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Voyager sur l'eau
Tour du lac léman en kayak 12
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posté le 28 avr. 2014

Rikou
Martinet
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Inscription : 21/03/14

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:) Salut à tous.

Je vais faire le tour du lac Léman début mai. En kayak, en solo, en autonomie.

Départ prévu depuis Genève dans le sens inverse des aiguilles d'une montre.

Je glane par ci, par là, des infos sur des coins possibles de bivouac. Sachant la difficulté de la chose toutes les infos sont bonnes à prendre.

J'espère que la météo sera clémente avec moi. A ce propos, si quelqu'un a des infos sur les vents qui sévissent sur le lac, je prends. J'ai déjà eu à faire à la bise l'année dernière mais j'ai vu que le Joran ou la bise noire pouvaient également se manifester. Si quelqu'un à déjà navigué sous ses conditions, son retour d'expérience me serait bien utile. Merci

Idéalement j'aimerais pouvoir parcourir 40 km par jour, ce qui me conduirait à faire le tour du lac en 4 jours ... Va falloir envoyer ...

A + ;)
Abusus Non Tollit Usum
posté le 30 avr. 2014

loic88
Milan noir
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Hello,

Joli trip, bonne aventure !

Loïc
On ne va jamais aussi loin lorsque l'on ne sait où l'on va....
posté le 30 avr. 2014

Rikou
Martinet
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Merci
Abusus Non Tollit Usum
posté le 01 mai 2014

CLAISSE
Martinet
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bonjour

ne t inquietes pas tu as de quoi bivouaquer


belle balade que j avais envisagè de faire ,, mais j ai quelques randos velos avant !!mais je le ferai



bonne preparation
posté le 02 mai 2014

Rikou
Martinet
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Re merci ;)
Abusus Non Tollit Usum
posté le 14 juin 2015

Rikou
Martinet
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Bonjour à tous.

Me revoilà avec le tour du lac Léman que j'ai enfin effectué du 08 au 10 avril 2015 en Ysak.

Les photos ICI

Et bien entendu il y a un peu de texte pour accompagner tout ça.

PREMIER JOUR : - 55 km

"Je pensais que revenir sur cette plage du Camping Rive Bleue au Bouveret, d'où j'étais parti pour mon périple rhodanien il y a deux ans, allait me rendre aussi nostalgique que Proust en dégustant ses madeleines. Et bien tel ne fut pas le cas. En ce mercredi matin 08 avril 2015, après avoir posé mon arrière train dans l'automobile qui me conduisit jusque là, j'arrivai comme convenu avec moi-même, à l'heure "H", au lieu "L", prêt à entamer ce fameux tour lémanique que je convoitais déjà depuis presque un an.

J'avais préalablement décidé en conciliabule que ce tour s'effectuerait dans le sens inverse des aiguilles d'une montre. Et c'est ainsi que cela se passa dans une ambiance des plus détendue. Aucun stress, aucune nostalgie. J'étais en terre connue où mes repères étaient clairement identifiés. Le muret sur la droite, le long enrochement sur la gauche, au milieu l'aire de jeu pour les gosses et en face la petite plage de sable et de graviers d'où je mis le kayak à l'eau selon un rite maintes fois répétés, qui ne souffre d'aucune hésitation ni maladresse. L'avant du kayak est placé sur l'eau jusqu'au premier bord de l'hiloire, laissant tout le reste échoué en arrière. Puis allègrement je m'introduis dans cette hiloire et je me positionne convenablement, sans me mouiller les arpions, après avoir ajusté la jupe néoprène, fraîchement acquise d'ailleurs. Les bras tenus perpendiculairement au haut du corps, agrippant fermement la pagaie qui me sert de balancier, j'anime mon bassin d'un mouvement de va-et-vient qui frise le ridicule en cette circonstance mais qui est néanmoins essentiel pour facilité la mise à l'eau du kayak. Je m'active ainsi en larges amplitudes, jusqu'à ce que je ne sente plus aucune attache me liant à la terre ferme sinon les oscillations délicieusement caractéristiques de l'Ysak qui a retrouvé son élément.

Là ! C'est bon. Premiers coups de pagaie et premiers coups de gîte pour se mettre sur la bonne "draio", comme on dit dans le midi, et c'est parti pour trois jours de navigation autour du lac. J'ai de la chance, il fait très doux et le soleil baigne le haut lac d'une lumière diffuse, qui pour l'instant, drape le paysage dans un voile ocre du plus bel effet. On retrouve un peu cette même ambiance en fin de journée, quelques heures avant le crépuscule où les rayons du soleil sont sur le point de disparaître derrière cette montagne là, ou cette courte crête ci, mais avec une intensité plus prononcée.

