Edito Carnets d'Aventures #38

par Alexis dans Edito 07 janv. 2015 mis à jour 18 mars 2015 1951 lecteurs 1 commentaires (partager)

La sagesse des anciens

C’est bien connu, les vieux, après avoir passé leur journée seuls devant la télévision, aiment nous raconter pendant des heures leurs aventures d’antan en répétant à chaque fois que tout était mieux avant. On les écoute poliment, mais on a hâte qu’ils arrêtent de parler pour retourner vivre dans le présent.

 

 

Les vieux ? En général, on dit plutôt seniors pour désigner ceux qu’on aimerait mettre dans une case sans trouver de terme vraiment satisfaisant pour les nommer. L’essentiel est de ne pas les froisser, mais le cliché du vieux radoteur étant tenace, est-ce pour autant qu’on les respecte à la hauteur de la richesse de l’expérience qu’ils ont à nous transmettre ? Nous-mêmes, à la rédaction, avons hésité avant d’ouvrir nos colonnes aux plus âgés d’entre nous. N’allaient-ils pas écrire des dizaines de pages sur leurs exploits de jeunesse ? Finalement, après avoir reçu quelques courriers très intéressants écrits par de vaillants septuagénaires, nous nous sommes souvenus que dans d’autres sociétés que la nôtre, le respect des anciens ne s’exprime pas seulement par des marques de politesse, mais plutôt par une écoute attentive de ce qu’ils ont à nous transmettre. Ainsi, l’écrivain malien Amadou Hampâté Bâ disait souvent : « En Afrique, un vieillard qui meurt est une bibliothèque qui brûle. »

Nous avons donc interrogé quelques-uns de nos aînés qui pratiquent encore régulièrement ce que nous appelons le voyage nature : l’itinérance sans moteur et avec bivouac. La plupart ont dû faire violence à leur modestie naturelle pour nous parler d’eux. En premier lieu, ils nous ont expliqué comment ils ont adapté leur pratique pour continuer à être actifs dans la nature. La plupart ont abandonné la course à pied, le VTT ou l’alpinisme pour se mettre à des activités plus douces : le vélo couché, le kayak de mer, le ski de randonnée nordique… Ils recherchent le plaisir avant tout, ils ont tous atteint un degré de maturité qui leur permet de ne plus avoir besoin de la recherche de performance pour se sentir accomplis.

Mais l’essentiel n’est pas là. En nous racontant qu’ils sont récemment partis plusieurs semaines d’affilée en itinérance, qu’ils viennent parfois de réaliser le plus beau voyage de leur vie, ils nous livrent un message d’espoir : à 65 ans, en bonne santé, grâce à la retraite et au temps libre qui va avec, on n’a pas encore forcément écrit les plus belles pages de son existence. Et puisqu’ils nous montrent qu’il est possible de pratiquer des sports de pleine nature jusqu’à 80 ans, nous pouvons nous sentir encore jeunes à 50 ans, à 60 ans et même plus…

Sans utiliser cette expression, ils évoquent tous d’une manière ou d’une autre le « développement durable ». Pas le concept souvent vidé de son sens tellement il est utilisé de manière systématique pour désigner tout projet de société, mais celui qui peut caractériser aussi l’attitude et l’évolution d’un être humain, de 10 à 100 ans : avoir une activité physique et intellectuelle régulière tout en restant toujours curieux et ouvert à la découverte de nouveautés, prendre des risques calculés pour avancer et progresser, manger sainement mais sans oublier le plaisir à table, mettre ses talents et son expérience au service des autres… Vaste programme ! Mais fructueux : ces anciens nous montrent qu’il est possible d’être plus heureux et épanoui à 70 ans qu’à 30 ans.

Et finalement, quel est leur secret de jouvence ? En plus de ce qui vient d’être évoqué, ils semblent tous avoir un point commun : ils aiment le bon vin !

Commentaires
posté le 04 déc. 2015
frnck
Et quand les bibliothèques seront définitivement brûlées, remplacées par plus moderne sous l effet conjugué et merveilleux de la "croissance" et du "capitalisme", on pourra enfin mettre les vieux dans les mouroirs privés sans scrupules, puisqu'ils n'auront plus de raisons d être... et ce sera autant de couts en moins, pour faire fructifier son capital. L économie prime avant tout, il faut créer de l emploi, merde...
Invité (utilisateur non inscrit)