Rêver à vélo le long de la Somme avec Gaël et Jacqueline
7 jours
Une semaine de vélo va nous réunir. Cela fait déjà cinq ans que nous partageons cette passion. Une passion transgénérationnelle. Durant une semaine nous allons longer la Somme. Cyclo-voyageurs, nous dormirons dans les rares campings encore ouverts en cette fin de saison. Et une belle récompense nous attendra en baie de Somme : les phoques alanguis sur le sable.
Activité :
vélo de randonnée
Statut :
réalisé
DATE :
25/10/2025
Durée :
7 jours
Réalisé avec 1 enfant
son âge : 8 ansMobilité douce
Réalisé en utilisant transports en commun (train, bus, bateau...)
C'est possible (ou réalisé) en
train
Précisions :
Nous allons prendre le train pour aller et revenir des Hauts-de-Seine. Cependant, une traversée à vélo de douze kilomètres est nécessaire au sein de la ville de Paris.
Mise à jour section : 03 déc. 2025
jeudi 30 octobre – 6e jour
30 km
Saint-Valéry-sur-Somme – Pointe du Hourdel
Nous nous réveillons encore plus tôt que d’habitude.
Aujourd’hui, nous avons rendez-vous avec les phoques.
En un tour de main, nous quittons la chambre.
Nous ne faisons pas l’impasse sur le petit-déjeuner. Un buffet extraordinaire ! Des laitages divers, des fromages différents, de la charcuterie variée, des viennoiseries disposées en montagne, des gâteaux sur des plateaux tournants, des céréales en abondance, des pâtes à tartiner en nombre, des fruits… Tant de nourriture nous met en appétit !
« Petit ! (surnom que je donne à Gaël depuis sa naissance) Regarde ces aliments bien disposés. On peut imaginer qu’Arcimboldo est venu ici cette nuit. Connais-tu Arcimboldo ?
– Ah non ! Je ne connais pas du tout. Cela ressemble à un nom de boisson.
– C’est un artiste. Il est né en Italie dans le pays de Vittorio, ton arrière-grand-père. Ce peintre disposait astucieusement des légumes, des fruits pour composer des portraits. Quand nous rentrerons je te montrerai un livret de ses œuvres.
– Cela doit être marrant des visages aux légumes. J’ai un peu faim, je peux prendre tout ce que je veux ?
– Bien sûr ! Mais en petite quantité. Comme cela tu peux goûter un peu à tout ce que tu aimes.
– Regarde grand-mère, le lait est dans une bouteille en verre toute fluette. On peut dire fluette pour une bouteille ?
– C’est un beau qualificatif pour une bouteille. »
Et nous nous régalons.
Il est temps de partir. Nous avons rendez-vous avec une guide au phare du Hourdel. Nous montons sur nos bicyclettes dépourvues de leurs sacoches. Le premier moment est toujours surprenant car nos montures nous paraissent trop légères.
Nous empruntons une piste cyclable de dix kilomètres qui nous conduit au hameau du Hourdel. Nous longeons le petit port qui est le point de départ des bateaux à fond plat qui servent à pêcher des sauterelles, nom local des petites crevettes grises de la côte picarde.
Nous retrouvons Stéphanie, la guide munie d’une longue-vue. Plusieurs enfants composent le groupe qu’elle a en charge. Rapidement, elle nous donne quelques informations sur la sécurité. Nous devons rester ensemble sans se distancer. Deux dangers majeurs : les marées qui recouvrent en quelques instants l’estuaire et les sables mouvants. Gaël s’exclame :
« Ah bon ! Des sables mouvants !
– C’est étonnant qu’elle dise cela. On verra au cours de la balade. Sache que tu ne dois jamais t’éloigner de moi. »
Nous la suivons consciencieusement et marchons tant bien que mal sur une plage de galets pour accéder à la baie de Somme. Les visiteurs, plus d’un million par an, ont l’interdiction de prélever des galets. Gaël m’annonce :
« J’en ai déjà un tout petit dans ma poche, je vais le remettre avec les autres.
– En effet ! Repose-le sur le cordon de galets. C’est une digue naturelle qui empêche l’eau de la mer d’inonder les champs.
– Il ne faut pas rester ici quand la marée monte, on pourrait se noyer. Stéphanie nous a prévenus que l’eau avançait à la vitesse d’un galop de cheval. C’est aussi la vitesse d’un vélo. Avec nos vélos on irait aussi vite, on pourrait s’enfuir. On a combien de temps avant la marée haute ?
