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Voyager en Kayak, petit guide pratique

ManonM
par ManonM
05 juin
152 lecteurs

Voyager en Kayak
Petit guide pratique

Texte : Johanna

En complément du dossier "Voyager sur l'eau" du numéro 68 de Carnets d'Aventures.

Le kayak de mer est un incroyable compagnon pour l’itinérance ! Son encombrement somme toute modeste, sa relative facilité de mise en œuvre, sa manœuvrabilité et son caractère marin ne peuvent que séduire l’amateur de longs périples.
Il existe divers types de kayaks pouvant être utilisés en itinérance ; nous n’abordons volontairement pas les kayaks de rivière (pour l’eau vive, le slalom…) mais évoquons ici les différentes catégories et leurs principales caractéristiques.

Rigides pontés

On entend ici les kayaks faits d’un “seul bloc” et “fermés”, c’est-à-dire pourvu d’une hiloire* « trou d’homme » dans lequel le pagayeur glisse ses jambes et qu’il referme avec une jupe, et communément de deux compartiments étanches situés à l’avant et à l’arrière. Les kayaks rigides sont d’une manière générale les plus performants et les plus marins. Ils peuvent être longs (plus de 5 m) ce qui leur permet de bien filer sur l’eau. Leur principal inconvénient réside dans la difficulté de stockage et de transport. Les compartiments des rigides sont en général bien étanches, volumineux et pratiques, un atout pour le voyage.
Ces kayaks peuvent être constitués de différents matériaux. Voici quelques points clés.
(*à l’usage, on dit plutôt un hiloire mais le dictionnaire dit que c’est féminin alors…)
- Fibre
La fibre a l’avantage d’être légère et rigide, cela donne des bateaux performants. Le gel-coat est cependant fragile et il faudra être soigneux (accostages, transports au sol…) ; une bande d’échouage en plastique, optionnelle, protégera la ligne d’étrave. Il est possible de réparer des dégâts de manière simple et efficace avec des kits fibre + résine ; voire de refaire le gel-coat en cas d’usure excessive. La fibre la plus utilisée est la fibre de verre, mais on trouve aussi des fibres kevlar carbone qui donnent des kayaks très légers, très rigides et… très chers (attention, rigide ne veut pas dire solide). Certains sont conçus avec une technique sous-vide qui permet d’économiser de la résine et donc du poids sans perte en propriétés mécaniques. Sur ces kayaks, les compartiments sont en règle générale bien étanches.
- Polyéthylène
Le polyéthylène permet de faire des kayaks sérieux et beaucoup moins onéreux que ceux en fibre. Ils sont aussi moins fragiles (accostages, transports abrasifs…) mais sont plus difficilement réparables. Sur le terrain on peut réparer les petites avaries avec un réchaud et du polyéthylène (éventuellement des morceaux de plastique ramassés sur une plage – c’est du vécu), mais ce n’est pas forcément très aisé suivant l’emplacement ; les grosses avaries sont quasi irréparables.
Les « polyeth » sont censés être un peu moins rapides que les fibres (toutes choses égales par ailleurs ils sont moins rigides, plus lourds, auraient une moins bonne glisse dans l’eau), mais pour avoir une vraie idée sur la question, il faudrait faire le test avec les mêmes coques dans les deux matières. On peut dire qu’en général, les polyeth ont des coques plus « grand public », c’est-à-dire plus stables et donc moins rapides qu’un fibre aux formes plus radicales. Les cloisons des polyeth ne sont pas toujours très étanches (l’eau peut s’infiltrer entre le trou d’homme et les compartiments si les joints sont mal faits ou vieillissants).
- Bois
De bien jolis kayaks sont construits en bois. Mais là, on entre dans le domaine des passionnés fortunés (ou de ceux qui ont du temps pour le fabriquer eux-mêmes). Nous n’en avons jamais testé et ne pouvons donc pas en dire grand-chose si ce n’est que c’est « classe » un kayak en bois…

 

De g. à d. : 1 fibre biplace, 1
polyeth, 3 fibres, 1 polyeth.
De g. à d. : 1 fibre biplace, 1
polyeth, 3 fibres, 1 polyeth.

