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Du Léman au Cap Nord: 5'800 km en kayak de mer

(en cours)
Et si l'on reprenait la route. Une route différente avec pour seule ligne blanche l'écume et la neige ? Et si l'on reprenait la route non pas que pour nous, mais pour une raison plus grande transcendant le simple fait de voyager ? 5'800km en kayak de mer pour rejoindre le cap Nord dont 600km de marche, en hiver, en tractant nos bateaux à travers la mythique Laponie. Cap Kayak est la réponse à nos envies, nos besoins, une nouvelle aventure en faveur des enfants atteints d'un cancer.

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kayak de mer / randonnée/trek
Quand : 12/03/22
Durée : 880 jours
Distance globale : 5541km
Dénivelées : +2356m / -2718m
Alti min/max : 0m/887m
Carnet publié par Chasseurs d horizon le 27 oct. 2023
modifié le 02 juil.
Mobilité douce
du pas de la porte au pas de la porte
Précisions : ou presque. Partis de la maison avec nos kayaks et baskets, nous avons laissé toutes les portes ouvertes pour le trajet du retour... Mais où débute le retour quand un voyage n'a pas de fin ?
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Vue d'ensemble

Le topo : La Baltique danoise ou les Caraïbes scandinaves. (mise à jour : 27 oct. 2023)

Distance section : 508km
Dénivelées section : -1m
Section Alti min/max : 0m/1m

Description :

Les 100km du canal de Kiel en poupe, nous naviguons sur la Baltique aux côtés de vieux gréements. Plus de marée, moins de sel, le voyage devient plaisance, mais pour combien de temps? Rejoindre la Suède nécessite de s’éloigner de la côte, de parcourir parfois plus de 18km en pleine mer...

Milieu traversé :

Environnement : [mer]

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Le compte-rendu : La Baltique danoise ou les Caraïbes scandinaves. (mise à jour : 27 oct. 2023)

Et s'il n'y avait pas de besoin, mais simplement l'envie de se découvrir ?
Et s'il n'y avait pas de besoin, mais simplement l'envie de se découvrir ?

L'APPEL DE LA TERRE - 20.06.2022

Je ne suis plus à un paradoxe près, et me mettre à nu, sur le papier, me gêne autant que la nudité pour un Suédois. Alors j'écris, tentant de comprendre, tout en expliquant. Me voilà sur l'eau depuis quinze semaines. Une saison où j'ai fait de l'eau, une route que j'emprunte quotidiennement. Une route, mais pas une maison puisque soir après soir je regagne la terre pour y « bâtir » ma maison.

Les luminosités semblent uniques et d'une beauté remarquable, comme si la mer portait jour après jour une parure nouvelle plus belle que la dernière. La mer intrigue, cachant à n'en pas douter, sa plus belle partie sous des eaux tantôt bleues tantôt vertes émeraude. La mer est surprise par ses êtres qui l'habitent et viennent à notre rencontre. La curiosité est partagée par ses phoques qui nous suivent en silence par nous et notre envie d'en savoir plus. Mais la mer est également dangers, avalant son lot d'hommes et de femmes, année après année. La tranquillité se muant trop rapidement en une eau qui ouvre grand sa gueule, déployant ses dents blanches que l'on appelle naïvement des moutons. La mer est belle pour l'homme de la terre. Elle semble être plurielle pour celui qui l'emprunte. La taille de l'embarcation jouant peut-être le rôle d'un facteur démultiplicateur dans son appréhension. Parfois j'en ai peur.

