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Vos récits de voyages
Trek + VTT Lac Rara, Népal 2
(partager)
posté le 11 avr. 2015 mis à jour le 11 avr. 2015

Romni
Hirondelle
(9 messages)
Inscription : 08/04/13
Lieu : Paris

Message privé
Rara - Katmandou à pied et VTT.

Résident au Népal et amoureux du trek, j’avais parcouru la plupart des itinéraires connus et cherchais de nouvelles idées : et pourquoi pas le tour du Lac Rara à pied, au nord-ouest du Népal, et un retour en vélo ? La logistique est un peu compliquée, mais possible, surtout lorsqu’on habite sur place.

Le trek lui-même, d’une dizaine de jours, se fait en autonomie complète à partir de Jumla, capitale provinciale où s’arrête la route et pourvu d’un aéroport qui n’accueille que des tout petits avions ne prenant pas les VTT, même démontés. Nous irons donc par la route.

Cela signifie d’abord une quinzaine d’heure de bus pour rejoindre Surkhet où nous nous entassons dans une jeep indienne. Entasser est le mot : cela à beau être un châssis long, nous sommes là-dedans à onze, avec le matériel de trek pour dix jour et neuf personnes, plus le VTT. Viennent ensuite trois jours de piste à raison de dix heures par jour pour faire 230Km ! Moins de 8Km/h de moyenne, mais en voyant la demi douzaine de camions et tracteurs renversés en bas des ravins le long du parcours, on ne cherche pas trop à accélérer. Pour amortir les chocs et soulager ses reins, on passe beaucoup de temps suspendus aux poignées fixées sur le toit. Arrêt toutes les quelques heures pour réaligner les lames de suspension à coup de masse et resserrer quelques boulons ; nous perdons quand même un amortisseur et un marchepied. La dernière journée, qui n’est normalement faite que par des tracteurs, est épique : au pas toute la journée, en première courte 4x4 ; même comme ça, il faut souvent s’y reprendre plusieurs fois pour les passages le plus scabreux : tout le monde descend alors, et l’aide conducteur accompagne la jeep, une grosse pierre aux mains, prêt à la pousser sous une roue lorsque la voiture cale. Il faut alors redescendre un peu, le cœur entre les dents, pour reprendre de l’élan, et essayer à nouveau, un peu plus vite, en espérant ne rien casser. Nous brinquebalons ainsi onze heures de rocher en ornière, avec arrêts pour remettre des tracteurs renversés sur la route ou attendre qu’ils réparent une roue car on ne peut doubler nulle part.

Pas grand-chose à dire ici de ce trek magnifique où nous n’avons croisé aucun occidental, car c’était un trek avec porteurs et guide, un trek à se laisser marcher. Rêvez donc à ces chemins déserts dans les forêts de cèdres, aux petits cols où les bouleaux tourmentés surplombent les drapeaux à prières des chortens, à l’arrêt le soir dans une halte perdue à quatre heures de marche de la plus proche maison où une gamine de douze ans et son petit frère tiennent auberge tout seuls. Il avait simplement fallu que je couse deux paires de guêtres en urgence à Jumla car, en fait de trek de printemps, il est tombé 40cm de neige la veille du départ – 24h d’attendre pour que ça tasse un peu, plus 24h pour soigner une crise de lambliase féroce - et nous avons marché un bon tiers du temps dans la neige.

De retour à Jumla, je récupère mon VTT laissé à l’auberge, tandis que ma femme rentre en avion (sans sièges car il transportait normalement du riz). Mon VTT est un modèle de base avec fourche suspendue, transmission Deore LX, pneus locaux, porte bagage alu à l’arrière seulement. Je voyage léger, sans tente ni popote, car au Népal, si on se contente de l’ordinaire local, on trouve toujours de quoi dormir et manger, chez l’habitant si nécessaire.

Les premiers 50km sont un rêve : une bonne piste roulante qui descend la large vallée de Jumla, avec juste quelques passages empierrés, cailloux sur la tranche, qu’on passe à pied pour franchir trois ou quatre zones marécageuses. Il fait un temps magnifique et froid, pas de vent, génial. Un bon Dhal-Bhat, le plat national de riz et lentilles, dans le seul village de la vallée très encaissée de la rivière Tita Khola que je vais descendre et re-départ.

