Packraft en Suède

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 Le but est de rejoindre le lac Råstojaure, très au nord de la Suède, en partant de la frontière Finlandaise. Ensuite, continuer le sentier qui passe au nord-est du lac pour gagner les rivières Gorvvejohka et Taavaeno, atteindre la confluence avec la rivière Rostoeatnu, la remonter vers le lac Råstojaure pour la descendre et enchainer avec la rivière Lainioälven jusque Övre Soppero.
randonnée/trek / kayak gonflable
Quand : 06/06/21
Durée : 15 jours
Carnet créé par Nuage le 05 sept.
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Le compte-rendu : Section 1 (mise à jour : 06 sept.)

J’ai loupé la balade packraft de l’année dernière, je ne raterai pas celle-ci. 2 amis, Sylvain et Aurélien m’accompagnent pour cette balade suédoise. J’ai choisi de partir à la fin de la première semaine de juin. J’aurais souhaité partir une semaine plus tôt, mais le planning commun ne le permettait pas. Partir plus tôt assure un bon débit d’eau ; le risque est évidemment d’avoir encore beaucoup de neige. 

Quelques semaines avant de partir, nous consultions régulièrement les web Cam météo. La pluie et des températures positives ont eu raison de la neige 3 semaines avant notre départ.
Rendez-vous est fixé pour le dimanche 06 à Stockholm. Plus personne ne porte le masque à Stockholm, juste à l’aéroport et nous, les nouveaux arrivants. C’est une façon très agréable de commencer nos vacances. Sylvain nous y attend depuis 2 jours. Il souhaitait s’immerger progressivement et visiter la ville. Sylvain s’est également occupé de nous réserver le train de nuit. Cabine privative de 3 lits avec douche dans le wagon. Je suis encore plus conquis par le train ; avec le bateau, cela reste mon mode de voyage préféré.

Pour atteindre Karesuando, nous stoppons à Gallivare plutôt que Kiruna. Je n’apprécie pas trop cette grande ville minière. De là, nous prenons un bus pour Karesuando, 5h de route. Auparavant, j’ai réservé le taxi qui doit nous amener à Keinovuopio, le service bus côté Finlandais est fermé dans cette période troublée. Mais surprise, au poste frontière, pas question de passer, la situation sanitaire est trop désastreuse en Suède, dixit le douanier. Bon, retour à la case départ à Karesuando. Nous étudions la carte et trouvons un plan B : départ de Pulsujärvi, petit village Sami d’où nous remonterons à pied vers le nord, au lac de Råstojaure. Le Taxi est d’accord pour nous y amener.
En chemin, plutôt que cette piste hivernale, nous décidons de prendre un sentier qui part vers l’ouest pour longer les rivières Gorvvejohka et Taavaeno. Je l’explique au chauffeur mais celui-ci a très certainement peur que nous nous perdions dans cette toundra et décide que nous devons partir par la piste. Bon, je n’insiste pas, mon suédois est aussi primaire que son anglais. De toute manière, un sentier au départ du Rengärde rejoint celui qui nous intéresse. Il nous dépose au milieu d’une très grande zone dénudée avec des enclos.
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Une fois le taxi parti, c’est le silence de la toundra qui nous entoure, juste un Pluvier doré qui nous accueille de son cri lancinant. Chacun prend son sac à dos et c’est parti. 
Nous avons 13 jours de nourriture. Mon sac pèse un petit 23Kg, rien en comparaison de mes acolytes, un petit 30Kg. C’est qu’ils aiment leur confort, mes comparses. Le sentier tracé est court, très court, il s’arrête pour nous laisser comprendre quel sera notre lot des prochains jours : succession de toundra, marais, petites ruisseaux, forêts de bouleaux, le biotope que j’affectionne tant. 

Il fait chaud, sans doute 20°C, un bon vent du sud-ouest, les moustiques sont bien présents malgré que nous sommes le 8 juin. Pour notre premier bivouac, nous trouvons un bel espace plat et une petite pluie nous souhaite la bienvenue.
Sylvain et moi dormons sous sa toute nouvelle tente Anaris, Aurel a choisi de prendre un tarp, ce qui nous permettra de manger ensemble en cas de mauvais temps.
 

Mercredi 09/06, Hàldimarrasat- lac de Buolljátávri. À pied, 15km.
 
