Rentrer de Noël à pieds

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Et si je rentrais de Noël chez les parents à pieds??

Je revisiterais quelques endroits sympas qui ont marqué mon enfance, et
je proposerais à la famille de m'accompagner sur un ou deux kilomètres,
ce serait sympa de se voir dans ce cadre là! Et ça pourrait peut-être
donner envie aux neveux de marcher avec moi?

Et cette fois, au lieu de faire les 200 bornes en voiture, je prendrais
le canal de Brest à Nantes... Et un peu les rives du Blavet, pour y
arriver au canal...
Oh ouais, ce serait chouette! La nature!!

Mais, à Noël, il fait froid! Et il pleut! Même il neige, parfois...
C'est pas la meilleure période pour faire une randonnée bivouac de
300km! Et puis, y'a pas beaucoup de lumière à cette période de
l'année... Je pourrais pas attendre l'été?
C'est peut-être pas la meilleure période pour le faire, mais c'est la
bonne. Et pour la lumière, justement, c'est comme ça que tu en auras un
maximum.
Ah? Bon, ok. Ca marche.
Oui, effectivement, ça va marcher!! ;)

Et puis, comme ça, si tu vas pas trop vite (;)), tu commenceras l'année
en marchant!
Est-ce qu'on peut trouver une plus belle manière de commencer une
nouvelle année toute neuve?
S'y rendre de manière douce :
Précisions : Bon, et bien le train n'accepte pas les objets encombrants, sauf les vélos en TER, et mon objet encombrant ne rentre pas dnas le cadre de "vélo"... Mais des covoitureurs m'ont pris avec le chariot, et nous avons passé un trajet passionnant à dis...
randonnée/trek
Quand : 12/25/17
Durée : 6 jours
Distance totale : 300.5km Dénivelées : +855m / -931m
Alti min/max : 48m/173m
Carnet créé par Floma le 25 Dec
modifié le 14 Jan
494 lecteur(s) - 17
Vue d'ensemble

Le compte-rendu : J6: Une décision pas facile à prendre... (mise à jour : 03 Jan)

Cette nuit le vent s'est déchainé! :'(
J'étais bien à l'abri dans mon petit nid d'arbre, protégée par les murs de l'abbaye, mais ça a soufflé comme dans une vraie grande tempête. A 3h du matin, comme je ne voulais pas que la famille s'inquiète inutilement pour moi, j'ia même envoyé quelques sms pour leur dire que j'étais en toute sécurité. Pour que j'en arrive à envoyer des sms en pleine nuit...
Il ne fait pas trop froid, donc mes batteries tiennent à peu près le coup, mais j'ia du mal à prendre les prévisions météo.
J'ia peu dormi avec la force du vent, ses hurlements, et la pluie qui tombait par rafales. 
J'ai aussi le nez qui coule, comme une fontaine. 

Démontage de tente rapide, merci la tente 2 minutes, elle tient ses promesses, deux secondes à monter, deux minutes à démonter, elle bat toutes les autres. La pluie se remet à tomber juste après le démontage, parfait.
Je reprends la route après un grand remerciement à l'abbaye et aux frères pour leur protection de cette nuit, et je rejoins le chemin. 

Il pleut sur le canal, bruine épaisse, vent frais, vent du matin, vent qui souffle au sommet des grands pins... Mais la joie n'y est pas. Je suis crevée, je me sens patraque, le nez coule comme presque autant que le ciel, et le ciel met tout son coeur à l'ouvrage, il y met toutes ses forces...

Bon, il y a une décision à prendre, là. J'ai besoin de me reposer, d'être au chaud et en sécurité. Ok. Décision, action. Je téléphone à la recherche d'un logement sur Josselin pour ce soir, au camping personne ne répond, et à la mairie, un homme me répond que le gîte d'étape est ouvert, mais que c'est sa collègue qui s'en occupe, il faut que je la rappelle tout à l'heure. Youpi, super, je vais être au chaud et au sec ce soir, je pourrai recharger les batteries (celles électroniques, mais aussi mes batteries internes dont les barettes s'éteignent rapidement ce matin!!)
Du coup, j'appelle Smaïl, un ami qui doit me rejoindre demain pour un bout de route, on se rencarde à grosses mailles sur un lieu approximatif pour se retrouver, d'ici là j'aurai rechargé le téléphone!
Ca me regonfle un peu, je continue la marche sous la pluie et le vent qui forcit à nouveau. Mon amie Aurore doit me rejoindre cet après-midi, j'ia hâte de la revoir!

Ca souffle. Je continue, gros canari jaune dans sa démarche de canard presque boiteux dans les rafales. 
L'autre jour, lors d'un coaching, on cherchait des synonymes moins connotés au mot obstiné. Têtu, ça ne fonctionne pas. Décidé? Déterminé? Pas mal... Opiniâtre, c'est assez classe. La prochaine fois, je proposerai "gros canari jaune qui lutte contre les ballotements du vent et qui continue à avancer malgré la pluie".

