Projet kayak poético-absurde "Ramène ta fraise!" Le Mans-Pornic en kayak pour une glace à la fraise. Vue d'ensemble

(réalisé) (partager)
  Si j’allais jusqu’à la mer pour voir?! Et puis, le film “Comme un avion” sort en salle. Incroyable ironie, le film a des similitudes avec mon vécu personnel! Je décide de contacter la prod. pour faire de la fiction une réalité : qu’avez-vous fait du kayak du tournage? Après plusieurs mails sans succès, je les appelle... Le kayak appartient à...Podalydès lui-même. Je n’insiste pas...
Le Mans-La mer, mais dans quel but? Je regarde une carte...Tiens Pornic! Petit, j’y mangeais de succulentes glaces à la fraise. Mon but, je l’avais : Le Mans-La Fraiseraie !
Je trouve un vieux kayak et je le transforme en kayak de voyage : le “Ramène ta Fraise!”.
Je pars le 19 septembre pour 350 km sur la Sarthe et la Loire. Je fais de nombreuses rencontres : un homme qui a descendu la Tamise avec son fils. Un pionner du BASE-Jump en pleine campagne. Un éclusier-musicien qui m’a joué “Rame” d’Alain Souchon, un pêcheur préparant sa traversée de l’Atlantique,...! Des villages pittoresques, Béhuard, etc, des bivouacs sur la Loire magnifiques... Et, à l’arrivée à Pornic, le 3 octobre, une glace à la fraise bien méritée! Travaillant sur Robinson avec sa classe de 5e A, Amandine Pineau-Meiche, professeur de français au collège Costa Gavras au Mans, m’invita pour présenter mon périple. Je voulais surtout leur dire qu’il est possible de voyager à moindre coût. L’aventure commence quand on ferme  la porte de chez soi. Il faut suivre ses rêves car ils connaissent le chemin !

Adrien Boulard.

kayak de rivière / randonnée/trek
Quand : 19/09/15
Durée : 14.5 jours
Distance totale : 340.4km
Carnet créé par hadnb le 18 sept. 2015
modifié le 11 févr. 2016
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Le compte-rendu : 22,23,24 septembre 2015 (mise à jour : 10 févr. 2016)

 
Jour 4 : Mardi 22 septembre 2015.
Départ : Malicorne-sur-Sarthe à 12h41.
Arrivée : Parcé-sur-Sarthe à 18h00.
Distance parcourue (en kayak et à pied pendant les escales) = env. 15 km.

 
9h00. Il pleut bel et bien. Je prends le petit déjeuner avec les 3 femmes. J’apprends que la petite fille de l’une des dames fait de l’escalade au CAF du Mans (je suis initiateur escalade dans l’autre club, les Amis du Népal, mais je connais très bien le CAF, j’en ai fait partie aussi quelques années). On s’échange nos contacts. Une petite photo-souvenir et me voilà reparti. La pluie a cessé pour mon départ. Je longe le barrage et rejoins le canal pour passer l’écluse. Une pénichette en sort. De l’autre côté, de longues distances en pleine nature avec un vent de face assez fort qui se lève. Sur la rivière de petites vagues se forment. J’essaie de longer les arbres pour m’abriter du vent.
13h19. Ce midi c’est : pizza ! (les restes d’hier soir) Cela vient compléter avec plaisir ma barre céréale quotidienne !
14h02. Un peu plus loin, je vois une descente à bateaux. Parfait pour une pause-pipi et pour me dégourdir les jambes ! (la possibilité de descendre d’un kayak est une chance, ce n’est pas toujours possible ou du moins évident de descendre le long des berges sauvages trop hautes). Je vois au bout d’une clairière un ponton et un panneau d’indication. Je m’en vais prendre le panneau en photo pour savoir où je me trouve. Appontée, une pénichette. Je salue les gens à l’intérieur qui sont attablés. Je suis à Dureil. Les gens m’invitent à prendre le café (et une danette à la vanille) dans la pénichette. Nous discutons de nos périples et autres aventures cyclopédiques et aériennes. Un des monsieurs qui tient une carte fluviale de la Sarthe m’indique que je suis au pk 52, c’est-à-dire au point kilométrique 52 : 52 kilomètres réalisés depuis Le Mans.Je fais une moyenne journalière de 13 km/j. Mon canot pneumatique et le faible débit de la Sarthe apportent de la valeur à mes coups de rame (ahahah).

Nous venons à parler navigation maritime. « L’homme aux cartes » fait du voilier en mer. Nous parlons îles bretonnes. Je lui parle d’un voyage que j’ai effectué avec un ami en voilier habitable en face du golfe du Morbihan sur l’île d’Houat, petit bijou sauvage au village unique et avec sa plage convexe un peu comme sur l’île de Groix que je n’ai pas encore pu visiter. Il me parle de l’île d’Aurigny qui fait partie des îles anglo-normandes en face de la pointe de la Hague à environ 14 kilomètres de la cote. Je m’aperçois en fait qu’elle fait partie des îles anglo-normandes telle Guernesey. L’histoire et la culture d’Aurigny (Alderney en auregnais) sont tout à fait singuliers et méritent qu’on s’y arrête (https://fr.wikipedia.org/wiki/Aurigny). Malheureusement, page sombre de l’histoire de l’île, pendant la Seconde Guerre Mondiale, les nazis construisent sur l’île 4 camps de concentration...
Il me parle aussi de l’île de Sark et de Herm qui sont de plus petites îles de l’archipel.

