Tour du Hornstrandir

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Tour de la presqu'île de Hornstrandir en kayak de mer avec mon fils de 17 ans.
kayak de mer / randonnée/trek
Quand : 02/08/21
Durée : 16 jours
Carnet créé par Thierrydelagnes le 20 sept.
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Le compte-rendu : Section 1 (mise à jour : 20 sept.)

L’idée de ce voyage avec Enzo, mon fils âgé de 17 ans, est née il y a 2 ans à la suite de mon aventure en solitaire au Groënland. Initialement, je voulais lui faire découvrir le pays des icebergs, mais les actualités sanitaires en ont décidé autrement. Le tour du Hornstrandir est un vieux projet que j’avais en tête et qui m’imposait de partir à deux, car il y a un portage pour pouvoir faire le tour complet. Le voyage était prêt dans les grandes lignes et en stand-by. Finalement, j’ai acheté les billets et affiné les préparatifs à la dernière minute.
Section 1
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L’objectif de cette aventure est de faire le tour de la presqu’île de Hornstrandir en partant et arrivant a proximité de l’aéroport pour ne pas avoir à utiliser d’autres moyens de transports motorisés. Cette contrainte va nous confronter a 4 difficultés majeures, qui conditionneront notre succès. La première est totalement inconnu pour moi: le portage du kayak et de notre matériel pendant 8km, pour passer d’un fjord à l’autre. Puis dès le premier jour, 2 grandes traversées de fjord de respectivement 12 et 8 km. Et enfin, traverser un fjord de 12 km. Nous espérons que tous les voyants seront au vert. La météo et les conditions de mer seront des éléments déterminants pour le succès.
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Jour 1 :
Aéroport d’Ísafjörður → Arnarnes – Remontée du fjord de Skutulsfjörður
7km - 1h
Mauvaise surprise à l’arrivée à l'aéroport de Reykjavik : notre vol de 8h30 est annoncé avec
une heure de retard, puis il est repoussé à 11h30, puis 12h30 …On n’y croit plus... Finalement
à 15h, nous embarquons et décollons pour Ísafjörður…. Ouf ! Notre programme devra être
adapté, avec cette arrivée, 8h plus tard que prévu. Enzo est surpris par la petite taille de notre
avion. Nous embarquons dans un Bombardier Q200.
Sortis de la petite aérogare, nous partons à la recherche d'un emplacement pour monter notre
kayak et le mettre à l'eau. Le montage se fait sans encombre, et le kayak n'a pas eu de casse. Il
est chargé au maximum, à l'intérieur comme sur le pont, car nous partons pour 2 semaines en
autonomie.

A 18h, nous embarquons pour rejoindre la rive de notre première difficulté : la traversée d'un
fjord de 12 km de large. Notre premier bivouac n'est vraiment pas terrible, il est couvert de
crottes de moutons, mais il fera l'affaire pour se reposer du voyage et se ressourcer pour le
lendemain.

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JOUR 2 :
Arnarnes → Hundamúlar – Traversée des fjords de Ísafjarðardjúp et de Jökulfirðir
25 km – 5 h

