Se renseigner sur une destination de voyage

par Anthony dans Dossiers 24 déc. 365 lecteurs 1 Soyez le premier à commenter share(partager)

Climat, cartes topographiques, topos et infos locales.

C’est le point de départ de la préparation d’un itinéraire :

  • Quel est le climat dans la zone que je souhaite visiter ?
  • Quelles cartes sont adaptées pour ma pratique ?
  • Y a-t-il des infos spécifiques sur l’itinéraire et l’activité que j’envisage ?
Le point de départ de tout voyage : la carte ! Ici, un fond de carte OpenTopoMap.
Le point de départ de tout voyage : la carte ! Ici, un fond de carte OpenTopoMap.

NOTE : Cet article fait partie d'une série de 4 articles consacrés à la préparation d'itinéraire :

Etape 1 : Se renseigner sur sa destination de voyage : cartes, topos, climat, contacts

Etape 2 : Tracer un itinéraire sur ordinateur : les GPX et KML n’ont plus de secret !

Etape 3Utiliser son smartphone comme GPS : suivre son itinéraire même sans connexion

Etape 4Utiliser son smartphone comme GPS : les applications “expertes”

Le climat 

On parle ici de climat et non de météo : la météo se consulte dans les jours qui précèdent le départ, tandis que le climat est une moyenne qui peut être consultée bien à l’avance. Ainsi, on peut déjà s’intéresser aux températures et précipitations moyennes de la destination souhaitée sur Climate-Data.

En montagne, les températures sont plus fraîches que dans les villes souvent situées en vallée. Pour simplifier, la température décroît d’environ 1° tous les 100m. Ainsi, on peut prévoir les températures moyennes en altitude à partir de des moyennes climatiques d’une ville environnante.

Le site ClimatsEtVoyages s’intéresse – je vous le donne en mille – au climat d’un pays entier pour les voyageurs que nous sommes. L’approche est régionale : on comprend ainsi mieux les tendances par zones. C’est un peu comme si vous expliquiez à un étranger que la Bretagne est davantage pluvieuse que le bassin d’Arcachon, ou que la vallée du Rhône est bien sujette au Mistral. Ça nous semble évident dans notre propre pays car on y est habitué, mais ces tendances sont importantes et on les ignore souvent dans les pays étrangers.

Moyennes constatées par mois sur Embrun (Hautes-Alpes). Source : Climate-data.
Moyennes constatées par mois sur Embrun (Hautes-Alpes). Source : Climate-data.

En matière d’aérologie, on peut s’intéresser aux vents dominants. Le site incontournable est Windfinder. Les vents dominants s’obtiennent en cliquant sur un site où il y a des mesures (les points rouges sur la carte). Ensuite, il suffit de se rendre dans l’onglet “Statistiques” pour avoir les tendances par mois (on y trouve aussi les températures diurnes et nocturnes moyennes). En revanche, il faut se méfier des stations en montagne : leur vent dominant correspond à la brise de vallée, qui ne reflète pas ce qui se passe dans les montagnes alentours.

Exemple de visualisation d'aérologie moyenne à Embrun (Hautes-Alpes). Source : Windfinder.
Mais il s'agit ici d'un site en vallée montagneuse, donc ces valeurs sont peu représentatives.
Exemple de visualisation d'aérologie moyenne à Embrun (Hautes-Alpes). Source : Windfinder.
Mais il s'agit ici d'un site en vallée montagneuse, donc ces valeurs sont peu représentatives.

Il n’existe pas de technique précise pour connaître l’enneigement moyen d’un secteur (à ma connaissance). D’autant plus que c’est très variable d’une année à l’autre. En revanche, le site Sentinel-Hub permet de visualiser les images satellite actualisées régulièrement (du réseau Sentinelle), et ainsi de voir l’enneigement (on peut consulter l’historique sur plusieurs années). Les 2 satellites mettent 10 jours pour couvrir l’ensemble du globe : on a donc une nouvelle image tous les 5 jours. Un bémol toutefois : l’image n’est pas exploitable si le temps est trop nuageux au moment du passage du satellite.