Passant dans ce magnifique delta ou se jette le Rhône, j'admirais au loin les montagnes enneigées qui le voient naître. Je l'imaginais fracassant, grossissant, déboulant ensuite de la vallée entre Vaud et Valais. Malheureusement, l'homme eut vite fait de dompter les ardeurs intempestives de ce vaillant torrent qui, lorsqu'il se joint aux eaux du lac, est bien éloigné de sa fougue originelle.

Poursuivant le long de la réserve naturelle des Grangettes, j'évoluai dans un milieu sauvage, l'un des très rares autour du lac dont les rives colonisées par le béton et les propriétés privées, ne laissent guère de place à la naturalité. Cependant quelques endroits semblent être préservés et la quiétude qui émerge de ce lieu incite à la contemplation méditative. La clarté de l'eau me laissa distinguer sans aucune difficulté le fond du lac qui à cet endroit passait d'à peine quelques centimètres, au mètre. Je ralentis alors le rythme pour apercevoir un couple d'eider à duvet, nageant à quelques dizaines de mètres du kayak ou suivre le passage de ces deux cygnes immaculés et majestueux, tous les deux empreints d'une orgueilleuse beauté. Enfin, quel inattendu spectacle que cet immense platane, planté là sur son promontoire de vieilles pierres, comme une offrande solennelle à Dame Nature, scintillant de mille éclats, trônant au bout du haut lac.

Je m'arrachai au sortilège envoûtant de l'arbre de vie en sortant de l'ombre que projetait sur le lac la montagne avoisinante. Le regain de chaleur réchauffa mon épiderme, raviva mes fibres musculaires et c'est avec davantage d'énergie que je naviguai le long de la Riviera vaudoise, jusqu'à ce que je jette mon dévolu sur cette charmante et blanche plage libérée des eaux, siège de mon premier déjeuner sur le lac, sous un soleil éclatant et une luminosité d'une grande pureté.

Après ma collation je repris le cour de ma navigation, avec le même enthousiasme qui m'animait durant cette douce matinée. Cependant le charme bucolique qui marqua le début de la randonnée disparu soudainement, mais provisoirement, heureusement, à l'approche de la tentaculaire agglomération lausannoise. Partout où mon regard se posa je ne contemplai que le résultat de l'outrancière influence humaine sur son environnement. Cependant, après la capitale vaudoise, les paysages se succédèrent de façon plus nuancée, moins agressive. Dans un subtile mélange où les maisons et villages s'intégraient parfaitement aux rondeurs des collines. Et c'est avec une régularité métronomique que je poursuivis ma route jusqu'à la manifestation d'une certaine fatigue, accentuée par la lassitude que m'imposèrent les kilomètres parcourus. Cela faisait des heures que j'actionnais ma pagaie d'un geste sûr et mécanique. A la limite de l'hypnotique tant le "splitch" de la pale gauche fendant la surface du lac, résonnait comme un écho parfait au "splatch" de la pale droite fendant tout aussi efficacement la surface du même lac, bien entendu, est-ce vraiment utile de le préciser. Inévitablement je m'enfonçai dans une torpeur de fin journée, favorisée par ce très léger rideau de fumée qui commença à envelopper tout l'espace autour de moi... Attends... A ben non ! J'avais de la buée sur les lunettes ! Vraiment fatigué le Rikou ! Bref, j'avais hâte d'arriver au lieu de bivouac prévu et ce sentiment se développa aussi rapidement qu'une douleur se propagea dans mon fessier... Oui, plus clairement, j'avais de plus en plus mal au cul et il me tardait de m'extirper de l'hiloire. Cela devait faire environ une heure que je souffrais en silence, quand j'aperçu enfin le premier ponton juste avant l'embouchure de l'Aubonne, ma destination finale. Mais la zone était cernée par des lignes, tendues elles-même par des cannes, au bout desquelles se tenaient nos amis pêcheurs. Le Rikou n'étant jamais pris au dépourvu, je me rabattis aussitôt sur cette large bande de cailloux blancs émergeant en bordure d'un joli bosquet, au travers duquel je pu distinguer un espace vide qui serait parfait pour mon hamac. La décision prise, la réaction fut véloce et en moins de temps qu'il n'en faut pour dessaler après un esquimautage raté, le kayak fut échoué sur les galets. Je pus enfin m'étirer de tout mon long dans un grand soulagement. Le temps de préparer le bivouac, j'eus la compagnie d'un cygne tuberculé mâle, qui profitait de la dernière lueur du jour pour se pavaner et montrer à quel point il était bellement emplumé. Quant à moi, les seules plumes que je vénérai furent celles qui garnissaient mon sac de couchage, dans lequel je m'engouffrai après m'être rassasié. Comptant sur une bonne nuit réparatrice, je pris congés de Maître Cygnus en le saluant bien bas. Bonne nuit le cygne et peut-être à demain..."


