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Philosophie du voyage nature 2

Aller à la rencontre de soi...

Stine - 17 août
Bonjour

Il est devenu coutumier dans les récits de voyage, de tomber sur l'expression "aller à la rencontre, découverte de soi, etc....", expression qui m'a toujours dérangée, et fait naître chez moi un sentiment de gêne ou de malaise, comme si elle était le reflet de notre maladie narcissique des dernières années, alimentée de surcroît par des stages de "connaissance de soi", présentés comme thérapie d'un mal-être assez flou.
Le voyage est pour moi au contraire une formidable confrontation avec l'autre, l'ailleurs ; le voyage  modifiera peut-être nos a priori ou comportements, mais cette expression de repli ou retour sur soi me met toujours très mal à l'aise.

Or je suis en train de lire un livre qui se penche sur le concept d'esprit d'aventure. Un des auteurs, Patrice Franceschi, a réussi à exprimer par les mots, beaucoup mieux que ce que je ne saurai le faire, la nature de ce phénomène de retour sur soi.
Je vous livre son analyse :

"Dans le cas particulier du voyage, l'aventurier qui part davantage pour se découvrir lui-même que pour découvrir le monde est un phénomène récent. Il s'est manifesté uniquement dans les sociétés de surplus. Le voyage a pris alors une fonction de thérapie exotique pour nantis que leur sociétés riches et opulentes ne satisfaisaient pas du fait de leur manque de sens et vide spirituel. Mais c'est un détournement de la fonction du voyage. Celui-ci doit garder sa raison première de découverte du monde extérieur."

A méditer !

Anthony - 17 sept.
Bonjour Stine

Ta réflexion est intéressante, merci de nous la partager. 

On constate en effet une recrudescence de cette idée de “découverte de soi”. Toutefois, je ne le perçois pas comme un repli narcissique symptomatique de la génération selfie, mais plutôt comme une quête : celle de prendre le temps dans un monde qui, pour la majorité d’entre nous, s’emballe. La temporalité du voyage se prête à la réflexion, aidée par la rencontre de l’Autre et un peu plus d’harmonie avec la nature. Des miroirs révélateurs de notre cadence parfois infernale, peu propice à l’autocritique. Cette dernière étant, à mon avis, une composante essentielle, trop facilement mise de côté dans un rythme de vie effrené.

En cela, Patrice Franceschi a raison : le voyage revêt une forme d’introspection. Mais avouons qu’il demeure un formidable outil pour s’extraire de cette société de surplus comme il la décrit. J’y vois donc plutôt une forme de thérapie involontaire : les voyageurs découvrent, presque surpris, qu’ils prennent le temps de réfléchir à leur existence bien plus qu’ils ne le faisaient avant.
Ainsi, les rencontres qui jalonnent le chemin répondent à cette fonction première de découverte du monde extérieur, soit l’opposé du repli sur soi. Dans un second temps seulement, elles deviennent un terreau fertile pour se pencher sur le sens de sa propre vie. Cette fonctionnalité thérapeutique ne viendrait donc pas remplacer la découverte du monde extérieur, mais plutôt s’ajouter. À mon humble avis, on ne peut que s’en réjouir.

Et après-tout, qui peut décider de la fonction du voyage ? N’y a-t-il pas moult possibilités tant qu’il se pratique dans le respect de l’environnement et des populations autochtones ?

Comme tu dis, c'est à méditer :)

Stine - 19 sept.
Bonjour Anthony et merci pour ton retour qui complète parfaitement ma réflexion.

En effet, comme tu le dis, cette « temporalité du voyage » loin de nos « cadences effrénées »,
les rencontres de nos semblables (pas tout-à-fait justement ! et j’appelle cela parfois le choc culturel), une immersion plus intense dans la nature, les émotions qui en résultent…
sont un parfait « terreau », pour alimenter notre réflexion, stimuler notre capacité d’adaptation et notre  « autocritique », nuancer notre vision et nos a priori  sur le monde, etc...
 
Ce qui m’intéresse dans la réflexion de Patrice Franceschi, est que nos sociétés opulentes, par « leur manque de sens et vide spirituel », et ne sont plus aptes à ces fonctions humaines essentielles.
 
Mais cette expression « rencontre de soi », que je trouve très malsaine, donne peut-être l’illusion qu’au fond de nous-mêmes se cache un être extraordinaire, non encore révélé, que l’on cherche à dévoiler, voire à admirer. En tous cas, le détournement de sens est facile.
 
Alors pourquoi ne pas remplacer cette expression par quelque chose comme :
ouverture de soi, enrichissement spirituel de soi, élévation de soi, fortification de soi....
 
ou une expression un peu moins maladroite et pédante à trouver (je cherche encore :ermm:), qui tournerait complètement le dos à nos « selfies manies ».
 
Amitiés

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