GTJ raquettes

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Grande Traversée du Jura en raquettes, hiver 2019, de Metabief à Giron.
randonnée/trek / raquettes
Quand : 22/02/19
Durée : 10 jours
Carnet créé par cirkapt le 02 févr.
S'y rendre de manière douce : C'est possible en train bus stop
Précisions : TGV Paris Gare de Lyon Frasne puis bus jusqu'à Métabief. Retour Giron - Bellegarde en stop ou taxi, puis TGV Bellegarde - Paris gare de Lyon.
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Vue d'ensemble

Le topo : La Darbella - Bellecombe (mise à jour : 02 févr.)

Description :

Deux étapes difficiles : de grosses chutes de neige, une soirée déplaisante à Lajoux, un fort sentiment d'errance dans l'habitat dispersé de Bellecombe et un accueil étrange dans un refuge.

Le compte-rendu : La Darbella - Bellecombe (mise à jour : 02 févr.)

Septième étape : la Darbella - Lajoux, 1er mars.

Dès le départ à l'arrière de l'hôtel, au pied des pistes de ski alpin désertes, une pluie fine et glacée s’abat sur le paysage. Tout est gris.

A l’atteinte de l’isotherme, la pluie se change en neige. Je continue de grimper et j’atteins le chalet de la Frasse vers onze heures et demies. Trop tôt pour déjeuner – pas grave, je n’ai pas faim. Une bière suffira. Dehors, la neige s’intensifie. En sortant du chalet, je parcours environ un kilomètre en suivant une piste, 
un peu surpris cependant de ne plus voir les perches jaunes de la GTJ. Sur quoi, je trouve un panneau qui m’en explique la raison : 
je suis parti à l’opposé! Cretudjud’tain d’rogntudju.
Je sens monter une immense onde de colère et je pousse le plus formidable cri de rage que je n’ai poussé depuis longtemps. Avec des vrais morceaux de gros mots dedans. Le son résonne longuement entre les sapins. Lesquels s’en foutent. Je coupe par la forêt à la boussole, dans la poudreuse, en grognant à chaque pas que j’enfonce rageusement dans la neige molle. Cette espèce de bagarre ridicule avec les éléments m’apaise peu à peu. M’essoufle, aussi. Mais quand je retrouve la piste, j’ai le sentiment de m‘être en partie dépollué. Et j’entre avec le sourire dans la forêt du Massacre.

Je grimpe à travers les sapins, visière de la casquette baissée pour protéger les lunettes. La neige fraîche fait un bruit velouté sous les raquettes, dont le swoosh-swoosh contraste agréablement avec le presque cri de corbeau qu’elles font d’habitude sur la neige dure : craaa-craaa. Un panneau routier, dont seul dépasse la plaque me donne une idée de la hauteur de la couche neigeuse.

J’enfonce à mi-tibia, malgré les raquettes.

A la sortie des bois, j’aborde une longue succession de bosses. La météo en rajoute et je sens que ma veste commence à ne plus être imperméable. Quant à mes chaussures, il y a un moment qu’elles ne le sont plus. Et il me reste du chemin! Un nouveau poteau indicateur hérissé de panneaux me le dit : 8 kilomètres. Bon. Continuons.

Je découvre à l’occasion d’une descente raide que la neige s’est accumulée sous les crampons. Un phénomène que les alpinistes connaissent bien, quand ça « botte ». Les crampons ne mordent plus et zou! Grosse gamelle dans la poudreuse. Bah! Au point où j’en suis…

Je rejoins à un moment une route qu’IphiGeNie reconnaît : elle va me mener à Lajoux. Ciao GTJ : faire la trace dans la poudreuse m’a vidé : on ne traverse pas impunément la forêt du Massacre. La tempête de neige redouble à l’arrivée : je ne distingue plus grand chose et commence à grelotter dans mes vêtements mouillés. J’ai bien du mal à trouver l’hôtel ensuite, qui se trouve le long de la route principale. J’y parviens enfin et n’y suis pas très bien accueilli : les deux tôliers me dévisagent bizarrement, en répétant : « ah, vous êtes seul ? »
Oui. Et donc?
Je prends mes quartiers. Le radiateur est tiède, ça va être compliqué pour le séchage. La piaule est moche et cafardeuse à souhait. Une vraie caricature. Croûte encadrée au mur et halogène neo-rustique.

A table, le soir, l’impression désagréable se confirme. Le patron passe entre les tables, discute avec les convives et quand je lève les yeux vers lui, vite! Il détourne le regard et passe sans un mot. Drôle.
Une fume une cigarette au dehors. Au bord de la rue moche. Non, décidément, la rencontre avec Lajoux n’aura pas lieu. Il y a des jours, comme ça.

Huitième étape : Lajoux - Bellecombe, 2 mars.


Quittons Lajoux. En longeant d’odorants terrils de fumiers, histoire de n’avoir décidément aucun regret.

Là-dessus, faisons quelques kilomètres dans la poudreuse, consécutive aux chutes de neige d’hier. Je comprends mieux la sagesse des auteurs de mon petit guide : le découpage mesuré des distances s’avère pertinent dans la neige molle. En montée, j’ai l’impression de courir dans la sable, à flanc de dune… Je progresse dans les Hautes Combes, noyées de blanc, piquetées par endroits de maisons isolées les unes des autres. L'une d'elles me fait penser au film de Melville, L’armée des ombres. D'autres sont photogéniques malgré la lumière atone.

