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Le Tour des Monts d'Aubrac

6 jours
173km
+3893m / -3771m
Par Béryl
publié hier
81 lecteurs
Informations générales
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Le Tour des Monts d'Aubrac

Brion/Fournels

Mise à jour section : hier

19.1km
+340m / -488m
967m/1164m
Données GPS :

Distance : 19,12km
Dénivelé positif : 340m
Dénivelé négatif : 488m
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Raccourcis
Mercredi 27 mai 2026

Un frottement. Léger.
Instantanément mes yeux s'ouvrent. Je n'ai pas rêvé, c'est sûr.
Un autre, à peine perceptible.
En hypervigilance, toute mon attention se fixe sur les sons ambiants.
Des bruits de pas, sur le côté de ma tente. Discrets. Des froissements d'herbe, tout au plus.
Les voilà à ma tête. Dans le noir, j'essaie d'analyser au mieux la situation. Ma frontale est là, tout près de moi avec mon téléphone ; mon caleçon à mes pieds, sur mon pantalon, de sorte que je peux les attraper en étant assis. Si je dois sortir, autant prévoir le minimum !
Les pas font le tour. Arrivés sur ma gauche : une pause.
Je fais un mouvement volontaire qui faire crisser mon matelas de sol. J'ai la frontale dans la main. Je sais qu'il y a une bande de gravier contre le bâtiment près duquel j'ai planté ma tente, hier soir, à l'ombre.
J'attends.
Ça contourne et s'arrête à l'entrée. Si je sortais, là, maintenant, j'aurais la personne devant moi, car je suis sûr que ces pas sont humains. Problème : pour sortir, j'ai deux fermetures éclair à ouvrir et un scratch de sécurité. Largement le temps de prendre la fuite.
Il est temps d'en finir ; je me racle la gorge et bouge franchement. J'en profite pour enfiler mon caleçon. Je suis prêt. Assis, je ferme les yeux - histoire d'être encore plus dans le noir ! - et me concentre au maximum sur mon ouïe.
Plus rien. Pas même un bruit de pas qui s'éloignent. Rien.
J'attends encore deux ou trois minutes et me décide à sortir.
Dehors tout est calme. Personne. Je fais le tour de ma tente et ne remarque rien. Bizarre.
Tout comme je ne laisse rien à l'extérieur de mon sac à dos (à part mes gourdes et mes sandales qui ont leur rangement propre) quand je marche, je ne laisse rien à l'extérieur de ma tente quand je dors. Tout à portée, près de moi, tout le temps.
Je me recouche, en caleçon, la frontale toujours en main, guettant le silence nocturne.
Lentement, je perds pied avec la réalité et coule mollement dans une douce torpeur. La fatigue m'entraine dans le gouffre du sommeil comme le poids du sac à dos dans une chute et me voilà endormi avant même d'avoir tout rangé.

