Extraterrestre CA42 : Le peuple des monoboles

par L'extraterrestre dans Extraterrestre 05 mars mis à jour 14 mars 334 lecteurs Soyez le premier à commenter share(partager)

Le peuple des monoboles

Chronique publiée dans Carnets d'Aventures n°42.
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Bonjour à tous, mes amis,
Puisque tout extraterrestre peut publier ici, je prends la plume pour vous parler de mon peuple, un peuple un petit peu "déséquilibré", mais qui, du coup, vit dans la paix ; pourquoi ? Eh bien parce que nous sommes le peuple des Monoboles !
Comme vous, humains, l’équivalent des mâles de notre espèce avions 2 gonades produisant une hormone, la dantagole. Cette hormone a la propriété de modifier les comportements. La dantagole nous rendait agressifs. Des études ont montré que cette agressivité était directement proportionnelle au dosage sanguin de dantagole. Les mâles, en temps de paix, ne cessaient de se défier, la forme la plus pacifique de ces défiances étant de mesurer la taille de leurs… possessions… muscles, couteaux, véhicules, maisons… Mais souvent cela finissait en heurts ; les frictions entre mâles dégénéraient en bagarres. Et nos femmes faisaient bien souvent les frais de cette agressivité débordante qui coulait dans nos veines. Mon peuple, avant de s’appeler les Monoboles, s’appelait les Lopaiz…Mais ces temps de paix étaient finalement assez rares, car il y avait toujours un de nos dirigeants prompt à mesurer ses attributs avec un dirigeant voisin, et la guerre éclatait, fréquemment et violemment ; les mâles s’ennuyaient même des périodes de paix qui leur semblaient trop longues, et étaient heureux de partir à la guerre, même si souvent ils n’en revenaient pas. C’était comme si leur réflexion s’arrêtait au niveau des neurones des gonades – assez peu nombreux il est vrai ; l’influx nerveux semblait ne jamais pouvoir parvenir au cortex…Les mâles, dont la volonté de domination était démesurée, et malgré leurs capacités intellectuelles limitées, dirigeaient le monde, et, pire encore, c’était les plus agressifs, ceux qui écrasaient les autres, qui arrivaient aux postes de direction.
Mais nos femmes ne trouvaient pas cela très amusant ! Elles qui ne sont pas influencées par la dantagole ont un cortex plus actif et plus développé ; c’est d'ailleurs elles qui ont fait progresser notre société par de nombreuses innovations techniques, c’était elles les scientifiques, les artistes, les littéraires… Les seules productions d’ordre intellectuel des mâles avaient trait à la création d’armement assez rudimentaire mais très impressionnant évidemment ; les seules avancées techniques se limitant souvent en l’augmentation de la taille et des capacités létales de l’objet. Les femmes qui en avaient assez de cette situation, sentaient qu’il y avait peut-être quelque chose à faire. Elles voyaient bien que leurs enfants mâles étaient semblables aux filles jusqu’à ce qu’ils commencent à se différencier à l'âge de la puberté. Elles ont commencé à faire des expériences sur la dantagole ; en diminuant le taux sanguin de l’hormone chez des adultes, elles ont constaté des effets spectaculaires. Elles arrivaient enfin à communiquer avec ces mâles, c’était un petit peu comme la découverte d’une espèce extraterrestre. Cela a fait grand bruit, le mâle Lopaiz pouvait faire preuve de capacités cognitives supérieures, comme l’empathie, la sensibilité, la subtilité, moyennant de baisser le niveau de dantagole. Il avait déjà été constaté que lorsqu’un individu mâle perdait accidentellement une des gonades dès l’enfance, il se différenciait moins, il continuait d’avoir des caractéristiques de mâle mais moins marquées, et surtout son agressivité était nettement plus faible. Ces mâles-là ne voulaient pas ressembler à leurs homologues “entiers”. Cependant ils étaient généralement rapidement éliminés par les autres mâles à cause de leurs différences. Les femmes, lorsqu’elles ont eu la capacité technique de le faire, ont modifié leur génome afin que le niveau de production de dantagole des nouveaux enfants soit plus faible, et le temps de quelques générations, le mâle naturel agressif a disparu, et le monde a changé, enfin… Ainsi vivons-nous en paix depuis des millénaires ; nous n’avons plus modifié notre génome, et nous racontons le soir à nos enfants des histoires de grands méchants Lopaiz, pleins de poils, de muscles et de cris gutturaux, et nous nous en amusons parce qu’ils ne sont plus qu’un souvenir historique lointain…
Je me suis un petit peu penché sur votre espèce et il semblerait que la testostérone directement ou indirectement (ou d’autres processus différenciant l’homme et la femme), ait le même genre d’incidence sur vos comportements(1), même si cela est moins marqué que pour nous : la classe politique terrestre (recherche de dominance) est essentiellement masculine malgré la volonté de parité. Les armées sont constituées d’hommes en très grande majorité (de l’ordre de 90% aujourd’hui dans l’Otan), les victimes des violences conjugales sont les femmes (dans les cas d’homicides, les victimes sont à plus de 80% des femmes, et dans les 20% restants (où c’est l’homme qui a été tué) la femme a le plus souvent agi en légitime défense). Les prisons françaises détiennent plus de 96% d’hommes et moins de 4% de femmes(2). 95% des tueurs en série sont des hommes. La croyance populaire attribue l’agressivité de l’homme à la testostérone ; chez les animaux les études montrent qu’elle augmente au moins l’agressivité territoriale(3).
Voilà pour ces réflexions qui me sont venues à l’esprit après les attentats qui ont touché les humains en novembre dernier. Toute cette violence ambiante laisse le sentiment diffus que si les hommes développaient davantage leur côté féminin et leur sensibilité au lieu de la force sous tous ses aspects, cela pourrait pacifier le monde…
Bisous, bisous ;-)

Par M. Zoubi Noursse

Notes :

1. Au moins une étude défend que la prise de testostérone pourrait augmenter l’équité et la coopération des personnes jouant à un jeu permettant d’évaluer ces composantes du comportement (Prejudice and truth about the effect of testosterone on human bargaining behaviour, Nature). Ce qui tend à faire penser aux scientifiques que ce n’est pas la testostérone en elle-même qui déclenche la violence chez l’homme, mais elle augmenterait la réactivité de l’individu face à une attaque (ou bien elle exacerberait les comportements violents dans un groupe). Elle fait aussi baisser la sensibilité à la peur, au stress et la réaction à l’aversion…
2. Source Haut Conseil à l’Égalité entre les Femmes et les Hommes (HCEfh).
3. Wikipédia « Testostérone ».

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