J’immortalise la rencontre par une photo et le temps de leur montrer mon embarcation, me voilà reparti. Une pause bien agréable. Un café bien chaud. Il est déjà 15h30...
16h25. J’arrive au lieu incontournable (sur mon tracé de la Sarthe) dont mon père m’a parlé : le moulin de Marcel Pagnol. Celui-ci pendant la Seconde Guerre Mondiale quitta sa Provence tant chéri pour se réfugier en zone libre en Sarthe et acheta ce moulin. Et quel moulin ! Une demeure magnifique, imposante, surplombant la Sarthe. Je m’approche pour filmer et photographier les lieux. J’aperçois un écriteau « Défense d’entrer, propriété privée ». Tant pis, je m’arrête au petit escalier en pierre qui permet d’accéder à la rivière. J’aimerais demander si il est possible de bivouaquer sur leur beau jardin paysagé ou au moins visiter le moulin ! Je vois une voiture de sport, peut-être quelqu’un est-il présent ? Je monte un escalier en bois pour me rendre à la porte située en haut de la tourelle qui domine la rivière. Je frappe. Rien. Je vais voir de l’autre côté du terrain vers la grande dépendance. Pas plus de succès. Je suis déçu de ne pas pouvoir visiter ce moulin. Peut-être est-il ouvert lors de la journée du Patrimoine ?
Je repars en longeant le barrage. Là, une tractopelle semble en lévitation au-dessus de l’eau. Je sus plus tard que le Conseil régional par un décret européen construit des passes à poisson sur chaque barrage tout le long de la Sarthe (
http://www.fildesterritoires.fr/sarthe/768-les-poissons-migrateurs-bientot-libres-de-circuler-le-long-de-la-sarthe-domaniale- )( http://www.lesnouvellesdesable.fr/2014/08/28/876-000-euros-pour-deux-passes-a-poissons-a-juigne-et-solesmes/ ). 400 000 euros la passe à poissons. Dommage qu’il ne reste plus que des silures dans la Sarthe...
J’arrive à l’écluse. Je siffle. Hurle. Finalement la dame m’entends. Je n’aime pas insisté en criant, je m’excuse à chaque fois mais je ne peux pas faire autrement. Sortir du kayak et y re-rentrer (quand c’est possible) serait compliqué. Au-dessus de la lourde porte de l’écluse un arc-en-ciel éclatant sur fond de nuage sombre orageux. Je viens de m’apercevoir grâce à une photo en réécrivant mon récit que l’écluse était marquée d’un rond bleu...J’aurais pu trouver personne et surtout j’ai dû déranger cette personne qui devait être en repos...Elle ne m’a rien dit.
Je passe. Je retourne vers le moulin pour l’admirer de l’autre côté. J’aperçois une autre demeure qui n’est pas non plus sans intérêt mais un peu moins remarquable.
Je continue mon chemin et croise 2 bateaux à moteur. L’un à sa coque joyeuse, jaune. Ça fait trois fois que je le croise en plusieurs jours ; des retraités en vadrouille qui montent et descendent la rivière de ville en ville. On se salue.

18h00. J’arrive à Parcé-sur-Sarthe. J’accoste près d’un petit escalier en béton devant une magnifique maison en pierre. Une allée d’herbe verte, fraîche sépare le terrain de la maison de la rivière. Un petit muret de pierres_percé d’une porte en bois peinte en blanc arrondie sur le dessus_surmonté d’une haie d’un côté et d’une vigne vierge de l’autre, cache un petit jardin soigné.
Je remonte mes deux bateaux sur l’herbe. L’allée fait bien 2,50m de large et ici, un renfoncement permet de mettre ma tente. Ca semble idéal !
Je laisse d’abord mes affaires et part à pied dans l’allée qui longe la Sarthe.
Toutes les maisons sont en pierre. Elles sont magnifiques. J’arrive à une impasse goudronnée. Là, ce sont des petites maisons mitoyennes. D’anciennes maisons de pêcheurs sûrement. Je croise un pêcheur. Il habite l’une de ces maisons. Je lui demande si je peux camper à l’endroit où je me suis arrêté. Pas de souci, mais je peux me rapprocher de cette impasse me dit-il. En effet, là un ponton avec des barques et un carré d’herbe le long d’un mur en pierre, propice à poser le camp. Je commence à rapatrier mes affaires. Et au moment de monter ma tente, un gros nuage d’orage décide de m’inonder...Juste 15 minutes. Pour bien me tremper au mauvais moment.
La tente montée, je place rapidement mes sacs à l’intérieur et me change.
La pluie s’est arrêtée, je file visiter les alentours !
En remontant l’impasse, j’arrive sur une immense bâtisse, un moulin de 3 ou 4 étages. Le pêcheur m’apprit lors de notre discussion, qu’il appartient à un couple qui travaille dans la production, pour la chaîne de TF1 (ça rapporte...). Je passe à côté. Là, c’était l’ancienne plage de l’ancien temps où l’on se baignait encore dans les rivières lors des rares jours de congés ou pendant les longues périodes estivales pour les plus bourgeois. Lorsque celles-ci étaient encore transparentes sur 2 ou 3 mètres de fond aussi(mon père, gamin, se baignait près du Mans dans la Sarthe. Il voyait le fond à plusieurs mètres de profondeur...). Il reste d’ailleurs un vestige ici, conservé, repeint par la municipalité : d’anciennes cabines de plage en bois avec des gravures peintes de baigneurs et baigneuses.
Mon rythme journalier n’étant pas très rapide, je doute sur la durée du périple. Si je trouve un petit resto ouvert, je pourrais économiser mes réserves en plats lyophilisés. Et puis, il est déjà tard. Faire à manger quand la nuit tombe c’est un peu moins enthousiasmant. Le paysage autour s’efface, l’humidité arrive et pénètre un peu la chair. Je m’avance dans le bourg. Il est très pittoresque. Il a su garder son authenticité mais je l’imagine aussi dynamique pour un village de si petite taille au nombre de commerces présents. J’arrive à une petite auberge : le Lagon bleu. Pas de service le soir mais la femme me propose tout de même un repas froid pour me dépanner. Voulant vraiment rester au chaud à discuter, j’accepte. Salades composées et oeufs durs. Nous discutons de mon périple et des différents endroits où ils ont tenus un restaurant elle et son mari. Le voici qui arrive. Nous parlons restauration et restaurants. J’apprends qu’il a travaillé au Cheval blanc à Courchevel. Ma petite cousine Louise qui est pâtissière y a travaillée aussi pendant une saison. C’était dur et mal payé par rapport au temps de travail. Pour un restaurant de ce standing c’est malhonnête...
J’apprends que François Fillon vient souvent en 205 dans le bourg. Le restaurateur me dit : « Plus que le parti politique, c’est l’homme que je juge ! Il est aimable et simple, je le respecte. » Je ne peux juger ses propos mais je respecte l’idée. Je sais que le château où il habite se situe avant Solesmes. Il me donne des indications pour le trouver le lendemain.
Mon repas terminé, je les quitte. Je ne vais pas m’éterniser j’ai l’impression qu’ils souhaitent pouvoir manger et s’occuper de leur petite fille. Je repars dans ma tente et prend quelques notes sur la journée écoulée : première journée avec du vent de face en permanence mais la veille j’ai pu recharger mes batteries avec un bon repas ce qui m’a permis de tenir physiquement.
Particularité de Parcé-sur-Sarthe : une maison du XVe siècle à deux tourelles, l’une ronde et l’autre carrée, servit de prison seigneuriale jusqu’en 1678. Le poète lyrique François Villon (1431-1489) y fut enfermé quelques temps...A ne pas confondre avec François Fillon...
Renaud dans son album Boucan d’enfer citera son nom dans la chanson « Mon bistrot préféré ».