La nuit a été peu reposante, bercée par les bêlements des moutons près de la tente. Le ciel est bas et le vent s'est levé. La traversée de 12 kilomètres du fjord Ísafjarðardjúp ne va pas être de tout repos avec ce vent de côté ! Nous partons, avec une cascade située sur l'autre rive en ligne de mire. Notre point de repère ne grossit pas, cela semble interminable… Enzo commence à avoir le mal de mer avec cette houle qui fait tanguer le bateau de gauche et droite. Nous arrivons enfin sur l'autre rive, au pied d'une belle cascade, mais… C'est la déception. Il n'y a que des éboulis qui finissent dans la mer. Aucun emplacement possible pour bivouaquer. La seule solution est de repartir… Longer la côte, puis se lancer dans la seconde traversée. Le fjord Jökulfirðir est certes un peu moins large, mais de 8 kilomètres tout de même. Il y a toujours du vent de côté. Au début, nous longeons la côte. Le vent dans le dos nous pousse, nous gagnons 2km/h. Puis, nous tournons à gauche pour rejoindre la rive opposée, et là, le vent se renforce et les vagues grossissent. Plusieurs vols de Macareux et de Sternes arctiques vont nous accompagner. Mais avec des vagues plus grosse et un vent plus fort, nous devons redoubler nos
efforts… 5h plus tard, nos pieds se posent enfin sur la terre ferme ! Notre vraie première journée
de navigation commence fort, avec ces 2 grandes traversées de 12 km et 8km. Nous décidons
d'arrêter la navigation ici pour aujourd'hui après 25 km au total. Nous déjeunons et installons
notre campement. Heureusement le temps est très clair, sec et le vent permet de sécher nos affaires qui ont pris l'humidité pendant la nuit précédente. Après avoir mangé, nous partons dans les environs pour aller chercher de l'eau dans un petit torrent qui coule loin du campement. Notre balade sera agrémentée d'une cueillette de myrtilles qui poussent à foison. Elles feront un bon complément de nos repas lyophilisés. Enfin une nuit ou l'on va pouvoir bien se reposer.
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JOUR 3 :
Hundamúlar → Sæból → Látrar
20 km – 4 h et 7 km – 1 h
Effectivement, la nuit nous a bien ressourcés. Nous embarquons pour une nouvelle longue étape qui longe de hautes falaises où il nous sera impossible de débarquer. Le vent n'a pas faibli dans la nuit, les vagues sont toujours aussi grosses. Enzo a de nouveau le mal de mer. Je me retrouve seul à pagayer. Soudain notre regard est attiré sur l'horizon, par 2 masses ressemblant à des bateaux. En fait, ce sont des orques en train de sauter hors de l’eau ! C'est fascinant, mais nous sommes contents d’être à bonne distance. Le spectacle dure 5 bonnes minutes, puis tout s'arrête et redevient calme. Enzo a toujours très mal au coeur, mais on ne peut rien y faire, les falaises nous rendent le débarquement impossible. Au bout de la pointe, nous devrions contourner le cap.
Un kilomètre après, il sera peut-être possible de débarquer car les falaises laissent un peu de répit. Effectivement, nous atteignons un point, loin d’être idéal pour débarquer, mais avec quelques petits rochers qui permettent à Enzo de mettre pied à terre. Il pourra même me suivre en marchant sur quelques centaines de mètres, car la carte nous indique un sentier côtier. Un renard polaire curieux vient nous observer, il suivra Enzo sur plusieurs mètres. Deux autres nous guettent près de leur terrier. Les cygnes et oies sauvages sont légalement de la partie. Pour ce qui est du sentier, il n'y a ni trace, ni balisage. Heureusement, le parcours est simple puisqu'il suffit de longer la côte donc pas de problème d'itinéraire. En revanche, le cheminement est assez compliqué : " j'ai dû me déchausser pour passer dans l'eau car de gros rochers bloquaient le chemin. Puis il m'a fallu franchir une petite falaise en escaladant, traverser un éboulis et rejoindre enfin une bonne prairie. Avec un peu d'herbe couchée, j’ai supposé que ce fût le sentier. La marche était plus facile. J’ai enfin rejoint le kayak qui m'attendait sur la plage, où nous avons pu déjeuner, avec notre risotto poulet lyophilisé".
Je décide de rallonger un peu l'étape pour ne pas avoir à faire cette partie un peu contraignante demain matin. Nous revoilà partis pour environ 7 km supplémentaires et traverser toute la baie qui nous attend sur le début du parcours. Nous apercevons deux phoques, tout proches cette fois-ci, à seulement quelques mètres. Ils nous regardent fixement quelques secondes et d'un grand coup de queue, ils replongent et sautent devant nous. La journée de navigation s'achève sur une plage qui servait à l'armée Anglaise pendant la guerre froide. De nombreux vestiges, comme des coques rouillées, en témoignent. Dans le même temps, le soleil commence à se lever et le ciel bleu prend le dessus, chose que nous n’avons pas encore eu depuis le début de notre séjour. Le moral remonte et nous décidons alors d'attaquer une petite marche en direction d'un lac pour éventuellement faire un petit brin de toilette et nous dégourdir les jambes en faisant quelques pas. Malgré l'eau un peu froide nous arrivons quand même à rentrer dans le lac pour se dessaler un peu. Une famille, de cygnes sauvages viennent traverser le lac juste devant nous, le spectacle est majestueux.

