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Faire du Vélo Furtif

8 jours
Par Johan1David
publié hier
28 lecteurs
Informations générales
Un voyage à vélo sans téléphone, sans carte, sans appareil photo, sans montre...sans objectif.
Se perdre dans le temps et l'espace le temps de quelques jours.
Activité :
vélo de randonnée
Statut :
réalisé
DATE :
25/07/2025
Durée :
8 jours
Mise à jour section : hier
AVANT

Pas de téléphone, pas de carte papier, pas de gopro, pas d’appareil photo, pas d’objectif.
Pas de compteur, pas de chargeur, pas d’itinéraire, pas de but, pas d’objectif.
Pas de Strava, pas de vitesse moyenne, pas de géolocalisation, pas internet, en mode furtif.
Du levé au couché du soleil, pas d’obligation, tout le temps, pas d’impératif.
Pas de réseaux sociaux, pas de post, pas de followers, pas de like, pas de sponsors.
Pas d’objectif donc pas d’échec, pas de pression, pas de déception. Je ne sais pas si cela est rassurant ou non.
Où irai-je chercher un peu de réussite, de satisfaction?
On pourrait croire que je prends la fuite, que je me cache comme un évadé de prison.
J’ai entendu dire que pour beaucoup elle fait peur…la liberté.

Je vais bientôt avoir tout le temps pour philosopher tout seul sur le vélo. Si mon objectif c’est de ne pas en avoir, alors j’en ai un…bref.

Le fait de laisser une bonne partie du matériel à la maison, c’est une bonne chose, c’est du poids en moins à trimballer dans les montés et moins de choses à user, à réparer, à égarer, à ranger, à charger. Ce qui m’inquiète le plus, c’est ce manque d’objectif, est-ce que je vais m’y tenir? Je vais peut être ne pas réussir à m’empêcher de me fixer un but géographique à atteindre. Lors de mon grand voyage à vélo autour du monde, j’ai le souvenir que c’est vraiment la chose qui me motivait à me lever le matin. Un objectif à 10 mois, à 10 jours, à 10 heures… ça c’est motivant. Pédaler seul sur un vélo toute la journée c’est déjà une chose qui peut être ennuyante, mais alors sans objectif… ça va vraiment être pour moi basculer dans une nouvelle dimension.
Mais sachant que l’inconnu, l’imprévu et la nouveauté, c’est excitant, alors je prends ce nouveau départ comme un nouveau défit. Voyager comme avant, comme à l’époque où les téléphones et internet n’existaient pas.

« Mais vous allez où comme ça? - Je ne sais pas… vous iriez où vous? » 

Je serai alors le seul à savoir où je suis, si tenté que je le sache moi même. Si je ne sais pas où je suis, je suis alors perdu pour de bon. Le plaisir de se perdre vraiment, de sauter dans le vide, en chute libre.
Pas de date, de jours de la semaine, pas de montre, pas d’heure. Perdu dans l’espace, perdu dans le temps, un vrai slogan. Dans l’idée, sur le papier, c’est sympas, en réalité qu’est ce que cela va donner?

Je suis tenter de juste rouler le vent dans le dos, ça me donnera une direction à suivre pour le premier jour et en plus, je trouve ça plutôt poétique. Tout ira bien là, le vent l’emportera.

Chaque instant devra être consommé sur place, pas de réchauffé. Du frais, du local sans intermédiaire, de l’éphémère. Pas de disque dur, rien d’enregistré,  peut être tout de même le luxe d’un crayon et du papier.
Je ne reviendrai avec rien d’autre que des petites notes et des grands souvenirs. Je dois alors faire confiance à ma mémoire qui va je l’espère inconsciemment travailler et imprimer plus que d’habitude. 

On voyageait comme ça hier, on voyagera comme ça demain.

C’est clairement le roman Les Furtifs d’Alain Damasio qui a été source d’inspiration. Les personnages du roman se battent pour ne pas laisser de trace. Tel un chemtrail derrière un avion qui dessine une ligne qui s’efface.
Partir quelque part et disparaître des radars.