Et là, les choses se corsent. La piste, taillée à flanc dans des pentes entre 30 et 60°, est une suite d’ornières en partie comblées par une poussière fine sans consistance et semée d’énormes pierres déchaussées. Je comprends mieux notre moyenne en jeep à la montée. En VTT, la conduite est acrobatique et épuisante car la poussière masque le relief sans offrir la moindre portance. On roule à la sensation du guidon, le plus souvent dans le fond des ornières de tracteur, où des pierres invisibles bloquent la roue avant ou bien la font dévier brutalement, quand les pédales ne buttent pas sur les côtés. Parfois, je me risque sur le talus médian, un peu plus dégagé, mais étroit et bordé, évidemment, des deux grosses ornières où l’on finit par retomber, pas toujours élégamment. Pas question de rouler sur les bords : côté ravin il y a deux cents mètres de chute et coté paroi il n’y a pas la place de glisser une roue.

Dans ces conditions, la moindre pente condamne à pousser le vélo et pousser un vélo chargé dans un pierrier sans visibilité… vous avez essayé ? Heureusement que la vue est fantastique, mais la moyenne, elle, frôle les 5 Km/h et je sais déjà que je n’arriverai pas aujourd’hui au prochain village comme je l’avais planifié.

Entre fatigue et impatience, on finit par devenir imprudent et, sur un tronçon presque roulant, j’évite un caillou par le côté ravin, vois ma roue avant flotter vers le bord dans une flaque de poussière et le bord se rapprocher, se rapprocher : c’est cuit, je ne m’arrêterai pas à temps, la ravin m’attend. Tant pis pour le vélo : je lâche tout pour plonger côté paroi. La poussière me remplit la bouche mais amortit la chute et m’évite autre chose que de petites écorchures. Le VTT et tout son chargement passent, eux, pardessus bord. En me relevant, je me dis que je suis sauf, que cela seul compte, qu’un vélo se remplace et que je finirai à pied, mais je l’ai mauvaise car l’accident n’est dû qu’à mon inattention. Et puis quelle trouille.

Coup d’œil dans la pente : un bon 45° en terre friable avec quelques buissons et, à peu près 70m plus bas, le vélo coincé sur un arbuste et qui semble en un seul morceau. Comme souvent en orient, le temps que j’arrête de trembler et que je m’interroge sur une ligne de descente possible pour récupérer l’engin, une demi-douzaine de personnes s’est matérialisée sur le lieu. Dès que, très peu rassuré, j’entame la descente, un Népalais m’accompagne spontanément. Le trajet est court, en réalité pas trop difficile, mais éprouvant pour les nerfs : sol instable et 300 mètres de chute avant la rivière en cas de glissade. En arrivant au vélo, je n’en crois pas mes yeux : le guidon est tordu, la selle arrachée, mais le reste, y compris les sacoches, semble en état passable. Je prends les sacoches en bénissant le népalais qui se charge du vélo et remonte avec infiniment plus d’assurance et de force que moi.

Eh oui, le vélo est en état de rouler ! Il doit y avoir un dieu pour les inconscients. Et comble de miracle, une équipe de médecins occidentaux d’une ONG en tournée passe par là juste à ce moment et me confectionne une nouvelle selle en chiffons, coton et scotch industriel. Deux heures après mon plongeon, secoué mais indemne, je peux aller prudemment jusqu’à un abri accroché à la pente qui fait office de restoroute sommaire où je passerai la nuit.

C’est fou ce qu’un petit feu de trois branches sur lequel bouillonnent deux casseroles peut réchauffer le cœur. Assis sur la banquette dure de la seule pièce, moulu et affamé, je regarde avec volupté le foyer, en attendant que le riz cuise, les mains serrées autours d’une tasse de thé. Je suis fourbu, serein, heureux, pleinement en accord avec ce qui m’entoure.