Levés assez tôt, 6h30’, départ cool vers 08h30’. Nous avons progressé hors sentier une bonne partie de la journée, le passage au nord du lac Dávvajávri fut une petite bataille dans les saules qui nous arrivaient aux épaules. 
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C’est difficile, de marcher dans ces zones, le choix à faire est de prendre la frontière entre le marais et la zone plus herbacée, lieu de prédilection des saules, les bouleaux poussent plus loin, plus au sec. 
Ces saules sont de coriaces adversaires, ils se développent dans tous les sens, leurs branches souples s’entremêlent avec chacun des voisins. Souvent, ils sont presque à l’horizontale, couchés par le poids de la neige, maintenant partie. Traverser ces zones denses, c’est se battre contre eux, les saules ne veulent pas nous laisser passer. À force de jurons et de branches qui nous giflent les jambes, nous passons. Heureusement, les passages ne sont pas trop longs, tout au plus 10-20m. 
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Nous arrivons à la confluence des rivières Gorvvejohka et Hárrejohka. Elle est large et profonde, pas question de la passer à gué, nous gonflons les packrafts. De la rive opposée, nous pouvons suivre un sentier, enfin, si nous le trouvons, car je prends la mauvaise direction et c’est une longue guérilla dans des saules qui se jouent de nous avant de retrouver le sentier. Mais il faut plutôt parler d’une sente que les rennes ont tracée. À chaque zone de petits marais, les rennes s’éparpillent, chacun pensant trouver le meilleur chemin. Il faut alors se poser, regarder avec attention au-delà du marais, si c’est possible, et repérer la sortie générale.

J’adore évoluer hors sentier, mais j’aime aussi retrouver ces sentes qui permettent de marcher aisément à +/- 4,5km/h, sans fatigue, sinon c’est tout au plus du 2km/h. Le hors sentier me donne une impression de liberté totale et d’être plus proche de la nature, mais ces sentiments se payent cher en énergie.
Nous ne sommes pas aussi loin que nous le souhaitions, mais l’endroit nous plaît et les sacs sont lourds. Nous cherchons un endroit de bivouac qui peut accueillir 2 tentes. Dans la forêt de bouleaux, avec cette température, ça gronde d’insectes, il nous faut un espace sous le vent. Aurel nous trouve un bel endroit, tout près d’un lac. La journée a été chaude, nous nous permettons un petit bain à une température presque idéale. 

Je ne suis vraiment pas habitué à ces conditions estivales, j’ai le luxe de marcher en T-shirt manches courtes, je regrette presque le choix d’un pantalon Fjalraven, bien plus chaud que mon habituel Patagonia Guide.
Notre set de cuisine se compose d’un réchaud MSR Wind Pro, 1 bouteille de gaz de 430gr. et une de 250 gr., la gamelle, une MSR titan de 2,5L. Nous avons sans doute assez de gaz pour les 13 jours, mais je décide de cuisiner sur le feu par économie. Soirée douce, pieds nus mais avec une polaire. Juin est un mois exquis quand il fait beau ! Les moustiques ne sont pas légion, on profite pleinement.


Jeudi 10/06, lac de Buolljátávri-pont de la rivière Skihõcejolhka, 20km.
 
Ça trace aujourd’hui, du moins en matinée. Nous suivons la sente, bien marquée dans la forêt de bouleaux. Mais c’est de courte durée, après un petit 6km., nous retrouvons d’importantes zones de marais, le chemin s’y perd très régulièrement. Notre avance est alors plus lente. Le beau temps nous accompagne toujours et c’est alors les bouffées d’odeurs poivrées, si caractéristiques de la toundra qui assaillent nos narines. Là, je m’arrête et je hume profondément cette odeur puissante mais si éphémère. Je ferme les yeux, renifle et écoute les bruits. Je partage ces moments avec mes 2 comparses, leur fait sentir cette odeur, leur fait écouter tel ou tel oiseau, certains si facile à identifier, comme le Pouillot fitis ou le Gorge bleu, d’autres plus discrets comme le Bruan lapon.
Souvent les Labbes parasites, par groupe de 4 ou 6, viennent regarder qui ose s’aventurer sur leur territoire. Je me méfie : il y a 2 ans, je me suis fait attaquer par un couple. Mais il semble que la couvaison n’a pas encore eu lieu, ils nous survolent et puis s’éloignent.
Un peu avant le petit village Sami de Skyddsrum, la sente s’arrête définitivement dans les marais. Nous sommes plus haut en altitude, la végétation est plus basse mais la progression n’en est pas plus facile. Petit arrêt barre énergie au bord d’un lac et des Labbes parasites viennent à nouveau nous inspecter, tandis que deux Pluviers dorés perchés sur leurs buttes marquent leur territoire. Le village n’est pas loin, mais il faut remonter la rivière assez haut pour la passer à gué. 
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Tous les trois, nous chaussons des trails. Sylvain des Inov 8, Aurel des Salomons et moi des Topo M-Ultraventure Pro. Un test, car j’en ai marre de bousiller des Salomons et autres marques. 3-4 semaines dans ce type de terrain et elles finissent le mesh en guenille mais la semelle quasi neuve. À croire que les fabricants le font exprès. J’espère que cette marque saura me surprendre.
Après le village, nous rejoignons un trail d’hiver bien marqué, mais pour une bien courte distance, juste un petit kilomètre. 