Cette fois je ne chercherai pas à passer des frontières passeport à la main pour ressentir une forme de liberté. Cette fois ce que je veux c’est l’absence total de planification, laisser place à une total improvisation. Trouver à boire, à manger, un endroit où planter ma tente et puis recommencer. C’est aussi simple que ça.

Je n’ai pas envie de chercher à tout prix l’hospitalité, de me faire passer pour plus pauvre ou plus riche que je ne le suis. Je ne demanderai rien à personne.
Je serai autonome, de passage, un fantôme, un mirage.

Et si cette façon de rouler en inspire d’autre, je le baptiserai « faire du vélo Furtif ». 

Quand j’aurai décidé que c’est le moment, il faudra bien rentrer. Un dernier challenge, trouver une route qui mène à la maison.

« Excusez-moi Monsieur, où sommes-nous? Donc Angers ça serait plutôt par là bas? »

J’ai une belle trace de bronzage sous ma montre, elle devrait vite disparaître. Peut être que les cloches des églises me donneront l’heure. Je n’en n’aurai pas vraiment besoin finalement. Je mangerai quand j’aurai faim et quand les boulangeries seront ouvertes.



PENDANT

JOUR 1
Début d’après-midi, je pose mon téléphone sur mon lit. Lui aussi aura le droit à sa semaine de repos. Je le mets en silencieux sans vraiment savoir pourquoi et à partir de maintenant, je n’aurai plus à me soucier de son niveau de batterie. 
Le vent arrive du nord, je me dirige donc tranquillement vers le sud. 
Un triathlète me double et s’arrête à mes côtés pour me demander: Mais tu vas où comme ça?
J’ai pu lire sur son visage une forme de déception quand je lui ai dit: Je ne sais pas! Mon vélo est chargé, prêt à traverser des continents et je lui dis que je ne sais pas où je vais. Il a du me trouver bizarre. Il me souhaite bonne route et file.  
Je trouve que mon vélo est beau, le paysage est beau, le panorama est beau… mais je ne peux pas prendre de photo. Cet instant, il est pour moi seul, inscrit nul par ailleurs que dans ma mémoire. Depuis l’arrivée des réseaux sociaux, on semble obsédé par l’idée de partager ces petits instants quotidien de beauté. Ce premier jour, je me suis surpris à plusieurs reprises à mettre ma main dans la poche dorsale de mon maillot pour prendre mon téléphone par réflexe et pour vite me rendre compte que je n’avais rien d’autre que des barres céréales. 
Le soir venu, je m’offre une bonne pizza à St Rémy la Varenne en bord de Loire, terrasse soleil au pied du clocher de l’église, au top. Il m’est souvent  arrivé de manger seul au restaurant en déplacement professionnel. Seul à table, on fini tout le temps sur son téléphone, réseaux sociaux, actualité, envoyer des messages aux amis… Sans téléphone, on observe les alentours, on observe toutes les pages du menu et on s’ennuie très vite. Je ne pouvais même pas écouter les conversations avec ma table voisine, c’était une famille de hollandais.  Quelques minutes après m’être installé, je suis retourné vers mon vélo pour sortir un livre d’une sacoche et passer pour le premier de la classe qui commence à lire avant même d’avoir commandé sa pizza royale, son picon bière, Con te Partiro d’Andrea Bocceli en musique de fond. Je trouve ensuite un spot idéal pour camper en bord de Loire. Ma tente n’est pas encore montée, j’observe le couché du soleil, les oiseaux. À défaut de pouvoir immortaliser ce moment avec une photo, je commence à dessiner. Je crois que je n’avais jamais autant pris le temps de gribouiller un paysage avec un stylo quatre couleurs. Les chauves souris me frôle la tête, les grenouilles chantent, il est temps de monter ma maison pour la nuit.
Section 1
JOUR 2 