– Plusieurs heures. Mais on n’a pas à s’en préoccuper. Stéphanie gère tout cela.
– Elle a dit tout à l’heure que des gens se sont fait encercler par la mer. Les pompiers ont été obligés d’aller les chercher.
– Mais ils n’avaient pas de guide. »
Stéphanie nous précise :
« C’est l’une des plus belles baies du monde. La pointe du Hourdel est un lieu connu qui abrite la plus importante colonie de phoques en France. Deux espèces cohabitent : le phoque veau-marin et le phoque gris. Les phoques se reposent sur des bancs de sable à marée basse. Nous les verrons un peu plus loin. »
Puis elle s’installe sur une petite zone et nous montre, à coups de mouvements d’avant en arrière, comment retirer ses pieds des sables mouvants. Elle explique qu’il faut rester immobile lorsque l’on est pris dans des sables mouvants. Le corps ne s’enfoncera pas au-delà de la taille. Gaël poursuit :
« Heureusement qu’elle nous a prêté des bottes ! Pendant qu’elle parle je vais faire pareil qu’elle dans les sables mouvants. »
Tous les enfants du groupe sont, eux-aussi, dans l’imitation sous l’œil attentif des parents. C’est encore plus magique que de marcher ou sauter dans des flaques d’eau. Comme Stéphanie, ils se laissent absorber. Superficiellement. Juste le bout des pieds. Puis ils agitent délicatement leurs pieds et ils reviennent sur le sable ferme.
« Grand-mère ! Stéphanie a dit que, parfois, les chaussures restent bloquées et que l’on est obligé d’abandonner ses bottes si l’on veut sortir des sables mouvants et que c’est « un effet ventouse ». Mais je ne sais pas ce que cela veut dire.
– Les sables mouvants sont dangereux. L’effet ventouse, c’est comme le crochet ourson fixé sur la paroi de douche chez ta maman. Tu as appuyé dessus et il s’est collé car tu as chassé toutes les minuscules bulles d’air sous la corolle en plastique. Dans les sables mouvants, c’est pareil. Plus une seule petite bulle d’air autour de tes chaussures et elles restent prisonnières dans le sable.
– J’ai déjà essayé de décoller l’ourson, mais c’est impossible.
– Viens maintenant ! On doit suivre le groupe. Place aux phoques ! »
Au loin, ils sont là ! Nombreux ! Ils se reposent sur des bancs de sable.
À l’estuaire, à marée basse, nous sommes entre Terre et mer.
La longue-vue de Stéphanie et nos jumelles nous permettent de les admirer de plus près.
Nous assistons aussi à un ballet effréné de quelques-uns. Ils nagent à la surface de l’eau du chenal. Plongent brusquement. Ressortent plus loin. Stéphanie nous donne un cours instructif :
« La législation est très stricte. On ne doit pas s’approcher à moins de trois-cents mètres des phoques. On ne devrait plus utiliser d’images de phoques en gros plan, afin de ne pas donner l’illusion qu’il est possible de les côtoyer de près. Ce sont des animaux sauvages. Sur un banc de sable, ils se reposent, mettent bas et allaitent, muent pour renouveler leur pelage. Tout dérangement peut parfois entraîner leur mort ou celle des nouveau-nés. Ils peuvent griffer et mordre et potentiellement transmettre des maladies. L’observation du pelage permet de distinguer les mâles des femelles. Les premiers ont un pelage gris foncé avec des taches plus claires. À l’inverse, le pelage de la femelle est clair avec des taches sombres. »
Maintenant je vais essentiellement m’adresser aux enfants :
« Les bébés phoques s’appellent des blanchons. Le petit blanchon est nourri du lait de sa maman pendant une douzaine de jours. Il prend deux kilogrammes par jour. Il va donc grossir d’au moins vingt-quatre kilogrammes. Le blanchon est gras et à poils longs et blancs. Il ne va pas dans l’eau, car il risque de se noyer à cause de ses longs poils. Il reste sur le sable pendant quelques semaines, puis la mère l’abandonne. Il va se débrouiller tout seul, vivre sur ses réserves de graisse pendant plusieurs semaines en attendant de muer, de perdre sa peau. Sa peau blanche aux poils longs va se transformer peu à peu en une fourrure plus courte, argentée et parsemée de tâches foncées. Et il va pouvoir aller à l’eau chercher sa propre nourriture. »
Et Gaël de répondre :
« C’est une belle histoire que celle du blanchon. Mais c’est dommage, car il ne reste pas très longtemps avec sa maman. »
Le temps passe et Stéphanie veut nous faire goûter des plantes halophiles. Elles se développent sur un sol riche en sel. Nous atteignons les espaces herbeux en haut du cordon de galets où deux plantes sont accessibles et comestibles.