Avant le pont, surprise, un panneau nous indique que nous pénétrons dans une zone B, une zone d’exercice de fusée pour l’armée. 
D’après le panneau nous sommes censés être au courant des périodes de lancement via les médias. De toute manière, cela fait quasi 2 jours que nous évoluons dans cette zone. Nous continuons, mais pas bien loin. Notre bivouac se fera un peu après le pont avec une vue dégagée sur la toundra. Soirée pieds nus, à admirer notre environnement.
 

Vendredi 11/06. Pont de la rivière Skihõcejolhka-Beadná. 5+8km à pied.

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Nous quittons la piste pour rejoindre un minuscule lac qui surplombe la vallée où coule la Gorvvejohka. L’endroit est agréable, plat, presque abrité du vent et c’est plein de baies plaquebières, la ronce des tourbières. Enfin, on attendra : elles sont juste en fleurs et la saison est juillet. Nous installons le campement et décidons de faire une petite balade vers les sommets tout proches de la frontière norvégienne. 

L’eau coule de partout sur les flancs, alimentée par de très nombreux névés. Les sommets sont plats, juste un champ de cailloux parsemé de gros blocs de granit. Ça souffle fort là-haut et la Norvège paraît encore bien blanche de neige. 
À 15h, nous sommes de retour. Chacun vaque à ses occupations. Sylvain se lave dans le lac à l’eau glaciale et sous le vent. Quel courage ! Il avouera plus tard que ce n’était pas une très bonne idée, il a pris un petit coup de froid. Je préfère garder mes précieuses calories et prendre ma liseuse en profitant des derniers rayons de soleil. Le ciel se couvre et la pluie s’invitera un peu plus tard avec un changement de temps radical. Le vent passera du sud-ouest au nord-ouest.

Nous soupons sous le tarp d’Aurel. Soirée calme à écouter la pluie ; nous discutons tout en buvant un bon petit malt et grignotons un chocolat noir 80%. Nous sommes fatigués de nos 2 journées précédentes de marche et à 20h nous regagnons nos pénates bien au chaud. Il ne fait d’ailleurs pas très chaud dehors, le vent est devenu bien froid. Nous sommes à une petite altitude de 640m et certains lacs sont encore gelés. Plus haut, vers les 800m., ils sont encore tous recouverts de glace.
 

 Samedi 12/06.
 
Le vent s’est calmé durant la nuit, mais la pluie s’est intensifiée. Vers 11h, elle se calme, on décide d’attendre un peu que l’accalmie se confirme pour démarrer. Mais non, ça repart de plus belle. Ça sera donc une journée sous tente. Le vent reprend de la force et la température chute drastiquement. Aurel nous rejoint sous la tente, nous mangeons et passons un agréable moment. Aurel est le boute-en-train et il nous raconte son horrible nuit sous tarp. Le vent ayant changé de direction, la pluie s’est invitée un peu trop loin sous le tarp et il s’est réveillé maintes fois la nuit pour éponger l’eau et a fini par changer la configuration de son abri.
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Je finis mon roman, une liseuse est vraiment une bonne solution, juste 160gr, pour une large bibliothèque. Je suis habillé de tout ce que j’ai (longue manche Aclima 230gr, Patagonia Piton hoody et Doudoune Spray Way), allongé sur mon Thermarest Xtherm et sous mon quilt Enlightened 20°F/950 Filling, eh bien, j’ai froid. J’ai remarqué que sous les +/- 3°C ce quilt n’est pas suffisant pour moi. Va falloir que je trouve autre chose.
Malgré notre journée flémarde, nous nous endormons vers 20h. Sylvain et moi partageons agréablement la tente, mais surtout il accepte mes ronflements ! Bien que son sommeil ne soit également pas de tout silence, je fais l’effort de dormir sur le côté, je sais qu’ainsi, je ne ronfle pas. Parfois, je le secoue gentiment, quand son souffle se transforme bruyamment. Pas trop souvent car nous avons vraiment besoin de notre sommeil.
 