Visualisation d'images satellite actualisées tous les 5 jours. Source : Sentinel-Hub.
Visualisation d'images satellite actualisées tous les 5 jours. Source : Sentinel-Hub.
Mise à jour : je viens de découvrir un nouvel outil pour l'enneigement : SnowEvaluator.
J'ai fait quelques essais sur les montagnes environnantes et il me semble très pertinent. Il se base aussi sur le réseau de satellites Sentinel, mais au lieu de fournir une image à un instant donné, il calcule plutôt des moyennes, ce qui le rend plus fiable. On peut d'ailleurs cliquer sur un endroit sur la carte pour voir un graphique qui donne l'enneigement au cours de l'année. En revanche, il souffre du même défaut : si la couverture nuageuse était importante lors du passage du satellite, les valeurs peuvent être imprécises.

En bref :
- Sentinel-Hub est adapté pour avoir la dernière image en date, et donc vérifier l'état réel de la neige.
SnowEvaluator est adapté pour envisager un secteur bien à l'avance, connaitre l'enneigement habituel d'une zone que l'on ne connait pas.

Attention j'insiste : le climat n’est pas la météo ! Parfois, on est bien en-deçà des normales saisonnières : il peut donc faire plus froid, plus humide et plus venteux que la moyenne, et il faudra s’équiper en conséquence.

Les cartes

Commençons d’abord par les fournisseurs de cartes à l’échelle mondiale : ils sont pratiques car ils proposent une cartographie unifiée sur l’ensemble du globe. Le projet OpenStreetMap (OSM), dont le but est de mettre à disposition des cartes collaboratives sous licence Open Database, est idéal. Ces cartes sont bien lisibles, et plutôt bien adaptées à nos activités outdoor. Notons par ailleurs qu'il existe de nombreuses initiatives de cartographie issues du projet OSM, dont certains sont très pertinents pour nos activités outdoor, comme OpenTopoMap qui, comme son nom l'indique, représente mieux le relief du terrain.

Source : OpenStreeetMap (OSM).
Source : OpenStreeetMap (OSM).

Bien sûr, on peut aussi aller voir chez les GAFAM, à l’instar de l’incontournable Google Maps, ainsi que la vue 3D qu’offre Google Earth (oui, la Terre est ronde). Comme alternative, il y a aussi Bing Maps. Ces outils ne sont pas vraiment idéals pour de la cartographie (hors route), mais leur imagerie satellite est souvent de très bonne qualité. Ce qui est très pratique pour estimer l’état d’un chemin, dénicher des bivouacs en itinérance kayak, évaluer le type de sol (végétation versus roche), etc.

Vue 3D du globe. Source : Google Earth.
Vue 3D du globe. Source : Google Earth.

Ensuite, de nombreux pays ont leur propre organisme de cartographie. En général, ce sont des cartes précises et pratiques à utiliser. En France, nous bénéficions d’un outil de très bonne facture : Géoportail, conçu par l’IGN

Deux astuces à propos du Géoportail :

  • Pour forcer de rester à l’échelle 1/25000e, choisir la couche “carte topographique IGN”. Ce peut être pratique pour avoir une vue d’ensemble sans changer de type de carte. En revanche, en sélectionnant “carte IGN classique”, la cartographie change dès qu’on zoome/dézoome.
  • Il ne faut pas hésiter à faire un tour dans les outils (à droite) : calcul de distance rapide, d’azimut, de profil altimétrique, prise de notes… 
L'outil Géoportail de l'IGN, très utile et plein d'infos !
L'outil Géoportail de l'IGN, très utile et plein d'infos !