DEUXIEME JOUR : - 53 km

"Et au lever du deuxième jour... Non, non, ce n'est pas le Genèse revisitée par Rikou, juste une grandiloquence personnelle pour introduire mon présent récit et accessoirement susciter l'intérêt. Et au lever du deuxième jour donc,... alors qu'à travers les fines mailles de la moustiquaire intégrée du hamac je distinguai à peine les cimes des arbres qui me surplombaient, je constatai avec bonheur que la froideur de la nuit faisait progressivement place à la fraîcheur matinale. Permettez-moi d'insister sur le côté salvateur de ce redoux en raison de la froideur glaciale qui sévit durant une bonne partie de la nuit, si ce n'est toute la nuit, et qui agita mon sommeil de plusieurs phases d'éveil au cours desquelles je constatai avec stupeur, l'inéluctable transformation de mes orteils de l'état organique à l'état minéral. Dans le même temps, un effet collatéral soudain mais tout aussi indésirable se fit ressentir dans mon organisme pénétré de froid, m'obligeant à m'extirper rapidement du sac de couchage puis du hamac, évitant de justesse un drame personnel que je ne souhaite à personne de vivre. Heureusement pour mon image, j'en aurais été, par la force des choses, l'unique témoin. Mon soulagement fut énorme à en juger la virulence avec laquelle il se manifesta... il était temps.

J'eus donc la confirmation que le climat de cette nuit fut humide et froid alors que je touchai la toile moite du hamac et que j'évacuai la rosée persistante accumulée sur le sac de couchage. Je pris donc le temps ce matin là, d'attendre que les premiers rayons du soleil frappent la plage de cailloux face au bivouac pour y étendre les victimes du carnage nocturne, votre serviteur compris. Je pris également le temps de préparer mon petit déjeuner, de le déguster, de bien ranger le matériel à l'intérieur du kayak, de prendre quelques photos, d'observer le lointain dans l'espoir vain de croiser la silhouette familière du cygne de la veille... Et c'est vraiment trop en retard sur l'horaire que j'avais fixé, que je laissai ce petit coin humide mais tout à fait tranquille pour naviguer sur une eau limpide, plate, sans agitation, dans la chaleur naissante d'un doux matin printanier, au même rythme que la journée précédente. Dès le départ je décidai de parcourir un maximum de kilomètres et de m'approcher au plus près de Genève et c'est vers 13h00 que je trouvai enfin, une place adéquate et accueillante mais surtout accessible pour me poser et déjeuner. Le hasard voulu que je partage cette plage de galets chantant sous le léger ressac des vagues, avec un couple de cygnes tuberculés dont la femelle était affairée à positionner délicatement et de la meilleure des façons, les brindilles et les galets charriés par les eaux et minutieusement sélectionnés par son élégant de mâle, qui les lui tendait du bec avec beaucoup de déférence, malgré le fait qu'il ne soit pas un modèle de fidélité puisqu'il peut honorer jusqu'à quatre femelles durant la période de nidification. J'eus donc tout le plaisir d'observer ce rituel inscrit dans les gênes aviaires des ces deux magnifiques spécimens, malgré l'intensité du ressac qui augmenta et que je n'avais pas remarqué, subjugué par le spectacle auquel j'assistai et qui toucha plus particulièrement mon âme d'ornithologue amateur. Les oiseaux, c'est mon dada et je pourrais passer des heures à les observer.