Dimanche 13/06. Beadná-Sielddás, 35km., packraft.
 
Le vent s’est calmé et la pluie s’est enfin arrêtée. 
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Levés à 6h30’, nous embarquons rapidement sous un timide soleil. Mais à peine sur l’eau, une légère pluie recommence et le vent s’invite à nouveau, ceux-ci nous  accompagneront toute la journée. Le vent sera dans notre dos, un plaisir ! 
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La rivière est belle, il y a de nombreux passages de classe II,  juste un tout petit III, après le pont. Les passages de classe II alternent avec de long planiols. Mais très vite la rivière se calme, aux environs de la colline de Vieksagielas,  elle méandre tranquillement dans des zones marécageuses.

Je retrouve avec plaisir les estivants des rivières : le vol rapide et rectiligne des Harles bièvres, le jeu de cache-cache des Chevaliers qu’ils accompagnent de leur cris flutés, les Garrots à œil d’or qui, méfiants, nous survolent bien haut, la Bergeronnette des ruisseaux qui volette de-ci de-là. Souvent, je m’arrête pour les admirer et les écouter.
Plus bas sur la rivière, c’est une Grue cendrée qui s’envolera à notre approche. Elle niche très vraisemblablement dans les environs. Lors de leur migration, c’est par centaines qu’on peut les observer. Ici dans la toundra, c’est un oiseau si discret et bien peu fréquent.

Mon choix de commencer par cette rivière n’est pas anodin, avec mes 2 compagnons, je souhaitais commencer avec une rivière facile, une façon de nous mettre en confiance. Avec ce vent dans le dos, nous avançons facilement. Sur la journée, nous avalerons nos 35 bornes sans difficulté. Nous cherchons et trouvons un endroit abrité du vent, qui reste bien froid, et enfin, nous pouvons sortir nos cannes à pêche. Mon message à Aurel est : « Tu prends ce que tu veux mais tu ne ramènes ni brochet, ni truite. Uniquement des Ombres arctiques  ». Le voilà donc parti assez longtemps pour nous ramener un brochet d’un bon 80cm. 
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Aurel est un « vrai parisien », les oiseaux  sont juste des « piafs » et sa connaissance en poissons est limitée aux morues pêchées lors de ses séjours au Groenland. Mais il apprend vite, il remet à l’eau une jolie truite de 30cm et nous rapporte une belle Ombre arctique qui accompagnera en filet celle que j’ai également pêchée. L’ombre est un poisson délicieux, si possible pas trop grosse. Les meilleures sont les petites mais la taille limite est de 30cm, que je respecte.
On goûte au brochet, c’est assez fade et plein d’arrêtes, alors bons princes, nous le laissons en bord de berge à l’attention du Pygargue que nous avons observé en arrivant. J’espère qu’il en profitera ; c’est bien triste de tuer un animal et de ne pas le manger.
 

 Lundi 14/06, Sielddás-Biggosjohka (petit affluent de la rivière Rostoeatnu). 7km packraft et +/- 16 à pied.
 
Notre journée commence avec un long rapide de classe II sur +/- 1,5 km. La rivière est large, entre de hautes berges sablonneuses, parfois très verticales. Les bouleaux ne sont plus éparses, mais bien présents, accrochés aux berges et aux flancs des collines.

La confluence de la Lainioälven,  la Rostoeatnu  et la Taavaeno est déroutante, un carrefour de 3 rivières où, un instant, nous hésitons sur celle que nous devons remonter. Le courant, bien que lent, nous indique le cours principal. Nous débarquons et empaquetons. Je fais un petit tour et trouve quelques cannettes que j’écrase et prends avec moi. Je reste toujours étonné de cette habitude de laisser des déchets derrière soi. J’ai beau essayer, je n’arrive pas à comprendre. C’est bien simple, jamais je n’arriverai à comprendre et accepter cette stupide attitude. Alors, je ramasse cet objet si incongru dans cet environnement, ce morceau d’aluminium ou plastique posé sur la toundra ; ce si vilain, si triste objet dans un si bel écrin. Ça m’énerve !
Pour remonter la rivière Rostoeatnu, nous empruntons la piste hivernale qui laisse une trace de motoneige et de quad bien nette. 