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JOUR 4 :
Latrar → Rekavíkurvatn → Fljótavík
20 km – 4 h


Au réveil, le vent, les nuages et le ciel bas sont de la partie. Enzo a du mal à se motiver ce matin pour aller faire du kayak. La mer est encore plus agitée que les jours précédents. Nous décidons de faire deux groupes, moi en kayak et Enzo à pied. Le parcours est parfaitement adapté. A pieds, il suffit de passer d'un fjord à l'autre et en kayak il faut sortir faire tout le tour. Après m'avoir aidé à embarquer, il retourne se changer au sec sur la plage. "Je vois alors un renard apparaître derrière une dune où il y avait notre campement. Il m’a observé pendant une bonne dizaine de minutes, jusqu'au moment de partir. A ma grande surprise le renard m’a suivi à une distance de plus ou moins 5 m, sur une distance d'environ 500 m. La suite de la marche était plutôt facile malgré la nuée de mouches qui me tournait autour. J'ai rejoint la plage du rendez-vous et j'ai attendu Papa".

De mon côté, après un embarquement compliqué dû aux vagues qui déferlaient sur la plage, j'attaque le contournement du cap, environ une douzaine de kilomètres, soit un peu plus de 2h de navigation. La mer est très formée. La houle, à laquelle s'ajoute un clapot assez fort bouge beaucoup le bateau. Heureusement qu’Enzo n'est pas avec moi, c’était la nausée assurée ! Après quelques kilomètres, le vent se calme mais la mer reste toujours très agitée, la navigation devient agréable et je prends beaucoup de plaisir à pagayer.
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Arrivé au cap, il y a seulement des vestiges désaffectés de l'armée anglaise. Puis des phoques, qui se font bronzer au soleil sur les rochers. Dès mon arrivée, ils plongent tous comme s'ils étaient effrayés. Ayant eu le vent de face pour sortir du fjord, je me dis que pour rentrer dans le suivant, je l'aurai dans le dos. Mais entre-temps, il a tourné de 180° et le soleil est sorti. En Islande, le temps change très vite et je le confirme ! J'aurai fait tout le trajet avec le vent de face ! Je rejoins Enzo qui m'attend tranquillement sur sa plage. Nous réorganisons le kayak avec les sacs qui reprennent leur place habituelle et continuons la fin de notre parcours dans une mer relativement calme au début, puis très agitée avec de nombreuses vagues de côté. Décidément Enzo n'a pas de chance et il devra serrer les dents pour que tout aille au mieux. La navigation est relativement courte. Pour débarquer, nous sommes face à une immense plage avec beaucoup de vagues déferlantes. Ce qui laisse présager un débarquement compliqué…Heureusement, un estuaire présente une zone d'eau plus profonde avec peu de déferlantes, je décide de le viser. Une vague nous surprend et nous voilà partis pour faire un surf en kayak de mer biplace ! Nous en sortons sans encombre. On pagaie de toutes nos forces pour remonter l'estuaire et la fin de la rivière, pour arriver dans une zone plus calme où nous pouvons enfin débarquer. La plage est immense. Pour rejoindre une zone herbeuse sans rocailles pour planter notre tente, il nous faut faire une longue marche. Nous arrivons à trouver un bel endroit pour mettre notre tente et nous ravitailler. Nous décidons donc d'aller rejoindre des petits lacs perchés au-dessus d'une falaise. Comme par malchance, à notre arrivée, ils sont dans le brouillard. Puis, nous sentons le vent se lever pour nous faire découvrir un magnifique spectacle. Nous observons en contrebas des falaises un halo sur lequel notre silhouette apparaît au milieu. Nous restons là, à savourer ce moment magique.
Ce soir, notre repas, sera enrichi avec des petits pois sauvages que nous récoltons dans les environs de la tente.

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JOUR 5 :
Fljótavík → Hlöðuvík → Hornvík
18 km – 3 h ½ et 12 km – 2 h