Je rappelle la mairie, et là, quand la personne responsable du gîte me dit qu'il est fermé depuis quelques mois, je m'écroule! Noooonnnnnn!!! C'est pas possible! Fermé-fermé?? Est-ce qu'il reste quelque chose d'ouvert ce soir? (on est le 30 décembre, oui, je sais... Ce sera encore plus dur demain!!)
-il doit rester l'hôtel-restaurant. 
-l'hôtel-restaurant? Rien d'autre?
-Non, à priori non, c'est pas la saison touristique...
Bon, je m'en étais un peu rendue compte!
Et un hotel-restaurant, ah non, même pas en rêve! Ce serait un cauchemar, le voyage n'aurait pour moi plus de sens. Je préfèrerais encore rester dehors qu'aller dans un lieu commercial impersonnel. 

J'essaie de rappeller le camping, et là quelqu'un me dit qu'il est fermé lui aussi.
Rrrrrhhhahahahahahhaha!


Je continue à avancer, péniblement.
Le vent continue aussi. Et il avance bien plus vite que moi. 
La pluie continue aussi. Heureusement que je suis bien protégée, les vêtements de Marc me permettent de ne pas être trempée par la pluie. Bon, je suis trempée par la sueur, mais c'est différent! 


De temps en temps, et de plus en plus, je croise le signe jaune de la coquille, sous les insignes des chemins de randonnées... Serait-ce LE Chemin? Je le crois de plus en plus. Au puy-en-Velay, j'ai su qu'il existait différents départs, au moins quatre, pour rejoindre Saint Jacques, alors d'où partaient les pèlerins Bretons? Et vu le niveau de foi dans la région, il devait y en avoir un paquet, de pèlerins jacquaires... Me serais-je mise sur El Camino par hasard? Ou le hasard fait-il bien les choses??
Allez savoir quand on ne sait pas...
Tiens, je suis même aux couleurs du Chemin aujourd'hui: toute jaune avec mon bandeau bleu...


Et j'avance toujours avec peine. Je me sens patraque, et depuis que je sais qu'il n'y a pas d'hébergement en dur ce soir, je me sens découragée. Je repense au découragement sur la Loire... Est-ce un moment à dépasser? "Si ta volonté te lâche, dépasse ta volonté" Emily Dickinson et Cheryl Strayed (film Wild). 
Ou est-ce autre chose? Aller au bout de mes objectifs, je sais assez bien faire, et arriver à l'épuisement aussi.

Je réfléchis sous le vent et la pluie et me revient en tête une petite discussion par mail avec Serge, qui trouvait que je m'imposais des épreuves physiques. Et je lui disais que pour moi ça n'était pas une sensation de m'imposer quelque chose, c'était un sentiment de m'offrir du temps dans la nature...
Et là, aujourd'hui, est-ce que je m'offre ce moment, ou est-ce que je me l'inflige?

Un autre thème qui me porte depuis quelque temps: "se mettre sur le chemin du beau". C'est un conseil donné par la mère de Cheryl Strayed à sa fille, dont elle parle dans son nouveau livre "le chemin du beau". Dans la préparation de ce voyage, j'y ai souvent pensé. Ca a agi comme un guide intérieur en moi: si je prends ce chemin, est-ce que je me mets sur le chemin du beau? Ou le chemin du pratique? Du raisonnable? Choisir la beauté en toutes occasions, sans se laisser divertir par d'autres prétextes. J'ia souvent rallongé mon trajet pour me mettre sur le chemin de la beauté...
Et là, cette fois, je ne me sens pas sur le chemin du beau... Pour la première fois depuis que je suis partie.


Je me débats dans mes conflits intérieurs, je n'arrive pas à prendre une décision. Je repense à toute la famille qui me soutient, tous ceux qui sont venus m'encourager, faire un bout du chemin avec moi... 
J'ai l'envie de choisir la facilité, rentrer à la maison au chaud, et en même temps pas envie de me dégonfler.
Et en même temps, je vois que je n'en peux plus, que depuis ce matin, je me traine, et que là, j'ai plus l'impression de m'imposer de continuer que de m'offrir ce moment.


Je reporte la prise de décision à la prise de météo, pour savoir s'il s'agit d'une phase qui peut passer, ou si ce mauvais moment est parti pour durer. 
Un pied devant l'autre, le vent souffle, sur le côté cette fois, il bruinasse, un pied devant l'autre, allez, ma chérie, jusqu'au bout du virage, on suit le canal, on avance. Oio, oio oh! Je chante à l'intérieur pour m'encourager. 
Et j'entends la petite voix qui me souffle qu'il serait sans doute pertinent d'arrêter là pour cette fois. Continuer en étant patraque dans la tempête, c'est prendre des risques. 
Et j'ai bien dit à Aurore ce matin de voir avec la météo si c'était ok pour venir: un truc important pour moi, c'est de ne pas faire prendre de risques aux autres!! Je peux prendre des risques pour moi si je le choisis, mais pas pour les autres!! J'ia assez râlé quand je bossais aux urgences contre ceux qui faisaient déclencher le dragon par des météos de tempête, sans penser aux risques qu'ils imposaient aux équipes de secours à ce moment-là. (Le dragon, c'est l'hélico du samu 56...)
J'ia la chance d'avoir une équipe d'assistance prête à intervenir si j'en ai besoin (ma maman ou tout le reste de la famille, même un collègue (pilote hélico, justement!) m'a proposé son téléphone en cas de problème! Mais le but, c'est aussi de ne pas avoir à déclencher le plan orsec pour mes délires givrés. 
Bon, bon, bon. Je crois que sans logement ce soir, il vaut mieux que je rentre. 
On va voir la météo, mais je sais que si je suis patraque à la limite fiévreuse, ma prise de décision ne sera pas la meilleure, et je risque de prendre des risques inconsidérés sans m'en rendre compte, pour moi, et surtout pour les autres.