Nous pouvons filer sur celle-ci. Quelques cabanes à Skyddsrum, nous nous y arrêtons pour regarder la rivière qui se montre dans de beaux rapides. Difficile de juger de si haut mais elle gronde ! La piste la longe et elle nous fait parvenir sa grosse voix turbulente  et bien impressionnante. La piste est hivernale et donc en été, ça mouille. Sylvain en fait l’expérience en s’enfonçant un peu au-delà du genoux.
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Nous croisons une petite troupe de rennes pour le plaisir de mes 2 compagnons. Ils tentent une petite approche mais les rennes sont bien trop farouches et surtout, ils courent plus vite.
Reste à voir la bête mythique, l’élan. Mais à trois, nous sommes trop bruyants, nous parlons beaucoup et rions encore plus. Nous formons un petit groupe hilare qui s’entend de loin.
Arrivés à Rusovárri, un autre petit groupement de cabanes, la piste s’arrête au beau milieu de 3 petits lacs. Tant bien que mal, nous essayons de traverser. C’est Aurel qui nous démontre l’impossibilité de notre tentative, il disparaît jusqu'à la taille dans une boue noire. C’est son sac à dos, en buttant sur le bord du trou qui l’empêche de descendre plus bas. 
Évidemment, nous ne pouvons pas nous empêcher d’éclater de rire. Soyons donc raisonnables et contournons ce trio de lacs. Nous revoilà donc partis à travers la toundra. 

On avance et commençons à chercher un endroit de bivouac abrité du vent. Le vent est toujours au nord-ouest et toujours aussi froid. Et juste derrière une longue et haute bande de sable, un petit paradis s’offre à nous. 
Du haut de celle-ci, nous pouvons admirer un ruisseau, le Biggosjjohka, qui coule dans une plaine et nous offre un confortable abri du vent polaire.
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La plaine est parsemée de saules mais en bord de ruisseau, il y a de belles places nues et plates. On s’installe confortablement et surtout on ramasse assez de bois mort pour se faire une belle flambée. Et, comble du bonheur, le ciel s’ouvre largement. Le soleil nous gâte, il nous baigne de sa chaleur après ces 3 journées un peu pluvieuses, un peu grises et bien venteuses. Pieds nus, face au feu, nous dégustons notre soupe chaude. Je fais découvrir à mes compagnons les bienfaits d’une soupe garnie de croutons. C’est mon habituel coupe-faim, juste après l’installation du bivouac et avant mon repas du soir. Nous finissons la soirée au goût du malt et du chocolat.
 

Mardi 15/06. Biggosjohka-quelque part le long de la Rostoeatnu. 13 km à pied et quelques-uns en packraft.
 
Notre but est de remonter le plus possible vers le lac Råstojaure. Nous visons le lac Vutnosjavri qui se déverse dans la rivière. Les sacs sont prêts, la trace du feu invisible, nous prenons alors la longue bande de sable qui se dirige vers le nord. Après avoir traversé un énième ruisseau, c’est ensuite une alternance de pierriers, marais, petits sommets, toundra sous un vent qui nous paraît forcir. 
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En regardant la surface de l’eau, nous pouvons comprendre que le vent est vraiment très fort. Nous n’irons pas jusqu’au petit lac que nous voyons un peu loin, tout au plus 3 km, le vent nous serait latéral, une horreur en packraft. 
Nous décidons de bifurquer directement vers la rivière et d’embarquer. Le vent est fort, nous devons être vigilants et lester nos packrafts pendant la préparation. Si un packraft part sur la rivière avec ce vent, il sera très difficile de le récupérer. Heureusement, ce vent violent sera dans notre dos. Le début de la rivière est très large avec des déversoirs parfois importants, comme ce premier gros rapide de classe IV que je décide de porter. 
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C’est la fin de la journée, nous sommes fatigués et la moindre petite erreur pourrait avoir de graves conséquences. Nous pagayons assez vite pour nous réchauffer, mais rien n’y fait, sous ce vent avec une température avoisinant les 5°C et mouillés par les vagues, nous prenons vraiment froid. Sous nos combis sèches, nous portons notre sous-vêtement et une polaire, le bonnet sous le casque et des manchons aux mains. J’ai de simples manchons en tissu très fin, c’est suffisant pour ne pas avoir froid aux mains. Aurel et Sylvain ont des manchons en néoprène, bien plus aisé à enfiler, mais quel poids ! À chaque fois que j’enfile les miens et m’aide des dents pour enfiler ce dernier, ils rigolent bien de ces gesticulations.
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Nous prenons trop froid, c’est dans de pareils moments que le risque d’accidents est important. Je décide que nous devons nous arrêter au plus tôt. Je demande à Aurel de nous trouver un endroit abrité du vent, en tout cas moins exposé. La tâche n’est pas aisée, la rivière coule entre des berges à peine vallonnées. Il part longtemps. Sylvain et moi, nous abritons comme nous le pouvons derrière des bosquets de saules. J’avale une double dose de barre d’énergie. Aurel revient sans résultat, nous essayons un peu plus loin. À la troisième tentative, après une longue absence, il revient avec le sourire. Ouf ! Nous débarquons et le rejoignons derrière un léger repli assez profond pour nous protéger. Emplacement idéal, assez grand pour nos tentes. Ma première tâche est de faire une soupe bien chaude que nous apprécions pleinement, adossés au dosseret du repli. Pendant que je chauffe la soupe, Sylvain monte la tente et gonfle également mon matelas. Quelle équipe ! Rapidement, nous reprenons de la chaleur, la soupe est vite suivie du repas. Et bonheur, le soleil apparaît alors que nous mangeons. Nous sommes heureux, là, tous les trois, à rigoler de notre journée. Je me mets dans mon sac de couchage en sachant que la nuit sera froide pour moi.