Après s’être couchés sous un ciel bleu le réveil est différent. Nous entendons la pluie tomber sur la tente. Il va falloir se changer ! Cela ne nous motive pas à nous lever. Nous traînons quelques minutes et nous arrivons à transformer la tente en abri, en enlevant uniquement la toile intérieure. La mer est calme, mais la houle vient déferler ses rouleaux sur la plage. Heureusement, nous avons débarqué dans un estuaire, justement pour éviter ce problème. Effectivement, à l'endroit où se jette la rivière, il n'y a pas de rouleaux déferlants. Nous embarquons dans la rivière pour descendre jusqu'à l'estuaire et rejoindre la mer. Une fois ce point passé, la mer est très calme, tout est silencieux, pas un bruit. La pluie rythmera une bonne partie de notre navigation. Un canal naturel s'offre à nous. Nous décidons de nous y engouffrer. La houle résiduelle à l'intérieur nous donne des sensations de vitesse. Après quelques heures de navigation, nous apercevons dans l'eau des nuages de petites méduses qui font la taille d'une pièce d'un euro. Il y en a des milliers, et ça sur plusieurs centaines de mètres.
Au fond d'une baie, nous voyons deux petites maisons. Nous décidons de nous y arrêter. L'endroit est bien aménagé. Le soleil vient de se lever et il nous permet de faire sécher les affaires, de manger et de s'accorder une bonne petite sieste. On profite des bonnes conditions de navigation pour prendre de l'avance sur notre programme et nous avalons deux étapes dans la même journée. Un phoque se prélasse sur un rocher.
En essayant de nous rapprocher pour prendre des photos, nous nous apercevons qu'il y en a 5, puis 7 qui nous encerclent. Au début nous prenons notre temps, on les observe pour essayer de cadrer nos photos…Mais peu à peu ils sont de plus en plus nombreux à nous tourner autour en se rapprochant.
Nous voilà de moins en moins rassurés, on range l'appareil photo et on s’éloigne rapidement. Nous ne voudrions pas que, même par curiosité ou par jeu, ils mettent un coup de dents dans le kayak… La toile n’y résisterait pas et là, ce serait la catastrophe.
Des falaises de plusieurs centaines de mètres tombent directement dans la mer. C'est très impressionnant. Elles sont peuplées de plusieurs milliers d'oiseaux, de petites cascades très fines qui se jettent directement dans la mer. Quand on lève la tête, la hauteur donne le tournis. Il y a des millions d'oiseaux au-dessus de nos têtes. Nous voyons à nouveau des macareux. L'un d'entre eux a le bec rempli de poissons. On parvient à s'en approcher à quelques mètres, mais ensuite ils plongent. En fin de journée, nous apercevons enfin l'objectif du jour. La baie est très profonde et il nous reste encore une heure à pagayer. Nous arrivons sur une plage de galets, débarquons, inspectons les lieux pour trouver un endroit plat où planter la tente. Des renardeaux sont en train de s'amuser. Nous comprenons que l’un des petits renards était dans le terrier
ennemi… Sa mère le rappelait, mais il n'osait pas passer car nous lui barrions le passage sans nous en apercevoir. Finalement, il est passé furtivement non loin de nous. Plus haut, une esplanade est aménagée. On ne saura jamais quelle pouvait être sa fonction, mais elle fera parfaitement l'affaire pour passer une nuit au sec, isolés du sol humide. Le campement est monté, le lyophilisé rapidement ingurgité et nous ne traînerons pas avant de sombrer dans le sommeil. Demain, l'étape va longer l’une des plus belles falaises du Hornstrandir.