Le lendemain, l’exercice est un peu le même : de long passages presque plats envahis de poussière où je me montre très, mais très prudent, des descentes acrobatiques mais assez amusantes à vitesse réduite et des montées harassantes en poussant. En fin d’après midi, j’arrive au-dessus du village qui marque le confluent avec la Karnali et termine par un véritable gymkhana sur une piste composée entièrement d’énormes cailloux arrondis : c’est bien la piste, mais on se croirait dans le lit d’un torrent ; le jeu consiste à ne pas mettre le pied, ou le nez, par terre. La nuit se passe dans le hameau qui sert de terminus aux bus qui arrivent du sud, à quinze convives sur et sous les tables dans une pièce de vingt mètres carrés.

Troisième jour de galère : la piste est plus facile, moins dangereuse, mais encore plus poussiéreuse et maintenant les bus qui y circulent soulèvent des nuages étouffants ; en l’absence de vent, la poussière mets une bonne dizaine de minutes à se dissiper… et il y environ quatre bus par heure. Trois vallées secondaires coupent la piste et c’est, à chaque fois, 500 ou 700 mètres de dénivelé à descendre… et à remonter, presque toujours en poussant : environ 4 heures dans la journée. Les parties roulantes demandent tant d’attention que je ne profite pas beaucoup du paysage. Le soir, je devais être le client le plus sale de la cahute de bord de route où j’ai passé la nuit par terre.

Honte à moi, mais j’ai craqué et mis le vélo sur un bus pour la dernière journée de piste jusqu’à Surkhet où, après une douche, un bon repas et une bière dans une vrai hôtel, je me reprends, trouve une mauvaise selle pour remplacer mon paquet de coton, mais pas de tube pour réparer les dégâts du guidon, et repars à coups de pédales.

On a beau dire, le goudron a du bon, surtout lorsque la circulation est quasi nulle. Je franchis la dernière petite chaîne de collines avant la plaine Indo-Gangétique et me laisse avec jouissance glisser sur presque 3.000m de dénivelé jusqu’au Téraï qui compose tout le sud du Népal. Il fait désormais doux, la route est parfaite, lisse et déserte : très déserte même et il faut bien calculer les arrêts repas car il y a souvent plus de 50Km entre les hameaux. Durant trois jours, je pédale tranquillement, mais très mal assis et tout de travers à cause du guidon tordu que je n’ose pas essayer de détordre par peur de casser l’alu. Les forêts clairsemées alternent avec de petits champs, le temps est beau, le printemps est là et, si j’étais un peu mieux installé sur mon vélo, se serait paradisiaque… c’est déjà drôlement bien d’ailleurs. Je m’arrête manger l’éternel dhal-bhat dans les haltes de bord de route et dors sous l’auvent de fermiers accueillants.

En traversant la seule presque ville, je souris en franchissant sans encombre les barrages routiers dressés par des militants politiques en colère : sur les prochains 100Km, la route n’est plus qu’à moi. Je longe les puissantes rivières qui descendent de l’Himalaya, bien basses au printemps. Des crocodiles gavials se laissent apercevoir sur les berges éloignées et, en l’absence de bruit de circulation, je surprends parfois des singes langurs dans les arbres, ou des variantes d’antilopes locales dans les sous-bois.

Arrivé à Narayangadh, je rejoins tout le trafic qui monte vers Katmandou : il est exclu de rouler dans cette noria de camions fous crachant des nuages noirs de gaz d’échappement et je mets à nouveau mon VTT sur le toit d’un bus pour la longue journée de route qui m’amènera chez moi.

Dix jours de trek, trois jours de bus, trois jours de jeep et sept jours de vélo pour 650Km : je recommencerai, sans le ravin.




























posté le 15 avr. 2015

loic88
Milan noir
(305 messages)
Inscription : 08/09/09
Lieu : Besançon

Message privé
hello, superbe aventure dans de beaux chemins :D

Sympa la selle rafistolée ? au scotch !
On ne va jamais aussi loin lorsque l'on ne sait où l'on va....
posté le 18 août 2016

ima
Hirondelle
(8 messages)
Inscription : 02/07/16

Message privé
Je viens de te lire.

Fiouu.

:D
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