Le froid n’est pas ressenti de la même manière par tous. Sur les berges ventées de la rivière, les Chevaliers arlequins se pavanent, pas encore dans leur livrée nuptiale complète mais quasi. Ils partagent les berges avec les grands aboyeurs. Seules les Sarcelles d’hiver se mettent à l’abri du vent pour barboter, les Harles continuent leur pêche au milieu des vagues.
 
 
Mercredi 16/06. Quelque part le long de la Rostoeatnu-Lulit Lávkaoaivi. 13 km, packraft.
 
Comme je le prévoyais, la nuit fut froide, en tout cas tant que le vent soufflait. Il passait sous la première toile et venait nous caresser. C’est en milieu de nuit qu’il s’est calmé, alors j’ai pu dormir profondément.
Le temps est incertain au point qu’une petite neige tombe un court instant. 

Mais le reste de la journée se passera sous un ciel dégagé toujours accompagné d’un vent glacial. Nous avançons vite sur l’eau alors nous décidons de nous arrêter assez tôt. Nous nous arrêtons en bord de rivière, sur une petite plage. L’endroit est dans une boucle assez abritée du vent. 

Nous n’avons fait que 12 km en 3 heures. Je ne connais pas la rivière, alors chaque rapide est repéré. Ils sont nombreux, la rivière est souvent encaissée entre de hautes berges, les rapides II-III se suivent. Seuls 2 passages IV et V seront marchés.
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Moment de détende au bivouac. Je pêche 2 ombres pour le souper. Je les écaille, les vide et les suspend à un bouleau pour que le poisson se raidisse et que je puisse faire de beaux filets. Sylvain est parti courir. 2 jours de packraft et les jambes le démangent déjà. Plus haut, il se ramassera une ondée de grêle.
Aurel pêche, mais sans grand succès. Il nous faudrait bien un troisième poisson. Celui-là, je le prendrai un peu plus tard, juste avant le souper, au premier lancer. Aurel râle gentiment.
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Pour le souper, en plus des poissons, c’est soirée Chili Con Carne de chez Real Turmat. Ça change des repas insipides que j’ai amenés. Mais, « à cheval donné, on ne regarde pas les dents ». J’ai reçu des plats lyophilisés en sponsoring, les restes d’une expédition anglaise qui a échoué : « The coldest journey », tentée en 2013 en Antarctique. Pas très forts en cuisine lyophilisée, les Anglais ! Dire qu’ils devaient manger cela durant 5 mois. Les pauvres ! L’arrêt rapide de leur expédition les a sauvés de cet ennui.
 
Jeudi 17/06. Lulit Lávkaoaivi-Skyddsrum. 9km. ,Packraft.
 