Extrait :


« Trenet vient nous chanter une Folle Complainte
Cependant que Verlaine et Rimbaud, à l’absinthe
Se ruinent doucement en évoquant Villon
Qui rôde près du bar et des mauvais garçons »

Renaud, Boucan d’enfer, 2003.


Un bon lit au chaud dans un gîte de France, why not! :)
Un bon lit au chaud dans un gîte de France, why not! :)
Mes hôtes bienvaillants.
Mes hôtes bienvaillants.
Les fraises se rapprochent!
Les fraises se rapprochent!
Le gîte.
Le gîte.
Pause-pipi à Dureil, tout le monde descend!
Pause-pipi à Dureil, tout le monde descend!
Dureil, c'est une église et deux maisons, peut-être trois.
Dureil, c'est une église et deux maisons, peut-être trois.
Encore quelques pénichettes malgré la fin de l'été. La météo de septembre fût favorable cette année.
Encore quelques pénichettes malgré la fin de l'été. La météo de septembre fût favorable cette année.
Ils m'invitèrent à bord pour un dessert et un café. Une discussion enrichissante sur les îles franco-anglaises et l'histoire de celles-ci pendant la seconde guerre mondiale.
Ils m'invitèrent à bord pour un dessert et un café. Une discussion enrichissante sur les îles franco-anglaises et l'histoire de celles-ci pendant la seconde guerre mondiale.
Le moulin de Marcel Pagnol. Il vint ici, en zone libre, pour s'échapper de la seconde guerre mondiale. J'ai débarqué pour voir si quelqu'un pouvait me faire une petite visite (et pourquoi pas y dormir) mais personne...
Le moulin de Marcel Pagnol. Il vint ici, en zone libre, pour s'échapper de la seconde guerre mondiale. J'ai débarqué pour voir si quelqu'un pouvait me faire une petite visite (et pourquoi pas y dormir) mais personne...
Après avoir passé l'écluse, de l'autre côté.
Après avoir passé l'écluse, de l'autre côté.
Un habitant de Parcé qui m'indique un endroit où planter mon bivouac.
Un habitant de Parcé qui m'indique un endroit où planter mon bivouac.
L'immense moulin de Parcé. Une légende rurale voudrait que ce soit des gens qui bossent à TF1 qui y habitent. Le journaliste de Groland est sur le coup.
L'immense moulin de Parcé. Une légende rurale voudrait que ce soit des gens qui bossent à TF1 qui y habitent. Le journaliste de Groland est sur le coup.
Toute la journée fût ensoleillée. Montage de tente sous...l'orage!
"Un p'tit coin de paradis!" M.B.
Toute la journée fût ensoleillée. Montage de tente sous...l'orage! "Un p'tit coin de paradis!" M.B.
 
Jour 5 : mercredi 23 septembre 2015.
Départ : Parcé-sur-Sarthe vers 10h.
Arrivée : Sablé-sur-Sarthe à 16h34 (arrivé au camping vers 18h30)
Distance parcourue (en kayak et à pied pendant les escales) = 20 km.


7h45. Au réveil, tout est humide.
J’avais repéré la veille au soir que le soleil allait taper les façades des belles maisons au bord de l’eau. Avant de prendre mon petit déjeuner, je partis faire des photos avec cette belle lumière orange et rasante. Retrouver son horloge biologique permet de se réveiller à l’aube et de profiter du levé du soleil ! Ce matin, l’eau est limpide et reflète les arbres et les nuages du ciel. Seul la brume divise le reflet de la réalité.
Je retourne à ma tente et j’étends son double-toit sur les rambardes du ponton pour le faire sécher le temps de prendre mon petit déjeuner et de tout replier. Une femme à l’accent anglais vient me voir et me propose avant de partir de prendre une douche chez elle. La porte donne directement sur l’impasse. C’est une petite pièce annexée à la maison avec douche et toilettes. Je la remercie et je lui dis que je viendrais en prendre une après mon petit déjeuner. Aujourd’hui c’est : « Petit-déjeuner chaud à base de céréales (eau chaude) (marque : Be Well) ». Ce petit déjeuner est pâteux et écoeurant :
blé (grossièrement) moulu grillé, poudre de lait additionné de graisses végétales, protéines de soja isolée, fructose, raisins secs de Smyrne, huile végétale, arômes, édulcorant (aspartame). C’est le pire repas du pack préparé via le site internet lyophilise.fr. Je fis un café soluble pour faire passer ça.
Je me dirigea vers la maison. La femme avait pris soin de laisser la porte entrouverte. Je posais mes affaires sur un fauteuil près de la douche. Une odeur d’égout envahissait la pièce. Une porte n’était pas fermée sur le côté. Je voulais aller aux toilettes, j’allais vérifier. Oups ! Un homme était assis sur la cuvette, gêné...Surement le mari de la femme. Je m’excusais et sorti tout de suite à l’extérieur. Deux minutes plus tard, la femme vint me voir pour me dire que la voie était libre. Je m’excusais à nouveau.
Ah ! Prendre une bonne douche chaude ! On ne se rend plus compte au quotidien du bonheur de l’eau chaude sur notre corps. Tous les jours, on va à l’école ou au travail et tous les jours nous trouvons normal de trouver de l’eau qui coule froide ou chaude du robinet de notre salle de bain, de notre cuisine, etc.
Ce n’est pas l’unique raison mais c’est l’une d’entre elles en tout cas qui m’amène à faire ces voyages ou ces activités sportives. L’effort sportif est récompensé par des choses simples, essentielles : un repas chaud le soir, une douche. Ou bien même juste un verre d’eau fraîche. Il en va de mêmes des rencontres spontanées et éphémères le long de mon voyage : une conversation, un sourire, un coin de terrain offert pour une nuit pour y planter ma tente. Il faut savoir prendre du recul sur le stress et la fatigue que procure la société dans laquelle nous sommes plongés et savoir apprécier ces choses simples. La vie est je pense un équilibre fragile entre effort : travail physique et intellectuel et ouverture d’esprit et esprit « aéré ».

