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Matelas gonflables légers (< 500g)

Anthony
par anthony
publié
il y a 3 heures 38mn
Lecture 17 min.
Type de matériel testé : matelas

Résumé :

Pas besoin d’avoir un doctorat en neurosciences pour savoir qu’une bonne nuit est essentielle pour requinquer la machine. Au quotidien, c’est une évidence ; en voyage bivouac, c’est une question cruciale. Entre l’effort physique, la météo parfois capricieuse, l’adaptation aux aléas et aux surprises – bonnes comme mauvaises –, on accumule ce qu’on aime appeler de la bonne fatigue. Bien dormir, c’est s’assurer que cette fatigue reste bonne. Mais jusqu’à preuve du contraire, il n’est pas possible de faire rentrer un matelas à mémoire de forme dans une canette de soda. La question de ce test est simple : peut-on dormir comme un.e prince.sse sans porter une enclume ? La ligne rouge est fixée à 500 grammes. Pourquoi ce demi-kilo ? Parce que c’est la frontière symbolique sous laquelle performance, fiabilité et légèreté font bon ménage pour la majorité des pratiquants.

Bref historique

Il y a 50 ans, Therm-a-Rest invente le tout premier matelas autogonflant, sauvant par la même occasion les millions de vertèbres des passionnés d’outdoor en tout genre. Depuis, de l’air a coulé dans les valves et le dernier bond technologique remonte à 2009, quand la même enseigne introduit le tout premier matelas gonflable (non autogonflant) ultra-léger : le NeoAir. Ce dernier a redéfini les règles du jeu avec une structure interne innovante, un ratio poids-isolation sans précédent, et une épaisseur de 7,6 cm à faire pâlir les meilleurs autogonflants.

Depuis, l’industrie n’a pas révolutionné le domaine, mais a sérieusement peaufiné sa copie. Les matelas gonflables dominent largement le marché, tandis que les autogonflants semblent peu à peu prendre la route des musées. Les matelas mousse font de la résistance : économiques et indestructibles, ils restent des valeurs sûres, presque intemporelles (parfois en plus d’un gonflable, pour des conditions particulièrement froides et/ou en sécu).

Si nous avions déjà passé au crible un bon panel de modèles ultralégers en 2017, on ne peut que se réjouir de l’évolution du marché depuis :
  • Les valeurs d’isolation ne sont plus données au doigt mouillé : la norme ASTM F3340 a mis tout le monde d’accord.
  • Une nouvelle enseigne, l’anglaise RAB, s’invite dans le game en proposant désormais des matelas très légers.
  • Le vrai changement de paradigme, c’est l’obésité assumée de nos couchages : les matelas ont pris des centimètres en épaisseur, sans faire exploser la balance. Une performance que de nombreux humains envient… Mais nous nous égarons.

Critères de choix

Il en existe une multitude, et chacun place le curseur là où son dos (et son banquier) le permet. Mais avant de plonger dans les fiches techniques, rappelons une règle d’or : en bivouac, le confort est un système et le matelas n’est qu’une pièce du puzzle. Acheter le meilleur duvet « froid polaire » et dormir sur un matelas de mauvaise qualité (ou non adapté), c’est comme avoir une maison passive et laisser les fenêtres ouvertes. Décortiquons ensemble ces critères, pour que vos nuits de bivouacs soient aussi agréables que possible.

Confort

Évidemment. Qui ne souhaite pas dormir confortablement ? Mais cette notion reste éminemment subjective : il y a autant de profils de dormeurs que de variétés de pommes. Certains ronflent avec bonheur sur un matelas aussi épais qu’une tablette de chocolat, quand d’autres exigent une encyclopédie (de pâtisserie).

Appliqué aux matelas, l’adage grivois c’est pas la taille qui compte deviendrait l’épaisseur ne fait pas (tout) le bonheur. D’ailleurs, un matelas trop épais peut présenter des inconvénients : plus le matelas est haut, moins on a d’espace pour se tenir assis dans la tente, qui n’est pas l’endroit réputé pour sa hauteur sous plafond. Aussi, cela crée une marche qui peut s’avérer inconfortable si l’on glisse sur le côté.