Bien entendu, je ne vais pas dresser ici la liste des sources des cartes les plus précises pour chacun des 193 pays du monde. À noter que certains pays disposent de cartes en lignes très précises, avec un outil facile d’utilisation, tandis que pour d’autres pays l’information peut être moins fiable, moins pratique, et parfois payante pour avoir les échelles les plus détaillées. Une raison supplémentaire d’apprécier la qualité du travail de l’IGN et du Géoportail, très abouti !

Parmi les pays limitrophes, nous avons :

Enfin, il existe aussi certaines entreprises qui commercialisent des cartes pour différents pays, comme Kompass.

Afin d’éviter les mauvaises surprises sur le terrain, le mieux est de croiser les infos entre différentes sources : par exemple, en France, mettre côte à côte les cartes IGN celles de l'OpenTopoMap.

Comparer les cartes : pour l'avoir emprunté un paquet de fois, le chemin rose au sud du col de Chorges existe bien, mais la carte OpenTopoMap ne le mentionne pas.
Sources : OpenTopoMap à gauche et IGN à droite.
Comparer les cartes : pour l'avoir emprunté un paquet de fois, le chemin rose au sud du col de Chorges existe bien, mais la carte OpenTopoMap ne le mentionne pas.
Sources : OpenTopoMap à gauche et IGN à droite.
À l'inverse, cette fois c'est OpenTopoMap qui mentionne un chemin que l'IGN omet, à l'est du col de Rouannette. Idem, ce chemin existe bien et il est nettement marqué. On le voit même sur les photos aériennes... de l'IGN !
Sources : OpenTopoMap à gauche et IGN à droite.
À l'inverse, cette fois c'est OpenTopoMap qui mentionne un chemin que l'IGN omet, à l'est du col de Rouannette. Idem, ce chemin existe bien et il est nettement marqué. On le voit même sur les photos aériennes... de l'IGN !
Sources : OpenTopoMap à gauche et IGN à droite.
Quelle est la meilleure cartographie ?
Il n'y a évidemment pas de réponse à cette question, puisque cela dépend déjà de l'activité que l'on pratique : un cycliste de route pourrait se contenter d'une carte routière simple, tandis qu'un marcheur en montagne préfèrera une carte topographique détaillée. Un kayakiste s'intéressera aux cartes littorales... De plus, la carte fiable à 100% n'existe pas, comme on peut le voir sur l'exemple précédent. Enfin, pour les zones montagneuses, il est nécessaire d'avoir des données précises sur le relief : sur l'exemple précédent, la carte IGN révèle bien mieux les barres rocheuses infranchissables. On notera aussi que les cartes "locales" ont souvent davantage de noms de lieux, ce qui est plus pratique pour se retrouver. En bref, la carte idéale pour tout n'existe pas !

Enfin, je dois aussi mentionner les cartes soviétiques (loadmap.net est très bien fait pour les consulter) pour 2 raisons :

  • Sur certaines parties du globe peu ou mal cartographiées (certains pays en -stan par exemple), elles sont très utiles.
  • Et il est aussi marrant de consulter des zones que l’on connaît, pour en avoir une version en cyrillique un peu déroutante :-)

Rappelons enfin qu’il est très intéressant de se procurer des cartes papier pour avoir une vue d’ensemble. Il existe des librairies spécialisées (boutiques physique et en ligne Au Vieux Campeur) et en ligne (comme MapToGo).

Les Alpes version soviétique :-) On y voit le Mont Blanc et le lac Léman, entre autres.
Les Alpes version soviétique :) On y voit le Mont Blanc et le lac Léman, entre autres.

Les topos

Je n’évoque pas les topos au format papier : ils sont très nombreux, très diversifiés, et dépendent de l’activité pratiquée. Quoiqu’il en soit, ce sont des mines d’informations qu’il est très judicieux de se procurer pour se renseigner avant un voyage.

Sur la toile, ce sont souvent les outils communautaires qui sont les plus complets : en tant que pratiquants, nous sommes une source intarissable d’infos. On peut donc y piocher un paquet de données, souvent bien à jour (topos, photos, commentaires…). Et surtout, on peut rendre la pareille au retour, et donner des informations à la communauté.