Démontables et pliants

En matière de démontable, il existe toutes sortes d’hybrides. Nous évoquons ici seulement les armatures bois ou alu + toile qui ont fait leurs preuves. Ces kayaks sont en général stables, gros porteurs, et surtout transportables et stockables facilement. Ils existent en mono et biplace (voire 3 places ou plus). Ils sont pontés et peuvent donc naviguer par mer formée. S’ils avaient des formes un peu pataudes il y a quelques années, cela a bien progressé et on a maintenant de vrais kayaks de mer performants démontables. En France, Nautiraid fabrique de bons kayaks pliants incluant des modèles typés expédition. La marque canadienne Feathercraft a fait d’excellents produits, elle arrête malheureusement son activité mais ses kayaks se trouvent peut-être d’occasion.
Si elle est très sollicitée, l’armature des démontables peut se rompre partiellement ; il faut donc éviter de descendre une rivière tumultueuse avec un kayak chargé. Sinon, ce sont de bons bateaux destinés à l’aventure. La plupart des grandes expéditions lointaines dans les zones reculées ont utilisé de tels kayaks (transport facilité). Leur inconvénient principal réside dans le prix. Beaucoup d’infos sur foldingkayaks.org (en anglais).
D’autres créations originales ont vu le jour, par exemple des kayaks pliables comme ceux de la marque californienne Oru. Très légers, ils se plient/déplient comme des origamis en une poignée de minutes et occupent alors un volume très raisonnable. Nous avons testé leur modèle Bay ST (voir expemag.com/tests ) ; nous l’avons trouvé bien agréable à naviguer, il peut se révéler intéressant pour de l’itinérance ; on pourra quand même lui reprocher l’absence de trappe d’accès pour le stockage du matériel.

Sit-on-top

Voici une embarcation très abordable (mise en œuvre, prix…). Voyager avec un sit-on-top : certains crieront au sacrilège, mais pourquoi pas ? C’est vrai que ça navigue moins bien, mais ça navigue quand même et on peut les charger de sacs étanches (attention à la prise au vent). Naturellement, les zones ventées ou « délicates » ne sont pas adaptées, mais un itinéraire mixte rivière calme / mer tranquille lui ira bien.

Gonflables

Dans le grand dossier “Voyager sur l’eau” de CA 20 en 2010, nous disions que les gonflables faisaient de beaux progrès. Depuis, le déploiement de la technologie du drop-stitch – gonflable haute pression – (utilisée aussi entre autres pour les paddles) a fait faire un bond au monde des gonflables. On obtient des kayaks robustes, de poids contenu, faciles à mettre en œuvre, à stocker et à transporter. La pression d’air élevée leur confère une certaine rigidité, mais leurs performances (vitesse) sont tout de même inférieures aux autres solutions. Certains gonflables intègrent des éléments rigides pour améliorer leur efficacité. Les tissus enduits utilisés actuellement sont très résistants. Bien entendu, ils sont plus difficiles à charger puisqu’une partie de l’espace est prise par les cloisons qu’on ne peut remplir de matériel (contrairement à certains packrafts), il faudra donc faire attention à la prise au vent et naviguer dans du « temps maniable ». À noter qu’il existe des modèles munis de pont + jupe. Nombre de belles itinérances ont été réalisées en gonflable (classiques ou haute pression).

 

Le comportement du kayak en fonction de certains paramètres

Comme d’habitude, si on ne veut pas trop dire de bêtises, toutes ces généralités s’entendent toutes choses égales par ailleurs (tcepa).
Largeur : un kayak plus large est plus stable mais moins rapide.
Longueur : un kayak plus long est plus stable, il sera aussi plus directif, sa vitesse maximale théorique plus élevée (le plafonnement arrivera à une vitesse supérieure).
Rigidité : plus un kayak est rigide, plus il est rapide et réactif.
Volume : un volume plus élevé permettra de charger davantage, sera mieux adapté à un kayakiste plus lourd ; la prise au vent sera supérieure, la maniabilité inférieure.
Chargement : certains kayaks ont des comportements différents selon qu’ils sont chargés ou non.
Forme de la carène : une coque à fond plat donne un kayak plutôt stable (bonne stabilité primaire) mais moins joueur ; une coque très arrondie donne un kayak avec une moins bonne stabilité (primaire et secondaire) mais plus rapide et plus « joueur ». Une coque dite à bouchain aura souvent une stabilité primaire moyenne et une stabilité secondaire correcte, c’est un compromis intéressant. Une étrave bananée ou gironnée (le nez qui remonte) tapera moins dans les vagues qu’une étrave très verticale et une ligne tendue. Une ligne tendue (quillée sur l’arrière) donnera un kayak très directeur qu’il faudra mettre en gîte pour tourner plus facilement ; la quille sur l’arrière rend le kayak moins sensible au lof, si elle est trop marquée le kayak risque d’abattre.

Les hiloires

Le trou d’homme est l’hiloire principale dans laquelle se glisse le pagayeur et qu’il ferme par une jupe. Il existe globalement 3 formes d’hiloire, on veillera bien sûr à choisir une jupe adaptée (à l’hiloire et à son propre tour de taille).
Les 2 (ou plus) autres hiloires (à l’avant et à l’arrière) donnent accès aux compartiments étanches qui se ferment soit par une jupe + cache, soit par un couvercle : plus pratique, parfois un peu moins durable (le caoutchouc subit les UV) mais au besoin, c’est remplaçable. Les trappes ovales sont plus pratiques à l’usage (pour charger et décharger le matériel) que les rondes

Mono ou biplace ?