Je fais le touriste dans les villages du bord de Loire pourtant assez proche de chez moi mais que je n’avais jamais vraiment visité. Dès que je vois quelques choses d’intéressant, je m’arrête sans avoir à mettre en pause mon Strava. Alors je prends le temps de lire les petits panneaux d’informations touristiques, j’avance doucement. Les circuits troglodytes, les fouées, un verre de Chinon Rouge pour le déjeuner et je repars en direction de Fontevraud et son abbaye et me retrouve ensuite sur des routes que je ne connais plus. Des panneaux m’indiquent que je suis sur la vallée du Thouet et je trouve un magnifique spot encore pour cette deuxième nuit. Un prunier juste à côté de ma tente me fournira un dessert et un petit déjeuner.
Section 1
JOUR 3
Je me fais réveiller par des chiens et des cors de chasse, ça gueule de partout. Je me retrouve sans le faire exprès sur la Vélo Francette que je vais m’amuser à suivre pendant quelques kilomètres. C’est sur cette route juste avant le village de Saint Loup sur Thouet que je vais connaître ma plus grosse frayeur. En haut d’une montée, un chien la peau sur les os commence à aboyer en me voyant arriver. Un autre derrière une haie s’excite aussi. Pas de problème, j’ai connu cette situation un paquet de fois lors mon voyage autour du monde, pas de stress. Je pose le pied à terre et lui parle gentiment pour calmer la bête et marcher quelques mètres. Sauf que plus le temps passe, plus les poils se dressent sur son dos et plus il se rapproche en me montrant sa belle dentition. Il n’a pas l’intention de me laisser passer si facilement. Je commence à moins faire le malin que ce malinois en voyant qu’il n’est pas décidé à se calmer. J’ai encore mon vélo entre lui et moi pour faire bouclier. Il s’approche de plus en plus pour le contourner. Je me dis qu’il a peur de mon vélo aux allures de grosses bête avec ses sacoches. Je décide de le laisser au sol pour m’en écarter. Il va bien se rendre compte que je ne veux pas lui faire de mal ce toutou. Erreur. Le malinois n’est toujours pas calmé et se trouve maintenant juste devant moi, je recule, il avance. J’ai tenté la méthode calme, il ne s’est pas calmé, je tente alors la méthode énervé à mon tour, fait semblant de lui jeter des trucs à la gueule,  je n’ai rien d’autre que des barres céréales dans les poches. Je ne pense pas que c’était la faim qui l’excitait autant. Je crie fort, je l'insulte mais il est là juste devant moi près a bondir. Je me dis que ça y est, il va se passer quelque chose de vraiment pas sympas dans les secondes qui suivent. J’imagine ce qu’il va bien pouvoir faire, me sauter à la gorge? me déchiqueter l’avant bras? Je me sens seul au monde. Il est surexcité à moins d’un mètre juste devant moi. J’avais avec moi une balise de détresse que je pouvais actionner pour appeler les secours si besoin. Mais elle était dans mes sacoches sur mon vélo couché sur la route quinze mètres derrière le chien et elle n’aurait été utile que si je me faisais mordre. Une voiture arrive, ouf. Un jeune homme ralenti mais repars de plus belle. Je gueule pour l’arrêter, il trace. De nouveau seul face à la bestiole. Il avance, je recule… Une deuxième voiture arrive. Cette fois ci je ne vais pas la laisser filer, je me mets au milieu de la route, la voiture ralenti et le chien surexcité se mets à mordre les pneus de la voiture. J’explique la situation à la conductrice, que je n’ai jamais eu aussi peur de me faire mordre par un chien… Je ne veux pas qu’elle descende de la voiture mais juste qu’elle reste ici le temps de récupérer mon vélo et filer. Je parviens à remonter sur mon vélo, il revient à la charge, je descends, je m’écarte encore un peu plus pour enfin parvenir à prendre de la vitesse. Le chien me laisse enfin tranquille. Je lève le bras et cri un grand merci à la fille qui était encore à l’arrêt au milieu de la route. J’ai les jambes qui tremblent encore, qu’elle frayeur. 
Lors de mon tour du monde à vélo, je me suis fait courser par des chiens de berger en Turquie, un mastiff tibétain a arraché une sacoche de mon vélo alors que j’étais encore dessus… j’ai connu  beaucoup  d’expériences du genre mais peut être que le temps atténue le souvenir de peur. C’était ma plus grosse frayeur de chien. Pour me remettre de mes émotions, je m’arrête acheter à manger à Saint Loup sur Thouet qui portait plutôt bien son nom ce jour là. J’avais envie de prévenir la mairie de la présence de ce chien, d’autant plus que sur le tracé de la Vélo Francette, je ne serai pas le dernier vélo à passer. Mais c’est dimanche, la mairie est fermé. Je prends un café au PMU à côté d’une tablé de jeunes décuvant de la soirée de la veille et je remonte sur le vélo pour continuer mon voyage.