Le plus souvent, chaque site est spécialisé dans un domaine. En voici quelques-uns francophones :

  • MyTrip : notre outil maison, il est taillé pour des itinéraires de 2 jours à 2 ans (ou plus !). Traces, topos, récits : tout y est. Idéal pour préparer un voyage ou partager le sien.
  • VTTrack : un excellent portail pour le VTT développé par un passionné ! Entre autres, il réunit sous forme de carte les informations de 2 sites incontournables du VTT de montagne : VTTour et SingleTrack. C’est l’outil idéal pour créer un itinéraire à son niveau en montagne, grâce à un système de cotation/couleur bien pensé. Il faut penser aussi à activer d’autres couches (Utagawa ou OpenRunner par exemple), qui proposent aussi de nombreuses traces, notamment en dehors des zones montagneuses.
  • CampToCamp est une bible d’informations pour les sports de montagne, sur l’ensemble de la planète. 
  • Skitour : le pendant de VTTour, version ski. Une mine d’info pour le ski de randonnée, et une communauté dynamique !
  • Bivouak.net : une belle communauté aussi pour partager des activités outdoor : rando, VTT, ski et parapente.

En fouillant, on trouve encore d’autres plateformes participatives, parfois moins actives ou moins fournies. Je ne peux pas toutes les nommer ici, votre moteur de recherche préféré vous y mènera certainement :-)

Dans les pays non-francophones (ou dont vous ne connaissez pas la langue), deux stratégies sont possibles :

  • Chercher l’info en anglais, la communauté voyageuse anglophone étant très développée.
  • Utiliser Google Translate, qui est bien assez fiable pour traduire des infos basiques grandement utiles.
CampToCamp est un exemple de site communautaire très actif, dédié à la montagne.
CampToCamp est un exemple de site communautaire très actif, dédié à la montagne.

Contacts et réseaux sociaux

Enfin, des informations très fiables peuvent être obtenues en contactant directement des autochtones. Ces derniers, s’ils pratiquent les mêmes activités que vous, seront certainement les mieux placés pour vous orienter ! Par exemple, via le réseau Warmshowers : sans forcément demander le gîte, on peut s’enquérir d’infos locales auprès d’autres membres du réseau. Et ça fait toujours plaisir d’aider un futur voyageur. Quel chemin emprunter, que visiter sur place, ou même savoir quels services sont disponibles (une épicerie par exemple)... le “local” est une source plutôt sûre !

Laurent connaît la côte Normande comme sa poche : je l'ai rencontré par Facebook avant mon voyage, et l'ai croisé pendant mon séjour là-bas. Il a été une source d'infos précieuse avant mon trip fatbike+parapente !
Laurent connaît la côte Normande comme sa poche : je l'ai rencontré par Facebook avant mon voyage, et l'ai croisé pendant mon séjour là-bas. Il a été une source d'infos précieuse avant mon trip fatbike+parapente !

Une dernière astuce consiste simplement à dégoter d’autres voyageurs qui ont parcouru le secteur convoité. Les réseaux sociaux s’y prêtent bien : forums et groupes Facebook par exemple. Bien que très actifs, les groupes Facebook souffrent d’un défaut majeur à mon sens : l’information est très vite diluée, puis perdue. Exemple concret : quelqu’un demande si un chemin est intéressant autour du lac de Serre-Ponçon, et probablement une dizaine de personnes y répondent. Un mois plus tard, si une autre personne se pose la même question, elle ne retrouvera pas les infos précédentes : elle pose donc la même question… Dommage. Avec l’avènement des réseaux sociaux, les forums ont moins la cote, et pourtant, ils permettent d’archiver l’information de manière bien plus efficace.

Tracer l’itinéraire

Maintenant qu’on a tout ce qu’il faut pour décider du parcours, je vous invite à lire la partie suivante pour tracer son itinéraire sur ordinateur.

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