D’ailleurs, comme on aime vérifier les promesses chiffrées, on s’est naturellement penchés sur cette épaisseur annoncée. Et il y a eu quelques surprises. Il a fallu créer un protocole rigoureux, puisque la mesure « à vide » est trop hasardeuse, la variété de “surface” empêchant toute comparaison objective. Pour y parvenir, les matelas ont plutôt été soumis au test de l’encyclopédie pâtissière : en empilant deux ouvrages de référence (7,2 kg de plaisirs coupables) on simule, à très peu de choses près, une pression identique au centre de chaque matelas (les matelas ayant été gonflés à la bouche, à bloc, juste avant la mesure). On peut ainsi en déduire une hauteur effective : si certains modèles dépassent leur promesse, d’autres nous ont laissés sur notre faim (et on a dû se rattraper sur les pâtisseries…). Quelques rapides conclusions sur le sujet :
  • Globalement, tous les matelas à boudins horizontaux tiennent leurs promesses.
  • Ceux à boudins verticaux dépassent allègrement leurs promesses : le relief étant plus « marqué », les fabricants ont été raisonnables en n’indiquant pas l’épaisseur maximale d’un boudin.
  • Les deux matelas SeaToSummit épais (10 cm annoncés) ont bombé le torse avant la mesure ! En pratique, leurs deux bords latéraux sont un peu plus épais (effet berceau), où a été faite la mesure semble-t-il ?! Ceci étant dit, ces matelas demeurent très confortables bien sûr.
En bref, ne nous attardons pas sur l’épaisseur comme seul indicateur du confort. Celui-ci dépend plutôt d’un ensemble de facteurs comme l’isolation, la largeur du couchage ou encore la structure interne. C’est ce que nous allons voir maintenant.
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*le Therm-a-Rest Xtherm a été testé en taille Regular Wide. En taille Regular, sa surface est de 183 x 51 cm.

Isolation

Petit intermède leçon de thermique. L’isolation d’un matelas repose sur un principe simple : l’air nous isole du froid parce qu’il conduit très mal la chaleur. L’objectif prioritaire d’un bon matelas de trek est donc de capturer cet air pour en faire un bouclier thermique. Mais attention, posséder le plus d’air possible ne suffit pas : il faut empêcher cet air d’entrer en mouvement à l’intérieur du matelas. Voilà pourquoi épaisseur ≠ confort ! C’est plutôt la structure interne qui, avec un enchevêtrement de cloisons, va piéger les courants d’air dans une sorte de labyrinthe niveau difficile. Cette isolation de base est parfois renforcée par l’intégration de matériaux techniques tels que des fibres synthétiques ou du duvet. Sur les modèles ultralégers présentés ici, les fabricants ont plutôt recours à des films réfléchissants, agissant comme une couverture de survie interne. Notons enfin que ce principe est parfaitement transposable aux sacs de couchage (et doudounes, etc.) : piéger de l’air, et éviter ses mouvements à l’aide d’un garnissage et de cloisons.

Depuis quelques années, la norme ASTM F3340-18 apporte la clarté qui manquait cruellement au marché du matelas de bivouac : l’isolation de chaque modèle est évaluée via un protocole précis et reproductible. Ce test consiste à placer le modèle évalué entre deux plaques : une plaque froide simulant le sol et une plaque chaude maintenue à une température constante représentant le corps humain. On mesure ensuite l’énergie nécessaire pour maintenir la chaleur de la plaque supérieure, ce qui permet de calculer précisément la résistance thermique, ou R-Value. Une standardisation bienvenue qui met fin aux estimations floues (et parfois fantaisistes), et qui permet une comparaison objective entre les marques. Bien sûr, ce cadre de laboratoire possède des limites puisque contrairement aux plaques de métal parfaitement planes du test, un corps crée une compression non uniforme, notamment au niveau des hanches et des épaules, ce qui peut écraser localement les structures internes et y affaiblir l’isolation. Aussi, les plaques sont statiques, tandis que le dormeur peut bouger pendant la nuit, ce qui génère des mouvements d’air internes et donc altérer temporairement l’isolation du matelas. Malgré ces limitations, la R-Value demeure un excellent indicateur de performance.