Je traverse des villages vides, personne, pas un chat, pas un chien cette fois. À croire que tout le monde est scotché à la télévision pour regarder le Tour de France traverser Montmartre. Je prends du plaisir à enchaîner les kilomètres avec l’impression de ne pas ressentir la fatigue malgré les bosses. Le vent 3/4 dos y est sûrement pour quelque chose. Mon vélo ne fait aucun bruit. Mes patins de freins touchaient légèrement mes disques le premier jour mais maintenant plus rien. Juste le bruit de mes pneus sur la route…du plaisir. Je m’arrête dans un tout petit abris bus en bois pour noter quelques ligne dans mon carnet. 
Mon parcours n’a pas de sens, je l’improvise à chaque carrefour, je change d’avis et tourne à gauche ou à droite au dernier moment. Quelle drôle de sensation. Seul je m’ennuie parfois mais tout de même l’impression de moins m’ennuyer que certaines personnes que je vois. Ce malaise dans les restaurants où des couples mangent sans rien avoir à se dire. 
Littéralement désorienté et perdu aujourd’hui. Je suis à St Benoit puis me retrouve finalement en haut d’une belle montée face à une grande ville. Mince mais c’est Poitier juste là devant moi. Je pensais être beaucoup plus à l’ouest.  
J’arrive à Ligugé et son Abbaye Saint Martin avec une pluie fine et des nuages menaçant. Pas d’horloge dans le village, mince mais qu’elle heure est il? Deux secondes après m’être posé cette question, les cloches sonnent les 18h. 
Je trouve un coin tranquille ou dormir adossé à un petit bois, belle vue panoramique sur le château d’eau du village de Smarves. Une biche et son petit faon mangent au loin derrière un tas de fumier. Plus tard, je pense reconnaître une petite fouine. Le lendemain matin c’est deux petits renards qui jouent… On a tout le temps pour la contemplation lorsqu’on a pas les yeux sur son téléphone. 
Section 1
JOUR 4
Partout ou je vais le maïs ne dépasse pas 1,5m. Sécheresse et sale temps pour les paysans. Il est fleuri et a encore besoin d’eau. Mais cette semaine, je suis égoïste et me réjouie d’avoir du soleil. Il ne fait pas trop chaud non plus pour un mois de juillet, le chocolat ne fond pas dans mes sacoches. 
Je décide de tranquillement virer vers l’ouest. Je pourrai alors remonter la côte jusqu’à la Loire et facilement retrouver ma route. 
Au milieu de rien, quand on s’y attend le moins, c’est là qu’on tombe sur des scènes improbables.  Un homme qui jardine, penché en avant les fesses en l’air, les fesses à l’air…ok.
Le hasard me fait passer par Sainte Soline. Je passe juste à côté d’une megabassine ultra sécurisé, double rangs de grillages, caméras de surveillance… Sans téléphone, je suis intraçable… si quelqu’un a fait du sabotage ce jour la, promis ce n’était pas moi. 
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JOUR 5
Les éoliennes ont tourné leurs têtes, le vent va me pousser vers l’ouest ce matin.
J’ai planté ma tente dans un petit chemin. De l’autre côté de la route, des jardins. Un papi arrive en Peugeot Express pour jardiner. Il descend de la voiture et ne sait pas que je suis là. « Putain de bordel de bon dieu de bordel de merde…. » Il a peut être oublié quelque chose. De l’autre côté de la haie je rigole tout seul en mangeant des belles mûres avant de repartir.
Il n’y a pas de mauvaises herbes mais des mauvais jardiniers.
Il n’y a pas de mauvaises routes mais des mauvais cyclistes?
Je ne sais pas si je suis un bon cycliste mais avec ce projet je suis toujours sur la bonne route, quoi qu’il arrive.
Cette route est souvent petite, avec de l’herbe au milieu.
Des routes sans panneau au carrefour, des routes que seuls les locaux empruntent.
