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Extraterrestre CA66 : En faire des tonnes

Extraterrestre CA67 : Guerre ou paix

par ManonM dans Extraterrestre 07 sept. 54 lecteurs Soyez le premier à commenter

Guerre ou Paix ?

Voici un extraterrestre écrit dans le contexte de l’invasion de l’Ukraine et humblement inspiré par les écrits de Yuval Noah Harari.

2 stratégies différentes, 2 façons de voir le monde

Il semblerait que nos ancêtres les chasseurs-cueilleurs faisaient rarement la guerre (on en trouve en tout cas peu de traces archéologiques). Elle serait apparue plus tard1, quand les humains ont commencé à constituer de grands groupes unifiés par des « récits » communs2. Lorsque conquérir le voisin donnait l’accès à de nouvelles ressources, la guerre est devenue une nouvelle composante dans la palette des interactions entre les humains. Jusqu’à prendre une place culturelle importante, chargée d’une valeur morale positive, et correspondre à un but noble. Le conquérant était vénéré, les conquis méprisés, oubliés. Mais les choses ont changé ; depuis près de 80 ans les conflits globalisés ont disparu. Cela est certainement lié à une conjonction de facteurs : la dissuasion nucléaire sans doute, mais aussi les échanges commerciaux généralisés qui ont transformé le voisin, proche ou lointain, en client et/ou fournisseur, si bien que l’intérêt des gains liés à la guerre s’est effacé devant celui des échanges bénéfiques pour chacun. Le budget très important attribué à la guerre (et à la défense) a pu baisser en proportion et être affecté à d’autres postes (éducation, santé, culture…) propres à édifier des grandes nations évoluées3.

Le choix de la guerre

Considérer un pays comme « entité non perpétuelle » rend dès lors son annexion possible. Chaque pays doit donc se méfier de ses voisins, ce qui l’oblige à investir toujours plus pour se faire respecter aux dépens d’autres affectations. On entre alors, pour maintenir l’équilibre des forces, dans une surenchère sans fin. D’autre part, se regarder entre nations comme de potentiels agresseurs est délétère pour la qualité de vie des populations, pour les échanges entre les peuples. Se méfier engendre des boucles de rétroactions négatives : le pays A a peur que son voisin B l’envahisse, il s’arme. De son côté, B voit l’armement de A comme un affront ou craint une invasion et s’arme à son tour. A se dit alors qu’il avait bien raison de se méfier, il s’arme donc davantage ou bien il envahit B préventivement. Même sans guerre, la posture de « guerre possible » pourrit déjà les bases de saines relations constructives. Alors quand la guerre est déclarée, ce sont des générations traumatisées et un coût maximal à tout point de vue.
Par ailleurs, la logique de conquête a comme conséquences l’augmentation des inégalités et l’appauvrissement général. Une guerre coûte cher, en humains, en matériel, en liens détruits et en confiance perdue (avec le pays attaqué et avec l’écosystème global des nations qui peuvent condamner ou se méfier d’un pays agressif). Pour réduire les inégalités, il faudrait que le plus faible s’empare des ressources du plus doté – souvent le plus fort justement grâce auxdites ressources –, ce qui a peu de chance d’aboutir…
Choisir la guerre, c’est réduire le monde à un plateau de jeu, et oublier qu’il est constitué de milliards d’êtres sensibles en interaction permanente. C’est aussi prendre le risque de modifier profondément un système complexe, chaotique par nature, avec à la clé des conséquences totalement imprévisibles. Le choix de la guerre ne serait-il pas, encore plus aujourd’hui, celui de la bêtise et de l’inconscience ?

Le choix de la paix

Considérer chaque pays comme « entité inaliénable » est un « récit » qui, s’il est partagé par tous, permet de libérer des ressources autrefois attribuées à la défense et permet de se concentrer sur autre chose que la surveillance. C’est regarder son voisin avec bienveillance et considérer qu’il peut nous apporter et qu’on peut lui apporter. Des rétroactions positives se mettent alors naturellement en place : je fais confiance à mon voisin, il me fournit le produit de son savoir-faire, en échange je lui donne le mien et ainsi de suite. Le choix de la paix est simplement moins coûteux (en vies, en souffrance, en inquiétude, en peur, en perte de confiance, en matériel, en ressources, en temps, en énergie…).
Un monde en paix est aussi plus stable, plus prévisible, et permet d’entreprendre résolument la gestion de problématiques globales, de s’engager ensemble vers un destin commun puisque nous partageons la même petite planète. Et cela demande un fort niveau de coopération. Dans un contexte de guerre, où la coopération de l’ensemble vole en éclats, quelles seront les résolutions communes possibles pour l’évolution du climat par exemple ?
L’humanité semble être d’accord pour considérer qu’elle se trouve aujourd’hui à un tournant, un moment de choix qui va déterminer son avenir. Quels seront ces choix ? Dans quel monde voulons-nous nous engager ?

 

Notes :
1 : Yuval Noah Harari, The Economist (9 février 2022).
2 : Dans Sapiens, une brève histoire de l’humanité, Harari développe ce concept de récits, de fictions collectives qui unissent de grands groupes humains qui les partagent.
3 : En France, la part du budget militaire est passée progressivement de plus de 5,4% du PIB dans les années 60 à 2% actuellement. Pour le monde dans son ensemble, elle est passée de 6,4% du PIB en 1960 à 2,3% en 2020. Source Banque Mondiale.

 

 

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