Edito Carnets d'Aventures #49

par Johanna dans Edito 22 janv. 93 lecteurs Soyez le premier à commenter share(partager)

« Tu te souviens quand… ? »

Par Anthony

Mon premier voyage à vélo avec un ami, je m’en souviens comme si c’était hier, bien que je n’en aie aucune trace photo ni écrite. Seule la mémoire – sachant pourtant nous jouer bien des tours ! – semble ne jamais pouvoir effacer ces moments inoubliables, justement. Mon compagnon de route n’était au départ qu’un Couchsurfer anglais qui, à la vue de son profil, paraissait affectionner le vélo. Il s’en est fallu de peu : à quelques heures près, j’aurais raté sa réponse positive. Et derrière cette réponse se cachait un enchaînement de belles choses : ses adorables oncle et tante qui m’hébergent 2 semaines, quelques moments partagés sur la route et voilà qu’après avoir échangé pas plus de 4 sms, nous nous donnons rendez-vous en plein milieu de l’Angleterre, pour rouler ensuite vers l’Écosse. Sur les routes, malgré une météo inamicale (une météo écossaise devrais-je dire ?) et quelques ennuis mécaniques, c’est ensemble que nous avons su apprécier le moment. Rétrospectivement, je me demande encore si, seul, je n’aurais pas rebroussé chemin. Nous étions deux, nous ne formions qu’un. Je bredouillais un piètre anglais, mais nous étions sur la même longueur d’onde et cela suffisait pour rigoler après une journée à batailler contre les éléments. Des années plus tard, malgré la distance, nous échangeons épisodiquement des emails, ces souvenirs blottis à l’abri de l’oubli.

Aussi ermite puis-je être parfois (entre nous, qui n’aime pas déambuler seul dans la nature ?), il n’est point de comparaison possible avec des moments partagés entre copains. Le voyage enrichit les liens d’amitié par toutes les facettes qui la composent : sincérité, partage, écoute, encouragement… La nature est un de ces lieux privilégiés où l’amitié se décline dans toute sa splendeur. Nul besoin d’être en milieu hostile, elle sait se manifester dans l’effort comme dans la contemplation. À l’instar des couples (on me dit dans l’oreillette que je suis mal placé pour en parler, et que je devrais plutôt proposer la lecture du CA#42 :-)), une multitude d’enjeux composent cette alchimie inébranlable.

Aux quatre coins du globe, les auteurs de ce numéro nous plongent au cœur de ces moments de partage. Amis d’enfance, couple devenu amis ou rencontres dues au fruit du hasard, l’amitié n’a pas besoin de prétexte pour partir à l’aventure. Au contraire, à travers ces récits, on lit en filigrane que cette fraternité est motrice à bien des égards. Elle transforme une fragilité en une force, une situation banale en un souvenir impérissable, une idée en un voyage mémorable.

Savoir dire et écouter, s’épauler sans se reposer sur l’autre… L’amitié est pleine de défis qui subliment tous les bons moments partagés ensemble. Même s’ils sont parfois teintés d’instants plus difficiles, c’est le jeu ! Jeu qui en vaut la chandelle : ne dit-on pas que le bonheur est plus grand quand il est partagé ?

Une chose est sûre, le partage est l’essence même de l’amitié. Bien au-delà des récits, photos, et autres « partages » sur des réseaux sociaux, il laisse des traces indélébiles dans la mémoire. Entre amis, une simple question permet de les ranimer, voire parfois d’alimenter de longues veillées : « tu te souviens quand… ? ».

Edito Carnets d'Aventures #49
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