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Voyager en paddle, petit guide pratique

ManonM
par ManonM
25 avr.
754 lecteurs

En complément du dossier "Voyager sur l'eau" du numéro 68 de Carnets d'Aventures.

Le Stand Up Paddle
Inspirez, pagayez, contemplez

Texte : Johanna (avec le concours d’Ingrid Ulrich)
 

Quand le stand up paddle a commencé à se populariser il y a une dizaine d’années, j’avoue que j’étais sceptique. Que pouvait bien apporter ce nouvel engin qui semblait peu aéro-et-hydrodynamique, duquel on pouvait aisément tomber, dont le geste de pagayage nécessitait un effort paraissant asymétrique, et qui offrait peu d’espace de stockage de matériel. En comparaison, les kayaks de mer à la carène effilée glissent avec fluidité, sont confortables à propulser, tolèrent des conditions météo difficiles, et permettent d’emporter de quoi être autonome pendant des semaines. Bref, je n’étais pas convaincue. C’est en discutant avec une connaissance moniteur, passionné et très expérimenté en itinérance kayak de mer, que je commence à voir les choses autrement. Lac, mer, eau vive, surf, le voilà presque tous les jours sur son paddle. Et si j’essayais ? Après tout, on a déjà vu dans l’histoire de l’humanité un passage fructueux à la bipédie…
Quelques mois plus tard, essai transformé ! Voici donc dans ces pages quelques informations pratiques sur ce drôle d’engin, suivies de morceaux choisis d’itinérances.

Le SUP consiste en une grande planche type surf et une pagaie simple. Il s’agit de se déplacer sur l’eau soit énergiquement en tant qu’activité sportive, soit tranquillement au gré des envies pour explorer les paysages ou simplement se détendre . Cette nouvelle activité hybride du surf et du canoë a rapidement conquis les côtes de France et a commencé à pénétrer dans l’intérieur des terres. En effet, chaque plan d’eau, lac, mer, fleuve, rivière calme ou agitée, roubine, recèlent une infinité de lieux à découvrir, au pied de chez soi ou plus loin dans le monde . Nombre de planches offrent un peu d’espace pour fixer des sacs étanches en vue d’une itinérance en bivouac. Pagayer debout sur une planche large et volumineuse offre en outre la stabilité et le temps nécessaire à l’esprit pour s’évader et contempler les paysages ; l’angle donné par la hauteur permet aussi de mieux voir ce qui se passe sous l’eau. L’itinérance en paddle, une expérience pour se reconnecter avec soi et avec la nature !
Le SUP en quelques mots
Depuis plus d’une dizaine d’années, le SUP a le vent en poupe ! En général entre 8 et 14 pieds de long, et 22 et 35 pouces de large ; plus ou moins longues, larges. Stables mais pataudes, ou effilées mais instables, maniables, rapides… des planches aux dimensions et caractéristiques différentes existent pour s’adapter aux multiples pratiques. Paddle de vitesse, de surf, d’eau vive, ou de balade et randonnée. On distingue deux grandes familles de planches : les rigides (divers matériaux) et les gonflables haute pression (technologie drop-stitch) bien pratiques à stocker et transporter. Un petit aileron se fixe sous la planche pour contribuer à garder le cap.
On utilise une pagaie simple que l’on tient par une poignée située en haut du manche. Il en existe de nombreux types aux caractéristiques variées : composition (matériaux) et donc rigidité et poids variables, poids, taille de la pale, réglable (vario) en longueur, démontable ou non… À noter par ailleurs qu’on utilise un leash de planche pour éviter de voir son paddle partir tout seul en cas de passage à l’eau.
Pour l’itinérance, un bon compromis réside dans une planche gonflable de longue distance, stable et robuste (type 12’6 x 33 ou 14’ x 33), assez longue pour fixer des sacs étanches à l’avant et à l’arrière, grâce à un système d’œillet et de sangles ou cordons élastiques (si la planche n’en possède pas, il est possible d’en fixer), et d’une pagaie démontable en 3. Pour donner un exemple, une planche gonflable de dimensions moyennes fait 12’6 x 29, et environ 12 kg et 90 x 45 x 25 cm de volume plié ce qui tient dans un grand sac à dos (en général fourni ; il en existe de plus ou moins fonctionnels / lourds…).
Limitations : le paddle a cependant des capacités limitées, par rapport à un kayak par exemple. Il va en moyenne moins vite. Et avec du vent et/ou des vagues de face ou de travers, il nécessite davantage d’efforts pour avancer. Quand ça souffle ou remue, on peut, pour réduire la prise au vent et augmenter la stabilité, pagayer temporairement à genou (en réduisant la longueur de la pagaie), mais la technique atteint vite ses limites. Le paddle est un engin moins marin qu’un kayak de mer. Ainsi semble-t-il sage d’adapter ses objectifs (ou d’avoir un gros niveau technique et physique). Comme pour les autres types d’embarcations, il sera opportun selon les conditions de porter un gilet.