Ma première douche, je l’aie prise à Malicorne chez les trois femmes. Aujourd’hui mercredi, ça fait une douche tous les deux jours. Si le rythme reste identique, je ne vais pas trop souffrir d’un manque d’hygiène. Parfois à vélo il m’arrivait de ne pas prendre de douche pendant une semaine quand il n’y avait ni camping ni rivière.
Me voilà tout neuf. Je vais remercier mes bienfaiteurs avant de partir. Il me propose un café, je ne peux pas refuser et de toute façon je ne veux pas refuser ! Ils s’appellent Archibald et Rosemary Speirs. Archibald était directeur de lycée (College) à Londres en Angleterre. Tous les deux amoureux de la France (La Normandie, côte d’azur des anglais !), en retraite, ils sont venus habiter ici où ils vivent une vie douce et agréable près de la rivière. Ils ont toujours vécu près d’une rivière, il fallait qu’il trouve une maison près de la rivière. Ils sont heureux.
Je parle de mon voyage à vélo sur la côte nord de Bretagne entre Avranches et Morlaix. Arrive mon passage au Mont Saint Michel. Archibald me parle de Michael’s mountain. Il me dit que c’est le « Mont Saint Michel » anglais en version « black » (le rocher est noir). Je ne connais pas mais ma curiosité est piquée au vif. Je serais curieux de le découvrir. Bien sûr, j’essaie toujours de me refuser d’aller voir sur internet. Quelle serait la surprise ensuite ? Déjà, bien souvent on ne se pose plus la question de l’instantanéité de google maps...
La discussion glisse naturellement sur le projet « Ramène ta Fraise ! ».
Rosemary me fait part d’une anecdote, d’une aventure similaire à la mienne réalisée par...Archibald lui-même et son fils. Quand celui-ci avait 8 ans (il en a aujourd’hui 40), il descendit avec son père la Tamise à bord d’une barque pendant plusieurs jours. Une expédition système-D également. Les rames étaient ridiculement petites, me dit Archibald en rigolant. Le rendement était loin d’être optimal.

