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Bretagne-Lofoten AR à vélo

Bretagne-Lofoten AR à vélo

(réalisé)
Départ à vélo le 5 avril d'une petite ville près de Saint-Brieuc (côte nord de la Bretagne), pour rejoindre les îles Lofoten (nord de la Norvège). Le retour, toujours à vélo, a eu lieu 97 jours plus tard, le 8 juillet. En tout, 7200 km à vélo + environ 1200 en train (en Suède uniquement). Les points forts : la gentillesse des Belges, des Danois et des Allemands, le sourire permanent des Danois, les infrastructures merveilleuses pour camper au Danemark, et les paysages sensationnels en Norvège. Et le top du top : le plateau de Hardangervidda en Norvège (en gros entre Oslo et Bergen). Trace impossible à retranscrire sur la carte proposée par Expemag (pas à cause de la carte mais à cause de moi, je ne suis pas douée pour ce genre de choses).
Photo de couverture : frontière entre la Norvège et la Suède, un peu après Narvik.
vélo de randonnée
Quand : 05/04/22
Durée : 97 jours
Carnet publié par Breizhinette le 06 oct.
modifié le 06 oct.
167 lecteur(s) -

Le compte-rendu (mise à jour : 06 oct.)

Je pars seule, comme d'habitude, cette fois avec 30 kg de bagages dans mes sacoches, car obligation de prendre des vêtements contre le froid et la pluie. Je prends aussi une tente 4 saisons, un peu plus lourde que celle que j'emportais jusqu'à présent. Le but est de rejoindre les îles Lofoten, et éventuellement de pousser jusqu'au Cap Nord (ce que finalement je n'ai pas fait). Je souhaite arriver en Norvège le plus rapidement possible, donc je suis quasiment une ligne droite de Saint-Brieuc jusqu'à Hirsthalls, dans le nord du Danemark, d'où je prends un ferry pour Kristiansand, dans le sud de la Norvège. Un peu compliqué de bivouaquer en Belgique et dans les Pays-Bas (dans un parc, à l'aller, une dame me prévient que la police va arriver... Et au retour, un type me dira que si je n'ai pas de carte bleue je ne suis rien...), mais de nombreuses personnes m'accueillent chez elles (dans leur jardin ou dans leur maison). J'ai rencontré evidemment bien plus de gens sympas que de personnes désagréables. Au Danemark c'est le rêve : il y a des shelters absolument partout ! Les nuits sont fraîches (- 2) mais ce n'est pas un problème, d'autant que je monte souvent ma tente à l'intérieur même des shelters pour être protégée du vent. C'est royal, j'adore. A propos du Danemark, j'ai choisi de passer par le Jutland, car c'est la route la plus courte et car j'aime traverser l'intérieur des pays. Je suis vraiment ravie de la gentillesse, de l'amabilité et de la bonne humeur des Danois, leur compagnie est un vrai plaisir. les paysages n'ont rien de dingue, mais peu importe, les Danois sont tellement sympas que je compte bien retourner dans leur pays un de ces jours.
Dès mon arrivée en Norvège, le 2 mai, les paysages m'enchantent, c'est vraiment magnifique et, ça y est, j'en ai fini avec les paysages extrêmement plats. Pfouuuuu, ce que c'est beau !!! Et ici, c'est possible de bivouaquer quasiment partout, et c'est même normal, tout le monde le fait. Au bord des lacs, des rivières, dans les forêts, partout. Forcément, qui dit montagnes dit grosses côtes à monter, mais aussi grosses côtes à descendre:) Et ça signifie aussi que les paysages sont tout de suite plus beaux que quand c'est tout plat. Je vois assez vite des élans. C'est magnifique. Ces bestioles sont énormes mais se déplacent comme si elles dansaient, en se balançant d'une patte sur l'autre, j'adore ! Je bivouaque beaucoup, quasiment tout le temps. Il y a peu de Warmshowers et de toute façon je préfère les rencontres spontanées. Quand le terrain est trop en pente, je demande souvent à des gens si je peux m'installer dans leur jardin. Ils sont souvent surpris, voire un poil réticents, mais ils acceptent tout le temps (je suis une femme, j'ai eu 55 ans pendant le voyage, je ne fais pas trop peur, ça aide:)) et je suis toujours invitée le lendemain pour le petit déjeuner, parfois dès le repas du soir, et parfois aussi ils m'invitent à dormir chez eux. Ils m'offrent également tout le temps une douche, alors que je ne le leur demande jamais. Ces rencontres sont toujours très belles. Une vieille dame, au début assez méfiante, m'a par exemple invitée à entrer le lendemain matin pour partager le petit déjeuner et m'a montré son costume traditionnel (pour la fête nationale du 17 mai). C'était très touchant.
Je n'ai pas voulu suivre la côte car je craignais la pluie, et aussi parce que, comme je le disais précédemment, j'aime découvrir l'intérieur des pays. Bien m'en a pris car bien plus tard j'ai rencontré des cyclos qui avaient longé la côte et qui ont eu de la pluie tous les jours pendant 3 semaines. Moi j'ai eu du beau temps (jusqu'à plus de 30 degrés en journée), un peu de neige à un moment (en altitude, au niveau de Valdesfrya, à 1390 mètres, et aussi un peu avant Trondheim), très peu de pluie, et du vent toujours glacial, qui vous transperce. Un jour, juste avant les Lofoten, un vent de dingue, très dangereux car même à pied en tenant mon vélo j'étais complètement déportée sur la route. Ce soir-là, j'ai dû dormir dans un abri-bus, à moins de deux mètres de la route, et je n'en menais pas large car le vent était vraiment extrêmement fort. J'avais pour une fois voulu m'abriter dans un camping, mais la propriétaire m'a dit qu'elle n'acceptait que les gens en camping-car et m'a claqué la porte au nez, au propre comme au figuré. C'était vraiment idiot de sa part, et inconscient, car le vent était si fort que c'en était dangereux.
Le pays est très cher, mais il y a quasiment toujours un endroit dans les supermarchés où on trouve des aliments à -30 ou -40% (ceux qui sont à la limite de la date de péremption). Et j'ai parfois rencontré des gens dans des supermarchés qui, en me voyant seule à vélo, sachant d'où je venais et où j'allais, m'ont offert des fruits, du pain, des yaourts... Et puis je n'achetais quasiment que des flocons d'avoine et du muesli, je n'ai mangé pratiquement que ça pendant 3 mois... Je sais que beaucoup de cyclos récoltaient plein de nourriture propre et bonne (et emballée) dans les poubelles des supermarchés mais je ne l'ai pas fait. Mes moyens financiers étaient extrêmement limités, je m'en suis sortie avec une moyenne de 6 euros par jour sur ces 3 mois de voyage, comme quoi il ne faut pas que les problèmes d'argent soient un frein à votre voyage car si on est d'accord pour toujours dormir dehors et pour manger toujours la même chose, tout est possible, même dans un pays aussi cher que la Norvège.