Un monoplace est en général plus maniable et plus joueur, et il permet d’être indépendant. En outre, il offre davantage de volume de stockage : 2 caissons par personne (contre 2 caissons pour 2 dans un biplace). Un biplace est souvent plus rapide (énergie de 2 pagayeurs pour un gabarit global pas énormément plus grand), plus stable et rassurant. Il permet aussi de lisser les disparités de niveau. Un biplace constitue en outre une bonne solution pour emmener un enfant qui ne pagaye pas ou que partiellement ; il permet aussi de convoyer une personne blessée ou fatiguée, ou encore un chien (cf. pages suivantes). Un biplace revient moins cher et est plus facile à stocker et transporter que 2 mono. En revanche, le biplace est plus lourd (moins facile à déplacer, charger/décharger sur un véhicule, accostages plus complexes en conditions difficiles, etc.).

Stabilité

Pour beaucoup, kayak signifie instabilité et dessalage à la moindre vague. En fait, les kayaks de randonnée sont stables voire très stables. Il est souvent possible de remonter à bord de son kayak en mer sans aide extérieure. L’esquimautage n’est pas forcément une technique à maîtriser avant de partir en voyage kayak, mieux vaut connaître les techniques de sécurité de groupe. Quelques clubs/associations en France peuvent fournir les bases de la sécurité, on trouve également de bonnes vidéos pédagogiques en ligne, par ex. sur sauvetage.kayakalo.fr.
Comportement au vent
Il dépend de la forme du kayak. En général, un kayak a tendance à lofer, c’est-à-dire à mettre son nez au vent. C’est un comportement plus sain que d’abattre (tendance à mettre sa poupe au vent) qui met le kayakiste à la merci du vent qui peut pousser vers le large ou vers une côte inhospitalière. Cependant, le lof est gênant et il faut pouvoir le contrer. Un gouvernail ou une dérive sont de bons atouts (voir ci-dessous). Sinon, on peut jouer avec la répartition de la charge. Pour un kayak qui continue de lofer dérive entièrement sortie, on pourra placer le poids du chargement plutôt à l’arrière du kayak. Pour un kayak qui abat, il faudra mettre du poids dans le caisson avant.

Gouvernail

Le gouvernail est très agréable et confortable – on s’abstrait des problèmes de lof ou d’abattée – surtout pour les longues randonnées. Il permet de réduire nettement le déséquilibre latéral (musculaire, articulaire ou tendineux) qui deviendrait gênant sur une longue étape ventée. Le gouvernail facilite par ailleurs les manœuvres ; c’est encore plus appréciable sur un kayak biplace, plus long et moins manœuvrant.
On contrôle le gouvernail avec des pédales. Penser à le relever avant d’accoster ou en passant sur des hauts-fonds pour éviter de l’abîmer. Le gouvernail est le point faible du kayak et nous ne comptons plus les réparations que nous avons dû effectuer sur l’objet lui-même et sur son point d’ancrage sur le kayak (nous avons d’ailleurs constaté une répartition équilibrée entre ces deux types d’avaries…). Il est à noter que certains kayaks n’acceptent pas la pose d’un gouvernail.

Dérive

La dérive permet aussi de pallier des problèmes de positionnement du kayak par rapport au vent. On travaille sur les appuis dans l’eau. Une dérive réglable permet de trouver la surface la plus adaptée pour contrer la tendance du bateau dans une situation donnée.

La pagaie

En kayak de mer on utilise une pagaie double. L’angle entre les pales (souvent 60° mais il peut varier entre 45° et 90°) permet à la pale hors de l’eau d’offrir moins de prise au vent. Cet angle induit un mouvement du poignet qui peut générer des douleurs, il convient donc de soigner son mouvement de pagayage. Il existe pléthore de pagaies aux matériaux, formes de pale, tailles, designs différents. Pour de la longue randonnée, on appréciera une pagaie légère et au manche pas trop rigide (plutôt fibre de verre ou bois que carbone ou alu). On choisira également une longueur adaptée à son gabarit. Il existe des pagaies démontables intéressantes en association avec un kayak démontable par exemple, et également pour avoir une pagaie supplémentaire de secours. Un pare-gouttes peut être appréciable, de même qu’un leash.

Aller plus loin

  • Voyager sur l'eau
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Photo : Alex de Viveiros
Photo : Alex de Viveiros