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Rêver à vélo le long de la Somme avec Gaël et Jacqueline

7 jours
Par Jacqueline25
mis à jour 04 déc. 2025
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Rêver à vélo le long de la Somme avec Gaël et Jacqueline

4 - Long à Saint-Valery

Mise à jour section : 30 nov. 2025
4 - Long à Saint-Valery
mercredi 29 octobre – 5e jour
41 km / 88 m
Long – Abbeville – Saint-Valery-sur-Somme
 
Nous nous réveillons dès potron-minet.
Nous sommes devenus des nomades.
Notre résistance au froid s’est améliorée.
Après un petit-déjeuner frugal, nous nous mettons en route. Auparavant, lorsque Gaël était plus jeune, dans chaque village, nous devions chercher l’aire de jeu. Maintenant, il s’intéresse à ce qu’il voit à proximité.
Hier, le château était illuminé dans la nuit. Ce matin, il expose sa jolie façade en briques roses et en pierres blanches. Son immense serre aux milliers de roses suspendue est splendide.
Gaël apprécie grandement qu’on lui raconte des histoires. Maintenant, le livre du soir est remplacé par une aventure vécue ou à vivre, dont, bien souvent, il est le personnage principal.
Le château mérite qu’on l’admire et je raconte à Gaël cette petite histoire :
« Ce château s’appelle La folie de Buissy.
– Pourquoi ?
– Pour séduire une dame, un vicomte a fait construire ce château.
– Qu’est-ce que c’est un vicomte ?
– C’est un titre de noblesse. Le prince, le duc, le marquis, puis le vicomte et le chevalier.
– Nous, on n’a aucun titre !
– Parfois, les histoires, c’est ce qui se transmet, mais ce n’est pas toujours exact. Allez zou, remonte sur ton vélo. On avance ! On s’arrêtera à Abbeville pour prendre un petit-déjeuner. »
L’étape se déroule dans un environnement automnal paré de couleurs aux mille et une nuances. Une jolie et louvoyante piste nous entraîne rapidement.
 Ensuite tout nous arrête. Ici, un troupeau d’oies aux cacardements puissants et nasillards. Là, un cheval curieux qui s’approche de la barrière pour venir à notre rencontre. Plus loin, un poney intéressé par le blouson de Gaël. Et encore, deux boucs aux cornes puissantes et à la barbe développée s’avancent sans être intéressés par la touffe d’herbe que Gaël leur tend.
Sur une île, enserrée par deux bras de la Somme, le château de Pont-Rémy est réduit à l’état de ruine. Cependant, nous l’admirons et Gaël commente :
« Penses-tu que c’était aussi une folie de quelqu’un ?
– Je n’en ai aucune idée. Je ne connais pas l’histoire de ce château.
– J’aimerais bien habiter dans la jolie péniche rouge qui est devant le château sur le canal. Elle s’appelle Arche de Noé. Est-ce qu’elle se déplace ?
– Je ne sais pas pour celle-ci. Bien souvent les péniches d’habitation restent amarrées. Les propriétaires sont des habitants des villages où elles sont stationnées. »
Nous voici à Abbeville. En passant devant la collégiale Saint-Vulfran Gaël demande :
« La cathédrale n’a pas été bombardée. On va voir s’il y a du carrelage posé en croix gammées ?
– La cathédrale est fermée. Regarde la façade ! On croirait de la dentelle de pierre. On voit aussi des statues, des tours... Cette construction en dentelle est dans un style appelé art gothique flamboyant.
– Elle est belle ! On peut aller manger maintenant ? »
Nous achetons des viennoiseries et un drôle de feuilleté roulé, noir. De la cendre a été ajoutée lors de la préparation. Il est fourré d’une confiture de potimarron. Sur le dessus du feuilleté, une tête de mort est dessinée avec du sucre glace. Halloween oblige !
Puis, décidés à prendre un lait chaud pour Gaël et un thé pour moi, nous nous rendons dans un café très agréable, aux multiples vitres, situé au bout de la rue principale. Gaël goûte avec réticence cet étrange gâteau noir, puis s’écrie :
« C’est quand même bon ! C’est la première fois que je mange un gâteau noir.
– C’est pareil pour moi. C’est étonnant une pâtisserie noire. »
Quelque temps après, pour traverser la ville, nous poussons nos vélos parce que les villes sont dangereuses pour un enfant.