Gaël et moi nous cueillons délicatement les petites feuilles et nous nous régalons de tendres oreilles de cochon au goût marin prononcé. Nous dégustons aussi les chips de pré-salé. Stéphanie l’ajoute en complément dans ses salades. Pour nous, c’est tout simplement une nouvelle découverte que l’on aime bien.
Après un petit détour au restaurant du coin, nous rejoignons Saint-Valéry-sur-Somme. Une erreur de parcours nous entraîne de la ville haute vers l’ancien quartier des pêcheurs aux rues étroites bordées de maisonnettes aux couleurs chatoyantes. Ensuite, accrochés à nos leviers de freins, nous dévalons la côte pour un retour à la ville basse située le long du port et de la digue promenade.
Nous dénichons un salon de thé avec une splendide vue sur l’estuaire. Nous nous reposons en consommant un chocolat chaud et une gaufre artisanale.
En repartant, nous passons devant une petite boutique. Nous admirons les jolis objets en verre fabriqués par l’artisane. Gaël susurre :
« Je n’ai plus d’argent… et j’aurais bien aimé offrir un petit objet comme ceux-là à maman et à papa.
– Je te donne quinze euros. Avec cette somme tu dois acheter trois objets. Un à chacun de tes parents et un pour toi.
– J’ai pris le temps pour choisir et calculer. Ce sera ce chat, ce poisson et ce coquillage. »
Les objets miniatures sont vraiment beaux. Ils sont délicatement ciselés, colorés et accrochent la lumière.
Puis nous longeons l’estuaire pour renter à l’hôtel. Un immense troupeau de moutons de pré-salé broute, en principe de la salicorne, sur une grande étendue de prairie herbagère qui, régulièrement, est recouverte par la mer lors des grands coefficients de marée.
Sitôt arrivés à l’hôtel, Gaël se précipite pour emprunter le matériel et jouer au tennis de table. De nuit, dans le froid, sous une pluie fine, nous sommes les seuls clients de l’hôtel à jouer dans le jardin. Gaël est l’unique enfant à l’hôtel et nous sommes aussi d’insolites voyageurs à vélo séjournant dans cet incroyable hôtel aux multiples jardins.
Après un bon repas, nous rejoignons notre chambre. Nous devons ranger nos sacoches, car demain, après une trentaine de kilomètres à vélo, nos traverserons la France en train pour rentrer à la maison.
Nous commençons à réaliser que notre voyage arrive bientôt à son terme.
30 km
Saint-Valéry-sur-Somme – Pointe du Hourdel
Nous nous réveillons encore plus tôt que d’habitude.
Aujourd’hui, nous avons rendez-vous avec les phoques.
En un tour de main, nous quittons la chambre.
Nous ne faisons pas l’impasse sur le petit-déjeuner. Un buffet extraordinaire ! Des laitages divers, des fromages différents, de la charcuterie variée, des viennoiseries disposées en montagne, des gâteaux sur des plateaux tournants, des céréales en abondance, des pâtes à tartiner en nombre, des fruits… Tant de nourriture nous met en appétit !
« Petit ! (surnom que je donne à Gaël depuis sa naissance) Regarde ces aliments bien disposés. On peut imaginer qu’Arcimboldo est venu ici cette nuit. Connais-tu Arcimboldo ?
– Ah non ! Je ne connais pas du tout. Cela ressemble à un nom de boisson.
– C’est un artiste. Il est né en Italie dans le pays de Vittorio, ton arrière-grand-père. Ce peintre disposait astucieusement des légumes, des fruits pour composer des portraits. Quand nous rentrerons je te montrerai un livret de ses œuvres.
– Cela doit être marrant des visages aux légumes. J’ai un peu faim, je peux prendre tout ce que je veux ?
– Bien sûr ! Mais en petite quantité. Comme cela tu peux goûter un peu à tout ce que tu aimes.
– Regarde grand-mère, le lait est dans une bouteille en verre toute fluette. On peut dire fluette pour une bouteille ?
– C’est un beau qualificatif pour une bouteille. »
Et nous nous régalons.
Il est temps de partir. Nous avons rendez-vous avec une guide au phare du Hourdel. Nous montons sur nos bicyclettes dépourvues de leurs sacoches. Le premier moment est toujours surprenant car nos montures nous paraissent trop légères.