4h38, j'ouvre les yeux, écoute. Quelques insectes chantent le blues de l'insomniaque. Je finis de m'habiller et m'extirpe de mon palais de toile. Fait frisquet, ce matin, histoire de me rappeler que je suis à près de 1200m d'altitude.
Petit-déjeuner à la frontale sur la table de pique-nique. Tout est calme. Je repense à ma visite nocturne. Qui s'est amusé à me faire peur ? Je ne le saurai jamais. Quand je lève le camp à 5h40, le ciel blanchit à peine et je ne rencontre personne.
La brume des petits matins, comme j'aime.
La brume des petits matins, comme j'aime.
Fraîcheur du petit matin à près de 1200m d'altitude
Fraîcheur du petit matin à près de 1200m d'altitude
Au lieu-dit La Blanchère, je me fais à nouveau surprendre par un chien hargneux. La ferme n'est pas clôturée et il est en sort comme un V2 dès qu'il me voit approcher. Assez massif, il me bloque le passage au milieu du chemin en me montrant les crocs. Pas d'échappatoire, la trace est devant, il faut que je passe. Ses aboiements répétés vont bien finir par alerter quelqu'un !
Au bout d'un long moment sur place, la situation n'évolue pas. La diplomatie n'ayant rien donné, je tente le passage en force. Bâtons en l'air, j'avance vers lui d'un pas décidé. Décidé, mais pas très rassuré, quand même ; s'il se jette sur moi, il ne va pas falloir que je le rate. Contre toute attente, il finit par me laisser passer.
Personne ne sera sorti, malgré mes appels. Je maugrée devant l'inconscience de certains propriétaires qui laissent leurs bêtes en liberté en sachant très bien que le chemin qui passe devant chez eux est très fréquenté. Inconscience ou volonté, allez savoir...
Sur les hauteurs de La Chaldette
Sur les hauteurs de La Chaldette
Arrivé au bourg de Reyrac, je fais une première infidélité au TMA (le nom du GR du Tour des Monts d'Aubrac) et trace tout droit vers celui de Cheylaret. Je veux faire une étape courte, aujourd'hui, pour récupérer de celle d'hier.
Après Cheylaret, une bonne grimpette de cent mètres de dénivelé positif me hisse à l'entrée d'une forêt dont je ne sortirai qu'au bout de cinq kilomètres. Le soleil commençant à mordre, j'apprécie d'autant plus l'ombre des grands arbres.
Le chemin tout tracé - quasiment sans carrefour - me permet de relâcher quelque peu la vigilance ; mêlé à l'ambiance feutrée des sous-bois, il n'en faut pas plus pour m'inciter à la rêverie.
La montagne. J'ai envie de montagne. Ici, ça grimpe, bien sûr, mais même si certains passages m'ont surpris, c'est pas suffisant. Il m'en faut plus. J'ai envie d'en baver, de prendre mon rythme de vieille locomotive à vapeur et de gravir un col, une hourquette, un pic. Me poser un peu pour souffler, prendre une recharge rapide, un peu d'eau, une photo. M'étirer le dos, les mollets, les cuisses. Observer les alentours en me demandant où je vais arriver. Pas trop longtemps, ne pas perdre le rythme, repartir. Oui, c'est reparti ; un pas, une inspiration, l'autre pas, j'expire. Caler mon souffle sur mes pas : mon truc pour arriver à bout de toutes les pentes sans trop souffrir. Il le faut quand même un peu, un minimum, afin d'apprécier d'autant plus l'arrivée en haut. De toute façon, pas le choix, je ne vais pas redescendre, il faut que je passe de l'autre côté. Alors je serre les dents et j'avance. Quand c'est dur, vraiment dur, je passe en mode zombi ; regard vissé sur mes pieds ou un mètre devant, pas plus. Le mental prend le relais : "Allez mon gars, t'as jamais été aussi proche du sommet, tu lèveras la tête quand t'auras fait cent pas, pas avant". Mais les pas, je ne les compte pas, alors le regard reste bas. Un pas, une inspiration, un pas, un souffle, au bout d'une quinzaine de pas, une grande expiration. Je vide tout, je remplace par du neuf. Et ça recommence.
Bien souvent, j'arrive en haut tout étonné d'y être déjà. J'ai perdu du jus, bien sûr, mais bon sang que c'était bon ! Là, je pose le sac, fais quelques étirements (ça craque, c'est bon !), envoie valdinguer chaussures et chaussettes et le spectacle commence. Seul, avec une légère brise dans les cheveux, de l'extérieur je contemple le monde dans sa boîte, totalement étranger aux vicissitudes des fourmis humaines qui s'agitent là en bas. Si en plus il pouvait y avoir une cabane ou une bergerie à l'abandon qui cherche désespérément un propriétaire, pas sûr que je redescende de sitôt...