Des piles énormes de pailles, des tournesols aux pétales fanées qui boudent et baissent la tête. Je suis surpris de voir si peu d’église avec des horloges, si peu de village avec des boulangeries.
Des champs énormes, pas de haies, des éoliennes, des énormes tracteurs, des pick up, on est dans le Texas français finalement. Mais où qu’il est Chuck Maurice?
Un peu de marais Poitevin, beaucoup de vent dans le nez pour finir la journée au camping de Saint Denis du Payré. Je repasse enfin par la case douche pour retrouver une peau bronzé, douce et propre le temps d’une nuit. Demain c’est la mer.
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JOUR 6
Je prends plaisir a remonter vers le nord sur les pistes de la Vendée à vélo bien fléché et je n’ai jamais autant vu de vélo sacoches qu’ici. Malgré tout je trouve la journée longue. Les points  kilométriques de la piste cyclable m’indique que je n’ai fait que 10km quand j’ai l’impression d’en avoir fait 20. La fatigue se fait quand même sentir. Je n’ai eu l’heure qu’une seule fois dans la journée, à 10h45. Beaucoup de vent de face mais les sentiers côtier sont vraiment beaux. Les marais à poissons vendéens, les forêts où je peux rouler à l’ombre, les pauses glaces, l’odeur de crèmes solaire…  les vacances. 
Au beau milieu du Tadjikistan ou en Chine, quand je croisais un autre voyageur à vélo, il était courant de s’arrêter pour parler un peu, se donner mutuellement des conseils sur ce que l’autre va trouver sur sa route dans les prochains kilomètres. Ici c’est différent. 
Je trouve un petit camping avec un emplacement partagé pour les tentes. On est plusieurs voyageurs à vélo mais on échange pas plus que des sourires et des bonjours. À croire que les cyclistes ressentent plus le besoin de se parler quand ils sont loin de chez eux.
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JOUR 7
Je prends mon temps ce matin la. Je termine une version abrégé du Voyage au centre de la Terre de Jules Verne que j’avais trouvé dans une boîte à livre. J’étais surpris d’en voir autant dans les petits villages du Poitou.
En pleine période de vacances, je m’amuse à écouter les familles, les crises des enfants et les réactions des parents: « si ça continue on rentre à la maison, c’est ça que tu veux? » 
L’eau de mes bidons proviennent des robinets des cimetières, des toilettes publiques et des campings. Pas de problème de digestion à signaler. 
Je commence à être fatigué de bêtement suivre les flèches vertes du sentier côtier. Passer au pied des immeubles de Saint Jean de Monts m’a encore plus motivé à faire le rebelle et prendre un itinéraire bis bis. 
Je me retrouve devant le grand pont de Noirmoutiers. Au loin on peut apercevoir des petits points bouger sur l’eau. Des voitures sur le passage du Gois. Une route seulement accessible à marée basse. C’est décidé, j’essaie de trouver la route pour passer sur le Gois avant que la marée remonte. Quelques kilomètres plus tard et beaucoup de vent de face, j’arrive enfin au passage. Je ne croise plus de voiture, c’est mauvais signe. Avant de m’engager, je m’arrête devant une petite cabane de l’office du Tourisme pour demander si c’est encore une bonne idée d’entamer la traversé. La femme se penche pour regarder la mer au loin mais fait la grimace, c’est risqué me dit elle, elle a peur que je me retrouve dans l’eau. La route fait 4km et le passage le plus bas est juste avant l’île. Je ne veux pas prendre de risque stupide. Je fais quand même un aller retour de quelques centaines de mètres histoire de tester un peu la route et me sentir au milieu de la mer.  Je m’arrête pour prendre un verre sur la terrasse d’un restaurant qui fait face à la route. Je regarde le niveau de la mer monter pendant que le niveau de ma bière descend. 