Voyager en paddle

Par Ingrid Ulrich

L’itinérance en SUP est mon refuge. Une thérapie vitale à mon équilibre. Un second souffle qui m’a transportée de la Méditerranée à l’Atlantique, de l’Hexagone à la Corse, des îles des Caraïbes à celles des Lofoten en Norvège, de la Grèce au Groenland, en passant par l’Islande, où chaque petit bout de mer, de rivière ou de lac est une invitation au voyage et à l’aventure.
Contrairement au kayak où je me sens oppressée, enfermée dans l’hiloire, enserrée au niveau de la taille, sur un SUP, je suis entièrement libre de mes mouvements. La position debout me permet de dominer les éléments, d’anticiper les dangers, de prévoir ma trajectoire. Son déplacement lent et silencieux m’invite à une véritable introspection et m’aide à être davantage en paix avec moi-même. Pour moi, le SUP est une façon de voyager, mais aussi d’appréhender le monde et la nature, en tant qu’actrice et pas uniquement en tant que spectatrice. Je pagaie, j’avance, je découvre. Tout dépend de moi.

 

Texte et photos : Ingrid Ulrich
FB : Au delà de l'Océan, cf. CA54 et l'article Parcours d'une vie ordinaire.
Ingrid est l’auteur du livre Une vie presque ordinaire, ou l’art de se relever que nous vous recommandons vivement.

Photo : Ingrid Ulrich
Photo : Ingrid Ulrich

Quelques idées pour démarrer l’itinérance en SUP

Pour démarrer et s’initier à l’itinérance en SUP, je conseille de commencer par 2 jours sur un lac avec une belle nuit sous les étoiles.
Mon coin secret : le lac des Vieilles-Forges au cœur du massif des Ardennes (08). Ce plan d’eau de 150 hectares aux allures de lac canadien est entouré d'une magnifique forêt. Cette dernière promet de belles balades à ceux qui ont envie de se dégourdir les jambes le temps du bivouac, et peut-être l’opportunité  de rencontrer des nutons, ces petites créatures semblables aux lutins…
Pour une aventure un peu plus longue, la descente de la Leyre est un bon choix. La Leyre n’a pas volé son statut de « rivière sauvage » : c’est un petit paradis de verdure au cœur du parc naturel régional des Landes de Gascogne. On peut y naviguer quelques heures ou organiser une descente de 2 à 5 jours en bivouac, sur les 90 kilomètres navigables jusqu’au bassin d’Arcachon. C’est un fleuve facile (classe 1), on le surnomme « la petite Amazone », l’ambiance y est presque tropicale. La faune et la flore sont exceptionnelles. Il paraît même que quelques loutres font désormais le spectacle.

