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Le Tour des Monts d'Aubrac

6 jours
173km
+3893m / -3771m
Par Béryl
publié hier
80 lecteurs
Informations générales
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Le Tour des Monts d'Aubrac

St-Laurent-de-Muret/St-Chély-d..

Mise à jour section : il y a 2 jours

34.9km
+693m / -983m
797m/1412m
Données GPS :

Distance : 34,93km
Dénivelé positif : 693m
Dénivelé négatif : 983m
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Quatre médecins et une infirmière
Dimanche 24 mai 2026

Un inconvénient des petits villages, c'est qu'ils sont... petits. Autrement dit, tout est regroupé dans un périmètre assez restreint dont le centre est bien souvent une église. Et dans les églises, il y a bien souvent des cloches. Et ces mêmes cloches sonnent, bien souvent, au moins toutes les heures. Voire toutes les demi-heures. Voire, comme celle juste à côté du gîte dans lequel j'ai passé la nuit, tous les quarts d'heure ! Problème récurrent sur mes treks.
Bref, quand j'ouvre les yeux, mon téléphone m'annonce 4h40 et je remarque que mes bouchons d'oreilles sont tombés pendant mon sommeil. La fatigue a ceci de salvateur qu'elle m'abrutit parfois tellement que je m'endors en sursaut, comme dit ce brave Gaston, et me déconnecte rapidement des agressions extérieures.
À peine une heure passée et me voilà devant le fronton de cette même église, sans rancune, pressant le pas afin d'arriver sur le plateau peu avant le lever du soleil.
J'y suis une vingtaine de minutes après et le spectacle commence !
Le plateau peu avant l'apparition de Sa Majesté Soleil.
Le plateau peu avant l'apparition de Sa Majesté Soleil.
Que le spectacle commence !
Que le spectacle commence !
La photo ne rend pas hommage, dommage.
La photo ne rend pas hommage, dommage.
Je sais cette étape longue avec du dénivelé sérieux, aussi je ménage la monture. La montée sur le plateau vite avalée, je ralentis le rythme et me plonge dans une contemplation béate de la nature qui s'éveille sous la douce lumière de l'aube. Les éclosions colorées de myriades de fleurs dont les genêts sont rois se succèdent à mesure que le soleil apparaît. C'est magnifique.
Je suis seul à admirer la scène à part quelques vaches curieuses de trouver un drôle de bonhomme tout souriant traverser leur pâturage sa maison sur le dos.
Vers 9h00, je fais une pause au Relais des Lacs qui vient juste d'ouvrir ; la montée vers le col de Bonnecombe (1360m) m'a quand même pris pas mal de jus. Je suis le premier client et discute un moment avec le tenancier. D'autres employés arrivent peu après, dont certains semblent avoir eu du mal à parvenir jusqu'ici. Je vois arriver un camping-car, puis un autre, puis un autre, puis de plus en plus de voitures. Je m'interroge : 
"Qu'est-ce qu'il y a comme circulation par ici !
- C'est la transhumance aujourd'hui, les places sont chères ! Premiers arrivés, premiers servis !", me répond le serveur.
Eh oui, la transhumance, j'avais déjà oublié...
Ces dames, maquillées dès le réveil !
Ces dames, maquillées dès le réveil !
Chemin roulant à la fraîche.
Chemin roulant à la fraîche.
Le lever du Soleil dans le dos éclaire le scène lentement.
Le lever du Soleil dans le dos éclaire le scène lentement.
Devant l'affluence, je fuis. La pause aura été courte.
La bonne grimpette après le refuge des Rajas me sèche un peu plus, mais ce n'est rien à côté de l'interminable langue de bitume de près de quatre kilomètres qui m'attend après. Les pieds chauffent et le mental prend le relais sur cette portion.
Il est 11h30 quand j'arrive au buron Pandouliou de Fabrègues, ce même buron où nous nous étions arrêtés avec Malo, mon fils. Après m'être fait un maigre banc avec un bout de planche posé entre deux pierres, je peux enfin délivrer mes pieds et faire un sort à mon saucisson. Pendant que je grignote, je regarde ébahi la circulation en contrebas sur la route qui rejoint Aubrac, haut lieu de la fameuse transhumance. C'est un défilé interminable de voitures, motos et camping-cars.
Je savoure mon point de vue en hauteur, à l'ombre, caressé par une douce brise.
Une fois ma pomme terminée, je remets les pieds dans leurs armures et reprends mon chemin. Heureusement, ce dernier emprunte de longs passages boisés qui me protègent du soleil, lequel profite de l'absence de nuage pour s'en donner à cœur joie. Relativisons, tout de même : à la maison, il fait dix degrés de plus !
Petit passage fraicheur.
Petit passage fraicheur.
Pas sûr que le curé de Camaret passe cette clotûre électrique sereinement !
Pas sûr que le curé de Camaret passe cette clotûre électrique sereinement !
Seul au monde ?
Seul au monde ?
Rien n'arrête le regard.
Rien n'arrête le regard.