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JOUR 6 :
Hornvík → Hornbjargsviti
15 km – 3 h ½
Ce matin la météo est catastrophique. Un épais brouillard avec une visibilité n'excédant pas 20 mètres. Nous apercevons à peine notre kayak qui est sur la plage en contrebas. Nous nous accordons une grasse matinée, prenons notre temps, en espérant que le soleil que l’on ne voit pas loin prenne le dessus. Il n'en est rien et nous décidons de nous préparer pour partir malgré ce brouillard à couper au couteau. Enzo est très inquiet sur la navigation et se demande bien comment nous allons pouvoir faire pour nous orienter, car nous devons traverser le fjord. Je lui explique qu'avec le compas, nous allons mettre le cap à 40 degrés et en regardant notre vitesse, nous pourrons calculer où l'on se trouve. Nous partons sur une mer d'huile. Au bout de quelques minutes, nous ne distinguons plus la côte, nous sommes totalement perdus au milieu à 360 degrés autour de nous, du brouillard…Plus de falaises, plus de côtes, plus rien n’apparaît. Nous continuons à pagayer en gardant notre cap, 40 degrés. Au bout d'une heure, nous apercevons la côte de l'autre côté la mer est toujours aussi calme rien à signaler… Ni phoque, ni oiseau, seul un macareux passe devant nous. Nous essayons de le filmer au mieux. Puis nous rejoignions le cap. Au et fur à mesure que nous approchons de celui-ci, nous sentons le vent se lever puis se renforcer de plus en plus. Une fois le cap passé il souffle fort, la mer est très formée. Nous étions donc à l'abri sans nous rendre compte de la force du vent en mer. Nous continuons. Le vent est violent, la mer est formée et pour agrémenter le tout, nous sommes avec un fort courant de face. Nous
n'arrivons plus à avancer. Nous pagayons péniblement à moins de 3 km/h au lieu des 6 habituels. Le brouillard est toujours présent la mer est agitée et le vent froid commence à nous refroidir. Nous cherchons un abri, une zone plus calme pour pouvoir mettre les manchons sur nos pagaies et pouvoir enfin continuer car il est impossible de débarquer ici. La côte est bordée de falaises immenses qui plongent directement dans la mer. Nous voyons uniquement leurs pieds plonger dans la mer. Nous trouvons une petite zone entre des rochers qui nous abrite du vent et des vagues. Le débarquement est toujours impossible. Nous mettons nos manchons sur les pagaies et continuons. J'ai l'impression que la mer commence à grossir de plus en plus. L'inquiétude commence à monter. Faire demi-tour n'est pas envisageable, je situe approximativement notre position. Je vois sur la carte que la côte marque un changement de direction de quelques degrés qui devrait nous permettre d'avoir moins de vagues. Nous pagayons sans relâche… Le vent commencerait-il à faiblir ? Est-ce une impression ou une réalité ? Oui, le vent baisse d'intensité. Enzo lui aussi commence à faiblir… Nous continuons toujours sans visibilité, notre objectif est de trouver une cascade qui se jette directement dans la mer car notre point de bivouac se trouve quelques mètres après cette dernière. Au bout de 4h30 de navigation la cascade est en vue. Nous la devinons à peine tellement le brouillard est épais, mais nous savons que le campement devrait être proche. Un autre problème à résoudre avant : où allons-nous pouvoir débarquer ? Nous savons qu'il y a un phare avec une zone de bivouac pour les randonneurs au-dessus des falaises. Mais nous ne sommes pas sûrs de trouver un accès pour accoster avec notre kayak. Nous continuons et découvrons au fond d'une petite crique un escalier suspendu en haut d'une falaise et au-dessus, le phare qui marque la fin de notre étape. En approchant, nous voyons que la mer est calme pour débarquer et la baie totalement abritée du vent, sans vague, un endroit idéal. En revanche…L'escalier suspendu n'arrive plus au sol ! Les tempêtes ont emporté les dernières marches. Comment faire pour y accéder ? Je décide quand même de débarquer en espérant pouvoir trouver une solution…Peut être en escaladant la partie basse. Je parviens à atteindre les premières marches… Nous hissons nos sacs grâce aux anneaux de sangle mis bout à bout. Nous sommes enfin sur la zone de bivouac que j'ai prévu. Les lieux sont magnifiques, il y a même un peu de réseau pour pouvoir communiquer avec la famille qui n'a plus de nouvelles depuis plusieurs jours à cause de ma balise Garmin qui m'a lâché dès les premiers jours ! Le brouillard nous gâche un peu les lieux.
Nous partons marcher dans les environs, qui sont vraiment majestueux. Des cascades partout, des renards polaires qui passent près de nous dans la plus grande ignorance. Une brève éclaircie permet d'immortaliser ces belles cascades et les environs.

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JOUR 7 :
Hornbjargsviti → Barðsvík
12 km – 2 h ½
Ouf ! le brouillard s'est levé mais le ciel reste gris. Nous profitons de ce temps dégagé pour prendre un peu de hauteur et nous décidons de faire une excursion sur un sommet voisin. D'en haut, on observe le chemin parcouru la veille et celui qu'il nous reste à faire aujourd'hui et demain. Maintenant, avant d'embarquer il faut descendre les sacs et escalader la fin de l'escalier. A midi, nous sommes prêts à embarquer et décidons de retourner faire quelques dernières photos au pied de la cascade vraiment magnifique. Puis c’est le départ, la mer est très calme. Il n'y a pas de vent, pas de houle, nous avançons tranquillement et chaque baie nous offre ses plus splendides cascades. Au détour de l'une d'elle, nous décidons de faire un arrêt pour figer quelques images d’une cascade suivie d'un beau canyon. Nous arrivons à la baie prévue pour la fin de l’étape : c’est une vaste plaine avec une immense plage. Le problème de cette immense plage est qu'il n'y a pas d'endroit pour mettre la tente, ni pour hisser le kayak hors de portée de la marée haute. Nous partons explorer les lieux à pied et au retour, nous hésitons avec l'autre solution qui est celle de reprendre la navigation pendant environ deux heures pour aller sur la baie suivante où l’on espère, mais sans en avoir la certitude que le lieu sera plus facile d'accès. Finalement, nous restons sur le plan initial. Malheureusement, nous arrivons à marée basse et les premières terres possible pour bivouaquer se trouvent à plus de 500 m. Nous remontons le cours d'eau, la marche est très difficile car les fonds de celui-ci sont très sablonneux avec des zones de sables mouvants, dans lesquels on s’enfonce jusqu'au genou. Nous arrivons enfin sur les zones herbeuses en amont de la plage après 1h de hissage du kayak. Nous installons notre campement.
Nous arrivons à la moitié de notre séjour, il est temps de faire un inventaire de ce qui nous reste en vivres…Le bilan n'est pas très rassurant. Il nous reste à chacun et par jour : un lyophilisés, une barre de céréales et un petit déjeuner. Nous devrons donc nous restreindre. Ce soir, on a la chance d'avoir des petits pois dans les environs pour compléter notre repas.

