Eté 2021 : Seatrekking en baie des Trépassés (BZH)

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Nage en eau libre itinérante sur 3 jours avec bivouacs le long du Cap Sizun et de la Côte de Cornouailles.

(15-20 min de lecture)

La nage en eau libre et l’apnée de compétition sont des sports. Le seatrekking est leur incarnation et leur fusion spirituelle qui procure une expérience immersive dans l’écosystème marin et qui nous amène à reconsidérer l’échelle du temps et des éléments.

"L'océan est notre campement.
Nous sommes faits de l'étoffe dont sont tissés les vents et les courants"
(A. Damasio)
nage / randonnée/trek apnée
Quand : 19/08/21
Durée : 3 jours
Distance globale : 32.5km
Dénivelées : +1446m / -1446m
Alti min/max : -2m/69m
Carnet créé par Barbenoire le 06 nov.
modifié le 12 nov.
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Vue d'ensemble

Le topo : Section 1 (mise à jour : 08 nov.)

Distance section : 6.9km
Dénivelées section : +251m / -218m
Section Alti min/max : -1m/61m

Description :

Premier jour du seatrek : Baie des Trépassés --> Pte du Van --> Pte de Castelmeur --> Plage de Theolen
Conditions météorologiques : Ciel gris + vent soutenu le matin et après-midi
Marées : coefficient 55 / 60
Vent : Ouest puis sud-ouest, force 4-5 sur l'échelle de beaufort
Houle : Ouest période 15s et hauteur 1,3 m
Température de l'air : 15-16°C
Température de l'eau : 17°C
Ma position

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Le compte-rendu : Section 1 (mise à jour : 08 nov.)

Préface
 
Notre dernier seatrek en Bretagne avait eu lieu l'été dernier en Presqu'île de Crozon (Finistère, 29) et avait soudé au fer blanc une horde de seatrekkers prêts à tout pour s'immerger dans la beauté des éléments et observer l'état des écosystèmes marins (cf. carnets https://www.expemag.com/book/myBooks).

Pour 2021, notre choix s'est porté sur un lieu dans lequel peu de nageurs ont évolué : la Baie des Trépassés et le Cap Sizun qui la borde au nord.

Cette baie fait l'objet d'une légende selon laquelle les corps des marins qui avaient perdu la vie en mer venaient s'y échouer. Durant la nuit de Noël, on y entendrait le chant des âmes en peine ballotées sur le bateau des morts.
Auguste Brizeux ajoute même avec une pointe de grandiloquence que : "La Baie-aux-Trépassés est blanche comme la craie. Son sable pâle est fait des ossements broyés et les bruits de ses bords sont les cris des noyés." :ermm:

Autant vous dire que notre projet d'évoluer des ces eaux se devait de rester humble devant l'austérité des lieux.

C'est donc dans un esprit solennel que Mathieu, Ronan, Dodo, Phil et moi-même nous sommes immergés en cette fraîche matinée de juillet.

Trois jours et deux nuits à côtoyer les éléments, développer notre aquaticité et notre esprit d'aventure dans un lieu qui prend aux tripes par l'âpreté de son littoral, ses grottes taillées par la houle perpétuelle mais aussi par le parfum de sa lande balayée par les vents.

Ce lieu n'est pas un lieu comme les autres. C'est un sanctuaire taillé par l'érosion ancestrale des éléments dans lequel, une fois immergé, nous prenons conscience de notre existence éphémère et redevenons un élément primaire de ce monde matriciel qui a vu naître la vie.


Section 1
7h. Nous quittons la maison pour rouler vers le point de mise à l'eau. Les averses successives qui fouettent le parebrise en cette belle matinée d'été, étouffent les conversations dans le cockpit de la voiture et ne rassurent pas vraiment quant aux conditions de la journée à venir. Qu'à cela ne tienne, ces trombes d'eau ont au moins le mérite de nous mettre mentalement en condition pour les jours à venir.

