Bike&Fly : cyclo-report'air dans les Alpes et les Pyrénées

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Simplement rouler, voler, et rencontrer des personnes passionnées qui fabriquent du matériel outdoor dans l'Hexagone.
vélo de randonnée / parapente vol-rando
Quand : 24/06/19
Durée : 35 jours
Carnet créé par Anthony le 21 mars 2019
modifié le 05 sept.
S'y rendre de manière douce : C'est possible en train
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Vue d'ensemble

Le compte-rendu : Vol inoubliable au Taillefer (mise à jour : 06 mai)

Après avoir vu l'équipe de ZAP, l'heure est déjà bien avancée pour s'extraire de la cuvette grenobloise. Comprendre par là : il fait déjà trop chaud ! Et toute l'altitude que nous avons perdue pour descendre de la Chartreuse (du massif, pas de la boisson), il faut désormais la reprendre pour remonter vers le col Luitel, extrémité méridionale du massif de Belledonne. 
Route agréable dès qu'on quitte la vallée. Au loin, au centre, c'est la dent de Crolles.
Route agréable dès qu'on quitte la vallée. Au loin, au centre, c'est la dent de Crolles.
Quelques portions ombragées.
Quelques portions ombragées.
Dans la montée pour le col Luitel.
Dans la montée pour le col Luitel.
La montée vers le col est une route assez large (un des accès pour Chamrousse), mais presque déserte à cette époque. On ne souffre que d'une chose : je vous le donne en mille... la chaleur ! Arrivés au col de Luitel, l'endroit est joli mais comme c'est une réserve naturelle, on ne peut pas y installer la tente. Dommage ! Après moultes hésitations, on décide de redescendre 200 mètres de dénivelé en revenant sur nos pas : à proximité de la maison forestière de Prémol, la zone est parfaite pour bivouaquer.
Petit parcours aménagé dans la réserve du Luitel.
Petit parcours aménagé dans la réserve du Luitel.
Retour sur nos pas, dans la bonne humeur !
Retour sur nos pas, dans la bonne humeur !
Le lendemain, rebelote, on remonte au col de Luitel. Tiens, on reconnaît l'endroit ! La suite du programme a un petit côté démotivant : on va juste en face, à la station-village de La Morte. C'est à 6km à vol d'oiseau – une broutille ! – et presque à la même altitude. Quel est le problème alors ? Il faut impérativement descendre à Séchilienne, 1000 mètres plus bas, pour remonter juste en face. On prend notre courage à deux mains et on se lance.
Dans la montée pour La Morte.
Dans la montée pour La Morte.
Vol inoubliable au Taillefer
Toujours dans la montée.
Toujours dans la montée.
La montée se fait en douceur et pourtant chaque kilomètre nous paraît plus long. Serait-ce l'effet psychologique de remonter tout ce qu'on vient de descendre ? En tout cas, quand nous atteignons La Morte, nous cédons immédiatement à la tentation d'une terrasse : boissons fraîches et bonne bouffe, nous voilà requinqués.

La journée est ensoleillée et sans vent, des conditions parfaites pour aller voler. Mon plan initial était simplement de faire un aller-retour vers le sommet du Petit Taillefer, quitte à décoller sur l'arête de Brouffier. Mais avant de quitter l'établissement, on discute avec quelques autochtones : l'un nous parle d'une cabane d'altitude (la cabane de Brouffier), l'autre nous propose de garder nos vélos à l'abri... C'est décidé, nous changeons de plan et montons à deux à cette cabane. Le lendemain matin je continuerai la montée pour aller voler, tandis qu'Anne redescendra à la Morte, où je me poserai. Un programme plus cool, et qui nous permet de rester ensemble.
Dans la montée, on est heureux de grimper ensemble.
Dans la montée, on est heureux de grimper ensemble.
Le plaisir d'être en montagne.
Le plaisir d'être en montagne.
Arrivée vers le lac de Brouffier, après une baignade rafraichissante !
Arrivée vers le lac de Brouffier, après une baignade rafraichissante !
Brouffier : le lac, la cabane (sur la gauche) et l'arête éponyme (au-dessus).
Brouffier : le lac, la cabane (sur la gauche) et l'arête éponyme (au-dessus).
Le soir, on va se balader vers l'altisurface... pour se faire dévorer par les moustiques, à 2100m d'altitude !
Le soir, on va se balader vers l'altisurface... pour se faire dévorer par les moustiques, à 2100m d'altitude !
Nous passons une belle soirée à la cabane, malgré les attaques de moustiques : en ces période de grosses chaleurs, ça fait du bien de mettre une polaire le soir ! Le lendemain, je mets à nouveau le réveil aux aurores. L'intérêt est double : d'une part, pendant que je monte, Anne peut continuer à dormir. Et d'autre part, j'adore atteindre les sommets en même temps que les premiers rayons de soleil.