Rosemary me montre une photo de lui et son fils sur la barque! Magique ces rencontres!
09h12. Je prends en photo Archibald tenant la dite photo. Jolie mise en abyme de nos deux glissades fluviales.
C’est le départ. Alors que je m’éloigne, Rosemary me prend en photo. L’écluse accolée au village est inoccupée. A peine parti, je débarque sur le barrage pour passer à pied. Pas mal de remous en bas. Le kayak manque de peu de se retourner et les bouillons rentrent dans l'hiloire. Je glisse dans le kayak sans appui de rame. Encore un équilibre précaire. Je rentre mes trop grandes jambes pour le kayak dans le cockpit et resserre mon dosseret. Je place la jupe. Me voilà en bas, de l’autre côté.
09h57. Je reçois sur mon portable un message de Virginie. Elle m’envoie l’article du Ouest France traitant de mon projet paru la veille, le mardi 22 septembre 2015. L’article est simple et traduit bien mon projet. Dans la précipitation du départ, je vois sur la photo de l’article que j’ai enfilé mon gilet de sauvetage à l’envers. Personne ne l’a remarqué.
11h32. J’arrive près d’Avoise. Un petit voilier démâté qui a du faire toute sa carrière dans l’eau douce est à vendre. Encore une histoire de coque jaune qui séduit le regard. Dans ce village s’est ouvert il n’y a pas si longtemps un camping vintage : l’Oeil dans le Rétro. J’aperçois les caravanes d’une autre époque au bord de l’eau.
11h33. A peine quelques coups de rame et j’aperçois un imposant château. Je comprends tout de suite qu’il s’agit de la propriété de François Fillon. Je m’approche pour le prendre en photo et le filmer. Il n’y a pas si longtemps, je n’aurais pas pu faire cela. Alors premier ministre, 2 gendarmes étaient positionnés au bord de la rivière et ils m’auraient prié gentiment de déguerpir.
Les avions de chasse survolaient régulièrement son terrain. Ils le font toujours en exercice. Il passe depuis hier au-dessus de la rivière à basse altitude.
Je regarde si il y a quelqu’un dans le jardin. Sait-on jamais, si M. Fillon pouvait m’offrir un café. Personne.
12h30. J’arrive à la deuxième écluse de la journée. Rond bleu. Je dois m’arrêter à l’escalier en pierre situé juste avant et descendre du kayak puis remonter mes affaires une par une pour les passer de l’autre côté. La manoeuvre me prend trois quart d’heure. J’utilise pour la première fois, le caddie de marché qui me sert de chariot de transport pour le kayak. Je l’ai trouvé abandonné près de poubelles dans la rue quelques semaines avant mon départ. Plutôt que d’acheter un chariot neuf (prix entre 50 et 90 euros), autant se servir des innombrables objets jetés qui peuvent très souvent être réutilisés (très souvent l’objet n’est pas cassé mais jeté uniquement par manque de place !) !
Je dois longer l’étroit passage entre la clôture de la maison et l’enceinte de l’écluse. Etant donné la longueur du kayak, dans les angles c’est délicat et je frôle le vide pour pouvoir tourner. Je fais glisser le kayak le long de l’escalier et je l’attache à un anneau situé quelques mètres plus haut. Je fais de même avec le canot pneumatique. Heureusement, j’ai une sangle de plusieurs dizaine de mètres. Je peux maintenant sans trop de difficultés replacer bidon, caisse et sacs étanches sur et dans mes embarcations (env. 13h30, je repars).
14h36. Environ 5 kilomètres plus loin, c’est-à-dire à peu près une heure plus tard, j’arrive à une troisième écluse à hauteur de Juigné-sur-Sarthe. Rond bleu également. J’aimerais éviter de perdre à nouveau une heure à passer à pied par la berge. Je m’approche du barrage en tenant à la main au plus court mon canot suiveur. Je trouve qu’il y a assez d’eau qui submerge la pente. Je n’ai encore jamais tenté de sauter un barrage en kayak, seulement en canoë très stable. Mon chargement sanglé sur le dessus pourrait me faire perdre l’équilibre si je ne suis pas bien axé avec suffisamment de vitesse. Il n’y a pas de remous dangereux en bas, c’est le moment d’essayer. Au pire des cas, c’est une douche froide pour moi. Je fais une dizaine de mètres en arrière, amorce le virage et me place perpendiculairement au barrage. Je rame fort pour prendre de la vitesse. Ma remorque s’aligne derrière moi. J’arrive à la cassure, bien positionné. Au moment de basculer, je me penche en arrière dans l’axe, pour baisser mon centre de gravité. Je glisse. L’avant du kayak plonge dans l’eau bouillonnante. L’eau recouvre le kayak jusqu’à l’hiloire. Je continue de ramer pour dégager le canot des remous. Je suis passé. Rien n’a bougé. Mes fixations sont solides.
14h52. J’arrive à Solesmes. Je ne peux pas me tromper. L’abbaye du XIe siècle se tient là, immense, imposante. Je la vois en vrai pour la première fois.
Plus que l’aspect religieux, c’est l’architecture qui m’impressionne. Je m’arrête sur la descente à bateau située devant et en fait le tour à pied.
Je ne peux pas rentrer. D’une part c’est payant et je refuse de payer pour visiter quelconque lieu de culte ; il faut une tenue décente : mon short rouge façon « Alerte à Malibu » va détonner avec la tunique noire des moines bénédictins ; et finalement, mon kayak est garé en double-file sans surveillance et sans être attaché.
Je repars, direction l’écluse située juste en face. Encore fermée. Septembre est la fin de saison pour les pénichettes. Les éclusiers et leur famille partent en vacances ou les jeunes saisonniers reprennent leurs études. J’arrête un groupe de femmes qui se baladent sur le chemin de halage et leur demande si elles peuvent m’ouvrir l’écluse pour me faire passer. Une femme me reconnaît. Je suis surpris, je ne la connais pas. En fait, elle a lu l’article sur mon départ dans le Ouest France. Wouah ! Quel succès ! La photo est en noir et blanc et pas en première page. La femme lit le journal en détail !
Elles acceptent, je leur explique comment fonctionne l’écluse, et grâce à elles, je peux passer.
16h34. J’arrive à Sablé-sur-Sarthe. Sur ma droite, une aire de camping-car avec un ponton (trop haut). Ce sera toujours une solution de secours si je ne trouve pas mieux. Un peu plus loin, l’entrée d’une rivière artificielle de descente pour kayak. Dommage...L’embonpoint de ma charrette ne me permet pas de passer le sas d’entrée. Et puis bien sûr, chose importante, je ne sais pas où cela mène. En face, l’embouchure d’une petite rivière. Je sais maintenant qu’il s’agit de l’Erve. Je m’y engouffre. D’abord par curiosité. Cela semble assez étroit et bucolique. Des parterres de fleurs sont comme posés sur l’eau. Ville fleurie jusque sur la rivière. Je passe devant l’ancien atelier du photographe sablésien J. Malicot. Un peu plus loin, un rebord bétonné où est posé un kayak. Je stabilise mon embarcation et réactive le réseau de mon téléphone pour voir où je me situe sur la carte. « Ca va, qu’est-ce que tu fais ? » me crie une femme à sa fenêtre. Elle descend et me rejoint. Elle s’appelle Ange Cheneke (Ange Cheneke, 10 rue du ah ah 72300 Sablé, 0783980945). Elle travaille dans un salon de coiffure à Sablé. Elle hallucine de me voir seul réaliser cette descente sur ce petit bateau. Elle a les bras remplis de nourriture : brioche, yaourts à boire, et deux bières. Elle insiste pour que je prenne tout avec moi. Elle me pose beaucoup de questions. Elle est vraiment gentille et généreuse.
Je continue à remonter l’Erve. Je passe le long de jardins de résidences. Et puis, si j’essayais de bivouaquer par là. Tiens, ici un semblant de ponton et une barque. Pas facile de sortir mais me voici les pieds sur terre. J’accroche kayak et canot en évitant que celui-ci vienne faire la bise aux ronces qui plongent dans l’eau. Arriver par derrière, ça peut faire peur. Tant pis. Je traverse le jardin et file vers la maison. Une grande véranda. Je ne vois personne. Sur le côté une porte, je sonne. Une jeune fille m’ouvre. Elle est surprise. Mais je ne dois pas bien faire peur avec mon accoutrement : bermuda, jupe de kayak, gilet de sauvetage et double-pagaie. Je lui explique que je recherche un terrain pour planter ma tente pour la nuit. Elle n’est pas contre mais préfère demander confirmation à ses parents. Ils rentreront bientôt. Je la remercie et je lui dis que je vais essayer de trouver une autre solution. Toutefois, on s’échange nos numéros en cas d’échec. Je continue un peu sur l’Erve mais bientôt, il n’y a plus vraiment d’intérêt.
17h43. Je fais demi-tour et j’arrive au port de Sablé. J’ai su par une personne que j’ai rencontrée auparavant qu’il y a un camping au bord de l’eau à Sablé (était-ce les personnes à Dureuil ?). Je vois un homme qui lave le pont de son bateau. Je me dirige vers lui pour savoir si il se trouve bien à la sortie de Sablé. Il me confirme que oui. Mais qu’il faut passer par l’écluse. « Mince, vue l’heure elle doit être fermée ?! » dis-je. Il me répond qu’elle est automatisée et qu’il faut sortir du bateau et appuyer sur des boutons au milieu du mur d’enceinte. Aïe ! Comment je vais faire en kayak ! J’espère pouvoir trouver quelqu’un qui veuille bien s’arrêter et exécuter la manoeuvre qui prend quelques minutes. J’arrête tout d’abord une jeune femme avec une poussette qui ne voit pas où appuyer. Moi, au ras de l’eau, je ne peux pas beaucoup l’aider, je ne vois rien. Elle est pressée et doit filer. Tant pis. J’attends quelques longues minutes. Il n’y’a pas foule. Enfin, une voiture s’arrête. 3 personnes sortent du véhicule. L’une d’elle fait visiter la ville aux deux autres. Elle indique de l’index des directions et apporte des explications. Je lui de mande si elle veut bien m’aider à passer. Elle me dit être assez pressée. J’insiste. Je lui dis que je suis bloqué si elle ne m’aide pas. Elle accepte. Je finis par voir le panneau de contrôle de la gestion ouverture/fermeture des portes de l’écluse. Je lui montre. Après un moment de décryptage, elle finit par m’enfermer dans l’enceinte. Girophares et sirènes se réveillent...Ouf ! La porte s’ouvre de l’autre côté. Je la remercie et sors.
Il est 18 heures environ. J’ai peur d’arriver trop tard à l’accueil du camping. Je décide d’appeler Virginie pour qu’elle puisse contacter le « camping municipal de l’hippodrome »  de mon arrivée prochaine. Elle me rappelle : l’accueil est ouvert jusqu’à 19h30. Me voilà rassuré. Après un petit kilomètre, le temps de contourner l’hippodrome me voici arrêté sur la descente à bateau. Je me dirige à pied vers l’accueil. Je demande si je peux avoir un emplacement pas trop loin de la rivière car je dois trainer mes deux bateaux et mes affaires. Elle me place sur un grand terrain habituellement réservé aux groupes. Mais ce soir, je suis tout seul dessus. Je regroupe vite mes affaires en plusieurs allées et venues et monte ma tente. J’ai hâte de pouvoir aller prendre une douche !
L’eau est bien chaude, j’en abuse un peu. J’en profite aussi pour laver mon caleçon et mon haut thermique de kayak. J’essaie de nettoyer au mieux aussi mes chaussures en néoprène qui sentent horriblement mauvais. En effet, à chaque descente à bateau, je descends les pieds dans l’eau parfois vaseuse. Le néoprène est une matière ingrate pour ça : marée basse au Croisic...
J’utilise un savon multi-fonctions biodégradable. Il fait à la fois savon, shampooing et lessive. C’est un petit flacon, il faut veiller à ne pas trop en utiliser à chaque fois pour pouvoir tenir quinze jours voire plus.
L’hôtesse d’accueil m’a indiqué comment rejoindre le centre-ville à pied. J’en ai pour 10-15 minutes. Première grande ville du parcours, je ne vais pas me priver d’y manger. Je visite un peu le centre-ville. Regarde les menus des différents restaurants. Je finis par choisir la Pizzeria « La Sablésienne ». Je suis affamé ! Ca creuse de ramer ! Ce soir, burger, coca, et crêpe chocolat, noix de coco et chantilly.
J’en profite pour recharger mon portable et publier les photos du jour.
Je rentre à ma tente vers 23 heures. Après quelques prises de notes et encore une ou deux photos, je sombre rapidement.