9h. Nous nous garons au parking du port du Vorlen, pile à l'heure sur nos prévisions, et descendons le petit sentier qui mène à la cale de mise à l'eau. A quelques encablures de la côte, se tient devant nous le phare de la Vieille, témoin de tant de tragédies. La lueur crépusculaire de son faisceau ouvre de brèves avenues de désolation sur la mer. Un vent léger porte à nos narines les parfums humides et iodées de l’océan, ce qui provoque en nous un frisson de plaisir et d'impatience.

Nous quittons le monde des apparences
et des calculs sociaux,
pour une immersion volontaire des sens
dans l’inconfort des flots. 
La brume se lève pour laisser place aux dernières lueurs du faisceau du phare de la Vieille.
La brume se lève pour laisser place aux dernières lueurs du faisceau du phare de la Vieille.
Vue sur la Baie des Trépassés au petit matin.
Vue sur la Baie des Trépassés au petit matin.
Moi et mon sac qui contient l'ensemble du matériel de sécurité requis pour naviguer en mer ainsi que l'eau, la nourriture, le duvet, la tarp, le réchaud, etc. pour 3 jours, 2 nuits et 1 personne en autonomie.
Moi et mon sac qui contient l'ensemble du matériel de sécurité requis pour naviguer en mer ainsi que l'eau, la nourriture, le duvet, la tarp, le réchaud, etc. pour 3 jours, 2 nuits et 1 personne en autonomie.
L'un des membres de cette joyeuse horde aquatique, se prépare à l'immersion.
Le matériel est réparti uniformément dans nos sacs afin d'éviter une flottabilité instable.
L'un des membres de cette joyeuse horde aquatique, se prépare à l'immersion.
Le matériel est réparti uniformément dans nos sacs afin d'éviter une flottabilité instable.
Le rituel de la combinaison, cagoule, gants, chaussons.
Le rituel de la combinaison, cagoule, gants, chaussons.
Nous quittons le monde des apparences et des calculs sociaux,
pour une immersion volontaire des sens dans l’inconfort des flots.
Nous quittons le monde des apparences et des calculs sociaux,
pour une immersion volontaire des sens dans l’inconfort des flots.
Section 1
11h. Cela fait plus d'une heure que nous nageons le long de cette côte imprégnée de larmes et de désolation. Premier constat : peu de vie à observer sous cette masse d'eau. Seules quelques laminaires (algues) accrochées ici et là témoignent de l'hostilité des lieux.

Au détour d'une pointe, nous tombons sur une faille de granit creusée dans la roche. La houle est modérée, peu de ressac et l'eau est claire. Nous décidons d'y pénétrer en nous faufilons jusqu'à l'extrême amont de cette anfractuosité.

Nous nous amusons à quelques apnées récréatives, le clapotis sombre de l'eau en surface nous servant à la fois de guide et de plafond de verre.
Quelques laminaires tiennent ici et là face aux assauts répétés de la houle.
Quelques laminaires tiennent ici et là face aux assauts répétés de la houle.
Un corridor sous-marin se dévoile à nos yeux.
Un corridor sous-marin se dévoile à nos yeux.
Le moment idéal pour s'adonner à quelques apnées récréatives.
Le moment idéal pour s'adonner à quelques apnées récréatives.
Section 1
12h. Nous atteignons la pointe du Van à marée montante, 3h après l'étale. Le contre-courant se fait sentir et nous rappelle l'importance de ne pas évoluer trop loin de la côte. Les corps s'allongent devant la pression exercée par cette masse d'eau glissant le long de nos combinaisons. Un rapide coup d'œil en surface afin de resserrer les binômes par sécurité le temps de passer le cap. 

Tout se déroule comme prévu. L’alliance du flot et de nos muscles nous font glisser à certains moments par de blanches crêtes d'écume et de sombres vallées liquides.


Une force géante, dynamique et bienveillante nous pousse en avant. La main de l’océan défaisant les nœuds perfides des remous se créant au détour des rochers affleurants.
Passage de la Pointe du Van.
Passage de la Pointe du Van.
Les corps s'allongent devant la pression exercée par cette masse d'eau glissant le long de nos combinaisons.
Les corps s'allongent devant la pression exercée par cette masse d'eau glissant le long de nos combinaisons.
13h. Cela fait près d'une demi-heure que nous avons passé la pointe du Van. Le froid et la faim se font ressentir. Toujours pas de rayons de soleil pour se réchauffer la couenne. 