Cependant, en partant, j'ai une petite appréhension : les conditions météo sont annoncées moins bonnes que la veille : un petit vent d'altitude, venant du nord-ouest, pourrait me gêner. Alors que le matin, en général, on décolle sur des faces sud-est (les premières à baigner de soleil) grâce aux brises thermiques naissantes. À cela s'ajoute un autre facteur : je n'ai aucune idée de la possibilité de décoller depuis le sommet du Petit Taillefer qui, de loin, ressemble à un gros tas de cailloux...
Vol inoubliable au Taillefer
Et en prenant de l'altitude, mon intuition se confirme : le vent de nord-ouest est bien présent, trop fort pour tenter un décollage sur une face sud-est. Malgré tout, je continue mon ascension vers le Taillefer en me disant qu'au pire, ça fera une belle balade. Ce sommet, je le survole parfois lors de long vol de distance. C'est un point de passage incontournable lorsqu'on vole en direction du nord depuis les Hautes-Alpes. Et pourtant, je ne l'ai jamais foulé !
Sur la crête, vers 2600m.
Sur la crête, vers 2600m.
Et en arrivant au sommet, la surprise est incroyable : au milieu de ce chaos rocheux trône un petit carré herbeux, juste de la bonne taille, et orienté vers le nord-ouest. Dit autrement : tout ce qu'il faut pour décoller ! Pour ne pas me précipiter, je réfléchis un instant, pour déceler une éventuelle évolution du vent.

Puis je me décide à sortir le matériel et me préparer à décoller. Dans le jargon, on dit que c'est "bien alimenté" : on ne parle plus d'une petite brise, mais d'un bon 20 km/h de vent régulier. Grâce à la petite voile Nervures (une Whizz en 18m2), je décolle du premier coup sans encombre. Et une fois en l'air, je me maintiens à la même altitude, en faisant des 'S' devant le petit Taillefer.

Alors, en une fraction de seconde, je tente l'impensable : je me "jette" sur le Taillefer, le sommet voisin bien plus imposant. Lui n'est pas préfixé de "petit" ! À cette heure-ci, c'est impressionnant : sa face nord-ouest, complètement à l'ombre, est une silhouette lugubre. Pour le commun des parapentistes, c'est assez contre-intuitif, pour ne pas dire "suicidaire", de se précipiter sur un versant à l'ombre. Et si je perds trop d'altitude, je ne sais même pas où je vais pouvoir me poser... probablement pas à la station de la Morte, où je suis censé rejoindre Anne !

J'avance vers le Taillefer. Pendant un petit moment, l'air est turbulent, je suis secoué. Ma vigilance est à son maximum. Puis je descends, doucement, alors que la face austère sembler s'élever devant moi. Les secondes sont interminables, mais il faut que j'assume mon choix jusqu'au bout, j'ai passé le point de non-retour. Bip bip bip... le vario* sonne : ça monte ! L'air devient tout calme et ça monte partout ! Ainsi commence un soaring** tout en douceur sur le Taillefer, aussi improbable soit-il !

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*vario : petit appareil qui, grâce à un capteur de pression, nous permet de savoir si l'on monte où l'on descend grâce à des bips sonores, plus ou moins forts, plus ou moins aigus/graves.
**soaring : vol qui consiste à faire des "S" sur une zone où l'air est ascendant
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Perché au-dessus du Taillefer. Un nuage dit orographique se forme. Je flotte... comme dans un rêve.
Perché au-dessus du Taillefer. Un nuage dit orographique se forme. Je flotte... comme dans un rêve.
À peine plus au nord, j'aperçois tous les lacs du Taillefer (Fourchu, Canard...).
À peine plus au nord, j'aperçois tous les lacs du Taillefer (Fourchu, Canard...).
Il est 7h30 du matin et je flotte avec légèreté sur un nuage orographique. Suspendu sous ma petite voile, je me joue de la pesanteur. Devant moi, un spectre de Brocken caresse la surface duveteuse du nuage. Je l’effleure, j’en ai des frissons, de joie. Le spectacle est aussi fantastique qu’inespéré. Un peu plus plus tôt, je doutais de pouvoir décoller. Et pourtant à cet instant, tout autour de moi, la nature m’offre un somptueux cadeau dont elle seule a le secret. Quelle magie ! J’ai la chance d’être au bon endroit au bon moment. Incrédule, je perds toute notion du temps. La scène est si irréelle que je peine à croire ce que je vis. L’ai-je rêvée ?
Le spectre de Brocken.
Le spectre de Brocken.
Je survole le lac et la cabane où l'on a dormi. J'essaye d'apercevoir Anne, mais elle est déjà en train de descendre.
Je survole le lac et la cabane où l'on a dormi. J'essaye d'apercevoir Anne, mais elle est déjà en train de descendre.
Vol inoubliable au Taillefer
1500 mètres plus bas, j'atterris à la station de la Morte, à proximité de nos vélos. Anne ne tarde pas à me rejoindre, on est presque synchronisés ! Je passerai le reste de la journée suspendu à ce bout de rêve. Tout cela s’est produit à moins de 50 km de chez nous. L'émerveillement n’est jamais bien loin !

On s'offre un petit café en terrasse avant de reprendre la route vers le sud, un invité nous attend à Valbonnais...
Dans la descente après la Morte.
Dans la descente après la Morte.
Au loin, l'Obiou, dans le massif du Dévoluy, vers lequel on se dirige...
Au loin, l'Obiou, dans le massif du Dévoluy, vers lequel on se dirige...
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