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La Popote #4

Anthony
par Anthony
publié le
12 févr.

Bienvenue dans ce quatrième service qui vient clore la première année de la Popote. Le menu du jour est dense, le sujet de l’éthique du matériel outdoor me tenant trop à cœur pour être résumé en une simple mise en bouche. Pour sa deuxième année, la Popote passe à six éditions, afin de garder une portion plus proche du tapas que du plat de résistance. De quoi picorer à la pause, format digeste. Un dernier mot sur ce « je » qui vous écrit : si c’est majoritairement Anthony qui est en cuisine depuis le début (y compris cette édition), cette newsletter reste un plat partagé où chaque membre de l’équipe peut, au fil des saisons, mettre son grain de sel. Nous préciserons donc à chaque fois qui est le chef du jour.

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💰 Le vrai prix des choses

En 2019, j’ai enfourché mon vélo pour partir à la rencontre de quelques fabricants français. Seuls dans leur garage ou organisés en petite structure, ces artisans ne proposent pas seulement une alternative locale, ils façonnent un modèle de société, éthique et durable. Face à l’hégémonie de grands groupes industriels, ces productions à taille humaine invitent au moins mais mieux. J’ai entrepris ce voyage avec une double casquette : celle du journaliste de Carnets d’Aventures, dont la ligne éditoriale est en phase avec ces valeurs. Et celle du maquisard qui, à la force des mollets, allait rencontrer ceux qui font de la résistance avec leurs mains ; persuadé que l’artisanat n’était pas un luxe, mais une voie d’avenir.

Cinq ans plus tard, le monde a tourné, et il a radicalement changé. L’appel du dehors n’a jamais été aussi vibrant. Mais l’euphorie post-Covid s’est vue balayée par un contexte économique incertain et morose. Sans jouer l’analyse économique de comptoir (certains s’en chargent très bien sur les plateaux télé), le constat est sans appel : dans cette tempête économique, ce sont les “petits” qui prennent l’eau les premiers. Eux – les artisans qui mettent du cœur à l’ouvrage –, nous – les médias indépendants –, et tant d’autres.

C’est précisément dans ce contexte que j’ai testé le gravel suspendu Ouroboros, prêté par Kona. Pourquoi ce biclou-là ? Parce qu’il était le prétexte idéal pour moquer les frontières artificielles entre les différentes pratiques du vélo. La majorité d’entre vous l’ont compris, c'était l’alibi parfait pour démonter des clivages infondés dignes des plus belles guéguerres de clocher – non sans me rappeler la vieille rivalité skate/roller des années 90. Dans mon article, je parle aussi de la logique N-1, pour éviter d’accumuler les “jouets” dans le garage (vélos, skis, voiles, etc.). Et de mon bon vieux vélo Scott qui m’accompagne au quotidien, que ce soit pour aller chercher le pain ou faire un vélo+ski à travers les Alpes. C’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures confitures, n’est-ce pas ?

Entre les lignes, certains y ont vu la mise en avant d’une grande enseigne américaine, fabriquant des vélos à l’autre bout du monde, aux antipodes… de l’artisanat. On ne peut que se réjouir d’avoir un lectorat attentif à ces détails qui n’en sont pas. Je ne bafouillerai pas un “oui, mais…” puisque, comme vous, je suis conscient de tout ça. Ce sont les mêmes enjeux – climatiques et géopolitiques – qui me font préférer le local au lointain, le fait-maison à l’ultra-transformé, le bio au conventionnel, le train à l’avion, etc. Qu’ils concernent nos loisirs ou notre quotidien, ces choix ont des conséquences palpables sur le monde dans lequel nous vivons. La fameuse démarche du consomm'acteur.

À cet égard, Fabien Bonnet – artisan cadreur chez Cycles Cattin – livrait en 2024 un plaidoyer chirurgical pour la construction artisanale et raisonnée. Il y déconstruit l’illusion du prix bas en révélant ce qu'il coûte réellement au monde. Mais il prêche pour sa paroisse me direz-vous ? Léry Jicquel – via sa newsletter Le Concentré Vélo – dissèque avec précision toute la chaîne derrière la vente d’un vélo “classique” en magasin. Ces deux regards convergent vers une interrogation centrale : payons-nous le vrai prix des choses ? Et si nous le pouvions, serions-nous prêts à le faire ?

Des questions encore plus vertigineuses émergent : sommes-nous entrés dans l’ère de la dissonance cognitive ? L'écart entre nos aspirations éthiques et nos comportements réels se creuse-t-il ? Malgré l’espoir d’un monde après la crise sanitaire – plus sobre –, le secteur de l’aviation a repris sa croissance de plus belle. La fast fashion pollue ? Elle a depuis été balayée par l’ultra-fast-fashion, au bilan écologique encore plus désastreux. Et quand bien même nous ne cédons pas à ces sirènes les plus destructrices, nous sommes tous pétris de paradoxes, moi le premier. Dans un système globalisé abyssalement complexe, chaque choix, même réfléchi, est truffé d’incohérences. Naturellement, les convictions les plus profondes ont la vie dure. Il faut sans cesse arbitrer entre l'idéal et le possible, le souhaitable et le pratique. Un effort soutenu qui frôle le chemin de croix.

Dans le test du vélo, j’ironisais sur la symbolique de l’Ouroboros, le cycle éternel. Le marché du vélo – de l’outdoor en général – s’est-il mordu la queue ? N’appartient-il qu’à nous de l’empêcher de tourner en rond ? De ne pas écouter les promesses du marketing qui vantent tantôt de la rigidité, tantôt de la souplesse, tantôt une autre révolution… trop vite oubliée ? Mais de se tourner vers des solutions fiables, durables, réparables, qui rendent au vélo ce qu’il a toujours été : un bi-cycle vertueux.