Donc au bout d'un moment je suis arrivée sur le plateau de Hardangervidda, et alors là, c'était absolument somptueux ! Des paysages incroyables, tellement dépaysants pour une Bretonne ! Cétait magique. Quasiment personne, davantage d'élans que de gens, des lacs pour certains encore gelés, des montagnes, des zones de toundra, des zones avec des arbres, des arbres, des arbres, un calme magnifique, des vues à couper le souffle sur des fjords au loin tout en bas, et les rares rencontres avec des forestiers ont été fabuleuses et inoubliables. J'ai adoré cette zone. Je pense que j'y retournerai, pour la sillonner à pied. C'est un paradis.
Puis j'ai fini par arriver à Trondheim, et j'ai commencé à suivre la célèbre route 17, connue pour étant la plus belle route de Norvège, et c'est vrai que c'était d'une beauté indicible. J'ai eu la chance d'avoir une météo formidable tout au long de cette route (qui arrive aux Lofoten). Bivouacs tellement beaux que je croyais rêver. Il faisait jour tout le temps, mais ce n'est pas du tout un souci pour s'endormir quand on a pédalé toute la journée ! La nuit les lumières étaient très tendres, irréelles, splendides.
Aux Lofoten, bien sûr les paysages sont sublimes, bien sûr. Mais tout ce monde (alors qu'on n'était qu'au mois de mai, je n'ose imaginer en plein été) m'a fait un drôle d'effet car j'avais rencontré très peu de monde depuis mon arrivée en Norvège : aucun cyclo et aucun touriste je crois. Et là, tout d'un coup, plusieurs cyclos, et surtout des cars et des camping-cars à gogo. Et des restaurants, des cafés... Mais bon, c'est vrai que c'est très beau, et ça reste très facile de bivouaquer tranquillement - en tout cas en mai - dans des endroits splendides. Mais les paysages de Hardangervidda, pour moi, sont largement plus beaux. Peut-être parce que je suis habituée aux paysages marins et que donc les Lofoten, même si ok il y a des montagnes et des maisons rouges sur pilotis, ne m'ont pas autant dépaysée que le plateau du centre de la Norvège. Et puis ce monde aux Lofoten, comparé à la solitude du centre... Bref, c'était quand même sublime, et pédaler sur les routes des Lofoten est un régal.
Et puis j'étais ravie d'êre arrivée jusque-là puisuqe c'était mon but.
J'ai décidé de ne pas pousser jusqu'au Cap Nord car la météo avait l'air de se dégrader, et je me disais que j'avais encore un sacré bout de chemin à faire pour rentrer chez moi.
Donc j'ai décidé de rentrer par la Suède. Quelle mauvaise idée !
Au début c'était super : la traversée de la Norvège pour rejoindre la Suède (en pensant par Narvik), a été superbe. Et j'ai adoré les paysages de la Laponie suédoise : plein d'arbres, plein de forêts, enfin plus de côtes à monter, des lacs gelés, pour certains encore entièrement gelés, avec de la neige par-dessus la glace, des rennes..., c'était incroyablement beau et là encore je croyais rêver. mais ça a vite viré au cauchemar à cause de l'inconscience et de la débilité profonde des conducteurs suédois qui sont de vrais criminels en puissance.
Arrivée à Kiruna, j'en avais vraiment ma claque. Beaucoup de rennes morts dans les fossés, victimes des chauffards. On m'a dit, mais je ne sais pas si c'est vrai, que des gens les tuent volontairement en conduisant afin de scier leurs bois et de les vendre (90 euros dans les magasins de souvenir). Ce qui est sûr, c'est que tous les rennes que j'ai vus dans les fossés avaient leurs bois sciés...
Bref, je suis arrivée tant bien que mal sur la côte suédoise, et là j'ai pris le train. C'était vraiment trop dangereux de continuer. les gens ne s'écartent absolument pas lorsqu'ils doublent, même s'ils ont largement la place pour le faire ; les camions me frôlaient et avec l'appel d'air je zigzaguais à droite et à gauche, c'était très flippant. Et des conducteurs qui doublaient les voitures venant en sens inverse arrivaient de mon côté, droit sur moi, à pleine balle. C'était juste atroce, un vrai cauchemar. je suis arrivée à Stockholm, après m'étre fait sortir d'un train le 9 juin, le jour de mon anniversaire, par une saleté de contrôleur. J'avais pourtant payé mon billet, pour mon vélo et pour moi, mais il a maintenu que ce train-là était interdit aux vélos. Discussion impossible, un vrai con. A Stockholm j'ai retenté le vélo et j'ai pédalé jusqu'à une ville un peu plus au sud (Kalmar), mais rien à faire, le courant entre les Suédois et moi n'a pas voulu passer. Donc train jusqu'à Malmö, d'où on prend encore obligatoirement un train jusqu'à Copenhague.
Là, grand soulagement d'avoir enfin quitté la Suède et ses habitants, et grande joie de retrouver le calme, la gentillesse et le sourire des Danois.
Puis j'ai suivi quasiment la même route qu'à l'aller et je suis arrivée chez moi.
J'ai adoré aussi le passage du cercle polaire arctique. A l'aller ça s'est passé en mer, approximativemet au niveau de Bodo, mais au retour cétait à terre, en Suède. Ce n'est pas un exploit mais j'étais heureuse d'être arrivée là à vélo depuis la Bretagne.
Tous les bivouacs en Norvège ont été somptueux (mis à part celui dans l'abri-bus, et un autre dans un garage). Il y en a eu un incroyable, sur une plage, avec derrière moi un bois de pins, et devant moi la mer gelée. Et tant d'autres encore.
En rencontres, les deux plus belles ont eu lieu à quelques jours d'intervalle, au Danemark, à l'aller : un petit garçon ukrainien qui a voulu me donner ses outils au cas où j'aurais des problèmes avec mon vélo ; et un homme incroyablement généreux que j'ai rencontré dans un bois, quand je cherchais un shelter, qui est revenu pour m'apporter une couverture, un oreiller, une thermos d'eau chaude, un repas chaud, une lampe torche, une batterie externe, un gilet fluo et un matelas. Quand je lui ai demandé d'où il venait (j'avais compris qu'il n'était pas danois), il m'a répondu : "je suis Biélorusse et tout le monde me déteste". Ces deux rencontres sont inoubliables...