Le contenu de nos sacoches est sans appel. Un ouvrage sur la classification des arbres, un autre sur la forêt. Un guide des champignons d'Europe et un sur les plantes médicinales et comestibles. Un regard et une soif de mieux connaître notre chez nous, celui qui s'étend jusqu'à cette frontière où tout devient bleu ou vert émeraude. Alors pourquoi le kayak de mer ? Pourquoi choisir le risque à la sécurité ? Besoin de prouver ? Besoin de découvrir ? Besoin d'innover ? Besoin de repartir avant tout ? Besoin de vivre et de se sentir vivre ? Et s'il n'y avait pas de besoin, mais simplement l'envie de se découvrir. Peut-on être certains que la glace au chocolat est la meilleure de toutes, si l'on n'a pas goûté à tous les autres parfums ? #Olivier


DE KIEL À VEJLØ - 01.07.2022

Nos moments passés sur le bateau de Soizic, Thomas et Titouan, au port de Kiel-Stickenhorn nous démontre une fois de plus qu'un même environnement peut être perçu diversement eu égard à la perspective avec laquelle nous l'observons. Notre regard ayant pris un peu de hauteur depuis le ponton de leur bateau, l'eau se dessine sous une structure différente, les bateaux amarrés perdent un peu de leur superbe et les fonds marins se révèlent... Si les poissons semblent avoir en partie déserté la mer baltique, les méduses, elles, ont pris possession des eaux et il n'est pas rare que nos pagaies rencontrent la trajectoire de l'une d'entre elles. Mais c'est une photographie prise par le couple français depuis leur voilier qui nous fait prendre conscience du nombre phénoménal de ces animaux gélatineux. Une fois de plus, question de perspective.

Nous longeons les côtes baltiques allemandes en pleine « Kieler Woche », compétition de voile internationale de renommée. Navires militaires, vieux gréements, voiliers modernes ou bateaux de fonction paradent dans les eaux alentours ; nous ne savons où donner du regard. Nous traversons contre notre volonté le champ de courses de dériveurs, slalomant tant bien que mal entre les compétiteurs qui doivent nous maudire...

C'est avec excitation que nous franchissons les eaux danoises et réalisons alors que nous avons atteint la Scandinavie à la force de nos muscles. Déjà, l'équilibre entre la nature sauvage et l'environnement investi par l'homme bascule.

Au Danemark, il existe un millier de lieux de bivouac autorisés, lieux plus ou moins aménagés et répertoriés sur un site (udinaturen.dk). Certains invitent au défraiement, d'autres sont libres d'accès. Nos deux premières nuits dans ce pays, nous les passons sur l'un de ces emplacements, au milieu d'une forêt surplombant la mer. Un lieu tout simplement paradisiaque qui nous révèle à quel point la forêt nous avait manqué et comme nous nous sentons bien... au milieu des arbres.

C'est avec excitation que nous franchissons les eaux danoises et réalisons alors que nous avons atteint la Scandinavie à la force de nos muscles.
C'est avec excitation que nous franchissons les eaux danoises et réalisons alors que nous avons atteint la Scandinavie à la force de nos muscles.

Nous étions partis de Suisse avec la croyance que nous ne pouvions nous éloigner de plus de 2 miles marins d'une rive accostable avec notre équipement. En réalité nous découvrons que cette règle vaut pour la France et reste limitée à ses eaux. Le Danemark nous offre tout loisir de rétablir justice. Ainsi nous passons d'une île à l'autre, séparées par des distances à 2 chiffres. Toutefois c'est toujours avec respect de notre environnement que nous abordons ces traversées. Dès lors il nous faut parfois modifier notre programme en fonction des fenêtres météorologiques. Ces dernières, nous les planifions à l'aide des prévisions. Ensuite, sur le terrain, il nous faut nous adapter à la réalité que l'on découvre. Nous débutons la traversée de Ærø à Langeland sous des hospices favorables mais le vent se lève en fin de parcours et nous ne sommes pas en mesure de savoir jusqu'à quel point il va forcir. Rejoindre la côte devient prudent, mais encore faut-il pouvoir accoster sans fracas sur la plage de pierres... Nos expériences passées aux abords des écluses du Rhin nous viennent en renfort. Au lendemain de ce débarquement acrobatique, alors que la tente nous serine que le vent est toujours là, nous déjeunons le ventre noué. La mer donne son verdict : nous n'y sommes pas les bienvenus. Nous décidons donc de rester à terre jusqu'au lendemain. Mais en cours de matinée, le vent change de direction et voilà que notre route semble maintenant protégée par les terres. Notre conviction d'il y a quelques poignées de minutes se craquelle, laissant émerger le doute. Rester ou y aller ? Rien ne nous presse, mais maintenir notre crainte face à une situation qui évolue ne nous enfermerait-il pas dans une zone de confort supposée ? Y aller, c'est forger une expérience supplémentaire et ainsi mieux connaître une réalité que nous apprivoisons encore. Prendre la mer aujourd'hui, c'est peut-être aussi mieux définir nos propres limites que nous explorons encore. Alors nous y allons. Avec prudence, certes, en restant proche de la côte, surtout lorsque le tonnerre gronde. Ainsi, sous l'oeil curieux d'un phoque, nous atteignons le lieu prévu : un emplacement de bivouac autorisé et gratuit, dans l'enceinte des chevaux sauvages du sud de l'île. Alors qu'à peine nous nous installons, avec la ferme intention de rester deux nuits dans cet espace bienvenu, où gambadent chevaux, vaches des highlands et chevreuils, où poussent à profusion orties et fraises des bois, nous réalisons que les vents ne l'entendent pas ainsi. Avec une pointe de frustration, nous nous résolvons à reprendre la mer le lendemain de notre arrivée pour profiter d'une météo favorable à la traversée suivante, seule fenêtre possible sur le calendrier des jours à venir.