L'aube.
L'aube.
Septembre apporte toujours une atmosphère et une lumière particulière.
Septembre apporte toujours une atmosphère et une lumière particulière.
Une petite balade matinale pour admirer les maisons en pierre.
Une petite balade matinale pour admirer les maisons en pierre.
Je fais sécher mon double-toit pendant que je pars prendre ma douche chez les anglais.
Je fais sécher mon double-toit pendant que je pars prendre ma douche chez les anglais.
Archibald tenant la photo de lui et son fils descendant la Tamise il y a plus de 30 ans à bord d'une petite barque aux rames trop courtes.
Archibald tenant la photo de lui et son fils descendant la Tamise il y a plus de 30 ans à bord d'une petite barque aux rames trop courtes.
St Michael's Mount, le Mont Saint Michel anglais.
St Michael's Mount, le Mont Saint Michel anglais.
Une partie de la petite bicoque de l'ancien premier ministre François Fillon.
Une partie de la petite bicoque de l'ancien premier ministre François Fillon.
Camping "l'Oeil dans le rétro" à Avoise.
Camping "l'Oeil dans le rétro" à Avoise.
Cercle bleu = pas d'éclusier.
Cercle bleu = pas d'éclusier.
une heure pour passer sur la berge en longeant le mur haut de plusieurs mètres avec le chariot in extremis.
une heure pour passer sur la berge en longeant le mur haut de plusieurs mètres avec le chariot in extremis.
Vivre dans une écluse, c'est être dans un cadre charmant avec calme et jardin(s).
Vivre dans une écluse, c'est être dans un cadre charmant avec calme et jardin(s).
J'arrive pour la première fois à Solesmes, je n'ai jamais vu l'Abbaye.
J'arrive pour la première fois à Solesmes, je n'ai jamais vu l'Abbaye.
Le premier angle depuis la descente à bateaux.
Le premier angle depuis la descente à bateaux.
L'Abbaye de Solesmes, une abbaye presque monolithique, indestructible.
L'Abbaye de Solesmes, une abbaye presque monolithique, indestructible.
Immense.
Immense.
Mon short "Alerte à Malibu" m'interdit l'entrée qui de toute façon est payante. Je refuse la plupart du temps les visites payantes surtout pour des monuments religieux!
Mon short "Alerte à Malibu" m'interdit l'entrée qui de toute façon est payante. Je refuse la plupart du temps les visites payantes surtout pour des monuments religieux!
La femme  à la veste rose me reconnu grâce à l'article dans le journal! Elles m'ouvrirent l'écluse située en face de l'Abbaye.
La femme à la veste rose me reconnu grâce à l'article dans le journal! Elles m'ouvrirent l'écluse située en face de l'Abbaye.
Un pédalo old school.
Un pédalo old school.
Un très vieux studio photo. Vous pourrez trouver quelques infos sur le net (ville : Sablé).
Un très vieux studio photo. Vous pourrez trouver quelques infos sur le net (ville : Sablé).
Ange m'aperçoit depuis sa porte-fenêtre.
Ange m'aperçoit depuis sa porte-fenêtre.
Ange aussi généreuse que souriante me remplit les bras de brioches, boissons, etc!
Ange aussi généreuse que souriante me remplit les bras de brioches, boissons, etc!
Le port de Sablé, temple de la pénichette.
Le port de Sablé, temple de la pénichette.
Arrivé au camping de l'Hippodrome. Douché, je pars manger dans le centre-ville.
Arrivé au camping de l'Hippodrome. Douché, je pars manger dans le centre-ville.
Détail.
Détail.
Réflexion.
Réflexion.
 