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JOUR 8 :
Barðsvík → Furufjörður → Skorarvatn
12 km – 2 h ½ et 5 km – 2 h ½ à pied
Des rayons de soleil entrent dans la tente. Je sors et me rends compte que le ciel est bleu pour la première fois depuis 8 jours. Nous allons enfin pouvoir faire sécher les vêtements et charger les batteries des appareils électroniques. Nous prenons notre temps pour savourer ces rayons de soleil qui commençaient à nous manquer. Une fois que tout est sec et chargé, nous embarquons.
C'est plus facile que la veille car l’estuaire est cette fois assez profond, grâce à la marée haute. La sortie en mer va s'annoncer un peu plus sportive que prévu… En effet, la houle s'est levée dans la nuit malgré
l’absence de vent. Aujourd'hui, les rouleaux déferlent sur la plage. Dans l'estuaire, nous nous efforçons de trouver le meilleur chemin. Malgré tout, nous prenons plusieurs rouleaux de face qui nous trempent totalement. La navigation s’effectue sur une mer formée d'une grosse houle mais sans vague. Au détour d'un cap, plusieurs phoques apparaissent devant nous. Ils sont trois ou quatre qui sortent simultanément. Ils n'ont pas l'air d'être effrayés, c'est plutôt nous qui ne sommes pas très rassurés.
L’étape est courte aujourd'hui seulement 12 km malgré cela nous avons du mal à pagayer car la fatigue accumulée les jours précédents commence à peser. Nous arrivons à la seconde difficulté de notre voyage. Le but étant de faire le tour d'une presqu’'île nous voilà face au moment fatidique… C'est-à-dire, celui où l’on va devoir marcher et acheminer tout notre matériel car il n’est plus possible de naviguer si l'on veut rejoindre l'autre côté et continuer notre tour. Nous vidons totalement le kayak et commençons à réorganiser toutes les affaires pour les faire rentrer dans les deux gros sacs à dos dont nous disposons. De là, nous attend une marche à pied de 4 km pour rejoindre un col avec un lac qui fera une étape intermédiaire. Nous marchons, à travers les tourbières et les hautes herbes, sur un petit sentier qui disparait, au fur et à mesure que nous avançons. Maintenant, nous naviguons à vue, en direction d’un col où se trouve le lac. Enfin, la vue sur notre objectif… L'endroit est magnifique. Nous montons le campement pour 2 jours. Nous profitons du lac pour nous laver et faire une grande lessive. A notre grande surprise, l'eau n'est pas très froide. Nous mangeons notre unique repas. Avant d'aller nous coucher, nous allons reconnaître le parcours qui nous attend pour le lendemain.

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JOUR 9 :
Skorarvatn → Furufjörður → Fjord de Hrafnsfjörður → Skorarvatn
20 km – 10 h à pied
Une étape où nous ne prendrons pas la mer, mais qui est la clé de notre voyage. Il faut transporter notre kayak, que nous avons laissé à l’étape précédente, de l'autre côté du fjord où nous pourrons continuer notre tour. Nous voilà partis en chemin inverse.
Nous décidons de faire un détour pour aller admirer une cascade qui coule directement du glacier, les lieux sont magnifiques, avec en toile de fond un grand ciel bleu et le glacier. Puis, nous rejoignons le kayak…