Une traversée que nous effectuons en compagnie d'Auriane, venue tout exprès de Bilund pour donner quelques coups de pagaie avec nous à bord de son Plasmor. Les 14 kilomètres pour rejoindre la presqu'île de Lolland se naviguent sous un soleil radieux, poussés en avant que nous sommes par le vent et les discussions. Alors qu'Auriane s'en va rejoindre le port du ferry qui la ramènera sur Langeland, nous prenons nos quartiers sur l'île d'Enehøje. Une île inhabitée ayant appartenu à Peter Freuchens, explorateur et écrivain danois. Sur cette île, les animaux sont en liberté et l'homme invité à y séjourner... dans un enclos. C'est le sourire aux lèvres face à ce pertinent renversement des rôles que je déjeune, assise dans cet espace clôturé, regardant les troupeaux de daims paître dans ces champs dont les seules limites sont celles de l'eau. En résidents permanents de l'île nous découvrons également des hirondelles qui, au soleil couchant, volent avec frénésie hors de leurs nids construits dans les parois des falaises de terre, pour y ramener à leur progéniture le repas. La rapidité et la précision de leurs mouvements sont vertigineuses à nous en donner le tournis. Au retour de notre théâtre grandeur nature, alors que le soleil disparaît derrière l'horizon, nous croisons le chemin d'un daim albinos. De cette île nous rejoignons celle de Vejlø, après un passage à la ville pour nous approvisionner. Nous rencontrons le propriétaire de l'île qui se prépare à accueillir, durant les 5 semaines à venir, des camps d'été perpétrés au sein de sa famille depuis trois générations. Au total, ce sont plus de 300 personnes qui viendront séjourner sur l'île. Si les premiers camps ont été initiés par la génération hippie, il précise que de nos jours, les gens y séjournent vêtus. L'île est à vendre. La gestion d'une telle superficie est devenue trop conséquente pour son propriétaire. C'est la tête dans les rêves que nous vagabondons sur cette île pour l'heure encore calme...

En ce jour de 1er juillet, nous nous réveillons au son de la corne de brume des bateaux qui se signalent dans le brouillard de cette matinée orageuse. Des vents de plus de 30 km/h sont annoncés et la pluie déjà s'est installée. En ce jour d'anniversaire, la décision de rester sur cette île accueillante se prend avec légèreté. #Aline