Encore une journée bien tranquille, juste un petit 9km. Nous dégustons la rivière qui continue à nous offrir un beau parcours classe II-III. Un passage IV+ que nous ne ferons pas. Fous mais pas téméraires, nous n’avons pas le matériel de sécurité nécessaire pour faire ce type de rapides. Lors de notre montée à pied, nous avions repéré un bel emplacement de bivouac au pied de Skyddsrum, qui marque aussi le dernier rapide, un joli III un peu technique que Sylvain goûte de fort près, la tête dans l’eau. 
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Pas question de rester sur ce petit échec, nous le repassons. Le seul bain de tout notre séjour. De haut, il semblait bien plus impressionnant, mais le niveau a baissé d’un bon 30 cm en seulement 4 jours. Ce que nous remarquerons le lendemain à la confluence avec la Lainioälven.
Je ramasse encore quelques canettes, une cartouche de gaz, du papier d’aluminium. Qui passe ici et laisse ses déchets ? J’aimerais connaître avec certitude la réponse. L’endroit semble depuis longtemps usité comme peut l’attester l’évolution des différents points de feu.
Comme les jours précédents, le vent forcit dans l’après-midi, mais le ciel est clair et nous sommes abrités du vent. Et surtout, nous sommes loin de la haute toundra. Nous avons perdu un bon 200m d’altitude, assez pour faire ressentir une différence. Des grenouilles rousses sautent aux alentours, des renoncules et myosotis s’ouvrent sous le soleil, les névés sont loin.
Aurel et moi, nous nous remettons à la pêche, notre passe-temps favori. Un petit brochet part avec ma cuillère. Dommage, je me fous de mon leurre, mais comment va-t-il se nourrir avec ça dans la gueule ? Le lendemain matin, je tente de le reprendre, ce que je fais. Il s’est débarrassé de la cuillère. 
Sylvain ramasse du bois, nous allons profiter pleinement du lieu. Dernière soirée avec du Malt. Lors de la préparation des sacs, Sylvain et Aurel n’étaient pas vraiment enthousiastes. Alors que je leur demandais si je remplissais la poche entièrement de Malt, l’un deux m’a répondu : « Prends-en pour toi Mathieu, on gouttera pour te faire plaisir ». Ce que je sais maintenant, c’est que tous les deux ont adopté cette douceur de fin de journée qui accompagne si bien un chocolat noir.
 

Vendredi 18/06. Skyddsrum-Matkakoski sur la Lainioälven. 38 km en packraft
 
La journée commence sous un ciel bien dégagé, mais rien n’est acquis en Laponie, le temps change si rapidement et si souvent. On peut parler d’une météo variable, très variable.
Après 9 km sur la Rostoeatnu, nous atteignons la confluence avec la Lainioälven. Un instant, j’ai un doute, le paysage a changé, des bancs de sable apparaissent ainsi que de nombreux ilots. L’explication est bien simple, le niveau de l’eau a baissé de 30 cm sur les 4 jours depuis notre passage ici. Le régime des rivières dépend principalement de la fonte des neiges. À moins d’une saison bien pluvieuse, la meilleure période reste vraiment le mois de juin.
Le début de la rivière est une suite de longs rapides de classe II et de plus longs planiols.
À la pose de midi, le ciel se couvre et nous arrose d’une bonne petite pluie. Rien d’étonnant, cela fait 2 jours que mon petit baromètre indique une baisse de pression atmosphérique. Ce temps maussade nous accompagnera tout le reste de la journée. 

Nous arrivons au premier élargissement de la rivière, elle se découpe en de multiples bras. Au plus large, elle s’étale sur presque 1km. Je propose que nous nous arrêtions dès que possible, si nous nous engageons trop loin dans ce petit delta, nous risquons de ne pas trouver un endroit pour bivouaquer. Un Pygargue s’envole à notre approche. C’est vraiment le biotope idéal pour lui, une immensité d’eau et de terre. Je trouve un endroit plat et en hauteur qui nous donne une belle vue sur les multiples bras. La pluie s’est muée en crachin. Pendant que Sylvain et Aurel installent le bivouac, je ramasse du bois mort, j’ai bien l’intention de faire un bon feu à l’emplacement d’un vieux cercle de pierre. Mais à peine ai-je fini d’avoir fait les tas que la pluie reprend de plus belle. Je n’insiste pas, je n’ai d’ailleurs pas assez de bois pour un feu correct. Ça sera sous le tarp que nous dégusterons notre dernier morceau de chocolat.
 

Samedi 19/06. Matkakoski-Kurrakkamlinkka.
 