À cela s’ajoute la réalité du terrain : s’il est facile de consulter la météo pour connaître la température de l’air et choisir son sac de couchage, estimer la température et la conductivité du sol n’est pas vraiment à notre portée. On se base alors sur des repères éprouvés :
  • R-Value < 2 pour des nuits estivales
  • R-Value entre 2 et 3,5 pour un usage deux à trois saisons
  • R-Value > 3,5 pour le bivouac hivernal et les températures négatives
La bonne nouvelle : on ne souffre pas d’un matelas trop chaud pour les conditions, contrairement à un sac de couchage où l’on pourrait finir en nage. C’est pourquoi je ne saurais que recommander, notamment pour un premier équipement, de viser une R-Value supérieure à 3 pour garantir une isolation suffisante en (presque) toutes situations. Et en superposant des matelas, leurs R-Value s’additionnent : un matelas 3-saisons + un matelas mousse = un matelas pour dormir en hiver ! Pratique.

Poids

Un critère qui concerne surtout le confort en journée : moins on porte, mieux on se porte… À condition de ne pas chasser le moindre gramme au détriment de la qualité du sommeil. Ni du compte en banque d’ailleurs. Ainsi, le poids seul n’est pas assez pertinent s’il n’est pas mis en relation avec la résistance thermique, le confort et la fiabilité du matériel : des paramètres définis par le type de pratique (terrain, saison, activité) et ses préférences personnelles (habitudes de sommeil et exigences de confort).

Voilà pourquoi certains s’intéresseront davantage au rapport isolation-poids (R-Value par gramme), que nous avons calculé pour chaque matelas. À ce propos, l’isolation par films réfléchissants est particulièrement efficace : elle augmente significativement le pouvoir isolant du matelas quasiment sans l’alourdir, ni le grossir (quand il est plié). À l’instar des deux matelas RAB de ce test : même volume plié, une différence de 30 grammes, mais une R-Value multipliée par 3 !

Petites remarques concernant les poids mesurés :
  • Dans l’ensemble, ils ont été fidèles au poids annoncé par le fabricant (± 5%).
  • Chez Therm-a-Rest, le Xlite est pesé à +25 g (+7%), mais le Xtherm respecte sa promesse.
  • Chez Exped, l’Ultra 1R est pesé à +26 g (+8%), et sa version Duo est également pesée au-dessus de son poids annoncé.
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*le Therm-a-Rest Xtherm a été testé en taille Regular Wide. En taille Regular, il est annoncé à 440 grammes, et donc un ratio isolation/poids de 16.6, ce qui le place en seconde position en la matière, très proche du Nemo Tensor Extreme Conditions.

Surface

La géométrie du matelas est un facteur de confort trop souvent sous-estimé. Pourtant, comme pour un vêtement, il s’agit de choisir un modèle de taille adaptée à sa morphologie et à son goût. Se forcer à dormir sur un matelas trop étroit, c’est un peu comme dire “j’comprends pas, d’habitude je rentre dans du S” quand on fait 80 kg. Bonjour le déni.

Si le format momie standard de 183 par 51 centimètres est une référence du marché, il peut vite se révéler trop étroit pour :

Une surface de couchage adaptée autorise les changements de position naturels et les petites glissades éventuelles (du dormeur sur le matelas), sans provoquer de réveils intempestifs qui brisent les cycles de sommeil. Dit autrement, ce n’est pas du luxe. Un matelas plus grand, c’est aussi une meilleure gestion des zones de pression grâce à un volume d’air plus important. Attention toutefois à ne pas basculer dans l’excès du king size version bivouac : la quête de liberté s’arrête là où les parois de la tente commencent. Une longueur ou une largeur disproportionnées risqueraient de toucher les parois humides de l’abri ou tout simplement de ne pas rentrer dans l’espace disponible (notamment au niveau des pieds, la chambre d’une tente y étant généralement plus étroite).

