollicités !
Aujourd’hui, je n’ai pas rencontré Marwin et Wieslaw. Peut-être marchaient-ils sur les chemins alors que je roulais sur la route et leur fin d’étape était au delà de Foncebadón.
46 km
Hospital de Órbigo, Astorga, Rabanal del Camino, Foncebadón
À la sortie du village, j’emprunte un sentier de trente centimètres de large qui semble peu utilisé par les marcheurs. C’est l’EuroVelo 3 ! Les yeux rivés sur le sentier, je dois être très attentive, car de chaque côté, deux talus en pente me mettent en danger.
La N120 est à portée de main. Un cycliste de route l’emprunte. Avec un rythme véloce, il est certainement moins en danger que moi qui zigzague dans les côtes.
Après ce mini sentier, il faut traverser la nationale pour pédaler ou marcher sur l’ancienne route. Des panneaux avertissent les automobilistes de ces passages fréquents qui sont dangereux pour les marcheurs et pour les rares cyclo-voyageurs. Je franchis toujours les routes à pied. Il est plus facile de courir que de tenter de pédaler en mobilisant rapidement les quarante kilos et risquer de s’emmêler les pieds dans les pédales.
L’ancienne route longe la nationale, le vacarme est atténué par une épaisse barrière de pins et de chênes. L’ancienne route ondule au gré des collines. Des tranchées routières ont nivelé en grande partie la trajectoire de la nationale.
Je double quelques marcheurs fatigués. En ce début de matinée, deux se reposent déjà sur un banc. Un autre boitille, chaussé de crocs et les pieds protégés par des chaussettes. Il s’appuie sur un bâton. Je pense que c’est un marcheur âgé, mais lorsque je le double, je m’aperçois que cet homme a, au plus, une cinquantaine d’années.
Puis je domine la ville d’Astorga par une magnifique vue. Les fontaines sont très nombreuses le long du chemin. Et à ce point de vue, la fontaine est contiguë à une jolie et haute sculpture en bronze. Elle représente un pèlerin en train de boire à la régalade en portant haut sa gourde en peau.
Après une belle descente, j’arrive à l’impressionnante passerelle en métal verte qui passe par dessus la voie de chemin de fer et permet d’atteindre par une belle côte le centre ville d’Astorga, au riche patrimoine médiéval. Une petite pause sur la place Mayor me permet d’admirer l’hôtel de ville du XVIIe siècle. Deux tours entourent un joli balcon et les « Maragatos » rythment les heures sur une grande cloche de bronze.
La sortie de la ville me mène au palais épiscopal, un édifice néogothique réalisé par le maître moderniste Antoni Gaudi.
À quelques kilomètres, je prends ce qui me semble être une route secondaire afin d’éviter le chemin. Mais mal m’en a pris car cette voie bitumée se prolonge par un chemin caillouteux ressemblant à une voie romaine sur laquelle je dois pousser mon vélo. Après quelques kilomètres, j’atteins Castrillo de los Polvazares. Une véritable surprise !
« Castrillo de los Polvazares revêt une importance historique particulière en tant que l'un des rares lieux de la région de la « Maragatería » à avoir préservé ses traditions et pour avoir été l'un des principaux foyers de résistance face aux conquêtes françaises. Castrillo a conservé son architecture d'origine depuis le XVIe siècle. Tous les bâtiments sont en pierre et la chaussée, pavée de pierres, n'est pas asphaltée afin de préserver l'aspect originel du lieu. »
Voici comment un mauvais choix au départ m’a permis de visiter un village, qui en 1980 a été classé : « Ensemble historico-artistique de grande valeur. »
Il est à noter que j’apercevrai des touristes, mais aucun marcheur et pèlerins. Le chemin passe à cent mètres du village sans passer par celui-ci.
Après quelques kilomètres, les choses sérieuses commencent avec l’ascension en direction du second grand sommet du Camino Francés.
Un arrêt à la Meson Cowboy au village de El Ganso, bar particulièrement original et coloré, me permet de recharger mes batteries hydriques et sucrées.
J’avais projeté de m’arrêter à Rabanal del Camino. Et pourquoi pas poursuivre jusqu’à Foncebadón ! Six kilomètres ! Et ainsi alléger mon étape de demain. D’emblée la côte est raide et je pousse mon vélo.
Afin de ne pas me décourager prématurément, je ne m’informe jamais de ce qui m’attend. Il est salutaire pour moi de prendre les renseignements au moment voulu.
