Trek Haut Atlas marocain

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10 jours de traversée du Haut Atlas marocain pour 17 jours de voyage entre Zaouïa Ahansal et Aït Alla (est/ouest) en passant par les hauts plateaux, les vallées d'Aït Bouguemez et de la Tessaout, au pied du M'Goun avec mon fils de 14 ans
La vidéo sur:  https://www.youtube.com/watch?v=H8WX3gq3gqo 
randonnée/trek
Quand : 04/08/14
Durée : 10 jours
Distance totale : 127.3km
Carnet créé par philippe milhau le 29 oct.
modifié le 07 nov.
175 lecteur(s) - 3
Vue d'ensemble

Le topo : Section 9 (mise à jour : 31 oct.)

Distance section : 21.8km

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Le compte-rendu : Section 9 (mise à jour : 31 oct.)

Jour 9 : Tasgaïwalt (2300m) – Aït Ali n’Ito (1825m)

          20km, 5h, + 33m, - 450m

Nous passons une bonne nuit même si Martin a eu du mal à s’endormir. Nous nous sentons tous les deux barbouillés et je redoute toujours la « turista ». Nous sortons faire pipi dans le matin pâle. Il est 8h. Saïd nous accueille à notre retour dans la maison, je lui demande 2 bouteilles d’eau pour la journée, il part de ce pas à l’épicerie. Comme nous ne sommes pas au mieux, je dis à Martin « on boit un thé et on y va, pas question de manger quoi que ce soit ». Nous préparons nos sacs, récupérons notre linge maintenant sec, et mettons un peu d’ordre dans la pièce.  
       Saïd revient avec le thé, des biscuits, du pain et de l’huile d’olive. Nous déjeunons timidement lorsque nous sentons une odeur d’œufs frits. Je crains le pire et ça ne manque pas, Saïd nous amène un plat entier d’œufs brouillés ! Impossible de refuser, avec du pain nos piochons dans le plat alors qu’il boit un thé à nos côtés. Malgré mes recommandations, nous finissons le plat tellement les œufs sont bons, ils sont cuits avec de l’huile d’olive et quelques épices dans le fond d’un plat à tajine et le dessous est plutôt frit !! C’est un régal.

          Après le repas, nous nous levons et j’explique à Saïd que nous partons, en le remerciant je paye les bouteilles d’eau et lui demande s’il accepterait des dirhams pour notre nuit. Je sais pour l’avoir lu dans des guides qu’il est d’usage de laisser entre 60 et 80dh par personne pour la nuit. Saïd me répond que c’est comme je veux. Je lui donne 140dh qu’il accepte en me remerciant. Encore une fois, c’est nous qui le remercions et je lui demande si je peux le prendre en photo avec sa famille. Il accepte mais sa femme reste à l’écart. Nous faisons deux photos de lui avec ses trois enfants.
Saïd et ses enfants
Saïd et ses enfants
Puis nous quittons le village par une piste en pleine modification car bientôt une route goudronnée devrait remonter toute la vallée. Le soleil est déjà haut et brûlant mais nous commençons à y être acclimatés. De plus, nous prenons notre temps car nous avons de la marge par rapport à notre itinéraire, nous nous sommes fixés comme objectif Ichbakkan, un village perché à 3h de marche. La piste est malheureusement monotone et seul le fond du vallon que nous surplombons a un intérêt, si bien que vers 11h nous y descendons pour nous offrir une pause au bord de l’eau, à l’ombre d’un arbuste. Nous trempons nos pieds dans l’eau qui est toujours considérablement glacée.
la tentation de descendre se tremper dans la rivière est grande mais l'eau gelée!!
la tentation de descendre se tremper dans la rivière est grande mais l'eau gelée!!
Nous reprenons bientôt notre route et croisons plusieurs grappes d’enfants tous plus pauvres les uns que les autres et qui nous sollicitent beaucoup « dirham, crayons, bonbons ». Nous sentons que nous ne sommes plus dans les Aït Bouguemez où les gens vivent mieux et où les contacts sont plus faciles. Ici les touristes sont plus rares et pour ainsi dire quasiment absents de cette vallée très pauvres (nous n’en apercevrons d’ailleurs aucun, avant Aï Ali n’Ito).
          Nous croisons trois jeunes filles sur leurs mules qui nous barrent carrément la piste et essayent sans vergogne, de nous soudoyer de l’argent ou des effets, elles veulent qu’on leur donne quelque chose, je refuse catégoriquement. Au moment de partir, l’une d’elle frôle Martin avec sa monture le faisant presque tomber dans le fossé. Elles ricanent et s’enfuient. Martin est vexé et énervé. Au fur et à mesure que nous avançons et que nous croisons des personnes, nous ne ressentons pas le même accueil et demeurons sur nos gardes.