DE VEJLØ AUX FALAISES DE STEVNS - 16.07.2022

Si le vent est notre bourreau, il est peut-être aussi le complice involontaire de nos besoins. En son nom nous passons plusieurs jours à terre, et grâce à lui nous réalisons cette facette du voyage qui nous manquait, celle qui prend son essence dans le quotidien d'une vie plus que dans l'extraordinaire de l'aventure. Simplement vivre, en composant avec ce qui est à portée de main. Humer les fleurs des champs, s'abandonner dans l'univers d'un roman, créer dans cette cuisine au grand air... En son nom également nous osons demander l'hospitalité, forts d'un sentiment de légitimité. Et grâce à lui nous rencontrons. Mais finalement, pourquoi avoir besoin de cet élément extérieur à sa propre volition pour accomplir nos aspirations ? Pourquoi légitimer reste nécessaire pour s'éloigner de ce que l'on pourrait confondre avec profiter ? Toujours et encore, nous sommes liés aux représentations qui nous ont formés, ces concepts sociaux desquels il semble difficile de profondément se détacher.

De l'île de Vejlø nous longeons les côtes de celle de Lolland, navigant à proximité de colonies de cygnes, de cormorans et de phoques. Jamais nous n'avions vu autant de perles blanches scintiller, suspendues à notre horizon. C'est par milliers que ces oiseaux se regroupent ; autant de paires d'ailes qui fendent l'air à notre venue. Car ils sont craintifs et ne nous laissent les approcher autant que nous le souhaiterions. Il en est de même des phoques, que l'on prend parfois pour une pierre, mais qui se trahissent par leur mouvement de fuite. Les îles inhabitées sont nombreuses, certaines à peine émergées des eaux, nids de nombreuses espèces d'oiseaux que nous ne touchons que de notre regard. La densité de population du pays est faible et nous sommes entourés par une faune bien plus présente que ne l'est l'Homme. Il n'est donc pas rare d'accoster sur une plage sauvage où la solitude des lieux invite à l'essentiel. Dans ces terres où la nature évolue sans le dictat de l'homme, étudier l'emplacement de la tente est un indispensable pour ne pas nuire à l'environnement ou éviter l'insomnie lorsque des vents de plus de 60 km/h sévissent et font trembler les arbres.

La densité de population du pays est faible et nous sommes entourés par une faune bien plus présente que ne l'est l'Homme.
La densité de population du pays est faible et nous sommes entourés par une faune bien plus présente que ne l'est l'Homme.

Sur l'île de Møn, par laquelle nous faisons un détour en raison des falaises de craie qui la composent, je m'extasie non pas devant ce paysage mais face à la conception danoise du bivouac. Certes elle n'atteint pas celle de ses voisins du Nord, mais elle n'en est pas moins un exemple d'ouverture et de respect. Sur cette île, puis le long de la côte de Seeland, l'île où se tient Copenhague, nous profitons de lieux mis gratuitement à disposition des gens qui ont quitté le confort de leur habitat le temps d'une nuit, d'une semaine ou d'une vie. Certes, de nombreuses forêts sont protégées par une interdiction de camper, signalée sur des panneaux au même titre que l'interdiction de faire des feux. Mais dans ces forêts-mêmes se trouve un endroit destiné aux campeurs, où ils sont les bienvenus et se retrouvent autour du foyer en toute quiétude. Des emplacements qui, ma fois, sont parfois reculés dans les terres et nous sont accessibles au prix d'un effort considérable. Une pénibilité qui nous rappelle que les muscles des membres inférieurs sont le parent pauvre de l'anatomie du kayakiste.

Notre première nuit sur Møn, nous la passons sur les hauteurs de notre terrain diurne, là où se tiennent quatre shelters et autant de foyers, de tables et de bancs. Nous sommes les premiers arrivés et prenons nos quartiers dans l'un de ces abris de bois. Arrivent ensuite une jeune Danoise et son chien, qui s'installent dans un second, rejoints par quatre copines et de quoi tenir un siège. S'en suit un groupe de trois jeunes hommes, prenant place dans le shelter jouxtant celui des dames. Finalement arrivent Lykke et Simon, deux kayakistes allemands qui se joignent à notre table. Des intentions divergentes de ces quatre groupes naît le respect des autres. Si les uns sont venus pour faire la fête, d'autres sont là pour se reposer. Si certains se couchent avec le soleil, d'autres attendent l'aurore avant d'en faire autant. Sans que cela soit demandé, le volume de la musique et des voix baisse avec les paupières des premiers couchés. Le lendemain matin, chacun reprend sa route, et ses déchets. A n'en pas douter, le respect de l'environnement et d'autrui permettent à ces endroits d'exister.