Jour 6 : jeudi 24 septembre 2015.
Départ : Sablé-sur-Sarthe à 11h30.
Arrivée : Morannes à 19h00.
Distance parcourue (en kayak et à pied pendant les escales) = 23 km

Levé naturellement vers 9h00, j’ai déjeuné, payé le camping et plié le camp.
11h08. Je traine le kayak sur le chemin herbeux jusqu’à la descente à bateau.
La matinée est assez longue et monotone. Pas de choses remarquables qui pourraient me distraire.
Un peu avant Sablé et jusqu’à Cheffes, à cette période de l’année, beaucoup d’écluses ne sont plus gardées.

13h50. Une passe à poisson flambant neuve. Un barrage. Je le saute sans problème.
14h00. En face, je m’arrête sur un ponton manger ma barre de céréales. Un panneau indique « Rivières du Maine Anjou, Ecluse de Beffes ». Saint Denis d’Anjou est à cinq kilomètres. J’ai un gros coup de barre. Je m’allonge à même les planches du ponton et je fais une sieste. Je suis détendu, mon corps en étoile de mer. Le vent souffle assez fort. Au sol, je le ressens moins. Juste ce qu’il faut pour être bien. Je suis bercé par le bruit du vent qui passe dans les feuilles des arbres. Petit moment de bonheur. Il fait la température idéale. Je ne dors pas vraiment, je profite de tous mes sens.
Je repars. Quelques belles propriétés et un pédalo rose d’un autre temps se décolore doucement.
16h02. Six kilomètres plus loin (plus d’une heure après), alors que j’ai déjà une rame en Sarthe et une rame en Mayenne, je passe la frontière virtuelle du département de Maine et Loire : une pancarte réelle, elle, me l’indique.
16h21. J’arrive à une écluse (à la hauteur du hameau Pendu situé avant Morannes). L’éclusier s’appelle Christian Lebrun. Nous discutons de kayak, de fraises et d’autres choses : notamment du pont mobile qui est encastré dans le mur d’enceinte. Ce pont en acier de plusieurs tonnes est mécanique et actionnable à la main ! Pas besoin d’énergie, ni même d’huile de coude. Ils savaient construire de beaux ouvrages les anciens ! Il permettait de rejoindre l’île située de l’autre côté pour accéder à une maison d’habitation située près du barrage.
Alors que je suis dans l’écluse et que le niveau commence à baisser, Christian me dit : « Tiens, j’ai une surprise pour toi, bouge pas ! »
Effectivement, je ne peux pas aller très loin. J’attends deux minutes. Quelle est cette surprise ?!
Il revient. A la main, une flûte traversière. Il me dit qu’il est musicien entre autres. Il me joue un air que je ne connais pas mais qui est très joli. Petit concert privé intra-muros. Les murs jouent le rôle d’amplificateur.
« Laaa- do -si_fa-fa – mi_la-la...Rame, rame ra-meurs. Ra-mez, on avance à rien dans c’ca-no-ë ; là-haut on t’mène en ba-teau, tu n’pourras jamais tout quitter, t’en aller...Tais-toi et rame. »
C’est le morceau « Rame » d’Alain Souchon. Je le remercie pour cet intermède de qualité (trois-quatre !) et reprends les rames. On se dit à demain car il sera sur une autre écluse plus en aval.
16h45. Pleine campagne. J’ai très envie d’uriner depuis un long moment. Je cherche un endroit où je peux accoster. Là, une descente à bateau. Le bord de l’eau est envahi par une plante coriace. Je me fraye un chemin avec le kayak. Le champ est immense. Il appartient aux moutons. Je soulage mon besoin naturel. Il y a deux ou trois arbres majestueux au milieu. « Tiens, que vois-je derrière ? ». Une magnifique demeure, entre le château et le manoir. Elle a un style Renaissance. Je me décale et m’avance dans le champ pour la prendre en photo. Elle est loin et avec mon téléphone cela ne rendra pas grand-chose mais j’ai envie de garder un souvenir. Je m’apprête à repartir quand je vois au loin un homme arriver à vélo. Mince, me dis-je, il va sûrement me demander ce que je fais sur ses terres et m’engueuler. Je sais désamorcer les tensions. Je vais lui dire que je fais une petite pause rapide pour arroser les pissenlits. Il arrive à ma hauteur. Je lui explique. Il me demande si j’ai besoin d’eau.
Je lui demande si il habite cette grande demeure. Il me dit qu’il s’imagine souvent habiter dans un pavillon ! Cela serait plus simple ! Me dit-il. A entretenir c’est une vraie plaie. Elle n’est pas au Patrimoine Historique et il n’a pas de subventions pour l’entretenir. Il dépense environ 110 000 euros d’entretiens par an ! Il a passé huit ans à refaire la toiture, en partie seul. Je lui demande quelles sources de revenus a-t-il. Il me dit : « Juste mes moutons, et les cultures de mes champs. » Ca ne doit pas être évident, un sacré travail !
Il vit là seul à s’occuper de sa mère.
Nous dérivons sur mon kayak et mon projet. Il me dit qu’il vient de s’acheter un « Old Town ». C’est le fameux canoë vert canadien. Le sien c’est un « 4 ou 5 places ». Il peut mettre 450kg de chargement dedans. Il l’a équipé d’un petit moteur électrique. Il me dit qu’il part souvent chasser le ragondin à l’arc avec un ami.
Je remarque sur son sweat le logo « Fédération Française de Parachutisme ». Je lui demande si il en fait partie. Il me dit que oui, ça lui arrivait de sauter. Je lui dis que je fais du paramoteur et du parapente. En discutant, on constate que nous avons une connaissance en commun : Joseph Gobbé, un volant de longue date ; un Géo Trouvetou de l’ULM, autodidacte et concepteur de ses propres chariots. Il me dit qu’il vient de temps en temps décoller depuis son grand champ. Il s’appelle Hugues Dureau. Finalement, il me dit qu’il a fait partie très longtemps de l’équipe de France de Parachutisme. Maintenant, il fait du parachute ascensionnel lorsqu’il peut (rarement) se détacher du temps.
Je suis surpris et enthousiasmé d’être tombé sur lui au beau milieu de la campagne, par hasard. Mais ce n’est pas tout. Très intéressé, on continue notre discussion. J’apprends qu’il a fait partie des pionniers du B.A.S.E. Jump en France dans les années 80. B.A.S.E. est un acronyme. Il s’agit des quatre points fixes d’où sautent les base jumpers : B pour Building (immeuble), A pour Antenna (antenne), S pour Span (la travée d’un pont ou d’une structure) et E pour Earth (falaises, « big wall »(falaises comprises entre 500 et plus de 1000 mètres de haut) ou sommets de montagne).
Le nom de Jean-Marc Boivin me vient tout de suite à l’esprit. Moins médiatisé que Patrick Edlinger et Patrick Berhault, il faisait partie de cet élan des années 70 pour le goût de la liberté et du bien-être du corps par le sport à travers l’expansion et la naissance de ce que les médias et le grand public appellent « les sports extrêmes ». Il fut guide de haute-montagne, moniteur national de ski, alpiniste, himalayiste, delta-planiste, parapentiste, parachutiste, conférencier, conseiller technique et réalisateur de films.
En 1990, la production du magazine télévisé Ushuaïa Nature était présente pour filmer son exploit : sauter le long de la vertigineuse cascade d’eau Salto Angel au Venezuela. Parfois à cette époque, les équipes de tournage et les courts créneaux météo (pour les expéditions himalayennes surtout) créaient une sorte de pression inconsciente aux sportifs et ils en oubliaient leur « droit d’abandon ». J’ai toujours cru que Boivin avait sauté dans des conditions de vent exécrable pour « faire de l’image » ce jour-là.
Hugues a failli être de la partie mais il est resté en France. Par contre, il me raconte l’histoire car des amis à lui étaient présents. En fait, ils étaient deux à sauter : Catherine, une jeune pilote de ligne qui « débutait » dans le BASE jump et Jean-Marc Boivin. Catherine sauta en premier mais malheureusement son parachute (était-il mal plié ?) ne s’ouvrit pas correctement ; il fit un twist à Catherine qui se retrouva face à la paroi. N’ayant pas le temps de faire quelconque manoeuvre d’évitement, elle percuta la paroi violemment. Toutefois, sa voile resta gonflée. Elle toucha encore une fois la paroi un peu plus bas mais réussit à se dégager. Jean-Marc Boivin décida de sauter immédiatement en prenant quelques nécessaires de soin d’urgence pour lui porter secours. Sa voile était petite donc beaucoup de vitesse. La forêt en bas était dense et peu de zones pour atterrir. Il atterrit très violemment dans un arbre. Un peu plus tard, un hélicoptère arriva sur zone pour porter secours. Fit-il des signes pour dire « j’ai besoin d’aide » ou « allez d’abord aider Catherine », toujours est-il qu’au retour de l’hélicoptère, Jean-Marc Boivin était décédé d’une hémorragie interne.
On se donne rendez-vous à mon retour pour aller voler ensemble depuis son champ. Je repars.
Le vent a fait une pause. Le ciel est magnifique. Le soleil commence a être rasant mais il reste très mordant et brûle la peau tous les soirs (il faudrait penser à acheter une crème solaire).
18h41. Je prends en photo le panneau au bord de l’eau indiquant Chemiré-sur-Sarthe ».
18h45. J’arrive à Morannes aux abords du camping « Le Moredena ». Il y a une guinguette-restaurant. Une jeune femme agence des tables sur la terrasse. Je lui demande si je peux bivouaquer sur le carré d’herbe à côté. Elle n’en est pas certaine. Je lui demande si le restaurant est ouvert ce soir, elle me dit que oui. Quatre cygnes paradent devant moi. Je continue. Là, après quelques maisons de bourg, un terrain semble propice mais deux hommes sont sur un banc à prendre l’apéro. Je vais les voir pour savoir si ils pensent que je peux me mettre là. Ils ne me comprennent pas vraiment. Je crois reconnaitre la langue hongroise. J’arrive à comprendre qu’ils sont là pour le chantier de la nouvelle mairie. Je les laisse tranquille et repars. Un peu plus loin, un espace vert au bord de l’eau, petite place de quartier. La berge est accueillante.
19h11. Je plante ma tente. Le soleil décline déjà. La lumière est vive, jaune pâle. Les ombres sont immenses. Il n’y a pas un bruit. Je laisse ma tente sécher avec les derniers rayons et je mets mes affaires dedans.
Je retraverse le village à pied cette fois pour retourner au restaurant du camping. Sur une fenêtre d’une maison donnant sur la rue principale est écrit au feutre : « Suivez vos rêves ils connaissent le chemin. » Cette maxime croisée par hasard sur mon chemin, je me mets à la suivre.
A la carte : pizza, viandes, burger. Toujours affamé, je choisis de nouveau le burger avec un coca pour réhausser mon taux de glycémie. En dessert, fondant au chocolat.
Retour de nuit à la tente : recharge des batteries, carnet de bord et publication des photos.