Julien, artisan-cadreur des cycles Jolie Rouge, rencontré pendant mon voyage en 2019.
Julien, artisan-cadreur des cycles Jolie Rouge, rencontré pendant mon voyage en 2019.

[rubrique soutenue par Glénat]

📖 Latitude Aventure

Jérémy Bigé a tout de l’aventurier que j’affectionne : un marcheur au long cours audacieux qui cultive une profonde humilité. Dans nos colonnes, il avait raconté sa traversée des Balkans, parcourant les 1300 km de la Via Dinarica en 39 jours, avec un sac de 4 kg (le film est disponible sur Youtube). Une aventure déjà remarquable. J’ai eu la chance de rencontrer Jérémy au festival Retours du Monde. J’y ai vu l’humain, discret, de ceux qui ne se vantent jamais de leurs réalisations, pourtant hors normes.

Très peu de temps après, il repartait pour un projet d'une autre ampleur : 2000 km de marche et 90 000 m de dénivelé à travers les montagnes sauvages du Kirghizistan et du Tadjikistan. Cette fois, il s'est autorisé un supplément bagage puisqu’il est parti avec 5 kg sur le dos ! Un minimalisme rare, à l’image du personnage.

Il en a d’abord tiré un film, Fils du vent (disponible en VOD), qui a réalisé une moisson de récompenses en festivals. Preuve s’il en fallait de l’engouement croissant du public pour ces aventures sobres et authentiques. Moi le premier. La beauté de son voyage se prolonge désormais sur papier, dans la nouvelle collection Latitude Aventure, éditée chez Glénat, un éditeur dont nous lisons et chroniquons souvent les ouvrages. Johanna est en train de dévorer le livre. Et on ne peut que vous recommander de découvrir les aventuriers de cette nouvelle collection inspirante, avec de beaux livres à venir dans les prochains mois.

👉 Découvrir la collection Latitude Aventure chez Glénat, et leur compte Instagram

👉 Suivre Jérémy sur Insta


🚵‍♂️ Rouler à 2000

En randonnée pédestre, j'ai toujours été fasciné par les hautes routes. Ces itinéraires ne se contentent pas de traverser des massifs, ils serpentent en altitude, toisant les vallées comme s’ils échappaient à la gravité. Le plus souvent, ils louvoient sur une frontière entre deux pays, comme la fameuse HRP (Haute Route Pyrénéenne) qui, entre Méditerranée et Atlantique, promet de toujours rester le plus haut possible.

À vélo, en Europe, de tels itinéraires cyclables/gravel sont rares. Irrémédiablement, on monte pour redescendre aussitôt. L’aval avale l’amont. La descente, bien que grisante et euphorisante, éclipse trop rapidement le plaisir d'avoir atteint ces altitudes où l'environnement se transforme, où l'air est plus pur, et où le panorama prend une dimension nouvelle.

Sauf sur la route Turin-Nice, qui fait figure d’exception. Ne vous y trompez pas, elle n’échappe pas aux vallées. Mais entre chacune, l'incroyable maillage de pistes d'altitude prolonge considérablement le plaisir d'évoluer là-haut. On se retrouve à sillonner au milieu de décors minéraux et alpins absolument spectaculaires, bien loin des routes principales, et souvent à plus de 2000 mètres. Ces parcours, aujourd'hui plébiscités par les cyclistes, sont imprégnés d'une histoire riche et captivante. Soit militaire, comme sur le haut plateau de la Gardetta, soit liée à la contrebande, comme la Haute Route du Sel.
Comme on dit, ils se méritent : le revêtement n’est pas toujours très roulant, et le dénivelé pour y accéder dépasse allègrement le millier de mètres… Mais le jeu n’en vaut-il pas la chandelle ?

🧭 Ces carnets suivent ou empruntent une partie de cette route :
👉 Et au bout, c'est la mer !
👉 Nice > Bonneval à vélo par les pistes

❤️ Moi-même, j’ai tellement aimé la première fois, que j’y suis retourné l’automne dernier !

Sur la Haute Route du Sel.
Sur la Haute Route du Sel.

🚴‍♂️+⛷️ Jean revient pas

Pour rejoindre le Grand Nord, certains délaissent l’avion pour le train, une démarche ô combien louable. D’autres poussent le curseur du “by fair means” encore plus loin. Jean Rouaux fait partie de ceux-là, préférant le glycogène au kérosène. Depuis sa vallée de Chamonix, il enfourche son vélo pour aller skier au-delà du cercle polaire arctique, là où le soleil peine à se lever. Soit une approche de 4300 kilomètres – la bagatelle – en conditions hivernales. Un purisme qui n’a rien d’un sermon d’écologie, mais tout d’une leçon de poésie. Et cet esthète n’en est pas à son coup d’essai, son paillasson l’a vu partir plus d’une fois, comme quand il a rejoint le Népal à vélo, en 60 jours, pour y grimper l’Ama Dablam.
Wilder North nous plonge dans l’intimité de sa migration vers les latitudes nord. Il a le charme d’un journal de bord, brut, agrémenté de quelques belles images. Mais cette vidéo ne cherche pas à nous en mettre plein les yeux. Tout prend une autre dimension, une autre saveur aussi. Un manteau neigeux déficitaire ? Une neige dure comme du marbre ? Peu importe. Après avoir pédalé cette distance, chaque courbe skiée est une fête, chaque descente une victoire. Le plaisir est ailleurs, il est en nous.

🍿 Prenez votre plaid le plus douillet pour regarder Wilder North sur Youtube
(vidéo majoritairement en anglais, si besoin on peut mettre les sous-titres traduits en français)

👉 Pour suivre ses aventures sur Instagram, on le trouve sous le pseudo Jean Registre


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