        Moi je reste serein mais Martin est inquiet. Dès que nous croisons du monde et surtout des enfants, ils nous réclament quelque chose. Une femme nous voit arriver sur le chemin près de la rivière que nous avons emprunté délaissant la piste, elle nous envoie son enfant pour mendier puis nous propose de la prendre en photo avec lui contre quelques pièces. Je refuse.

          La vallée se resserre en gorge austère à l’approche du village d’Ichbakkan qui est un des plus pauvres de la vallée car, en raison de sa topographie, les cultures y sont rares et compliquées, ce qui accentue la misère. Nous prévoyons d’y dormir, mon topo-guide m’indique qu’il y a un gîte. Au pied du village bâti en hauteur dans les gorges, nous longeons la rivière et dans son lit, des villageois s’affairent.
arrivée à Ichbakkan
arrivée à Ichbakkan
Nous traversons les eaux pour marcher sur la grève quand un jeune nous appelle de loin et oblique sa route pour nous rejoindre. Nous nous saluons, nous présentons et je lui demande confirmation qu’il y ait bien un gîte au village, mais il ne comprend pas un mot de français et m’entraîne vers d’autres personnes occupées à prélever de la terre pour la construction d’une maison, ils sont maçons. Nous discutons un peu, et un des hommes, un jeune d’une vingtaine d’année me demande des « bonbons pour la tête ». Je lui offre une plaquette de doliprane même s’il ne m’en reste plus beaucoup.
         Il parle un peu français et me confirme que nous pouvons dormir au gîte et que justement c’est son cousin qui le tient, le jeune qui nous a accompagnés. Ce dernier nous propose de nous y emmener, nous acceptons.

          Nous remontons donc le cours de la rivière, la traversons une nouvelle fois sur de petits cailloux où sont coincés quelques femmes et enfants, que des hommes tentent de convaincre de se lancer, pour passer. Puis nous remontons une forte pente pour rejoindre le village. Je vois un vieux panneau rouillé annonçant le gîte, je le montre au jeune, non celui-ci est fermé m’indique t-il. Comme il ne parle pas un mot de français, nous conversons en anglais mais même là, ce n’est pas facile.

        Nous le suivons dans les ruelles quasi désertes puis nous nous engouffrons dans une bâtisse étroite, qui n’a rien d’un gîte. Notre guide commence à monter silencieusement les étages, cinq au total, et nous arrivons dans un petit salon couvert de tapis, adjacent une cuisine où deux femmes (la mère et la fille il me semble) nous accueillent. Je suis très septique et sens l’arnaque. Cet endroit n’est pas plus un gîte que Marrakech une station balnéaire !

          On nous propose le thé, j’accepte ne pouvant refuser mais redemande au jeune s’il s’agit bien du gîte. Il me répond que oui, que nous pouvons dormir ici. De toutes évidences, ces gens-là veulent nous proposer de dormir chez eux contre de l’argent mais la façon dont ils s’y prennent me déplaît fortement, je ne les sens pas et d’ailleurs je sens bien aussi que Martin n’est pas rassuré.

           Pour ne pas les offusquer, je demande s’il y a une douche, sachant pertinemment que pas une goutte d’eau ne coule ici. Non, me répond le jeune. Je lui explique que cela fait trois jours que nous marchons dans la montagne et que nous avons vraiment besoin d’une douche. Je le remercie pour son accueil mais nous allons devoir repartir vers un autre gîte. Il me dit que le prochain  est à Aït Ali n’Ito, à quatre heure de marche. Je lui réponds que non, car ayant bien mon parcours en tête, je sais que ce village n’est plus qu’à environ deux heures trente d’ici. Je le lui dis, il ne répond pas.