Arrivé au hameau des Enfrux, la route est déviée. Je m'avance, j'hésite, je repars en arrière. Une pèlerine, sur le chemin de St-Jacques donc, vient à moi, elle aussi perdue. Elle est sortie involontairement du GR65 à Aubrac et a suivi le GR6A qui rejoint ma trace. Pas grave, elle se recale ici, mais avoue avoir fait pas mal de kilomètres en plus. Nous reprenons le chemin ensemble vers St-Chély. Légère et sportive, elle a un rythme plus rapide que le mien, mais malgré la trentaine de bornes dans les pattes, je suis surpris de pouvoir la suivre sans problème. Les doutes que j'avais sur la faculté de mon corps à se mettre au pli rapidement - doutes exprimés lors de mon trek précédent - sont vite levés. J'ai la pêche ! Je fais tout de même attention à ne pas trop forcer, surtout dans cette longue descente de cinq kilomètres vers St-Chély, le genre de descente qui malmène généralement les genoux et que je redoute bien plus que les montées.
Mais cela ne suffira pas et le retour de bâton sera sévère.
St-Laurent-de-Muret/St-Chély-d..
Nous arrivons dans le village vers 15h00 et nous dirigeons directement vers le café de la Mairie pour y déguster une bière bien fraîche. Elle, dont je ne connaitrai jamais le prénom, continue un peu plus loin vers St-Côme-d'Olt où elle a réservé un gîte. Nous nous séparons ici et je m'empresse de rejoindre le camping en espérant avoir un emplacement à l'ombre eut égard à l'affluence touristique.
De fait, les randonneurs sont parqués dans un coin du camping, mais un coin bien agréable tout de même, avec de l'herbe grasse, de l'ombre bienvenue et le chuchotement de la Boralde - rivière locale - en guise de berceuse.
De suite, je m'attelle à monter ma tente. Maintes fois répétés, les gestes sont sûrs et précis ; c'est une affaire de dix minutes, pas plus. Pourtant, à la première sardine plantée, je me relève et suis de suite pris d'un malaise. Le monde tangue autour de moi et j'ai l'impression d'avoir les oreilles sous l'eau. Une eau pétillante. Impossible de tenir debout. Je m'assois d'un coup. Ça passe pas. Je ferme les yeux, calme ma respiration. Apaisement. Réflexions : hypoglycémie ? Non, j'ai mangé correctement. Réaction à l'alcool ? Même si une bière arrive à me tourner la tête, celle-ci était vraiment légère. Et puis, ça arriverait tardivement. Non, je ne vois qu'une cause : hypotension.
Deuxième sardine. Je me relève tout doucement. Oula ! même pieds nus dans l'herbe, j'ai les chaussures à bascule !
Bon, hypotension, donc. J'ai un traitement contre l'hypertension. Probablement qu'avec l'effort, ça ne doit pas faire bon ménage.
Christine, ma femme, infirmière, tilte de suite au téléphone : "Tu bois beaucoup, tu t'allonges un moment les jambes en l'air et si tu peux, tu prends une douche fraîche. Ah, et il faudrait que tu arrêtes ton traitement, je pense, mais là, il faut un avis médical. Appelle Chloé pour qu'elle en parle à Germain."
Oui, il faut que je vous dise : Chloé, c'est ma nièce et Germain, mon médecin, et Chloé (elle-même en couple avec un médecin) est la secrétaire de Germain. Et sa voisine. Ils se connaissent depuis longtemps. On est dimanche, le cabinet est fermé, mais la nièce répond au texto du tonton : "Tu tombes bien, je suis avec quatre médecins ce week-end et ils sont unanimes : hypotension d'effort. Rien à faire, du repos, tu bois beaucoup d'eau et, oui, tu arrêtes ton traitement, tu le reprendras en rentrant. Bisou."
Quatre médecins et une infirmière... Même les rois ne sont pas aussi bien servis !
Il me faudra une demi-heure pour monter ma tente. Après avoir passé quelques minutes allongé les jambes en l'air, je me décide à partir vers les douches. Trois douches pour tout le camping. Autant dire que, vu les températures, il y a la queue. Je m'accroche à un lavabo. Debout, c'est pas possible. Je sors discrètement par-derrière et tombe peu après la porte, heureusement calé contre le mur. Là, j'ai eu une absence, c'est sûr. Quand j'ouvre les yeux, je me demande ce que je fais assis. J'attends un moment, personne ne me remarque, et finis par me lever et regagner lentement ma tente. Tant pis pour la douche.
Je vide ma gourde et me couche, les pieds posés sur mon sac à dos.
Une heure et demie après, ça va mieux. J'ai bouquiné sur ma liseuse, bu beaucoup et, si le corps se plaint encore, ce n'est que pour une vessie pleine à exploser. Il est temps que j'évacue cette fatale concentration médicamenteuse.
Je passe à l'accueil pour régulariser ma situation et peste intérieurement devant une femme qui raconte sa vie à l'employée en créant sa petite file d'attente. File d'attente qui grandit rapidement ! Heureusement, je suis le prochain. Inquiet, tout de même, de l'orage qui s'annonce et semble venir droit sur nous. Il faut encore que je gagne le bar de la Mairie où j'ai réservé une table !
J'y arrive finalement sans me mouiller et mange en plein déluge, bien abrité sous l'auvent, en compagnie d'une retraitée active, comme tous les retraités qui n'ont pas une minute à eux à les entendre, qui me raconte, elle aussi, sa vie. Mais autant celle de la première semblait ennuyeuse à mourir, autant cette vie-là - une vie de baroudeuse - est passionnante à entendre décrire.
Quand je me couche, je n'ai qu'une pensée : vivement la retraite !
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