Comme évoqué dans la section précédente, l’augmentation de la surface d’un matelas (donc de son poids) peut être largement compensée par une récupération nocturne accrue. C’est d’ailleurs pour cette raison que le NeoAir XTherm – un des plus isolants de notre échantillon – a été testé en taille Regular Wide : pour du bivouac hivernal, ces centimètres supplémentaires peuvent assurer une nuit plus sereine.

Quelques modèles de matelas se cantonnent à 2 ou 3 tailles, quand d’autres proposent plusieurs choix de largeur (en général 51 et 64 cm) et de longueur (en général 183 et 197 cm). Aussi, certains laissent le choix entre la forme momie et la forme rectangulaire. Par exemple, l’Exped Ultra 1R n’offre pas moins de 6 variantes : standard, standard large et long large, chacune déclinée en format momie et rectangulaire ! Mais, selon les constructeurs, ces choix de tailles varient, et parfois les grandes tailles ne sont disponibles qu’en format rectangulaire. De l’autre côté du spectre, quelques modèles proposent des versions “courtes”, adaptées au gabarit féminin moyen : une réduction de 15 cm en longueur (et même 23 cm pour le Nemo Tensor Elite !) pour une réduction de poids très modérée à mon goût. Un gain marginal, le jeu en vaut-il la chandelle ? Encore une fois, cela dépend des gabarits et des habitudes de sommeil. Notons enfin qu’un seul matelas de notre comparatif propose une version « très courte » (128 cm), dédiée aux amateurs de BUL (bivouac ultra léger) ou aux enfants : le SeaToSummit Ultralight Insulated. Sa faible épaisseur (5 cm) le lui permet, car la « marche » reste petite (on utilise en général le reste de ses affaires de bivouac pour compléter le matelas).

À titre d’exemples, voici quelques calculs de différences de poids, en se basant sur les poids annoncés par les constructeurs :
  • Taille large versus taille classique/regular (en format momie) :
    - Exped Ultra 1R : +21% (310 g ⇒ 375 g)
    - Therm-a-Rest NeoAir XLite NXT : +22% (370 g ⇒ 450 g)
    - Therm-a-Rest NeoAir Xtherm NXT : +25% (440 g ⇒ 550 g)
    ⇒ La largeur augmente de 20% (de 51 cm à 64 cm) et par homothétie, la surface augmente proportionnellement. Donc, assez logiquement, l’augmentation de poids suit cette augmentation, à peu de chose près.
  • Format momie versus rectangulaire :
    - Nemo Tensor All-Season : +10% (400 g ⇒ 440 g)
    - Exped Ultra 1R : +27% (310 g ⇒ 395 g)
    ⇒ Cette disparité s’explique par la géométrie variable de la forme « momie », qui fait l’objet d’une interprétation très libre selon les constructeurs. Certains cherchent l’optimisation pondérale maximale en rognant drastiquement sur la surface habitable, d’autres privilégient le confort en conservant de la marge pour permettre au dormeur de ne pas dormir aussi immobile qu’une… momie justement.
En rapport avec la surface, on peut aussi évoquer son revêtement : le tissu de la face supérieure du matelas. Il n’est pas question de juger de sa qualité au toucher, puisqu’on ne dort (presque) jamais directement au contact de celui-ci (et tous se valent : la bonne sensation de plastoc !). En revanche, certains tissus sont plus glissants que d’autres. Une règle plutôt simple se vérifie dans notre échantillon : grosso modo, plus c’est léger, plus c’est glissant. Rien de bien gênant en pratique… sauf pour le Nemo Tensor Elite qui glisse vraiment, vraiment plus que la moyenne ! Mais il existe quelques astuces pour éviter cela (voir encart ASTUCES).
Dormir à deux
Tous ceux qui ont déjà essayé le savent : en duo, sous la tente, s’il y a une envie de rapprochement (tout type de proximité, on ne juge pas ici), il se crée cet inévitable fossé de la mort entre les deux matelas. Un espace vide, peu commode, dans lequel aucun des partenaires ne souhaite s’abîmer. Sauf à dormir dans une cuvette (peu recommandable), celui-ci se produit inéluctablement. Deux solutions :
  • Le matelas double : de rares enseignes le proposent. Pour avoir testé, c’est vraiment agréable : ça fait passer les nuits en duo au niveau supérieur ! En revanche, c’est un matelas dédié à une certaine pratique, qu’on ne prendra pas pour un bivouac seul : son poids est au-delà du double d’un matelas solo (720 g pour l’Exped Ultra 1R Duo, quand la version solo ne pèse que 310 g). Un équipement pertinent pour un long voyage en couple par exemple. Mais comme pour le tandem, il ne sera pas possible de faire chambre à part !
  • La sangle : une méthode simple et économique qui maintient les deux matelas l’un contre l’autre. On peut la fabriquer soi-même, mais certaines marques en proposent de très légères, comme la paire de sangles SeaToSummit Mat Coupler, pesée à 20 g (les deux). Assez facile à installer, et ça fonctionne avec tous les matelas (même différents).