Je repars et me retrouve dans le PMU de Boin pour manger une pizza. Il est 20h45 et je ne sais toujours pas où je vais dormir. Ça sera dans un petit chemin dans un marais en territoire de ragondins. Ils sont partout et sautent tous à l’eau à mon arrivée. Je commence à ressentir un manque de ne pas avoir de nouvelles des proches depuis maintenant 7 jours. Le soir venu, je scrollais les pages de mon petit carnet et je retouchais les dessins des jours passés. 
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JOUR 8
Je ne sais jamais quelle heure il est le matin au réveil. Je me réveillais et sortais de la tente quand mes sensations d’éveil estimait qu’il était temps de commencer cette journée. J’essaye de me fier à la hauteur du soleil quand le ciel est découvert mais finalement, ce n’est pas si important. Je décide de commencer  à me diriger vers l’est. Je n’ai pas envie de traverser la ville de Nantes sans gps. Je vais donc essayé de retrouver la Loire près d’Ancenis pour enfin la longer et retrouver mon village près d’Angers.
Je vois un avion de ligne blanc et orange traverser à basse altitude vers l’est. Il m’indique alors ma position par rapport à l’aéroport de Nantes. Grace à lui je me rends compte que je dois continuer de faire de l’est avant de remonter au nord. Je me sens comme un navigateur sans boussole. Je ressens la fatigue, mal aux épaules, au cou, aux mains. Mais j’ai envie de tracer pour peut être enfin rentrer et dormir chez moi ce soir. C’est peut être le moment. J’ai trouvé le temps tellement long pour arriver à Ancenis. J’y parviens non sans mal. Je m’arrête pour une limonade dans une guinguette. À partir de maintenant, je connais les routes pour rentrer. Jamais bien l’idée de rentrer à la maison exténué après une longue journée à vélo, une longue semaine à errer à droite à gauche dans les départements alentours.
Section 1
APRÈS
J’ai adoré m’orienter avec le soleil. Me rendre compte a quel point il est difficile de garder un cap quand le ciel est nuageux. Et quand bien même il était découvert, j’avais beau me dire que le soleil se lève à l’est donc le nord est…par là. Milieu de l’après-midi, mon ombre est là donc le nord est par là-bas… ce n’était vraiment pas si simple. Je m’étais donné dix jours pour ce voyage donc je n’étais pas stressé, j’étais seul, j’avais le droit à l’erreur. Je prenais ça comme un jeu. 
Je suis fier d’avoir vraiment ressentie la sensation d’être perdu et à la fois de ne pas m’en inquiéter. Souvent quand on s’arrête dans un village on cherche sa route pour trouver le village suivant prévu sur l'itinéraire. Dans ce voyage, je ne pouvais pas me tromper, toutes les options étaient les bonnes. Même sans planification, je suis tombé par hasard sur des lieux magnifiques, des beaux villages, des châteaux… Assez peu de rencontre finalement. C’est le prix à payer quand on se cache pour camper gratuitement le soir. 
À mon retour, j’ai retrouvé mon téléphone sans batterie. C’est la batterie de mes motivations que j’avais chargé à bloc pour aller au bout de nouveaux projets. Je l’ai rallumé pour découvrir des notifications, des messages, des emails et quelques appels en absence… Il ne m’a pas fallu longtemps pour retomber dans  les écrans mais j’ai maintenant vraiment l'envie de me refaire des pauses complètes d’écran de se type pour reposer les yeux et le cerveau. Je ne pourrai même pas dire à quand remonte le moment où je n’ai pas posé les yeux sur un écran pendant huit jours. 

En ce qui concerne l’absence d’objectif, elle m’était supportable parce que je n’ai divagué sans but seulement quatre jours. Ensuite il me fallait bien rentrer, j’avais la mer et ensuite la Loire en ligne de mir pour rentrer. Je pense que l’absence d’objectif m’aurait été très difficile à supporter si j’avais continuer à errer une semaine de plus. 
Je suis fier d’avoir enfin pris le temps de faire ce voyage que j’ai trouvé très sain autant physiquement que psychologiquement. C’est décidé, ce n’était pas la dernière fois que je voyageai de cette façon sans téléphone. Je me demande déjà où le vent m’emportera la prochaine fois.

Johan David
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