Aujourd'hui perchés au-dessus des falaises de Stevns, nous observons les effets du vent sur la mer, l'entraînant de son élan incertain dans une danse asymétrique. Les prévisions ne cessent de changer, à l'instar de ce ciel qui nous pousse à nous réfugier dans la tente pour nous en faire ressortir à peine quelques instants plus tard. Ce perchoir a été notre repère trois jours durant. Un observatoire duquel les piliers du pont d'Öresund apparaissent à l'heure dorée. Demain, nous profiterons des heures matinales où le vent devrait être plus calme pour poursuivre notre route en sa direction. #Aline


DES FALAISES DE STEVNS À YSTAD - 30.07.2022

Après quelques navigations où les kilomètres s'additionnent entre 18 et 36, après quelques nuits en shelter ou bivouac autorisé, nous parvenons à Kastrup. Nous achevons notre dernière étape danoise à quelques dizaines de mètres au-dessous des réacteurs des avions qui frôlent la mer pour atterrir à l'aéroport de Copenhague. Là, nous sommes attendus par le président du club de kayak de Kastrup, lequel fête cette année ses 100 ans. Il s'agit peut-être du club de kayak le plus vieux du monde. Cela prend sens lorsque nous réalisons que nous sommes au Danemark, à la capitale, là où se trouve une communauté inuite depuis que les terres groenlandaises font partie du royaume danois. Voilà peut-être pourquoi la plupart des kayakistes rencontrés dans cette région utilisent des pagaies traditionnelles groenlandaises, les mêmes que les nôtres.

Si nous sommes arrivés dans ce club, ce n'est pas par hasard ; les pièces du puzzle se sont mises en place au cours de notre voyage et ce dès les Pays-Bas. Alors en difficulté sur l'île de Texel, dans la mer des Wadden, nous avons rencontré Rick, un kayakiste néerlandais. Rick nous avait fait part de son expérience de navigation dans les îles danoises. Alors que nous nous trouvions sur Møn, île dont il nous avait vanté la beauté des falaises, nous reprenons contact pour lui faire un petit clin d'oeil. C'est alors qu'il nous propose de nous mettre en relation avec le club de kayak de Kastrup, afin de voir s'ils sont disposés à nous mettre à disposition un coin d'herbe pour notre tente. Rick contacte donc Rune, son ami danois et champion de kayak toutes catégories confondues du Danemark soit dit en passant, lequel nous met en contact avec Thomas, le président du club. Et c'est ainsi que nous débarquons à Kastrup, banlieue de Copenhague, où nous passerons finalement deux jours et demi. Thomas nous donne les clés de leur local et accès à tout ce qui s'y trouve : douche, cuisine, salle à manger, local de réparation... Nous profitons de ces installations pour redonner un peu d'éclat et de vigueur à notre matériel. Et puis, peu enclins à prendre les transports publics et profitant d'une opportunité de faire travailler nos jambes, nous nous rendons à Copenhague à pied. Cinq heures de marche, sous un soleil de plomb, et nous retrouvons en fin de journée la fraîcheur du local du club, lessivés. A la veille de notre départ, nous nous joignons à la navigation hebdomadaire de groupe. Accompagnés d'une petite dizaine de membres, nous naviguons au soleil couchant, longeant les quartiers bourgeois et les plages populaires, sous les vibrations électriques du groupe de hard rock D-A-D qui donne un concert non loin. Nous terminons par un superbe souper concocté par Thomas ; repas qui nous est offert par les membres présents.