Construction

Dans la perception du confort, l’architecture du matelas joue un rôle subtil mais réel. On distingue trois familles : boudins horizontaux ou verticaux, et les cellules hybrides (ceci n’est pas un nom officiel, seul SeaToSummit utilise sa technologie Air-Sprung, littéralement ressort à air). Dans leur gamme légère, chaque constructeur ne propose qu’un type d’architecture et s’y tient. Donc le choix reste avant tout une question de préférences personnelles. Si on devait tenter de donner un petit avantage à chaque architecture :
  • Les boudins horizontaux offrent les meilleurs rapports poids/isolation de notre comparatif.
  • Les boudins verticaux permettent de créer un léger effet berceau sécurisant grâce à des boudins extérieurs plus larges.
  • Les cellules hybrides, quant à elles, permettraient au sac de couchage de venir combler les interstices pour optimiser l’isolation thermique : un des effets qui n’est pas pris en compte par la norme ASTM F3340-18 par exemple.

La question du bruit a longtemps animé les débats, dont le désormais célèbre craquement de paquet de chips des premiers NeoAir XLite sortis il y a quinze ans. Une nuisance sonore principalement due au film réfléchissant interne (une partie de l’isolation donc), qui n’était pas sans rappeler le doux bruit du papier alu en cuisine. Désormais, les matelas sont plutôt silencieux et leur signature sonore est plutôt due aux choix de tissus. Deux remarques toutefois :
  • Chez Therm-a-Rest, le bruit de la gamme NeoAir a été drastiquement réduit avec les versions NXT (pour avoir comparé les deux versions en parallèle). Malgré tout, ce sont les seuls matelas de notre comparatif dont le bruit est très perceptible, et bien au-dessus de la moyenne.
  • Doit-on en conclure qu’une isolation par film réfléchissant est nécessairement bruyante ? Pas du tout ! Puisque les autres matelas du test qui ont recours à cette technologie (les modèles Nemo et le RAB Ultrasphere 4.5) sont presque silencieux. Plus cocasse : en comparant les deux RAB Ultrasphere (mêmes forme et structure, mêmes tissus, seul le film est présent ou absent), il faut vraiment tendre l’oreille pour les distinguer !

Durabilité et fiabilité

Le procès en fragilité incrimine souvent les matelas gonflables légers, avec la hernie comme pire cauchemar du voyageur. Mais celles-ci se sont raréfiées au point de ne plus être un critère de différenciation entre les enseignes présentées ici. D’ailleurs, les processus de fabrication actuels ont atteint une telle maturité que certains fabricants n’hésitent plus à proposer des garanties supérieures aux 2 ans réglementaires (5 ans pour Exped, et à vie pour Therm-a-Rest et Nemo). Preuve s’il en fallait que la défaillance mécanique (soudures et valves) devient l’exception plutôt que la règle.