Le temps se couvre sérieusement et en une demi-heure, nous sommes dans un épais brouillard qui ne permet pas de voir à 10 mètres. Nous démontons l’embarcation, ce qui nous prend peu de temps et commençons à la répartir dans les sacs. La toile dans un sac, l'armature dans un autre. Nous aménageons tout le matériel pour pouvoir le transporter sur le dos. Le chargement est assez cocasse et je me retrouve avec un fardeau qui dépasse d'un mètre au-dessus de ma tête. Nous voilà partis avec notre chargement pour effectuer les 7 km de marche à pied qui relie les deux fjords. Le cheminement se fait dans le brouillard, heureusement que nous connaissons le parcours. Nous nous mettons comme premier objectif un point où nous avions repéré des myrtilles ce qui nous fera une première pause. Une barre de céréales et des myrtilles à foison en guise de repas, les sacs commencent à peser sur nos épaules… Les pauses sont de plus en plus fréquentes. Nous arrivons enfin au campement qui marque la moitié du chemin. Nous faisons une bonne pause. J'en profite même pour faire quelques belles images avec le drone car le temps s'est totalement dégagé. Nous repartons pour effectuer les derniers kilomètres qui sont entièrement en descente. Nous les effectuons sans encombre bien que les charges soient vraiment pesantes, environ 25 kg. Nous faisons de nombreuses haltes pour nous soulager les épaules. Le sentier serpente au travers de cascades de toutes sortes qui dévalent des hauteurs. Nous arrivons au bord de la mer où nous montons le kayak. Notre seconde difficulté est presque terminée. Maintenant, demi-tour pour retourner à notre campement, à l’étape intermédiaire au bord du lac. Cette journée nous aura épuisés, après 11h de marche en portant de lourdes charges.
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JOUR 10 :
Skorarvatn → kjosarnes
3 km – 1 h à pied et 10 km – 2 h ½
Un nouveau réveil dans un brouillard « à couper au couteau » la visibilité n’excède pas 20 m. Il ne pleut pas, mais toutes les affaires sont mouillées à cause d’une forte rosée. Nous devons remballer notre campement et terminer la fin de notre portage avec les deux gros sacs. Le poids des sacs se fait ressentir dès le début, certainement à cause du portage et de la fatigue des jours précédents. Nous arrivons enfin au kayak. La chance est avec nous, la marée est haute. Heureusement car le fond du fjord très plat nous aurait obligé à une longue marche en portant le kayak pour rejoindre la mer. Nous embarquons pour rejoindre la fin de notre étape, le vent est fort et le courant de face. Nous ne sommes jamais allés aussi lentement. Nous avons l’impression de faire du sur place. Les vagues de côté accentuent le phénomène. L'étape paraît infinie. En regardant le bord nous n'avançons vraiment pas, mais nous continuons, forçons, jusqu'à arriver enfin au point de débarquement. Nous espérons que demain le vent aura tourné. Nous finissons par arriver en milieu d'après-midi. Une fois sur terre le vent aura son avantage : celui de sécher nos affaires. Nous décidons de gravir la butte qui se trouve juste derrière nous, histoire de se dégourdir un peu les jambes et de trouver un peu d'eau. La carte indique un petit lac au sommet, chose qui est très rare en France. Nous faisons confiance à la carte, et allons voir…
Effectivement, en haut un magnifique lac se trouve sur le sommet. Nous contemplons la vue à
360 degrés sur le glacier et l'intégralité de la fin de notre parcours.

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JOUR 11 :
Kjosarnes → Grunnavík
18 km – 3 h
Le ciel est très bas, mais il semble vouloir se lever et bonne nouvelle, le vent a tourné. Nous pourrons pagayer vent dans le dos. Le petit-déjeuner est pris en regardant les phoques faire des numéros de cirque sur les rochers à fleurs d’eau. Dès les premiers coups de pagaie, le bateau file presque tout seul. Nous avançons à bonne allure ce qui nous fait plaisir par rapport à la navigation d'hier. Nous imaginons terminer rapidement, mais l'étape est un peu plus longue que prévue initialement, car nous devons rattraper le retard prit la veille. Voilà maintenant 4 jours que nous n’avons croisé personne…En tout et pour tout, nous aurons rencontré 8 personnes en 2 semaines. Notre balise satellite qui nous a lâchés depuis plus d'une semaine ne marche toujours pas. On essaie en vain de se connecter via le téléphone portable mais sans succès. Nous sommes obligés de gravir un sommet voisin, du haut duquel nous verrons Isafjordur et espérons avoir un peu de réseau. En haut, succès ! Nous donnons des nouvelles à nos proches qui commençaient à s'inquiéter, cela faisait presque une semaine qu'ils n'avaient pas eu de nouvelles. Le chemin du retour nous offrira de nombreux buissons de myrtilles que nous dégustons avec grand plaisir. Demain, il nous restera la dernière difficulté à franchir.

