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D'UN CAP À D’AUTRES

65 jours
Par Jacqueline25
mis à jour 18 août
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D'UN CAP À D’AUTRES

Se tion 10 Du 7 août au 11 août

Mise à jour section : 18 août

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Se tion 10 Du 7 août au 11 août
samedi 8 août - 47e jour
65 km
Foncebadón, Cruz de Ferro, Molinaseca, Ponferrada, Cacabelos, Pieros, Villafranca del Bierzo

Tout va bien après cette journée de repos.
Je suis réveillée à cinq heures du matin et ne m’élance qu’à six heures quinze. Il fait nuit noire. Les jours raccourcissent à vive allure. 
Depuis l’auberge, j’emprunte un sentier au milieu des genêts purgatifs jusqu’à la route. L’éclairage de mon vélo ne fonctionne plus. Le connecteur à la dynamo n’est pas assez isolé et ne doit pas apprécier les douches quotidiennes. La LED du phare semble s’être affaiblie et l’éclairage de mon phare additionnel à l’avant est en partie obstrué par la sacoche. Je ne vois donc pas grand chose sur cet étroit sentier où les genêts, plantes coriaces se mettent en travers de mon chemin. Pour couronner le tout, un fil de fer invisible dans cette obscurité vient s’interposer.
Malgré tous ces obstacles j’atteins  la route.
C’est avec plaisir que  je termine l’ascension du col commencé avant-hier.
Après une petite pression sur le connecteur de l’éclairage, ce dernier se remet à fonctionner. Je suis bien visible, mais personne ne circule à cette heure-ci. 
Un bruit au bord de la route me fait sursauter. Il s’agit d’une vache en train de brouter que je n’avais pas vue. Heureusement qu’elle n’a pas traversé la route. 
Ce matin il pleut délicatement. La pluie me rappelle qu’elle existe toujours. L’orage gronde au loin dans les montagnes et les éclairs illuminent le panorama le laissant apparaître, rompant l’obscurité. 
Il fait encore nuit lorsque j’arrive à la Croix de fer ou Cruz de Ferro, au point culminant du Camino Francés à 1 503 mètres. En réalité, ce point se trouve juste un peu plus loin avec cinq mètres de plus. Quelques marcheurs sont déjà là avec leur lampe frontale. 
La croix est fixée en haut d’un imposant mât de chêne de cinq mètres de haut dont la base est ensevelie sous un imposant tas de cailloux déposés depuis des siècles par les pèlerins. Bien ! Il aurait fallu transporter le caillou depuis chez soi. Je peux remarquer qu’il y a aussi des photos personnelles, des notes.
Une chapelle dédiée à l’apôtre Saint-Jacques a été construite à proximité de la croix. Un prêtre vêtu d’une chasuble en tissu lourd, bénit des pèlerins.
Ensuite cela monte et descend tout en douceur. 
À Manjarin, une construction de fortune bien pensée et agréable est un café au bord de la route et en même temps à la sortie du chemin des marcheurs. Tables et parasols en extérieur et terrasse abritée avec une cheminée où le feu crépite. Ce qui n’est pas un luxe à cette altitude au petit matin. Café, thé, cake, œufs durs, fruits, barres de céréales suffisent pour régaler marcheurs et cyclistes. En réalité, une seule cycliste !
Prête à partir, le soleil se lève. Malgré les nuages, il apparaît légèrement orangé. C’est un beau spectacle que tous les présents contemplent. Au moment de partir, la propriétaire du lieu me prévient que la descente du col est dangereuse à vélo, elle est abrupte et comporte de nombreux virages en lacets.
Le lieu-dit Manjarin attire mon attention car un hôpital-refuge a été créé ici au XIe siècle. Récemment il accueillait des pèlerins, mais il semble actuellement fermé et en bien piteux état,
Le chemin des marcheurs est à proximité de la route. Il va et vient d’un côté ou de l’autre.
Dès le col franchi, je suis entourée du Massif galicien dont  le Peña Trevinca culmine à 2 127 mètres.
Le spectacle est grandiose. Je me demande comment j’ai bien pu arriver ici et comment je vais échapper à ces montagnes. 
Cela monte, cela descend. Puis je me prépare à la grande  descente annoncée précédemment. Tout à coup j’ai très froid. Je dois me couvrir d’un blouson et d’un bonnet. 
Par une pente de 8 %, un dénivelé négatif de 328 mètres, au bout de quatre kilomètres je plonge sur El Acebo située sur la pente de la montagne. Le hameau est particulièrement magnifique à l’architecture typique de la région montagneuse. Toutes les maisons sont construites en pierre aux toits en ardoise et embellies de balcons à la rambarde en bois ou en fer forgé. À la sortie du village, un piédestal porte un vélo en mémoire d’un cycliste allemand mort ici en 1987 lors d’un pèlerinage à Santiago. C’est un bel hommage de la part du village.
Je sors d’El Acebo et rejoins la petite route de montagne. Le dénivelé négatif sera de 547 mètres pour dix kilomètres. la pente est d’environ 6 %. Mes freins répondent bien, mais leur sollicitation est intense. Je ferai changer les patins à la ville de Ponferrada. À Molinaseca c’est  par le pont aux sept arcades que les pélerins traversent le fleuve Meruelo pour atteindre la rue Royale. Tout au long de son histoire plusieurs élargissements ont été effectués pour adapter ce pont au lit de la riviére, le dernier ayant eu lieu à la fin du XXe siècle.
Lors de la descente, j’observe que la route se poursuit sur le versant d’une autre colline. Je m’imagine sauter d’une colline à la route. Ce serait plus simple ! Je continue à dévaler la route de montagne en lacets. Arrivée en bas, la route opère un lacet serré et hop je saute sur l’autre colline. Quel bonheur de pratiquer le vélo dans ces montagnes ! Surtout en descente !
La plaine se profile au loin. Tout n’est pas terminé, car après la plaine reviennent les montagnes.
Entre-temps je traverse Ponferrada à l’imposant château  surplombant le Sil et dominant la vieille ville où je trouve un vélociste qui me vérifie la pression des pneus et me précise : « Vos patins n’ont pas à être changés, ils sont encore bons ! » Encore bons, ne veut pas dire parfaits. Je dois absolument apprendre à changer ces patins et procéder moi-même au réglage de rigueur.
Pendant de nombreux kilomètres, je traverse la ville et sa banlieue sur une route très circulante. 
Une sculpture représentant une haltérophile aux Jeux Olympiques marquent la fin de ja ville et de sa banlieue.
Après quelques ronds points peu fréquentés, je m’enfonce dans le chemin des vignes pour arriver un bon moment après à Villafranca del Bierzo, dernière étape avant la Galice. 
Je vais à l’albergue Saint-Felix. Avant le repas, je me plie au rituel. Tout le monde doit se donner la main et dire des incantations auxquelles je ne comprends rien. 
Inutile de marquer plus sa différence, je lève les bras comme tout le monde. Le sympathique Igor, bénévole, m’a informée lorsque je suis arrivée : « Cela n’existe pas une femme voyageuse à vélo ! » 
Il a raison ! Cela n’existe pas sur les chemins de Compostelle. Enfin presque pas !