Le 22 juillet, nous entreprenons la traversée de l'Öresund, détroit qui sépare Copenhague de Malmö, rehaussé de son fameux pont homonyme. Nous avons eu tout loisir, et ce depuis bien des jours, de scruter ce pont, de voir se profiler à l'horizon ses piliers centraux, puis de le voir grandir au fur et à mesure de notre approche. Symbole pour nous d'accès à la Suède, il est aussi l'élément clé de l'étape que nous considérions comme la plus incertaine de notre première partie de voyage. Du moins était-ce notre croyance avant notre départ de Suisse. A l'heure où nous débutons cette traversée, l'état d'esprit est tout autre; nous l'abordons avec confiance et légèreté. Et s'il devait y avoir une charge émotionnelle, elle n'est autre que celle d'arriver – enfin – dans ce pays que nous affectionnons tant. Un constat qui met en lumière les acquis de ces quatre mois de navigation. En outre, nous bénéficions d'un trafic maritime pour ainsi dire inexistant à l'heure où nous traversons les trois chenaux commerciaux. Si nous avions déjà pris à maintes reprises ce pont, c'est la première fois que nous le voyons depuis la hauteur de l'eau et les perspectives ainsi offertes par nos kayaks sont absolument inédites.
 
Comme bien souvent, un évènement tant attendu, maintes fois imaginé, finit par se réaliser en toute évidence et simplicité. Alors nous voilà en Suède, sans éclat ni étonnement, comme si cela était tout simplement naturel. Il nous faut intellectualiser cette vérité que nous y sommes parvenus en kayaks pour nous dire que tout de même, ce n'est pas si ordinaire...

A Skåre, petit village de pêcheurs non loin de Trelleborg, nous sommes attendus. Eva, une amie suédoise de longue date habitant en Suisse, nous a mis en contact avec sa belle-soeur, laquelle habite à quelques kilomètres de la côte. Laila et son ami Cino ont tout organisé afin de solutionner le problème inévitable que pose nos kayaks. En ce samedi de juillet, un employé de l'entreprise de Cino vient nous chercher au port avec voiture et remorque et nous amène, nous et l'ensemble de nos affaires, chez Laila. Le couple étant absent le jour de notre arrivée, nous entrons dans la maison comme s'il se fût agi de la nôtre. Assise sur le canapé, une tasse de café à la main, je regarde la pluie tomber et mesure notre chance d'être là... ainsi que toute la confiance témoignée par Laila en nous mettant à disposition sa demeure. Nous y effectuons notre première lessive du voyage. Jusqu'à présent, nous avons lavé tant bien que mal notre linge à la main, sans jamais réussir à le rendre totalement propre. Alors c'est le branle-bas de combat dans la buanderie et tout y passe. Après deux jours et demi dans la maison de Laila, nous déménageons et prenons nos quartiers dans celle de Cino, où se joignent ensuite Sebastian, son fils, Tyra et Freia, ses petites-filles ainsi que Tove, sa soeur.

Un séjour où nous troquons sans difficulté nos matelas et sacs de couchage contre un vrai lit et des duvets, notre toilette de chat contre un sauna et une douche chaude, notre cuisine simpliste contre de délicieux repas gourmands, notre tente contre deux demeures somptueuses, notre duo contre une vie en communauté. L’îlot central de la cuisine de Cino, où toutes les générations se rassemblent et où naît une atmosphère festive, est le lieu d'échange d'expériences de vie mais aussi de traditions culinaires. Nos amis suédois nous invitent aux délices des köttbullar (boulettes de viande), du saumon grillé sauce au caviar ou encore de la saucisse de Falun, alors que nous leur préparons une soupe à la farine de Bâle. A l'heure du départ, Cino nous fait part de cette pensée des plus touchantes : « Durant ces quelques jours, vous vous êtes intégrés comme si vous faisiez partie de la famille. »
 
Frais, reposés, repus, nous reprenons la mer le 28 juillet. Une route dont l'orientation ne requière guère de carte, puisque nous longeons la côte. Mais bientôt, nous ne saurons où donner de la tête, car nous attendent à quelques deux-cents kilomètres, les archipels du comté de Blekinge... #Aline

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