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La grande story du papier (CA82)
Johanna
par Johanna
publié le
il y a 2 jours
36 lecteurs

Le syndrome du félin de canapé (CA84)

En observant l’humain, on se rend compte qu’avec le temps, plusieurs processus réducteurs se mettent en place. Le vieillissement inévitable ? Et pourtant.
Au-delà du « vieux connisme », la faculté à se transformer progressivement en vieux con1, l’humain semble soumis à un autre processus lent, discret, progressif, bref insidieux : l’installation d’une « mollesse mentale » que l’on pourrait appeler « syndrome du félin de canapé ». Jadis prédateur agile, le chat occupe de plus en plus le canapé et finit par calculer si le saut pour s’en extraire en vaut la dépense calorique2.
Ces processus ne sont pas qu’une attitude mentale, ils sont une réduction progressive de l’univers. L’humain se construit une bulle de confort de plus en plus petite, de laquelle sortir nécessite toujours plus d’énergie ; énergie et compétences qu’il mobilise de moins en moins et donc que, selon le concept de Use it or lose it3, il va progressivement perdre.
Comment pallier ce phénomène, ou tout au moins le minimiser, comment lutter contre la réduction de notre zone de confort ?
Faire des choses que l’on n’aurait pas faites naturellement, apprendre de nouvelles activités (sportives, créatives, ludiques, musicales, linguistiques, etc.), développer ses facultés physiques, proprioceptives, intellectuelles et humaines, cultiver le jeu, la curiosité… bref stimuler le félin qui est en nous !
Le voyage nature et les activités outdoor offrent non pas un cadre idéal pour cela, mais mille et un environnements parfaits pour stimuler la créativité, les capacités et l’imagination de chacun.
Par exemple, ils permettent aisément de se donner des « contraintes joyeuses », à l’image de l’Oulipo, ce groupe de recherche littéraire célèbre pour ses défis mathématiques imposés à la langue, qui se fonde sur le principe que la contrainte provoque la recherche de solutions originales, oblige à des astuces créatives, incite à déjouer les habitudes pour atteindre la nouveauté, et dont l’exemple le plus connu est le roman La Disparition de Georges Perec, entièrement écrit sans lettre e !
Ainsi, Agnès s’est donné l’objectif de réaliser 60 bivouacs l’année de ses 60 ans (CA79), Élise et Gaëlle de réaliser un bivouac par mois pendant un an avec leurs enfants en bas âge (CA82), François de marcher au plus près du méridien de Greenwich de l’Angleterre jusqu’à l’Espagne (CA81)… autant de projets incitant à déjouer les habitudes et atteindre la nouveauté. En outre, l’itinérance sans moteur s’accompagne bien souvent d’une nécessité d’allègement, amplement développée dans la philosophie MUL4, qui invite à faire preuve d’inventivité pour se passer du superflu. Parfois de beaucoup d’inventivité ; essayez donc de vous passer de e sur 300 pages !
D’aucuns diraient que cela force à « sortir de sa zone de confort », et certains trouveraient ça très bien lorsque d’autres n’en auraient pas envie. En fait, plutôt que de sortir de sa zone de confort, ce qui induit immanquablement l’idée d’un inconfort dont on ne comprendrait pas vraiment en quoi il va nous aider, il s’agirait davantage d’étendre sa zone de confort. Et cela change tout. David Manise évoque le concept des 104 %, dans l’idée de se placer dans une logique de progression durable. Plutôt que de s’éjecter hors de sa zone de confort et s’exposer à un vide angoissant, il s’agit de pousser doucement les murs.
100 %, c’est ce que l’on sait faire sans réfléchir (notre zone de confort actuelle).
104 %, c’est le petit cran au-dessus, là où l’on ressent un léger inconfort, une incertitude, une nouveauté, mais où on garde le contrôle. C’est ici que l’organisme « comprend » qu’il doit s’adapter et y parvient.
110 % et plus, le stress est trop fort, le cerveau reptilien prend le dessus, et l’on ancre potentiellement des traumatismes ou de mauvais réflexes au lieu d’apprendre.
Comme l’illustrent les analogies de la musculation ou de l’hormèse (le principe selon lequel une dose modérée de stress renforce l’organisme ; comme les vaccins, l’exposition modérée au froid…), qui touchent au concept d’antifragilité (CA65), l’apprentissage et l’adaptation finalement acquis font que notre zone de confort – les 100 % – englobe désormais les anciens 104 %, et l’on peut à nouveau s’employer à l’étendre…
Au lieu de petit à petit nous installer sur le canapé, gardons du poil de la bête et continuons d’étendre notre territoire, un pourcent après l’autre.
À nous de jouer !


Notes
1. Que nous évoquions dans CA81 (vieux connisme)
2. Toute référence à un félin roux et blanc connu est purement fortuite.
3. Selon le concept, initialement lamarckien mais largement repris, disant qu’un usage fréquent d’un organe ou d’une fonction le/la développe, alors que le non-usage l’affaiblit, le détériore et conduit vers sa disparition.
4. Marche Ultra Légère.

La grande story du papier (CA82)