Il en est des sorties de forêt comme des cimes quand la rêverie me tient autant que l'ascension. L'horizon se débouche soudainement et me voilà à me demander si je suis bien resté sur la trace pour être arrivé ici aussi rapidement. De fait, j'y suis bien, et même si j'ai marché d'un bon pas, le temps passé est cohérent. Je ne l'ai juste pas vu passer, justement !
Allez, il est temps de faire une pause avec un petit café. Toute cette ascension imaginaire m'a bien fatigué ! 
Un cairn inratable !
Un cairn inratable !
Une chemin qui incite à la rêverie.
Une chemin qui incite à la rêverie.
Une pause café bienvenue à la sortie de la forêt.
Une pause café bienvenue à la sortie de la forêt.
Le redémarrage est poussif. Non pas que je manque d'énergie - c'était plutôt pénard jusqu'ici -, non c'est l'envie qui n'y est plus. C'est idiot, mais j'ai l'impression qu'avec ce que je viens de vivre dans ma tête, le reste de l'étape sera fade. Il faut dire qu'à part quelques tronçons sur le plateau, la plupart des paysages ressemblent quand même beaucoup à ceux de chez moi quand je monte sur les coteaux. Aussi, je prends une décision radicale : à la sortie du bois, au lieu de continuer sur le chemin caillouteux de l'autre côté de la route, je la prends, la route, justement pour rallier Fournels. Un truc de fou ! Moi qui me plains souvent du bitume qui me casse les pieds, je le prends volontairement alors que le chemin en face est bien plus accueillant. Bon, j'ai quand même consulté la carte et observé le territoire avant de prendre ma décision, et j'ai bien vu que premièrement, de larges plates-bandes sur le bord de la route permettent d'éviter le goudron et deuxièmement, ça raccourcit sacrément. Pas très passante, en plus, pour une départementale. Allez, barre à tribord !

Quand j'entre dans Fournels, il n'est même pas midi ! Petite étape, donc.
Hier, j'ai appelé une plate-forme de réservation pour le gite. En cinq minutes, j'avais un lit et le code pour la clé.
Au pied de l'église, je le trouve facilement. C'est un gite grand luxe ! Cuisine tout équipée, deux étages de dortoir, chambre à deux lits, trois toilettes et douches... bin, où sont les douches ? Je tourne et vire un moment, je monte, je descends, cherche, fouille. Ça alors, pas de douches ?
Je finis par les trouver... dans la cuisine ! Oui, c'est un petit recoin au fond de la cuisine, une simple porte qui s'ouvre sur les douches. Original ! J'en profite pour en prendre une et sors illico me faire un resto. J'ai faim !
Une fois restauré, j'ai dans l'idée de visiter le village, mais la chaleur qui s'est accentuée en ce début d'après-midi n'incite pas à la balade, aussi je rentre au gite et m'allonge un moment sur mon lit. Une heure et demie après, j'ouvre les yeux ; je n'ai rien vu venir ! Je me suis fait choper comme un Marseillais ! Petite sieste, donc.
Je remets les chaussures pour une virée à la supérette du coin et chez le boulanger. Un bon repas pour ce soir et un bon petit-déjeuner pour demain. Peu de temps après être rentré au gite, une dame, d'un certain âge dirons-nous, arrive. Elle marche sur le "Urbain V", le GR 670 qui relie Saint-Flour dans le Cantal à Avignon dans le Vaucluse sur 440 kilomètres (tiens, une autre idée de balade !), accompagnée par un couple, mais "Je les ai laissés en arrière, car ils marchent comme des cagouilles !"
De fait, ils n'arriveront qu'en toute fin d'après-midi ! Nous serons rejoints plus tard par un jeune couple dont je ne saurai rien, pas même d'où ils viennent ni où ils vont. Avec l'employé communal qui dort au deuxième étage (il a le dortoir pour lui seul, du moins ce soir), nous sommes sept, finalement.
Le repas est bon enfant, avec les pèlerins (le "Urbain V" est religieux à la base). Nous partageons nos plats et nos expériences de marche. Nous refaisons le monde aussi, un peu. Un peu beaucoup et je me couche plus tard que d'habitude. Je leur laisse volontiers mon pain, sachant que je termine demain.
Demain où je compte partir bien tôt pour arriver encore plus tôt qu'aujourd'hui.
Petite nuit, donc.
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