Mes traces GPX élaborées avant mes voyages renseignent d’un dénivelé toujours en deçà de la réalité. Au début de chaque ascension, le GPS prend le relais et m’avise de la côte à venir. Ici il m’annonce six kilomètres pour un dénivelé positif de trois-cent-cinquante mètres. C’est beaucoup en poussant mon poids-lourd ! Je prendrai le temps !
À la moitié de mon chemin, j’ai déjà absorbé la moitié de mon eau. Une fontaine est la bienvenue, mais l’eau est non potable. Comme par enchantement deux ouvriers travaillent là et me donnent une bouteille d’eau. Ils sont extrêmement surpris d’apercevoir la bicyclette chargée. Ils me demandent son poids. À partir de ma réponse, ils hochent la tête et à leur expression interdite, je discerne un peu d’incompréhension.
Je remarque que les marcheurs sont jeunes, les cyclos pratiquement inexistants et ce sont des hommes essentiellement. Je coche toutes les cases pour parfois une discrimination : femme, à vélo, seule, âgée.
A contrario de cela, on marque à mon égard un grand respect, on me signifie des qualificatifs élogieux.
Mon ascension reprend… Il me reste à peine deux kilomètres pour parvenir au village et j’entends un homme m’appeler. Il marche sur le chemin me surplombant caché au milieu de chênes Tauzin, ne mesurant pas plus de cinq mètres, de fougères qui poussent à plus de mille mètres d’altitudes, de bruyère à clochettes roses ou cendrée, de genêt hirsute… une végétation dense dans ces montagnes simplement interrompue par cette route de montagne sur laquelle je me trouve. Cet homme me demande : « Voulez-vous que je vous aide ? » Evidemment qu’il peut m’aider !
Il dévale le haut talus au risque de se blesser et nous voici repartie de plus belle. Je ne porte que mon casque à la main.
Il s’appelle Bertin et parcourt le chemin avec un ami. Il habite à Madrid. Nous parlons… ce qui m’essouffle. Il se renseigne sur ma réservation dans une auberge du village qui se rapproche petit à petit. Rapidement Bertin accroché à mon vélo me distance. Je suis relayée à l’arrière.
Le village apparaît. Simplement quelques maisons.
Au panneau de Foncebadón, Bertin me rend ma bicyclette et rejoint son ami qui vient d’apparaître au bout du chemin poussiéreux.
Merci Bertin de m’avoir aidée ! Je peux ainsi faire mon entrée au village en tout bien tout honneur, en poussant mon vélo moi-même, devant une horde de marcheurs, de quelques touristes et de deux motards.
Je comprends rapidement le sens de la réservation d’un lit. Première, deuxième, troisième et quatrième auberges sont complètes. Le refuge paroissial veut bien m’accueillir pour des échanges religieux entre pèlerins. Je suis une mécréante ! Je préfère après cette ascension une bonne douche et une bonne bière !
Par bonheur, l’albergue Cruz de Fierro a encore de la place et ici on ne parle pas de religion.
La journée de demain sera une journée de repos. Mes genoux crient leur insatisfaction à être autant sollicités !
Aujourd’hui, je n’ai pas rencontré Marwin et Wieslaw. Peut-être marchaient-ils sur les chemins alors que je roulais sur la route et leur fin d’étape était au delà de Foncebadón.
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vendredi 7 août - 46e jour
6 km à pied
Foncebadón à 1430 mètres d’altitude
Un village de huit habitants aux quelques maisons rénovées. Il existe cinq auberges de pèlerins et deux auberges générales dans la localité ainsi que trois restaurants.