Section 1
JOUR 12 :
Grunnavík → Hnífsdalur - Traversée du fjords de Ísafjarðardjúp
17 km – 3 h
Nous devons faire la traversée du fjord Ísafjarðardjúp. Il y a douze kilomètres à faire en pleine mer. Le ciel est toujours très bas mais nous voyons l’autre rive qui est notre objectif, heureusement, nous n'aurons pas à naviguer à la boussole ce qui supprime une difficulté. Le vent est calme, mais nous sommes à l'abri d’un fjord voisin et nous ne savons pas ce que nous allons rencontrer dès que nous sortirons. Je mets le gouvernail à droite et c’est parti pour la dernière grande traversée de douze kilomètres où l’erreur est interdite. Les conditions sont calmes avec un léger vent de dos, ce qui nous permet de bien avancer. Nous longeons la cote, passons sont des arches formées par la lave. Là, nous évitons de justesse un rocher noir dérobé, qui aurait pu déchirer notre kayak et mettre un terme à la fin de notre aventure. Ouf ! c’est passé de justesse. Les Sternes arctique et les macareux volent autour de nous, tout est calme. Soudain Enzo s'écrie : « regarde, les baleines ! » Au loin, les geysers de 4 ou 5 baleines. Nous continuons à pagayer, je me mets à rêver que l’une d’elle vienne se montrer tout près…Soudain, derrière nous, un énorme souffle nous fait sursauter ! Une baleine est à une vingtaine de mètres du kayak. Elle nous suit. Est-elle venue nous rendre une simple visite ? Nous sommes pris entre l’émotion et la peur, la rive la plus proche est à 5 kilomètres et nous sommes minuscules à côté du cétacé. Elle avance à nos côtés en soufflant son geyser…Encore un dernier souffle, une sortie plus importante, la queue sort de l’eau et c’est le plongeon final. Le spectacle est majestueux… L’objectif se rapproche, un dernier effort et nous mettrons enfin pied à terre. Il ne nous restera plus qu’une étape qui sera une simple formalité.

Section 1
JOUR 13 :
Hnífsdalur → Aéroport d’Ísafjörður
10 km – 2 h
Dernière étape pour rejoindre
l’aéroport, nous traversons le port
d’Ísafjörður et regagnons notre
point d’embarquement, il y 2 semaines. Nous avons réussi à surmonter les trois difficultés qui nous attendaient et boucler ce tour de la presqu’ile de Hornstrandir au départ de Ísafjörður, en autonomie complète. Il ne nous reste plus qu’à replier le kayak, refaire nos sacs pour prendre l’avion direction Reykjavik et la découverte du volcan Fagradalsfjall en éruption.

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VOLCAN DE GELDINGADALSGOS
Nous terminons notre voyage en partant explorer un volcan en activité. Il se trouve à une trentaine de kilomètres de l’aéroport. Nous déposons le plus gros de nos bagages. Un bus nous amènera à Grindavick, qui nous sépare du volcan de 15 km. Le temps est gris et le ciel est bas avec quelques éclaircies qui apparaissent. Après 5 h de marche, nous atteignons la lave des coulées précédentes. Nous les remontons jusqu’à apercevoir le cratère au loin dans un brouillard intermittent. Alors que nous devrions être saisis par ce spectacle, nous ressentons une déception. La lave coule à l’opposé d’où nous sommes et se rapprocher du cratère est inenvisageable à cause des éruptions. Nous tentons donc de le contourner par le flan nord. Nous avons un peu de réseau et Enzo réussit à se connecter à une webcam installée à l’ouest. Nous voyons que la lave coule de ce cote. Nous traversons des coulées de plus en plus jeunes, et de plus en plus chaudes, quand soudain, au détour d’une butte, nous apercevons enfin la lave couler. Le moment est magique ! Nous sommes en extase devant ce spectacle que nous savourons pendant des heures, jusque tard dans la nuit.

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Commentaires
share posté le 22 sept.

Olivier
2312 messages
Magnifique, merci pour ce partage !
Et pourquoi pas ?

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