Les petites crevaisons, quant à elles, font toujours partie de la vie d’un matelas. Mais comme pour un pneu de vélo : c’est normal tant que ça reste très occasionnel, puisque c’est réparable. Les matelas plus lourds utilisent naturellement des tissus plus épais, d’un denier plus élevé. Mais le traitement de surface (l’enduction) joue aussi un rôle important dans la résistance au percement (et cette info est malheureusement opaque pour nous, consommateurs). Malgré tout, le facteur humain reste déterminant : la longévité du matelas est avant tout une affaire de soin et de délicatesse sur le terrain. Un sol mal nettoyé, un terrain abrasif ou une plante épineuse (ou même des tiges sèches en fin d’été parfois) auront raison du meilleur tissu sans précaution préalable.
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Réparer une crevaison
La crevaison est indéniablement le talon d’Achille du matelas gonflable. Pourtant, comme le rappelle judicieusement la fiche technique chez Décathlon : un matelas gonflable n’est pas increvable mais il est réparable ! En pratique, l’approche est la même qu’en voyage à vélo : l’idée n’est pas de prier pour éviter la crevaison, mais de savoir y faire face. La première étape consiste à localiser la fuite. L’exercice est toujours plus simple chez soi (dans une bassine ou une baignoire) qu’en cours de route (les fontaines sont nos amies). Ensuite, plusieurs possibilités puisque les kits de réparation fournis varient selon les marques (seul le matelas Simond MT500 en est dépourvu). Une réparation bien exécutée s’avère aussi fiable qu’une rustine de chambre à air bien posée. Notons que certains sacs de stockage intègrent une petite poche dédiée pour ce kit, pour ne jamais l’oublier. Si les micro-fuites – celles qui vous obligent à regonfler votre matelas en pleine nuit – sont les plus compliquées à trouver, elles sont paradoxalement les plus simples à sceller définitivement avec un point de colle type Seam Grip.

Pour éviter le drame, quelques gestes barrière permettent de sécuriser :
  • Nettoyer minutieusement le terrain avant de poser la tente : écarter les cailloux ou tout ce qui semble abrasif, mais aussi la végétation sèche : certaines tiges coupées et durcies peuvent perforer les tissus les plus résistants sur le papier.
  • Éviter l’usage à même le sol, même s’il semble inoffensif. Recourir à une protection légère comme une feuille de Tyvek est idéal : un matériau poids plume qui offre un excellent bouclier contre le percement.

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Gonflage et dégonflage

Le gonflage et le rangement du matelas sont une routine quotidienne qui, selon plusieurs critères, peut devenir une corvée. Commençons par le gonflage : toutes les valves ne se valent pas (à prononcer à voix haute dix fois très vite). Certaines permettent un débit d’air plus élevé que d’autres. Grâce au clapet anti-retour, il est possible d’affiner la fermeté du couchage une fois installé dessus, en chassant l’air par petites touches, sans risquer de se retrouver soudainement par terre.

Gonfler son matelas à la bouche à la fin d’une journée de voyage, c’est le meilleur moyen de voir des étoiles avant même que la nuit ne tombe. À l’exception du modèle Simond MT500, les fabricants fournissent systématiquement un sac de gonflage, un outil indispensable pour éviter que l’humidité de votre souffle ne stagne à l’intérieur (et d’y développer un petit écosystème de moisissures). Bien utilisés, ces sacs font 95% du taf. Ne restent ensuite que 2-3 petites insufflations finales à la bouche pour parfaire la fermeté. Par nuit fraîche, l’air emprisonné refroidit donc sa pression diminue : il faut alors redonner un petit coup de souffle après une vingtaine de minutes, ce qui est tout à fait normal.