Nous empruntons une piste cyclable de dix kilomètres qui nous conduit au hameau du Hourdel. Nous longeons le petit port qui est le point de départ des bateaux à fond plat qui servent à pêcher des sauterelles, nom local des petites crevettes grises de la côte picarde.
Nous retrouvons Stéphanie, la guide munie d’une longue-vue. Plusieurs enfants composent le groupe qu’elle a en charge. Rapidement, elle nous donne quelques informations sur la sécurité. Nous devons rester ensemble sans se distancer. Deux dangers majeurs : les marées qui recouvrent en quelques instants l’estuaire et les sables mouvants. Gaël s’exclame :
« Ah bon ! Des sables mouvants !
– C’est étonnant qu’elle dise cela. On verra au cours de la balade. Sache que tu ne dois jamais t’éloigner de moi. »
Nous la suivons consciencieusement et marchons tant bien que mal sur une plage de galets pour accéder à la baie de Somme. Les visiteurs, plus d’un million par an, ont l’interdiction de prélever des galets. Gaël m’annonce :
« J’en ai déjà un tout petit dans ma poche, je vais le remettre avec les autres.
– En effet ! Repose-le sur le cordon de galets. C’est une digue naturelle qui empêche l’eau de la mer d’inonder les champs.
– Il ne faut pas rester ici quand la marée monte, on pourrait se noyer. Stéphanie nous a prévenus que l’eau avançait à la vitesse d’un galop de cheval. C’est aussi la vitesse d’un vélo. Avec nos vélos on irait aussi vite, on pourrait s’enfuir. On a combien de temps avant la marée haute ?
– Plusieurs heures. Mais on n’a pas à s’en préoccuper. Stéphanie gère tout cela.
– Elle a dit tout à l’heure que des gens se sont fait encercler par la mer. Les pompiers ont été obligés d’aller les chercher.
– Mais ils n’avaient pas de guide. »
Stéphanie nous précise :
« C’est l’une des plus belles baies du monde. La pointe du Hourdel est un lieu connu qui abrite la plus importante colonie de phoques en France. Deux espèces cohabitent : le phoque veau-marin et le phoque gris. Les phoques se reposent sur des bancs de sable à marée basse. Nous les verrons un peu plus loin. »
Puis elle s’installe sur une petite zone et nous montre, à coups de mouvements d’avant en arrière, comment retirer ses pieds des sables mouvants. Elle explique qu’il faut rester immobile lorsque l’on est pris dans des sables mouvants. Le corps ne s’enfoncera pas au-delà de la taille. Gaël poursuit :
« Heureusement qu’elle nous a prêté des bottes ! Pendant qu’elle parle je vais faire pareil qu’elle dans les sables mouvants. »
Tous les enfants du groupe sont, eux-aussi, dans l’imitation sous l’œil attentif des parents. C’est encore plus magique que de marcher ou sauter dans des flaques d’eau. Comme Stéphanie, ils se laissent absorber. Superficiellement. Juste le bout des pieds. Puis ils agitent délicatement leurs pieds et ils reviennent sur le sable ferme.
« Grand-mère ! Stéphanie a dit que, parfois, les chaussures restent bloquées et que l’on est obligé d’abandonner ses bottes si l’on veut sortir des sables mouvants et que c’est « un effet ventouse ». Mais je ne sais pas ce que cela veut dire.
– Les sables mouvants sont dangereux. L’effet ventouse, c’est comme le crochet ourson fixé sur la paroi de douche chez ta maman. Tu as appuyé dessus et il s’est collé car tu as chassé toutes les minuscules bulles d’air sous la corolle en plastique. Dans les sables mouvants, c’est pareil. Plus une seule petite bulle d’air autour de tes chaussures et elles restent prisonnières dans le sable.
– J’ai déjà essayé de décoller l’ourson, mais c’est impossible.
– Viens maintenant ! On doit suivre le groupe. Place aux phoques ! »
Au loin, ils sont là ! Nombreux ! Ils se reposent sur des bancs de sable.
À l’estuaire, à marée basse, nous sommes entre Terre et mer.
La longue-vue de Stéphanie et nos jumelles nous permettent de les admirer de plus près.