Agnès

PS : sur la dernière phot, la légende ne saute pas aux yeux : "photo prise à 3 heures du matin"...
A l'abri du vent dans un shelter, au Danemark.
A l'abri du vent dans un shelter, au Danemark.
Youpi pose à côté de stalactites. Ce jour-là il faisait froid mais beau, et les côtes m'ont toujours bien réchauffée
Youpi pose à côté de stalactites. Ce jour-là il faisait froid mais beau, et les côtes m'ont toujours bien réchauffée
Aaaargh !
Aaaargh !
En vrai c'est grandiose
En vrai c'est grandiose
Moment inoubliable, le bonheur total
Moment inoubliable, le bonheur total
Sans commentaire :)
Sans commentaire :)
Lofoten
Lofoten
Laponie suédoise
Laponie suédoise
Je n'ai pas eu que du beau temps...
Je n'ai pas eu que du beau temps...
Coincée dans la neige, obligée d'enlever mes sacoches avant pour réussir à dégager Youpi
Coincée dans la neige, obligée d'enlever mes sacoches avant pour réussir à dégager Youpi
Photo prise à 3 heures du matin
Photo prise à 3 heures du matin
Commentaires
Yvane29 - 06 oct.
Extra Agnès! Ça fait rêver... tant les paysages que les belles rencontres animales ou humaines! 😁
Alacaluf...

zaboul - 06 oct.
J'ai revu tout cela avec plaisir, merci Agnès (et Youpi). Peut-être mon tour viendra...