Les sacs de gonflage affichent de grandes disparités de conception entre les marques :
  • Ergonomie de gonflage : ce n’est pas qu’une question de volume. La facilité à capturer l’air puis à l’expulser dans le matelas dépend de nombreux détails comme la forme de l’entrée d’air, une sortie parfaitement adaptée à la position de la valve et la capacité à vider tout l’air contenu sans effort.
  • Polyvalence : certains sacs de gonflage ne sont dédiés qu’à cette fonction, tandis que d’autres sont pensés pour servir également de sac de stockage d’affaires (Therm-a-Rest, RAB, Exped). Cette polyvalence contrebalance largement leur poids supplémentaire : on a ainsi un bon sac pour compartimenter ses affaires, et qui fait pompe manuelle au bivouac.
  • Étanchéité : ces sacs polyvalents ne sont pas des étanches à proprement parler. Seul Therm-a-Rest propose, séparément, un sac de gonflage qui peut faire office de sac étanche. Le sac de gonflage Exped est si grand qu’il peut même servir de doublure étanche dans un sac à dos.
Notes :
- la facilité de pliage est une note générale qui prend en compte 3 facteurs : la facilité de dégonflage, de pliage, et de rangement dans la pochette fournie. Voir la fiche de chaque matelas pour comprendre le détail.
- le temps de gonflage est une moyenne établie en intérieur pour avoir les mêmes conditions
- le MT500 n'a pas de sac de gonflage, il se gonfle à la bouche
- garantie RAB : elle est de 2 ans, mais en cas de défaut de fabrication l'enseigne propose un service de réparation tout au long de la vie du produit
Flemme de gonfler ?
Depuis quelque temps, un nouveau gadget inutile donc indispensable est arrivé : la mini-pompe électrique. Certes, le sac de gonflage est déjà très efficace. Certes, le gonflage ne dure qu’une minute en moyenne. Certes, l’effort demandé est très modéré, surtout si on le compare à ceux fournis lors d’une journée de voyage.
Mais confier cette tâche répétitive à un petit outil autonome est tellement satisfaisant. Il y a quelque chose de l’ordre du plaisir coupable. Surtout quand cet outil ne pèse que… 8 grammes !
L’AlpenGlow Micro Inflator (60€) n’a pas de batterie, il se branche sur une batterie amovible, ou directement sur votre téléphone (compatible avec la majorité). Il remplit le matelas facilement sans vider la batterie : sa consommation est minimale, et le gonflage dure quelques minutes (selon le modèle). Et toute cette opération se fait dans un léger ronron à peine perceptible. Bref, ce petit outil est comme la fiole de digestif : on peut s’en passer mais à chaque bivouac, il met du baume au cœur. Oui, c’est un objet électronique, mais le bivouac c’est aussi s’autoriser des petits luxes non ?
À noter qu’il existe une alternative : la ZeroPump de FlexTailGear. Bien plus bruyante, et plus lourde (64 grammes avec la batterie rechargeable). Autonomie : énorme, j’ai gonflé plusieurs fois les 12 matelas du test sans la recharger.

AlpenGlow Micro Inflator
AlpenGlow Micro Inflator
FlexTailGear ZeroPump
FlexTailGear ZeroPump

Rangement

Deux variables entrent en jeu ici : la facilité pour ranger le matelas, et son encombrement une fois (bien) plié. Ce dernier, souvent occulté par le critère phare du poids, est aussi juge de paix. Par exemple en bikepacking, dont les sacoches étriquées demandent l’optimisation de chaque centimètre cube. Comme évoqué précédemment, l’encombrement d’un matelas rangé n’est pas proportionnel à son isolation, mais dépend de nombreux facteurs (architecture interne et matériaux utilisés).