Nous poussons un bon kilomètre supplémentaire et trouvons enfin une petite dalle chauffée au soleil pour notre pause et sieste du midi. Au menu barres de céréales, fruits séchés et boissons chaudes.


La tranquillité des lieux contraste avec les paysages du matin. Nous profitons de cette pause pour découvrir la flore locale et reposer nos corps dans une flaque vierge de toutes perturbations physiques et sonores. Un petit instant méditatif comme nous les aimons. ;)
Section 1
Criste marine.
Criste marine.
Section 1
15h. Le temps se rafraichit et le ciel s'assombrit. Le soleil a eu la bonté de venir caresser nos joues salées le temps de notre pause déjeuner mais son départ nous rappel que nous en avons un peu trop profité. 

Nous nous rééquipons avec nos combinaisons mouillées et rééquilibrons les sacs avant de continuer. Au programme 3h de nage palmée et un dédale de grottes marines à nos yeux inexplorées.

A la croisée des vagues nous avançons d'un crawl puissant, nous laissant porter temps à autre comme des flotteurs de filet dérivant.

Nous n’avons de crainte ni dans notre corps ni dans notre esprit. Dans l’obscur combat que nous menons à la houle et aux courants, nous devinons, davantage que nous la suivons, la route qui nous fera passer la pointe du Castelmeur.

Derniers échanges et sourires avant l'immersion.
Derniers échanges et sourires avant l'immersion.
Sel'Phil
Sel'Phil
La métamorphose est en cours. Ce n'est pas la chenille qui devient papillon mais l'homme qui redevient poisson.
La métamorphose est en cours. Ce n'est pas la chenille qui devient papillon mais l'homme qui redevient poisson.
Nos ombres sont celles de noirs guerriers de la mer.
Notre nage est sombre et fuselée comme celle d'un épaulard.
Nos ombres sont celles de noirs guerriers de la mer.
Notre nage est sombre et fuselée comme celle d'un épaulard.
Exploration d'un dédale de grottes et de blocs sous-marins en tout genre.
Exploration d'un dédale de grottes et de blocs sous-marins en tout genre.
17h. Que de grottes et de cavités en tout genre explorées ces dernières heures. Un rayon de soleil illumine au loin la côte et dévoile à nos yeux, une lande coiffant l’arrondi presque féminin de ce rivage découpé par les tempêtes : la plage de Theolen.

L’odeur des bouquets de bruyère qui parvient à nos narines, emplie nos sens de souvenirs d’enfance et rappelle notre âme à la raison. Cette âme qui, à chaque instant où notre visage est immergé, se rapproche du fond de l’océan au grès de coups de palmes répétés. 

En l'espace d'une journée dans l'eau, la petite chrysalide anthropique que nous étions au réveil dans nos draps chauds a déjà commencé sa mue vers une autre forme de vie, un autre état sensoriel.

18h. Après avoir soigneusement trié et jeté les déchets ramassés sur notre parcours, nous nous mettons en route via le sentier côtier pour trouver le lieu de notre premier bivouac.
Section 1
20h. Nous attendons les derniers rayons du soleil pour monter le bivouac de notre première nuit. Le repas du soir se prépare tranquillement derrière des blocs de granit, à l'abri du vent. Au menu : saucisses fumées grillées au feu de bois sur lit de taboulé armoricain.
Section 1
La Presqu'île de Crozon à l'horizon.
La Presqu'île de Crozon à l'horizon.
23h. La nuit est tombée. Nous distinguons au loin le phare de Saint-Mathieu et son éclat blanc toutes les 15 secondes. Je me plais à fixer l'horizon, les yeux plissés, et compter les secondes dans ma tête avant le prochain éclat.

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1, 2,...rrrr ronflements.

Section 1
Continuez à lire le récit de la deuxième journée dans la section n°2.
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Carnets d'Aventures N°65