J’alterne les creux et les bosses du paysage, avec des passages en sous-bois. J’ai même droit un timide rayon de soleil.Hormis quelques rares skieurs, quand je croise une petite route ou une piste de fond, je ne vois personne. Les maisons sont fermées. Comme abandonnées. Cela confère à ce paysage hivernal quelque chose de profondément étrange.

Et toujours la poudreuse, qui met le corps un peu à mal. Mon genou gauche ne désenfle pas depuis hier. À droite, c’est le coup de pied qui souffre, à cause de la torsion des sangles. Très supportable, cela dit, mais la fatigue ne s’en ressent que davantage.
Tiens! Des chiens de traîneaux. Ce ne sont pas les premiers que je vois : l’activité fonctionne à plein dans ce décor polaire.

J’arrive à l’école de Bellecombe. Laquelle marque plus ou moins mon arrivée. L’étape annoncée faisait 11 kilomètres. Mon podomètre me dit, lui, que j’en ai déjà couru 15. Fourbu. Mais pas rendu pour autant. Mon gîte est perdu je ne sais où. Dispersé, lui aussi. Et mon téléphone ne capte aucun réseau. Black-out. IPhiGéNie en est toute chose, la pauvre. Je sais que je suis au lieu-dit les Trois  Cheminées – autant dire un lotissement, ici. Je le sais car, outre qu’il y a un panneau routier qui le précise, ces trois cheminées sont aussi notées  sur mon plan. Lequel plan me dit aussi qu’en suivant une piste, plus loin, je devrais – conditionnel – trouver une boucle qui pourrait – même mode – éventuellement m’amener… Ouais. Pas envie de passer la nuit dehors à tourner en rond. Un coup de boussole et hop! Plein ouest. Je me tape une pente très raide puis je traverse une crête par la forêt. L’oeil toujours rivé au compas, et m’appuyant sur le bout de carte incomplète d’IphiGéNie, je trace au jugé. Retrouve une route, au bout de laquelle je distingue ce qui ne peut-être que mon terminus : le refuge de la Dalue. Ben non. Sans équivoque : celui-ci s'appelle le Gros Gendre.

Je ne suis pas assez à l’ouest. Oui, je sais… Je le suis pourtant déjà, etc. Nouvelle pente, nouvelle crête, nouveau sous-bois et descente par un pâturage avec grosse gamelle à la clé et la jambe droite qui s’en va taquiner le ruisseau sous un pont de neige… Ce qui me fait rire comme un couillon. Je parviens ensuite au bord d’une route que je vois sur la carte. En principe, la Dalue, c’est là-haut. Bingo. Une vieille enseigne me confirme l’arrivée à l’étape. Rien ne distingue à priori la chose des habitations désertes croisées en chemin.

J’entre. Personne. Ah si, dans le salon commun, près du poêle, un gros homme sans âge, hirsute, accompagné d’une fille d’environ dix-huit ou vingt ans, d’evidence handicapée mentale. Tout deux taiseux. Je m’enquiers des modalités d’accueil. Le type reste plongé dans son journal. La jeune fille se lève, me glisse un regard en coin et va toquer à une porte sur laquelle est ecrit « privé ». Pas de réponse. Comme la gamine reste statufiée devant la porte muette, je la remercie. Elle m’indique alors un séchoir où je pends veste et pantalon trempés, range mes chaussures éponges, enfile un pantalon sec et mes chaussons, puis je vais m’attabler à l’écart de ce tandem inhabituel, pour ne pas les importuner. La jeune fille mange des corn-flakes. Je déballe mon saucisson et mon Opinel, avale une tranche ou deux puis mon attention est attiré par des gémissements qui vont crescendo. Le gros homme s’est levé et ceinture la gamine. Je demande si tout va bien. Le type me dit que sa fille fait juste une crise d’épilepsie, que ça va passer. Sortie de nulle part, la mère apparaît alors. Sans âge, elle aussi. Le genre ardéchois. Elle s’excuse auprès de moi du « spectacle pendant mon repas ». Je fais un signe de dénégation, demande s’ils ont besoin d’aide mais non : déjà la crise reflue. Ils disparaissent à l’étage.
Je reste dans la salle, à me demander où je suis tombé. Les paysages traversés, mon tempérament romanesque, cette scène incroyable…
Puis la gérante apparaît, les bras chargés d’une corbeille de linge, me montre le dortoir et les douches, accueille un groupe de skieurs, et l’atmosphère d’extrême étrangeté se dissout. Le réel reprend ses droits. Ouf.

Chalet de la Frasse, dégradation de la météo
Chalet de la Frasse, dégradation de la météo
Fourvoyé! Rogntud'ju.
Fourvoyé! Rogntud'ju.
Dans la forêt du Massacre.
Dans la forêt du Massacre.
Effet d'échelle...
Effet d'échelle...
Ego-portrait dubitatif.
Ego-portrait dubitatif.
Arrivée sur Lajoux. Trouver l'hôtel en grelottant.
Arrivée sur Lajoux. Trouver l'hôtel en grelottant.
Lajoux. Capitale du cafard...
Lajoux. Capitale du cafard...
Village des Hautes-Combes
Village des Hautes-Combes
Habitat dispersé : un euphémisme!
Habitat dispersé : un euphémisme!
Ambiance Grand Nord!
Ambiance Grand Nord!
Ecole de Bellecombe. Au calme.
Ecole de Bellecombe. Au calme.
A la recherche du refuge
A la recherche du refuge
Refuge de la Dalue, enfin!
Refuge de la Dalue, enfin!
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