« Laissant derrière lui la plaine de la Meseta, le pèlerin du Camino froncés gravit les monts de León, qui surgissent entre Astorga et Ponferrada. Depuis mille ans, le chemin file par des pentes raides vers le mont Irago (Puerto Irago), point culminant du chemin avec ses 1504 mètres d’altitude, et sa mythique Cruz de Ferro. » Wikipédia
Le refuge église de Foncebadón
C’était avant les années 2000 :
« Dans son ascension vers le Puerto Irago, le pèlerin trouvera le village abandonné de Foncebadón. Restent d’épais murs en ruines, dont les pierres sèches reflètent un passé étroitement lié à la route de pèlerinage : vestiges d’hospice et d’abbaye dont se dégage une émouvante atmosphère de recueillement dans la solitude. On est pris d’un pincement au cœur en pensant aux rudes paysans qui habitaient ces lieux, et qui accueillaient (ou maltraitaient ?) les pèlerins de passage…
Les ruines désolées de ce village de montagne abritent une histoire que pourraient lui envier bien des villes plus importantes: au Xe siècle, le roi Ramiro II convoque un concile à Foncebadón. Un siècle plus tard, l’ermite Gaucelmo, l’un de ces saints moines qui ont « ouvert le Chemin », obtient du roi Alphonse VI l’autorisation d’y fonder un hôpital puis une église. Jusqu’à sa mort en 1123, Gaucelmo améliore le Chemin depuis Rabanal del Camino, avec l’aide de ses compagnons, ouvrant ainsi un tronçon du Camino entre Astorga et Ponferrada à travers les montagnes de León. Grâce à Gaucelmo et à ses successeurs, des millions de jacquets sont passés par Foncebadón, qui était l’une des étapes les plus appréciées du Camino, juste avant la montée au Puerto Irago.
Foncebadón la désertée n’est-elle aujourd’hui plus qu’un village fantôme ?
Grâce aux marcheurs qui reprennent de plus en plus nombreux la vieille route du Camino francés, le village semble se ranimer peu à peu : une nouvelle taverne a été ouverte en 2001, et l’ancienne église a repris du service depuis quelques années en se transformant en refuge… Comme on se sent bien ici ! Il faut avoir goûté le calme profond de Foncebadón avant de découvrir, tout près, l’un des lieux les plus emblématiques du Camino : la Cruz de Ferro, croix de fer plantée sur sa montagne de cailloux… »
6 km à pied
Foncebadón à 1430 mètres d’altitude
Un village de huit habitants aux quelques maisons rénovées. Il existe cinq auberges de pèlerins et deux auberges générales dans la localité ainsi que trois restaurants.
« Laissant derrière lui la plaine de la Meseta, le pèlerin du Camino froncés gravit les monts de León, qui surgissent entre Astorga et Ponferrada. Depuis mille ans, le chemin file par des pentes raides vers le mont Irago (Puerto Irago), point culminant du chemin avec ses 1504 mètres d’altitude, et sa mythique Cruz de Ferro. » Wikipédia
Le refuge église de Foncebadón
C’était avant les années 2000 :
« Dans son ascension vers le Puerto Irago, le pèlerin trouvera le village abandonné de Foncebadón. Restent d’épais murs en ruines, dont les pierres sèches reflètent un passé étroitement lié à la route de pèlerinage : vestiges d’hospice et d’abbaye dont se dégage une émouvante atmosphère de recueillement dans la solitude. On est pris d’un pincement au cœur en pensant aux rudes paysans qui habitaient ces lieux, et qui accueillaient (ou maltraitaient ?) les pèlerins de passage…
Les ruines désolées de ce village de montagne abritent une histoire que pourraient lui envier bien des villes plus importantes: au Xe siècle, le roi Ramiro II convoque un concile à Foncebadón. Un siècle plus tard, l’ermite Gaucelmo, l’un de ces saints moines qui ont « ouvert le Chemin », obtient du roi Alphonse VI l’autorisation d’y fonder un hôpital puis une église. Jusqu’à sa mort en 1123, Gaucelmo améliore le Chemin depuis Rabanal del Camino, avec l’aide de ses compagnons, ouvrant ainsi un tronçon du Camino entre Astorga et Ponferrada à travers les montagnes de León. Grâce à Gaucelmo et à ses successeurs, des millions de jacquets sont passés par Foncebadón, qui était l’une des étapes les plus appréciées du Camino, juste avant la montée au Puerto Irago.
Foncebadón la désertée n’est-elle aujourd’hui plus qu’un village fantôme ?
Grâce aux marcheurs qui reprennent de plus en plus nombreux la vieille route du Camino francés, le village semble se ranimer peu à peu : une nouvelle taverne a été ouverte en 2001, et l’ancienne église a repris du service depuis quelques années en se transformant en refuge… Comme on se sent bien ici ! Il faut avoir goûté le calme profond de Foncebadón avant de découvrir, tout près, l’un des lieux les plus emblématiques du Camino : la Cruz de Ferro, croix de fer plantée sur sa montagne de cailloux… »

Section 9 Du 2 aout au 6 a..