Le ciel s’est dégagé cette nuit, mais le vent est revenu. 6°C cette nuit, là j’ai bien dormi ! Nous déjeunons au sec mais bien habillés. Le passage dans les multiples bras est magique, les chenaux pas très larges se croisent et se re-croisent, l’eau calme coule et se disperse dans la terre formant des îlots de verdure. Nous descendons d’une façon religieuse, doucement, lentement, en silence, captivés par cet environnement prenant. 
D’une des millièmes berges, juste devant moi un petit mammifère s’est glissé dans l’eau. Une loutre peut être ? Elle est présente sur cette rivière. Un peu après, moins discret, un castor bat l’eau de sa queue . Nous en verrons plusieurs au fil de notre descente. Après le rétrécissement de Liedakkasuanto, nous abordons un long rapide de classe II, le dernier, après c’est plat de plat jusqu'à notre destination finale. 
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Nous descendons tout doux, tout tranquillement sachant que c’est notre dernière journée sur la rivière. Plus tard en journée, nous rencontrons 4 pêcheurs qui se déplacent dans des embarcations gonflables. Je ne sais pas si je peux les appeler packrafts, c’est lourd et volumineux. On bavarde gaiement. Ils connaissent Alpacka Raft, mais préfèrent investir dans leur matériel de pêche. La saison du saumon a commencé mais ils n’ont pas encore sorti un seul poisson ; patience, ce n’est que le début. Je m’inquiétais de la potabilité de l’eau si bas sur la rivière, leur réponse est «  it’s the best water in the world ». Avec une telle affirmation, il n’y plus de crainte à avoir !

Nous nous arrêterons un peu plus loin, dans le vent pour chasser les moustiques revenus avec la hausse de la température. Ceux qui nous visitent sont assez petits, le tiers de ce que nous avions en tout début de séjour. Autre espèce ? Aucune idée, je n’ai pas trouvé d’information à ce sujet. En tout cas, ils sont bien actifs, ils vont et viennent suivant l’intensité du vent, Aurel et Sylvain enfilent leur moustiquaire de tête. Je mets un peu de répulsif. Aurel est descendu en bord de rivière pour se laver. Toilette très vite expédiée, les moustiques ne lui laissent aucun répit. Je ramasse mes derniers détritus, le sac plastique est quasi plein.
Notre dernière soirée de bivouac, nous sommes assis tous les trois sur la haute berge à regarder le paysage.
 
Dimanche 20/06. Kurrakkamlinkka-Övre Soppero. 21 km, packraft
 
Nous sommes partis tranquillement vers 9h et arrivons à notre destination vers 13h30’. La rivière nous a offert un dernier long rapide de classe II. La végétation change, un peu après avoir embarqué, les premières taches d’épicéa apparaissent et des Pins sylvestre isolés se montrent sur les berges. Une petite pluie salue notre arrivée. Cette pluie change radicalement le paysage, le ciel sombre noircit l’eau et la forêt prend une teinte bien foncée, le soleil donne un reflet bleu à l’eau et révèle toutes les nuances de vert de la forêt.
Un pêcheur nous indique comment rejoindre la route. Il pêche également le saumon, pas à la mouche mais au leurre type poisson nageur. Depuis le début, il en a pris deux : 11 et 15Kg. Belles bêtes.
Après un petit morceau de route, nous arrivons à la petite boutique qui sert d’épicerie, de station d’essence et d’arrêt de bus. Sylvain y achète ses biscuits préférés, une pâte massepain vert fluo. Aurel et moi les lui laissons et préférons un yoghourt aux myrtilles.
Le bus nous déposera à Gällivare et nous prendrons le luxe de descendre à l’hôtel Scandic juste en face de la gare. Soirée décrassage, dépaquetage et sauna. Pour le souper, nous nous contenterons d’une pizza.
 
 
Lundi 21/06. Retour
 
Nous prenons le train de nuit direction Stockholm. Nous continuons notre petit régime Malt et chocolat, mais cette fois, accompagné de fraises. 
Le mélange idéal. Notre train a pris un retard de 6h, ce qui fait que tous les 3, nous loupons notre vol retour. Et surtout, nous voilà confrontés au Covid que nous avions agréablement oublié ces derniers jours ; perdus, seuls dans la toundra. Nous devons évidemment passer un test avant d’embarquer. Test qui ne me sera pas demandé avant d’embarquer ni à mon arrivée. Elle me manque déjà cette toundra.

Rédaction : Mathieu Chable / Photographe : Sylvain Rebillard / Film : Aurelien Decressat
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