Cependant je fus alerté par le kayak qui se mit à bouger sous les assauts plus toniques des vagues qui arrivaient N-NE et qui se succédaient. Peut-être la Bise était-elle en train de se lever ? Je fus obligé de remettre le bouchon sur la trappe avant tant les éclaboussures devenues plus intenses pénétraient à l'intérieur du kayak. C'est en me levant avec détermination, raide comme un sémaphore, que scrutant la surface du lac je m'aperçu qu'elle était animée de belles vaguelettes dont les crêtes arrivaient pratiquement à hauteur du kayak. Je rangeai tout le fatras en vitesse et m'équipai rapidement pour mettre le kayak à l'eau. Dès cet instant, et ce jusqu'à Genève, je fus poussé par ce vent froid et sec, qui m'embarquait dans des embardées où je regrettai de ne pas avoir réparé la dérive qui me fit cruellement défaut dans ces conditions. Jusqu'à la capitale helvète je dus composer avec les vagues et le vent. La donne s'inversa une fois que je fus du côté de Cologny, remontant la rive à l'est du petit lac jusqu'à la pointe à la bise, le vent me faisant face. Il ne faiblit pas et moi-non plus. C'est très régulièrement et énergiquement que je pagayai en mouvements coordonnés jusqu'à ce qu'il finisse par se calmer et disparaître alors que l'embarcadère de Tougues se profila très clairement devant moi. C'est juste après que je découvris cette magnifique et large place, avec tables et bancs propices au pique-nique dominical. Face à cet espace vert parsemé de hêtres immenses dont les troncs majestueux se reflétaient au-delà de la grève toute proche, le Léman résonna du passage de la vedette de la Compagnie Générale de Navigation qui arrivait de Nyon. Son appel retentit au-dessus des flots comme une invitation au repos. Je contemplai l'Ysak posé sur la bande de graviers, entre lac et verdure, sirotant avec délectation la bière que j'avais pris soin de prendre avec moi, histoire de profiter avec quiétude des dernières lueurs du jour se reflétant sur les alentours rougeoyants. Je fixai mon hamac entre deux arbres parmi un petit groupe isolé au fond de la plage, espérant que la nuit ne soit pas aussi glaciale que la précédente."


TROISIEME JOUR : - 55 km

"La vie nous berce parfois d'illusions... Je crois que cette nuit fut encore plus froide que la précédente et malgré les précautions prises pour protéger et mettre au chaud mes orteils, je ressentis tout de même les effets du froid intense qui régna et qui me réveilla bien avant le déclenchement de la sonnerie du réveil intégré à mon gps. Quand je pense que j'avais placé un t-shirt au plus près de mon corps pour qu'il emmagasine le maximum de chaleur, le dit t-shirt destiné à entourer mes pieds pour les préserver du froid... Vains efforts et précautions inutiles...

Il y a un avantage cependant à être réveillé aux aurores... Levé tôt... prêt tôt. C'est donc pas trop tard que je donnai les premiers coups de pagaie, surpris du calme qui pesait sur le lac. Pas de vent, pas de vague, pas de remous. Juste le reflet du kayak que la surface de l'eau me renvoyait. Au risque de me répéter j'adore cette ambiance matinale, où la nature s'éveille progressivement, où le souffle de la vie n'est pas encore audible. J'oscille entre deux mondes où les choses ne sont pas complètements terminées et où elles n'ont pas encore véritablement commencé. Témoin privilégié mais passif, je subis ce changement d'état avec respect et humilité. C'est dans cette drôle d'atmosphère que l'arôme discret et envoûtant du Léman se révéla enfin à moi. Ce fut comme un parfum suave et forestier s'élevant de ses eaux vertes et transparentes, un charme invisible d'une senteur lémanique agissant comme un principe subtile et éthéré. Et la vision du Château d'Yvoire baignant dans une lumière tamisée, légèrement voilé dans un clair-obscur digne du maître Redon, ne changea rien à cette ambiance feutrée où l'être vagabond tend à l'exploration de son âme.

Mes rêveries poétiques furent interrompues par le vol d'un groupe d'Eiders à duvet, deux femelles, trois mâles, que j'observais jusqu'à ce qu'il se perde, le groupe, ou se perdent, les Eiders à duvet, dans la ligne d'horizon du lac et que mon regard se porte sur les rochers émergeant au large de la pointe du Domaine de Roverriaz. J'en aperçu trois particulièrement, chacun surmonté d'un fier Héron cendré, immobile, tout en longueur posté, dont seul la tête bougeait en même temps que je passais, le regard définitivement fixé sur le kayak, m'offrant ainsi toujours le même profil. Je pensai tout de suite à la Joconde qui semble vous transpercer du regard quelque soit l'endroit d'où vous l'admirez. La comparaison s'arrête là car j'étais bien loin des considérations métaphysiques qui animèrent l'esprit polymate de Leonardo au moment de la création de cette œuvre magistrale. Ceci dit, le Héron cendré a une pupille noire de jais, cernée d'un jaune éclatant, dont le contraste donne toute sa profondeur à son regard intense. Et multiplié par trois, je vous le rappelle il y avait autant de rochers émergeant que de hérons perchés, la chose pourrait presque être trop impressionnante sachant que sieur Ardea est doté d'une très bonne vue panoramique et d'une excellente vision binoculaire.