 Nous passons devant la très jolie petite gare. Elle est décrite comme un joyau de l’Art déco. Elle mériterait que nous nous arrêtions plus longuement. Mais nous poursuivons notre chemin afin de ne pas arriver trop tard à Saint-Valéry.
Pédalant tranquillement sur la piste cyclable, tout à coup, Gaël annonce :
« Le jour où Gérard nous accompagnait, j’ai vu une tombe comme celle-là. Une vieille personne est morte à cent-neuf ans. Ici, c’est un enfant qui est mort à 10 ans.
– Tu parles de ce bloc de pierre ?
– Oui ! De cette tombe.
– Elle est particulière cette tombe ! En réalité, il ne s’agit pas d’une tombe mais d’une borne kilométrique. Ces grosses pierres gravées d’un lieu et d’un numéro indiquent la ville ou le village et la distance qu’il faut parcourir pour l’atteindre. Cette borne-là nous indique qu’il nous reste dix kilomètres avant d’arriver à Saint-Valéry.
– Je préfère que ce soient des kilomètres plutôt que l’âge d’un enfant mort. Donc, s’il nous reste dix kilomètres, j’ai le temps d’apprendre à lâcher le guidon ?
– Oui, va un peu plus vite et prend appui sur tes pédales en restant bien décontracté. Ensuite tu lâches ton guidon. »
Concentré et un peu contracté, une de ses mains se soulève légèrement et se repose rapidement. Il répète le geste à plusieurs reprises. Il est de plus en plus confiant.
« Maintenant, tu peux toucher ton visage. »
– Ça y est, j’y arrive !
– Recommence avec l’autre main. »
Après quelqu’instabilité le geste est intégré. Gaël ne sera plus obligé de s’arrêter pour chasser un insecte posé sur son visage ou par une petite démangeaison. L’exercice l’occupe un bon moment et c’est ainsi que nous arrivons au port de Saint-Valéry sans avoir vu les kilomètres défiler.
Nous sommes fascinés pas les bateaux de plaisance amarrés au port. Ils sont alignés à la perfection les uns à côté des autres et aussi le long de deux pontons. Une multitude de mâts se dressent. Aucun vent, aucun mouvement du fleuve ne les affecte.
Un peu plus loin, nous tombons nez à nez avec une ancienne gare qui est une élégante villa. L’édifice miniature comporte une tourelle vitrée à six pans, flanquée de six ailes. Gaël s’exclame : « C’est la gare du P’tit train ! Les rails s’arrêtent, ils ne vont pas plus loin. »
Nous longeons le front de mer de Saint-Valery et nous poursuivons sur un chemin pour nous rendre à l’hôtel situé à environ trois kilomètres. Nous y séjournerons deux nuits.
En fin d’après-midi, à notre arrivée, nous découvrons un hôtel constitué de multiples corps de fermes rustiques au style décontracté, installé au sommet d’une colline avec vue sur la baie de Somme. Après avoir pris possession de notre chambre, revêtus de nos vêtements de ville, nous explorons les lieux. Nous nous promenons dans les différents jardins équipés de salon, de chaises longues. Le parc est immense et côté activités, il offre de nombreuses possibilités sportives, comme une piscine extérieure. Mais à la grande désolation de Gaël, elle est fermée. Le terrain de tennis est fermé aussi. Seules tables de ping-pong sont à notre disposition. Gaël annonce :
« Je vais chercher les raquettes et la balle à la réception.
– Il fait presque nuit !
– On joue juste un petit moment.
– Je préférerais aller m’installer dans un fauteuil au salon et prendre un thé.
– Grand-mère, c’est mieux de jouer. Tu prendras un thé après. »
C’est ainsi que je me laisse convaincre. Au pas de course, il traverse l’immense parc en direction de la réception et revient peu après avec le matériel. Gaël ne possède pas une grande dextérité à ce jeu de précision. Il est surpris de constater que je suis une bonne joueuse de tennis de table.
Puis la pluie nous surprend et c’est un peu mouillés que nous nous présentons au restaurant bistronomique, agréablement agencé et avec une vue sur le jardin éclairé. Ce midi, Gaël n’a pas du tout aimé les spaghettis aux couteaux. Le repas de ce soir le ravit : frites et steak. Pour moi ce sera de l’agneau de prés salés. Délicieux !
Il est déjà tard lorsque nous rejoignons notre petite chambre un peu trop mansardée à mon goût. Ce soir, Gaël s’endort alors que je lui raconte une histoire de phoques.
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