…/…


Se tion 10 Du 7 août au 11 août
dimanche 9 août - 48e jour
44 km
Villafranca del Bierzo, O Cebreiro, Hospital 

Durant la nuit, un chat s’est introduit dans notre dortoir, celui des filles. Malencontreusement je le touche du bout du pied et cela me réveille. J’ai un mal de chien à le faire descendre de mon lit. 
Ce matin, les deux filles en face de moi me disent qu’elles ont été importunées par ce chat. L’une s’est fait lécher le visage et l’autre s’est fait griffer. Elles non plus n’apprécient pas les chats.
La douche matinale se termine au filet d’eau. Juste à temps ! La coupure semble générale, car lorsque je voudrai prendre de l’eau à une fontaine du village, celle-ci restera sans réaction. 
Je commence la journée sans une goutte d’eau !
Je sors de Villafranca del Bierzo par un tunnel long de quatre-cent-quatorze mètres. Bien éclairé, il ne semble pas compliqué à franchir. C’est le deuxième tunnel que je rencontre depuis mon entrée en Espagne.
Les deux journées à venir seront sans doute difficiles des côtes à 10 % et plus m’attendent.
Pas de répit ! Cela commence après le tunnel par une pente douce. La route est coincée entre deux montagnes. Le trafic est inexistant en ce dimanche matin. Cependant il faut appuyer fortement sur les pédales.
Le chemin  est contigu à la route séparée par un bon garde-fou en béton. Je rattrape Arnaud rencontré hier soir à l’albergue. Jeune retraité, il est parti depuis quatre mois du Pas-de-Calais.
Je roule sur la route, mais cela ne dure pas longtemps, car je bifurque sur le chemin peu après. Il s’agit simplement d’une diversion pour traverser un village. Une fontaine me permet de remplir les gourdes.
Je retrouve vite fait la route et pendant presqu’une trentaine de kilomètres, je poursuis dans la vallée du Rio Valcarce dont la pente va crescendo en compagnie du Rio Valcarce et de l’autoroute A-6. Je passe à plusieurs reprises sous celle-ci dont les travaux ont été d’envergures dans cette région montagneuse. L’autoroute passe de montagnes en montagnes par de gigantesques viaducs.
Une petite pause dans un village et je repars pour dix-sept kilomètres qui m’imposent un dénivelé positif de 650 mètres jusqu’à O Cebreiro. Sur plusieurs kilomètres interminables, des dizaines et dizaines de cyclistes du club de Lugo font une  course ou une sortie. Ils ont beaucoup de difficulté dans l’interminable côte. 
Seulement trois filles participent. On retrouve les paroles d’Igor : « Les filles à vélo ça n’existe pas ! » L’une d’elle aide un monsieur, peut-être son père, par une main posée sur son dos qui le propulse à petite vitesse. Je pousse mon vélo de quarante kilos. Je suis comme ces cyclistes, au delà des limites physiques. Je me range sur l’accotement au plus proche du garde-fou en métal. Je crains qu’un cycliste, la tête dans le guidon, vienne me percuter. De nombreux me saluent et me souhaitent un « Buen camino ». 
J’arrive à O Cebreiro en pédalant. Ils sont tous arrivés, c’est la fin de leur sortie vélo.
Au village, je retrouve quatre garçons avec qui j’avais échangé quelques mots au col de Fondrabón. Comme moi, ils vont à l’albergue située à cinq kilomètres.
Je passe une excellente soirée au seul restaurant d’Hospital entourée de ces garçons qui ont entre vingt-cinq et trente ans. Axel, Erwin, Baptiste sont des amis de longue date partis de León. Depuis quatre ans ils font un bout du chemin. Lucas les a rencontrés après León et, depuis, il fait équipe avec eux. Ils s’entendent bien et ont toujours le mot pour rire. Lucas a commencé son voyage en Vendée.

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