Enfin je retrouve Aurore!! Le bonheur! On est aussi contentes de se retrouver l'une que l'autre! Et avec grâce, elle reprend le chariot, on le règle à sa taille, super! Je me sens toute légère, les jambes avancent seules, comme par automatisme... Intéressant cette sensation, ça faisait pareil hier quand les neveux ont repris le trainage de traineau, les jambes partent toutes seules, comme si elles étaient détachées de ma tête, de ma volonté, comme si la clé de l'automate était remontée, qu'il pouvait continuer sans fin, sans se poser de questions...
Et Aurore marche d'un bon pas, j'ai déjà fait 15 km quand je la retrouve, et nous allons rejoindre son mari et leurs enfants à Josselin, dnas 10 km! Grandes discussions, on se raconte nos Noëls, je lui parle de mon voyage et des doutes que j'ai en ce moment sur la poursuite ou l'arrêt. Alors elle me dit qu'elle a beaucoup pensé à moi avec la météo, et que elle osait pas trop me dire pour pas me décourager mais la météo annonce une nouvelle tempête pour demain, et pour le réveillon, la tempête Carmen. 
Bon, ben ok, la décision est prise. Il faut que je rentre. 
Là, je me sens pas de taille à affronter une autre tempête sans avoir rechargé les batteries. Et encore plus simple que ça: je ne suis pas de taille à affronter une vraie grosse tempête. Je suis juste un être humain dans la nature, c'est elle la plus forte. Et si elle compte faire une démonstration de sa puissance dans les jours qui viennent, mieux vaut ne pas rester dessous. J'ia eu de la chance la nuit dernière de trouver un abri contre la force des éléments, je ne peux pas compter sur la chance pour me tirer d'affaire à chaque fois. 
Alors merci la nature de m'apprendre l'humilité, de m'apprendre à renoncer, de m'apprendre à lâcher ma toute-puissance pour écouter.
Une fois la décision prise, je me sens plus légère, plus calme. Je le sens alors, c'était la bonne décision à prendre.
Je préviens Smaïl de l'annulation pour demain, je serai à nantes. Oui, je préfère rentrer chez moi que chez les parents, j'ai pas envie de contaminer tout le monde...


Et la joie revient sur le chemin, c'est toujours un bonheur de discuter avec Aurore, et même la pluie nous lâche la grappe!
Nous arrivons à Josselin devant un flamant rose qui prend la pose, nous retrouvons Gwen, Tess et Maxence qui se disputent le privilège de tirer le traineau. Après avoir démonté le chariot pour le mettre dans la voiture, direction la gare la plus proche, remontage du chariot à l'arrivée, et à la minute près, j'arrive à prendre le train partant pour Nantes! Merci des masses, Aurore et Gwen!
En plus j'ia droit à une tablette de chocolat pour me réconforter... Je reconnais bien là Aurore et son immense attention aux autres, dans tous les petits détails...


Je suis aidée par une jeune femme pour la descente du train avec le chariot et le passage sur l'autre voie, et elle est toute émue que je partage la tablette de chocolat avec elle... 
Une amie vient me récupérer à la gare, quand je vous parlais d'une équipe d'assistance...
Retour à la maison, je remets la chaudière en marche, et bientôt je vais avoir chaud... En tous cas, je suis au sec, et vu ce qu'il souffle dehors, j'ai bien pris la bonne décision.
Est-ce que ce signe ne serait pas celui du Chemin, par hasard??? 
Saint Jacques de Compostelle au départ de la Bretagne... Sans le savoir à l'avance, je me suis mise sur le Chemin.
Est-ce que ce signe ne serait pas celui du Chemin, par hasard???
Saint Jacques de Compostelle au départ de la Bretagne... Sans le savoir à l'avance, je me suis mise sur le Chemin.
Une des plus élégantes compagnes du canal, entre mon bricolage de bonnet et le sien, les couleurs (parfois forcées pour ma part), nous faisons la paire!
Une des plus élégantes compagnes du canal, entre mon bricolage de bonnet et le sien, les couleurs (parfois forcées pour ma part), nous faisons la paire!
Le château de Josselin, comme point final (temporaire!!)
Le château de Josselin, comme point final (temporaire!!)
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Carnets d'Aventures N°52