Quant au pliage, il convient de se souvenir d’une scène de bivouac assez classique : le matin, les doigts engourdis par la fraîcheur, une humidité omniprésente et une capacité de réflexion proche de zéro. Dans ce contexte, tout ce qui facilite le rangement du matelas est bienvenu. Et cela dépend de plusieurs facteurs clés :
  • Les plis usine : au premier déballage, le matelas est plié de façon optimale par le fabricant, en 3, 4, voire 5 plis longitudinaux. Ceci est une œuvre d’art qu’il s’agira de tenter de reproduire chaque matin. Or, plus le nombre de plis est élevé, plus la tâche est ardue, notamment dans l’espace confiné d’une tente.
  • L’expulsion de l’air : le débit de la valve et la structure interne déterminent la vitesse à laquelle l’air s’échappe au fur et à mesure que l’on roule le matelas. Plus c’est rapide, plus le pliage est facile.
  • La morphologie de la valve : sa position et sa forme peuvent devenir gênantes lors du dernier tour de roulage. Je reste d’ailleurs sceptique sur les systèmes à deux valves distinctes (IN et OUT), qui sont plus encombrantes que les valves à double niveau d’ouverture, sans apporter d’avantages nets ? À contrario, une valve très petite occupe peu de place – comme celle des RAB Ultrasphere – mais peut devenir difficile à gonfler à la bouche (un bon entraînement pour jouer de la trompette paraît-il).
  • Le sac de stockage : il doit être bien calibré. Assez large pour pardonner un pliage imparfait, mais assez étroit pour ne pas laisser le matelas reprendre ses aises quelques minutes plus tard. Alternatives aux sacs de stockage : le scratch ou l’élastique. Plus légers, ils sont d’une efficacité redoutable pour maintenir un pliage compact sans s’embêter avec une housse récalcitrante. Personnellement, j’utilise cette astuce depuis des années (à condition de ranger le matelas loin de tout objet risqué bien entendu). Mention spéciale pour Nemo, seule enseigne à intégrer systématiquement un scratch (5 grammes seulement !) dans sa boîte.
Astuces en tout genre
» L’oreiller, ce détail qui n’en est pas un. Selon ses habitudes de sommeil, un bon oreiller est parfois aussi déterminant pour la récupération qu’une isolation thermique performante. La majorité des marques de ce dossier proposent des modèles gonflables légers. SeaToSummit dispose même un système pour le fixer en haut du matelas : le bien nommé pillow-lock.
» L’oreiller, version système D : la doudoune dans un sac étanche, le tout enveloppé d’un tour de cou comme taie d’oreiller. On obtient une texture douce et un moelleux réglable à l’envi, pour zéro gramme supplémentaire dans le sac. L’oreiller idéal ? C’est ce que j’utilise depuis des années.
» Pop-corn. Ne jamais laisser un matelas gonflé à bloc en plein soleil : l’air se réchauffe, la pression augmente… jusqu’à la hernie fatale ! L’été, je n’hésite pas à ouvrir la valve dès le réveil : la température monte vite dans une tente ensoleillée.
» Glisse nocturne. Selon le tapis de sol de la tente, les matelas ont une fâcheuse tendance à glisser, même quand le terrain est presque plat. Parfois c’est le dormeur qui glisse sur son matelas. Seul le matelas MT500 chez Simond intègre des patchs antidérapants (mais le MT900 en est dépourvu). Pour y remédier, il suffit de mettre quelques points de colle forte sous votre matelas, et le tour est joué.
» Bivouac en pente. Sur un sol incliné, je glisse mes chaussures sous le bord du matelas côté « aval », ce qui permet de stabiliser ma position. Cela crée un léger berceau qui empêche de finir écrasé contre la paroi de la tente (humide !) pendant la nuit.
» Entretien et stockage. Pour prolonger la durée de vie d’un matelas, il est important de le stocker valve ouverte, dans un endroit sec. « Conserver le matelas à l’abri des animaux de compagnie. Les chiens aiment mâchouiller les valves et les chats aiment se faire les griffes sur le matelas ». Cette phrase est issue de la notice des matelas Therm-a-Rest, telle quelle, et approuvée par Potiron.

Mieux vaut protéger avec un tapis de sol, en toutes circonstances.
Mieux vaut protéger avec un tapis de sol, en toutes circonstances.
Le tyvek et l'oreiller basique, après une nuit à la belle.
Le tyvek et l'oreiller basique, après une nuit à la belle.
Oreiller encore plus minimaliste : la doudoune rentrée dans sa capuche, enveloppé dans un buff pour maintenir l'ensemble.
Oreiller encore plus minimaliste : la doudoune rentrée dans sa capuche, enveloppé dans un buff pour maintenir l'ensemble.

Voir les fiches des éléments de ce dossier :

Ultra 1R Exped
Tensor All-Season Nemo
Tensor Elite Nemo
Tensor Extreme Conditions Nemo
Ultrasphere 1.5 RAB
Ultrasphere 4.5 RAB
Ultralight Insulated Sea To Summit
Etherlight XT Insulated Sea To Summit
Etherlight XR Sea To Summit
MT500 Simond
MT900 Simond
NeoAir Xlite NXT Therm-A-Rest
NeoAir Xtherm NXT Therm-A-Rest

L'auteur et testeur de ce dossier :

Anthony Anthony
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