Me libérant de cette étrange étreinte, j'avançai librement dans cette grande masse liquide que forme l'anse de Coudrée, entre Yvoire et Anthy-sur-Léman, et je profitai du calme émanant de ses berges pour rejoindre tranquillement les plages de galets qui longent le domaine de Ripaille à Thonon-les-Bains. Ces grandes bandes naturelles s'étendent jusqu'à la lagune de Port Ripaille et sont très prisées des adeptes de naturisme qui peuvent s'adonner à leurs loisirs favoris, presque à l'abri des regards indiscrets. Désireux de ne pas être catalogué parmi les voyeurs mal léchés ou malotrus, voire les deux, j'accélérai prestement le rythme. J'aperçu au loin l'imposante barge d'extraction du gravier, sentinelle de métal érigée dans le Delta de la Dranse, exutoire naturel d'une rivière tumultueuse. A son approche, je ne résistai pas à l'appel de la vague et lançai l'Ysak dans les derniers remous, ultimes soubresauts d 'une rivière abondante aux eaux tantôt grises, tantôt turquoises, se mêlant dans une profonde intimité aux eaux vertes d'un océan d'eau douce.

Poursuivant le long des rives françaises qui n'ont rien à envier à leurs homologues suisses, je passai au large d'Evian en distinguant péniblement les contreforts encore embrumés surplombant l'extrémité Est du lac. Et bien que les pontons, digues, enrochements, quais, immeubles et autres urbanités défilaient doucement, mais sûrement, je constatai amèrement que ces lointaines montagnes là-bas, ne bougeaient pas d'un iota. La distance à parcourir était encore importante et alors que j'allais sombrer dans le marasme aquatique d'une envahissante et ennuyeuse routine imminente, j'aperçus à quelques brasses devant la pointe de l'Ysak, les scintillements réguliers d'une pagaie double qui s'agitait ostensiblement dans les airs, et qui semblait se diriger vers nous. Je crus à une illusion quand le mouvement se dédoubla. Mais je fus rassuré sur l'état de ma vision lorsque l'embarcation fut assez proche pour que je puisse distinguer quatre pales, deux pagaies et leur pagayeur, oeuvrant dans une parfaite synchronisation. Nous nous saluâmes d'un signe de la main et quand la distance qui nous séparait fut assez réduite pour le faire, nous échangeâmes quelques mots anodins et j'entamai la conversation par un courtois :

- "Salut, Ca va ?"
- "Ca va ! Vous allez jusqu'où ?"
- "Je vais au Bouveret, je termine le tour du lac... et vous, vous allez où comme ça ?"


La réponse claqua l'air aussi sèchement que l'étrave assassine du Nautilus pourfendant les coques offertes à son étreinte fatale.

- "On va jusqu'à la mer !". Hein... Quoi... Comment... "Attends, j'arrive !"

Je déviai aussitôt ma trajectoire pour me porter à la hauteur de ce kayak rouge et blanc, portant deux comparses des plus sympathiques dont le regard déterminé et taquin, ne souffrait d'aucun doute quant au sérieux de la chose annoncée. Ces mots je les avais prononcés moi-même avec la même malice, à tous ceux qui me posaient la question, et qui écarquillaient les yeux dans un mouvement de tête vers l'avant, histoire d'être sûr d'avoir bien entendu. Personnellement, j'ajoutais quelques variantes dont ma favorite était : "Je vais à la plage !" et qui a toujours suscité une certaine réaction. Cela faisait mouche à chaque fois et j'en m'en régalais par avance. Après quelques minutes d'échanges entre vieux loups de mer, je pris congé de Romain et Samuel, c'est ainsi qu'ils se nomment, en leur souhaitant vivement bonne chance. Grâce à cette brève rencontre, les douces images de mon propre périple sur le Rhône m'accompagnèrent jusqu'à ma destination finale et rendirent moins fastidieux les derniers kilomètres à parcourir. C'est dans une ambiance étrangement nordique, cerné par des montagnes similaires au fjords islandais, navigant sur une eau plate aux reflets réguliers, que j'approchais de ce qui avait été mon point de départ deux jours plus tôt.