Photo : Ingrid Ulrich
Photo : Ingrid Ulrich
Photo : Ingrid Ulrich
Photo : Ingrid Ulrich
Photo : Ingrid Ulrich
Photo : Ingrid Ulrich

Quelques-uns de mes coups de coeur pour de l’itinérance

Côté mer :
- L’Île de Beauté : découvrir la Corse par la mer… Le SUP vous permettra de vous faufiler dans des endroits sauvages, et totalement inaccessibles par bateaux. Et vous aurez peut-être la chance de suivre puffins et dauphins le long des côtes. Je recommande le sud pour la couleur de ses eaux et le côté encore sauvage des îles Lavezzi. Mais attention au vent.
- Les Cinque Terre (Italie). Monterosso, Vernazza, Corniglia, Manarola et enfin Riomaggiore, d’ouest en est, sont des villages mythiques. Ils sont accrochés sur des parois rocheuses abruptes suspendues au-dessus de la mer, une mer bleu paon qui irise leurs ports de pêche minuscules d’aplats marines et turquoise à couper le souffle. Des paysages maritimes sublimes, une mer calme et une météo clémente… quoi de mieux pour profiter d’un point de vue époustouflant sur les villages aux couleurs pastel des Cinque Terre ? Reliez les villages par la mer (à l’exception de Corniglia qui se trouve sur les hauteurs). Vous pourrez aussi observer les grottes cachées, sous les falaises entourant les villages !
Je conseille ce voyage en juin ou septembre pour éviter le flot de visiteurs en pleine saison et profiter au maximum de l’ambiance dolce vita en dégustant un vin bio local au coucher du soleil. Mais attention : il y a peu de plages propices au bivouac ; le SUP gonflable offre la possibilité – une fois dégonflé et rangé – de marcher et d’opter parfois pour d’autres solutions d'hébergement.
Côté rivières :
- La Loire. Une destination incontournable aux yeux des pagayeurs amateurs de longue randonnée en bivouac. Sa force c’est la diversité de ses paysages : un cocktail mi-sauvage, mi-patrimoine. Partir sans étape programmée, se laisser l’opportunité de camper là où la rivière nous emmène… de superbes sites de bivouacs se cachent en bordure du fleuve ou sur les îles dans une nature sauvage et omniprésente et une végétation dense.
- Les Gorges du Tarn : mon spot coup de cœur. Faire du paddle dans les Gorges du Tarn, ce n'est pas seulement une activité ludique ou sportive. C'est aussi traverser un site grandiose, découvrir les traces des castors sur les rives ou le ballet du cincle plongeur. Vous trouverez aussi un petit endroit bien à vous pour vous détendre dans une eau limpide à moins de préférer l'atmosphère étrange de la nuit. Mais attention, c’est une vraie rivière (classe 2 et 3) avec ses dangers et ses obstacles (rapides, siphons, rappels, etc.). Je conseille fortement d’être accompagné d’un professionnel pour cette itinérance lorsque l’on n’a aucune connaissance de la navigation en rivière. Contacter la SUP Academy de Millau, spécialiste de cette rivière et organisateur de la légendaire course : la Tarn Water Race (La Tawara en juin).
- Pour les plus sportifs qui souhaitent une longue randonnée en bivouac, je conseille le Canal des Deux-Mers. 600 km en stand up paddle de la Méditerranée à l’océan Atlantique en passant par le canal du Midi, la Garonne, et l’estuaire de la Gironde. Départ de Port-la-Nouvelle (Méditerranée) et arrivée à Royan (Atlantique). Des bivouacs au fil de l’eau, des ravitaillements dans de magnifiques villages, de superbes rencontres mais aussi des centaines d’écluses à franchir, le va-et-vient de la marée à partir de Castets-en-Dorthe et les périlleuses traversées de Toulouse et Bordeaux... J’en garde un souvenir incroyable. 

Photo : Ingrid Ulrich
Photo : Ingrid Ulrich
Serre-Ponçon
Photo : la rédac'
Serre-Ponçon
Photo : la rédac'
Serre-Ponçon
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Serre-Ponçon
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Photo : la rédac'
Serre-Ponçon
Photo : la rédac'
Serre-Ponçon
Photo : la rédac'
Serre-Ponçon
Photo : la rédac'
Lac d'Alqueva (Portugal)
Photo : la rédac'
Lac d'Alqueva (Portugal)
Photo : la rédac'