John Muir Trail, Sierra High Route, High Sierra Trail 540km

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Voyage en solitaire à partir de Yosemite Village sur le John Muir Trail, puis une portion du sierra High Trail de Tuolumne meadows jusqu'à read meadows, reprise sur le John Muir jusqu'au Mont Whitney et enfin le High Sierra Trail à partir de Cottonwood Lake.

Version à télécharger  :
https://envoifichier.cg58.fr/d1uagit
randonnée/trek
Quand : 10/09/18
Durée : 23 jours
Carnet créé par Monneal le 10 déc.
modifié le 06 mars
S'y rendre de manière douce : C'est possible en train bus
Précisions : Bart San Francisco - Richmond Train richmond - Merced Bus Merced - Yosemite Village
424 lecteur(s) - 10
Vue d'ensemble

Le compte-rendu : Section 5 (mise à jour : 10 déc.)

Maintenant, j’en suis sûr, François d’Haene n’existe pas. Ce qu’il a soi-disant fait est bien trop difficile au vu de la longueur, des pentes, des cailloux, des changements de températures.
Certains américains pensent  qu'il n'est en fait qu'un robot inventé par les chinois, déguisé en Français pour ménager leur orgueil. D’autres disent que c’est une fake news en baskets, une intox en short ! Les suprématistes blancs se caressent l’ego mais regrettent que ce soit un produit européen.  Il y en a même qui croient que c’est juste un concept piloté par google.

Ou Dieu peut-être.

C’est certain, c’est scientifique, personne ne peut courir sur un tel parcours en aussi peu de temps, sauf peut être Francois D’Haene lui-même.

Sur ces mesquineries, je traverse Evolution valley, où je vole une nuit de sommeil, prend un petit déjeuner au bord d’Evolution Lake et de lacs en lacs, Wanda Lake, Lake Mac Dermand,  je franchis la Muir Pass à 3649 m surveillée par une hutte en encorbellement de pierres.

Le paysage est lunaire et pourtant quelques lacs, encore,  arrivent à se glisser au milieu de la pierraille.

C’est très beau,

Très silencieux,

Très chaud.

Maintenant il faut redescendre.

Nouvelle nuit à 3200 m à Big Pete Meadow. Je ne fais plus de commentaire mais je pense déjà écrire un courrier au fabricant de mon duvet où en gros et avant correction par des anglophones, je leur dis que j’ai pensé à eux toutes les nuits mais pas de la meilleure manière :

« Dear Anna,

I am faithful to xxxxx for several years, first through Arklight and after directly from your site. I have bought from you feathers jackets (for all family) and sleeping bags. During 23 days making a trip on a mixed John Muir Trail, Sierra High Trail and High sierra Trail I have been thinking about you every night ... but not in a good way ! The ultra light sleeping bag I have just bought to do my trek was not good enough below 10 °. It was also ultra light with temperatures and I was frizzing every night, sleeping with my feather jacket and my silk sheet (your site said 4°). My old xxxxx sleeping bag was much more better even with a lot of lost feathers! Is it possible to refill it with feathers ( at my own cost) or to find other solution of your convenience ? I use my sleeping bag also in winter making mountain ski and I'm now afraid to use it because of its bad performances. I hope you will be helpfull.

Best regards,

Alain »

Je retrouve une belle végétation dans le fond de vallée. Je suis descendu à 2400 m. Je vois des cerfs, des perdrix des neiges qui se seraient presque laissées caresser, quelques marmottes, bien moins que chez nous, des écureuils en quantité au cri reconnaissable.

A nouveau des animaux mais toujours pas d’ours.

A voir toutes ces bestioles, je me dis que cette zone protégée est précieuse. Toute cette nature appelle le respect. A perte de vue, il n’y a qu’elle, pas de fils électriques, pas de remonte-pentes, pas de villages, pas de routes.

Rien.

Total nature.

Total isolement.

Totale solitude.

Ces lieux sont magiques.






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Dans beaucoup d’endroits, les animaux ont fort à faire pour survivre, entre les pesticides, la déforestation, l’activité humaine, les chasseurs. C’est difficile pour eux.
Le compte à rebours  a entamé une descente vertigineuse en direction du zéro.

Nous aussi.

Zéro déchets, zéro calories, zéro animaux.

La civilisation du vide.

Comme dirait mon copain Jean :

« J’ai piégé 47 lapins cette année ! »

« … »

« Et aussi quelques chats, des hermines, des belettes bref des bestioles qui bouffent mes lapins ! »

« Et tu en fais quoi, tu les relâches ? »

« Tu rigoles ! Ils n’ont qu’à pas manger mes lapins ! »

« Mais certains sont protégés, d’autres appartiennent certainement à quelqu’un ? Tu n’as pas de scrupules ? »

« Et pourquoi j’en aurais ? C’est mes lapins ! »

Un animal vivant appartient à tout le monde.

Un animal mort appartient à celui qui l’a tué.