La plage du camping se trouve à quelques mètres devant moi. Il y a un couple de vieux assis sur le muret à gauche. Ils sont l'un contre l'autre et profitent des derniers rayons de soleil. Un chien s'amuse avec son maître sur le chemin derrière l'aire de jeux pour les gosses. Ces aboiements n'ont aucun effet sur les deux goélands argentés qui courent sur les graviers, le long de la plage. J'arrive tranquillement, en silence, et j'échoue en douceur le kayak sur la grève. Je reste quelques secondes dans l'hiloire, encore entravé par ma jupe, la pagaie en travers du pont. Je respire l'air ambiant calmement et je profite de l'instant. Il fait bon... Tout est calme... Je suis bien... Un régal absolu... Vivement bientôt !"
Abusus Non Tollit Usum
posté le 15 juin 2015

Sesska
Martinet
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ça fait rêver!!

tu connaissais tes lieux de bivouac à l'avance où t'y es allé au feeling ?
toute la zone de Lausanne me parait tellement urbanisée, il doit falloir bien viser pour se trouver un coin pépère non ?
posté le 16 juin 2015

Rikou
Martinet
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Message privé
Je ne connaissais le lac Léman qu'entre Le Bouveret et Genève. Pour le reste j'avais effectué des repérages avec google earth et geoportail et j'ai récupéré des infos sur le net et auprès des forumeurs. Mais il est vrai qu'autour du lac Léman ce n'est pas évident de trouver un coin "sauvage" propice au bivouac.
Abusus Non Tollit Usum
posté le 16 juin 2015

Sesska
Martinet
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j'ai jamais eu de souci en bivouac dans le Jura Vaudois ( surtout vers le Lac de joux, Mont Tendre, dent de vaulion tous ces coins... je suis franco-suisse Lausanno-Pontissalien)... mais j'ai entendu dire que ça rigolait pas trop en cas de rencontre avec la marée-chaussée helvétique (à part pour l'accent ''booOOoojouuuur, vôôooss pââpieeeeers siouplaait'')

donc, le zone rupines et urbanisées du Léman, ça me ferait un peu peur, mais c'est un a priori, j'ai jamais vraiment essayé
posté le 28 déc. 2015 mis à jour le 28 déc. 2015

Grégoire
Sterne arctique
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Avant, j'y allais tous les ans, tous les étés là bas.
Ca fait maintenant très certainement 8 ans que je n'y suis plus aller, ni pris de vacances d'ailleurs ou presque.
Et cette année, cette année 2016 m'a l'air de s'annoncer vers un retour en ce lieux pour juillet.
J'avais acheté mon Klepper à Biel en 2007. Malheureusement, je ne l'ai eu que le dernier jour de mes congés et je ne fais que quelques aller et retour sur le lac.
Maintenant, que j'entrevoie peut être à nouveau cette possibilité, ca me donne espoir de réaliser ce tour que j'ai tant contemplé d'en haut, des hauteurs de Thollon les Mémises.
Pour dire que si cela m'est possible, je le ferai en klepper bi-place avec très certainement un de mes enfants, à la pagaie et sous voile si le temps le permet.
Verra bien et merci Rikou pour ton partage :)
posté le 30 déc. 2015

jean_luc
Etourneau
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Belgique

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Coucou l'Ami Grégoire, heureux de lire que 2016 devrait être le retour aux activités nautiques :)

Vivement que nous puissions nous retrouver sur l'eau !!!

Amitiés
posté le 04 janv. 2016 mis à jour le 04 janv. 2016

Grégoire
Sterne arctique
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Lieu : Au nord du Nord

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Hé Hé mon ami Jean-Luc,
Ben oui, tu sais où en haute savoie ;) et tu sais bien pourquoi l'histoire n'est pas si simple d'y retourner :rolleyes:
Mais peut être, certaines choses ont bougé et cela me donne un petit espoir O:)
D'ailleurs, a ton sujet, j'espère bien que tu pourras changer ton avatar bientôt et qu'il sera prometteur de belles sorties ensemble en 2016 :cool:
posté le 13 janv. 2016

Grégoire
Sterne arctique
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Lieu : Au nord du Nord

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Non, c'est NON encore une fois... Je n'irai pas cet été sur le lac :rolleyes:
J'irai très certainement avant pour rechercher du matériel que je n'ai plus revu depuis prés de neuf ans.
Ensuite, je me ferai une raison pour ne plus jamais penser retourner en ce coin qui m'à fait tant vibrer.
C'est un beau lac d'eau douce... c'est une belle mère trop salé...
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