Nous assistons aussi à un ballet effréné de quelques-uns. Ils nagent à la surface de l’eau du chenal. Plongent brusquement. Ressortent plus loin. Stéphanie nous donne un cours instructif :
« La législation est très stricte. On ne doit pas s’approcher à moins de trois-cents mètres des phoques. On ne devrait plus utiliser d’images de phoques en gros plan, afin de ne pas donner l’illusion qu’il est possible de les côtoyer de près. Ce sont des animaux sauvages. Sur un banc de sable, ils se reposent, mettent bas et allaitent, muent pour renouveler leur pelage. Tout dérangement peut parfois entraîner leur mort ou celle des nouveau-nés. Ils peuvent griffer et mordre et potentiellement transmettre des maladies. L’observation du pelage permet de distinguer les mâles des femelles. Les premiers ont un pelage gris foncé avec des taches plus claires. À l’inverse, le pelage de la femelle est clair avec des taches sombres. »
Maintenant je vais essentiellement m’adresser aux enfants :
« Les bébés phoques s’appellent des blanchons. Le petit blanchon est nourri du lait de sa maman pendant une douzaine de jours. Il prend deux kilogrammes par jour. Il va donc grossir d’au moins vingt-quatre kilogrammes. Le blanchon est gras et à poils longs et blancs. Il ne va pas dans l’eau, car il risque de se noyer à cause de ses longs poils. Il reste sur le sable pendant quelques semaines, puis la mère l’abandonne. Il va se débrouiller tout seul, vivre sur ses réserves de graisse pendant plusieurs semaines en attendant de muer, de perdre sa peau. Sa peau blanche aux poils longs va se transformer peu à peu en une fourrure plus courte, argentée et parsemée de tâches foncées. Et il va pouvoir aller à l’eau chercher sa propre nourriture. »
Et Gaël de répondre :
« C’est une belle histoire que celle du blanchon. Mais c’est dommage, car il ne reste pas très longtemps avec sa maman. »
Le temps passe et Stéphanie veut nous faire goûter des plantes halophiles. Elles se développent sur un sol riche en sel. Nous atteignons les espaces herbeux en haut du cordon de galets où deux plantes sont accessibles et comestibles.
Gaël et moi nous cueillons délicatement les petites feuilles et nous nous régalons de tendres oreilles de cochon au goût marin prononcé. Nous dégustons aussi les chips de pré-salé. Stéphanie l’ajoute en complément dans ses salades. Pour nous, c’est tout simplement une nouvelle découverte que l’on aime bien.
Après un petit détour au restaurant du coin, nous rejoignons Saint-Valéry-sur-Somme. Une erreur de parcours nous entraîne de la ville haute vers l’ancien quartier des pêcheurs aux rues étroites bordées de maisonnettes aux couleurs chatoyantes. Ensuite, accrochés à nos leviers de freins, nous dévalons la côte pour un retour à la ville basse située le long du port et de la digue promenade.
Nous dénichons un salon de thé avec une splendide vue sur l’estuaire. Nous nous reposons en consommant un chocolat chaud et une gaufre artisanale.
En repartant, nous passons devant une petite boutique. Nous admirons les jolis objets en verre fabriqués par l’artisane. Gaël susurre :
« Je n’ai plus d’argent… et j’aurais bien aimé offrir un petit objet comme ceux-là à maman et à papa.
– Je te donne quinze euros. Avec cette somme tu dois acheter trois objets. Un à chacun de tes parents et un pour toi.
– J’ai pris le temps pour choisir et calculer. Ce sera ce chat, ce poisson et ce coquillage. »
Les objets miniatures sont vraiment beaux. Ils sont délicatement ciselés, colorés et accrochent la lumière.
Puis nous longeons l’estuaire pour renter à l’hôtel. Un immense troupeau de moutons de pré-salé broute, en principe de la salicorne, sur une grande étendue de prairie herbagère qui, régulièrement, est recouverte par la mer lors des grands coefficients de marée.
Sitôt arrivés à l’hôtel, Gaël se précipite pour emprunter le matériel et jouer au tennis de table. De nuit, dans le froid, sous une pluie fine, nous sommes les seuls clients de l’hôtel à jouer dans le jardin. Gaël est l’unique enfant à l’hôtel et nous sommes aussi d’insolites voyageurs à vélo séjournant dans cet incroyable hôtel aux multiples jardins.
Après un bon repas, nous rejoignons notre chambre. Nous devons ranger nos sacoches, car demain, après une trentaine de kilomètres à vélo, nos traverserons la France en train pour rentrer à la maison.
Nous commençons à réaliser que notre voyage arrive bientôt à son terme.

5 - Saint-Valery