          Il est près de 15h et je sais que Martin aura du mal à marcher 2h30 de plus, mais je ne veux pas rester ici, je n’aime pas qu’on veuille m’entourlouper. Je réponds que nous allons partir mais pile au moment où le thé arrive. Je n’ose pas partir de suite et nous nous asseyons. Je demande au jeune s’il y a une épicerie dans le village. Il me dit que oui et propose d’aller me chercher les deux bouteilles d’eau que nous avons besoin, j’accepte.

          Nous buvons le thé avec les deux femmes qui essayent de nous soutirer quelques pièces contre une photo d’elles en train de servir le thé, je réponds fermement non, que nous avons déjà plein de photos. J’essaie malgré tout d'entretenir une conversation mais elles ont compris que nous ne resterons pas et arborent un air méprisant qui déplaît à Martin qui ne se sent pas bien. Elles me demandent des cachets, je lui réponds que je n’en ai plus, que j’ai laissé ma dernière plaquette à un jeune du village, elles sont déçues de ne pouvoir rien nous soutirer.

          Le jeune revient avec les bouteilles, je les lui paye et nous hissons nos sacs sur notre dos. La femme me réclame quelque chose pour le thé. Outragé, je réponds fermement et en anglais au jeune, que cela fait deux semaines que nous voyageons au Maroc et que c’est la première fois qu’on nous demande de payer le thé.

       Je lui explique avec mécontentement que ce n’est pas correct et que surtout, ça ne correspond pas à l’éthique du pays et de l’islam ! Mais, pour ne pas charger ma conscience, je lâche cependant 20dh et nous les quittons en les remerciant toutefois, pour  leur accueil (je ne veux pas être trop dur avec elles et surtout, je veux laisser une image respectueuse du voyageur).

          Nous sortons de la bâtisse et le jeune commence à nous emboîter le pas. C’est Martin, plus qu’agacé qui s’arrête brusquement, et lui fait comprendre que nous n’avons pas besoin de lui pour poursuivre, que nous trouverons notre chemin tous seuls ! Je me satisfais qu’il ait pu manifester aussi son agacement et le rebuter ainsi.

          Nous suivons une piste plus ou moins bien marquée et le long de la rivière, que nous sommes parfois obligés de traverser sur des troncs d’arbres renversés. Nous croisons encore quelques villageois ou enfants qui quémandent quelques pièces, des bonbons ou des stylos, mais avançons indifférents.
entre Ichbakkan et Aït Ali n'Ito
entre Ichbakkan et Aït Ali n'Ito
Les 2h30 se font dans un rythme lent, dans un automatisme de la marche, bercés par le murmure de la rivière, écrasés sous la chaleur du soleil qui nous assomme. Dans un état second, nous discutons beaucoup tous les deux dans un échange inhabituel et déchargé de toutes réserves.
          Nous arrivons enfin à Aït Ali n’Ito et découvrons au cœur du village surplombant la rivière, un superbe gîte ! Nous sommes aux anges lorsque nous découvrons le luxe de l’établissement. Enfin, le luxe pour nous, ce sont nos lits posés sur le sol d’une chambre, entièrement carrelée, et la douche, chaude ! Et aussi le thé que l’on nous sert, sur une terrasse ombragée avec vue sur la rivière, accompagné de petites pâtisseries.  Nous profitons de ces instants de plénitude et comme toujours, j’aimerai que le temps s’arrête là.

          Nous prenons un repos bien mérité, discutons avec une serveuse, une étudiante de Marrakech parlant vraiment bien le français et très gentille. Les gens ici sont très accueillants, il n’y aura donc eu qu’aux alentours d’Ichbakkan que la misère a façonné les autochtones d’une déplorable perversité.

          Nous discutons ensuite avec une vieille française qui passe plusieurs mois par an au Maroc, une ancienne prof un peu déjantée mais très sympa. Nous nous reposons jusqu’au repas, soupe, tajine de poulet et melon avant de nous écrouler sur notre couchage. Je m’aperçois que je suis couvert de piqûres de puces, petit souvenir de chez Saïd ! Je dors très mal et très peu, j’ai des démangeaisons partout dans le corps.
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