Forme d’égoïsme ultime qui se termine par un rôt de satisfaction bruyant, un pet nauséabond, et merci saigneur ! Des aigreurs méritées.

Tellement peu de chose face à la beauté de la vie sauvage.

Une trace au fond du slip.

Où en étais-je ?

Assez parlé des chasseurs ! 

Ce sont mes amis fidèles.

Je ne voudrais pas me fâcher avec eux mais tant d’exemples tombent du ciel abattus en plein vol, le tueur à la dague, le colleur de glu, l’exterminateur de migrateurs, le gobeur de grives, le rémouleur de cornes de rhinocéros … tout cela pour préserver la tradition dans ce qu’elle a de plus désuet, dangereuse pour l’humanité voire suicidaire.

« Heureusement que nous sommes là pour entretenir la nature » disent-ils,  mais la nature n’a pas besoin d’être entretenue, elle se débrouille très bien toute seule. Fichons-lui la paix ! Laissons-la se réguler elle-même et tout le monde s’en portera mieux.

Le respect du vivant nous sauverait. Il commence par l’abandon de notre position dominante sur la planète. La religion a beaucoup contribué à cette situation en faisant de nous le centre de l’univers, l’égocentrisme en forme de dogme et toutes les espèces vivantes, animales et végétales  soumises à nos caprices et aux sautes d’humeur des dirigeants de toutes obédiences, politiques ou religieuses.

Ce que je vois est à moi.

Ce que je ne vois pas n’existe pas.

Je remonte une vallée aux couleurs d’automne qui laisse la place peu à peu à « que du caillou », paysages désolés et désertiques entourés de murailles aux couleurs métalliques qui aboutissent à Mather Pass, du nom d’un pasteur puritain perché à 3690 m.

Je vérifie sur mon téléphone-altimètre qui n'affiche que 3674 m.

C’est normal, c’est parce que je suis petit.

Je m’envole de plus en plus haut.

Je plane et savoure tous ces instants de souffrances et d’efforts.

Les nuits s'empilent.

Petite clairière au bord d'un ruisseau au milieu d'un océan de caillasses.

Soleil couchant sur des parois peintes juste pour moi.

Petite tente minuscule.

Petit bonhomme.

J’ai pris de la hauteur sur ce qui m’entoure et sur ce qui m’encombre.

Je fais de la marche bouddhique.

Je ne regarde pas trop derrière.

Ce qui est passé est passé.

Je ne m’apitoie pas sur mes douleurs anciennes.

Je ne regrette rien, ni les bons ni les mauvais choix.

Je les ai avec moi.

Je les porte.

Ils me portent et m’ont construit.

Je suis la somme de toutes les pierres bousculées, de toutes les bifurcations, de tous les embranchements qui m’ont amenés là aujourd’hui, de toutes les peines, de tous les regrets, de tous les bonheurs succédés.

Je jette un œil sans nostalgie sur les paysages des jours passés. Ils sont là, loin derrière mon regard et je sais que je n’y reviendrai pas mais ils continueront de m’habiter longtemps, jusqu’au bout, sans amertume.

J’efface les remords d'un coup de semelles.

Je ne m'attarde pas.

Le poids du sac diminue de jour en jour et il devient plus facile à porter.

Mettre sa vie dans cinquante huit litres.

Condenser toutes ces années dans une poche de côté,

Ne garder que l'essentiel

Eliminer les pensées parasites qui crachotent dans la tête.

La nettoyer des rancœurs inutiles.

De la pensée raisonnée.

Ne pas avoir honte de ce qui n’a pas été emmené mais arriver à l’évoquer sans le remettre dans le fond du sac.

Rester léger.

Ne pas regarder trop loin devant.

Ne pas se décourager.

Ne pas anticiper les peines à venir.

Ou les plaisirs.

Tout viendra à son heure.

Sans prévenir.

Juste marcher.

Encore marcher.

Et accepter le chemin qui se déroule en absorbant le temps présent, la beauté de ce qui m’entoure et les difficultés qu’il faut vaincre au fil de la progression.

Je suis serein et l’euphorie qui guette l’effort long m’enveloppe.

Le paysage m'habite,

m'emplit, me complète.

Je suis un au milieu de tout.

Je continue en roue libre sur des hauts plateaux, bordés de roches très colorées, passant du rouge à l’ocre et de l'ocre au gris des couloirs d'éboulis qui rongent la montagne. Je marche sur un alti plano désertique jusqu’à rejoindre Pinchot Pass à 3672 m.

J’y retrouve deux pacifics trailers avec qui je partage à la fois la vue et une pause calories.

Petit moment passé au pied du ciel.

Ils partent devant, habitués aux longues distances et leur objectif est encore lointain.

De mon côté, le Mont Wynne m’appelle et je fais une petite pointe à 4017 m.

Encore plus haut, encore plus beau.

Tout va bien.

La vue est belle.

Je n’ai peur de rien.






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