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Vos récits de voyages

Le ladakh ou ces hautes altitudes où tout se confond

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share posté le 26 août

Sylvestrelechat
Papillon monarque
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Inscription : 16/02/19

Message privé
Là où tout se confond…
Il y a des images dont on rêve, des photos qui nous mènent vers ces sphères de notre cerveau où la réalité n’est plus, des paysages qui nous attirent et nous enveloppent avant même que nous les parcourions, des images qui reflètent juste nos envies les plus profondes ou notre inconscient fécond, aventure de l’âme au travers du regard, évasion déjà face à ce cliché qui nous attire et nous aimante.
Puis un jour, nous voici, dans ces immensités, dans cette beauté du monde, dans cette magie d’un lieu qui juste nous ensorcelle, nous plongeant dans cette joie intense si rare à atteindre. Oui, un jour, nous y voilà et alors il n’y a plus que le silence pour s’imprégner de ces lignes dessinées par la terre, pour s’immerger dans la perfection de ce reflet ou de cette étendue, pour se laisser envelopper juste par la beauté du monde et essayer si discrètement d’en être le témoin, à défaut d’en faire partie. Mais comment écrire cela face à ces perspectives qui nous laissent sans voix, face à ces panoramas que ne peuvent décrire aucun mot, face à ces couleurs envoûtantes qui viennent caresser l’âme, face à ces ambiances solennelles que seul le cœur peut ressentir. Paysage sensuel et voluptueux, empli d’une fragilité et d’une sensibilité unique… Ici, le langage ne peut plus rien, seul le cœur peut vibrer, les mots s’envoler dans ces immensités et l’écho revenant, tout juste simplifier ces émotions soudaines qui naissent à chaque découverte.
Ici, le ciel a rejoint la terre pour la caresser et lui en offrir un morceau, lac du bout du monde comme un éclat d’en haut posé dans ces immensités désertes qui offrent pourtant l’immensité de la vie. Ici, les cieux ont comme déposé un baiser sur la terre, quelque chose de doux, de délicat, d’agréable, de parfumé et simplement de beau…
Il n’y a rien à ôter, rien à rajouter, rien à déplorer et juste à regarder… Admirer ici les nuages courant après le vent dans ces plateaux emplis de majesté. Ecouter ce silence comme une méditation de l’artiste s’inclinant sur son œuvre, comme un immense respect qui vaut plus que milles mots, comme une invitation à juste fermer les yeux pour s’imprégner encore de cette beauté rare devenue spirituelle. Et admirer l’orage se former loin d’abord et s’approcher doucement, comme venant protéger des courbes qui ne s’offriraient qu’aux yeux des plus courageux, faisant fuir celui-là trop pressé et le voyeur caché. Il vaut mieux ralentir que de vouloir courir, prendre le temps de juste tout regarder, déposer son regard dans cette éternité, et balayer lentement chaque délice de ce monde. Contempler ici cette forme, que l’homme, de ses mains, est venue déposer avec ferveur et respect, pour donner du relief à ces prairies sans fin. Se délecter de cette lumière venue jouer avec la montagne dans un cache-cache en or pour magnifier le décor. Scruter chaque pierre, chaque colline, chaque bosse pour y trouver gravée une sagesse infinie, celle du temps qui dépasse nos vies, celle d’une beauté qui reflète l’infini. Suivre chaque ligne le long de ces versants pour gagner là-haut les neiges éternelles comme un modeste chemin vers un bonheur certain. Et plonger dans les eaux, suivre celle du ruisseau, ou baigner son regard ne sachant plus ce qui sépare le céleste du terrestre, peut-être parce que le tout ne fait justement qu’un.
Il n’y a rien à ôter, rien à rajouter, et juste à se promener, le temps d’un instant devenu un présent, le temps d’un instant qui pourrait s’arrêter. Et comme il n’y a pas de mots, il n’y a pas d’images capables de retranscrire ce que le cœur ressent. Mais la peur d’oublier, l’envie de se souvenir, toujours et à jamais, fait naître une double envie : celle de l’immortalité de ce si bel instant, celle de le partager pour le rendre plus beau encore. Il faudrait devenir le plus grand artiste car lui seul peut faire cela et traduire dans une œuvre une émotion fragile pour la conduire vers d’autres. Poète, peintre, écrivain ou sculpteur trouveraient ici matière et souffle d’inspiration. Je n’ai pas ces talents, et juste quelques mots et de modestes photos volées à ces instants.
Mais si ces mots et ces images pouvaient de même vous conduire un instant vers un début d’enchantement et parfois, juste vous donner envie de vous abandonner au temps, au monde, aux montagnes, ce serait déjà bien. Et face à cette nature qu’il nous faut préserver, saisissez-en toutes les fragilités, car alors ces subtilités vous conduiront vers ces sommets de l’existence où plus rien ne manque et où tout se confond, la terre, le ciel, l’air, le vent ou le temps. Oui, l’air du temps ou du vent juste pour nous rappeler que dans ce tout, nous ne sommes que de passage, humblement et si modestement qu’on ne peut y laisser traces mais juste en voler quelques modestes cadrages et en tirer quelques modestes phrases…
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