Tout est humide, il faut tout faire sécher rapidement avant de replier.
Tout est humide, il faut tout faire sécher rapidement avant de replier.
Moulin en ruine.
Moulin en ruine.
Les fameuses passes à poissons, enfin, à silures, à 400 000 euros chacune.
On a laissé les silures envahir les rivières. C'est tout un écosystème en péril.
Les fameuses passes à poissons, enfin, à silures, à 400 000 euros chacune. On a laissé les silures envahir les rivières. C'est tout un écosystème en péril.
Après le saut de barrage.
Après le saut de barrage.
La limite départementale est marquée physiquement!
La limite départementale est marquée physiquement!
Le 6e jour, je change de département!
Le 6e jour, je change de département!
Détail.
Détail.
Hugues Dureau a fait partie de l'équipe de France de parachutisme et est un des pionniers du BASE-jump. Rencontré par hasard en pleine campagne lors d'une pause sur son champ.
Hugues Dureau a fait partie de l'équipe de France de parachutisme et est un des pionniers du BASE-jump. Rencontré par hasard en pleine campagne lors d'une pause sur son champ.
Sunshine.
Sunshine.
Bivouac à Morannes.
Bivouac à Morannes.
Autoportrait. (selfie c'est moche, na!)
Autoportrait. (selfie c'est moche, na!)
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