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posté le 05 avr. 2012 mis à jour le 05 avr. 2012

alain.poupaert
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"Homme libre, toujours tu chériras la mer"
posté le 06 avr. 2012

Grégoire
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Salut Alain,
Il est un peu sec ton post, tu n'as pas plus humide ;)
posté le 07 avr. 2012 mis à jour le 07 avr. 2012

alain.poupaert
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Le but était de ne pas me mouiller :D
non je n'arrivais pas à mettre une la photo qui se trouve en bas de la page du site club de kayak de trappes (cliquez sur la photos pour la voire en entier" désolé je suis plus doué avec une pagaie qu'un clavier mais je progresse...
Pour plus d'infos voir mon site http://kayakalain.free.fr
Je n'ai pas eu le temps de le mettre à jour car je suis en plein préparatif mais vous aurez les photos et le texte après.
Sinon j'ai aussi un article dans CK magazine 224 sur la pagaie que je vais utiliser page 60.

Bison ce n'est pas toi que j'ai rencontré à Bruges sur le ponton du départ ?

Bon pour faire court c'est un raid en solitaire et en autonomie sur une semaine départ de Carteret, Ecrehous, Jersey par le sud, sark, Herm, Guernesey le tour par le sud retour par la cote nord de Jersey puis traversée vers Gouville sur mer.
Pagaie traditionnelle
Kayak Kialivak de chez Plasmor
Équipement de chez Tribord "Décathlon"
"Homme libre, toujours tu chériras la mer"
posté le 07 avr. 2012

Grégoire
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Voici la fameuse photo d' Alain
posté le 07 avr. 2012 mis à jour le 07 avr. 2012

Grégoire
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Je vois que personne n'a relevé ce jour un détail... le détail de cette photo tellement peu probable.... Retour à 17h04..... :D zero quatre minutes après 17h00 !
J'aime cet humour passif qui génère un petit rictus de contentement malin d'avoir vu la finesse de son instigateur... Je partage à plein. J'aime :cool:
Tu es un bon Alain. Je te souhaite tout le meilleur dans cette aventure.
posté le 08 avr. 2012 mis à jour le 08 avr. 2012

ansrick
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Salut Alain

la pagaie trad, c'est par efficacité ou plus par amour du trad ? c'est mieux qu'un pagaie aux formes actuelles ?
belle photo en accueil de ton site
au fait, celui que tu appelles "bison"... c'est grégoire ! et si tu lis ton post sur bruges, il te pose cette même question !!!
posté le 08 avr. 2012

alain.poupaert
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La pagaie Trad c'est parce que je l'ai fabriqué, je n'ai pas eu le temps de faire des test de chrono avec le comparatif des deux.
Je pense que l'Européenne est plus efficace
Je trouve la trad plus esthétique et plus efficace dans le vent fort
La trad esquimaute plus facilement
Les propulsions circulaires sont plus efficaces avec le décalage des mains
En revanche les appuis en poussée et en suspension ont besoin d'être un peu travaillé car ont peut être déconcerté au début.
Merci j'ai vu après que j'avais confondu le niveau et le prénom mais c'est sympa de le préciser.
"Homme libre, toujours tu chériras la mer"
posté le 25 avr. 2012

alain.poupaert
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http://www.lamanchelibre.fr/actualite-34856-sports-les-resultats-du-week-end.html

Je prépare un compte rendu.
Vu 3 phoques moine aux Ecrehous.
J'avais conclu un accord avec mon Épouse pour ne pas naviguer au delà de force 6 sur les traversée inter îles.
La traversée des Ecrehoux Jersey bouclé en 1h30' Force 6 courant porteur et houle de 2 m déferlant parfois car vagues croisées au milieu des deux iles. surf à 15km/h dans un kayak de 150 kg "quelques belles émotions" Ecrehoux- St Helier 5h en traversant violet bank.
Par la suite dépression au sud de l'Angleterre amenant du force 8 avec des ondées et grêle, puis soleil éclatant (météo très instable laissant perplexe mais les patrons de grément anciens qui souhaitent retourner sur Granville.
belle aventure et surtout "j'ai appris à savoir dire stop" ce que au départ je prenais pour un échec et une frustration est plutôt une preuve de sagesse et de courage que de savoir s’arrêter quand il en est encore temps...
Mais je ne lâche pas l'affaire.
Merci pour vos encouragements
Alain
"Homme libre, toujours tu chériras la mer"
posté le 25 avr. 2012

Grégoire
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Heureux de te lire à nouveau et d'être encore un terrien :)
Effectivement, un aventurier n'est pas celui qui en vit qu'une seule et ne pas en revenir. On les nomme généralement pas très positivement cela...
Il n'empêche qu'a te lire, ce fut bien du sport et tu en as pris plein la boite à souvenir ;)
Heureux pour toi
posté le 05 mai 2012

alain.poupaert
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Désolé lire 3 phoques gris les phoques moines sont en méditerranée...
"Homme libre, toujours tu chériras la mer"
posté le 06 mai 2012

H3
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Je trouve singulier le langage employé par certains.
Par exemple "Il a préféré abandonner" (La Manche Libre).
"Il a décidé de ne pas prendre la mer..." serait bien moins teinté de subjectivité.

Le public raisonne-t-il encore en terme de gagnant ou perdant ?
Comme au Colisée, il y a 2.000 ans à peu près ?

J'essaie de t'imaginer, Alain, quand tu étais dans les (belles) vagues.
Et j'en frémis d'émotion.
Manifestement tu connais ton affaire puisque tu es allé jusqu'aux îles.
Je ne connais pas "Violet Bank", c'était chocho ?
posté le 06 mai 2012

Grégoire
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Et...et... :| et...et... :/ et maintenant que tu es revenu :D
Pourquoi vouloir revenir à 17 heure 04 précise :P
Hein ! :cool: hein dits pourquoi hein ! S'il te plait :cool:
posté le 25 mai 2012 mis à jour le 04 juin 2012

alain.poupaert
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Anglo-Normandes

Samedi 14 avril 2012
Départ de Carteret pour les Ecrehoux 9,3 milles soit 17, 30 km 3h30’
Dépense énergétique 894 calories
Vitesse maximum 4,7 nds

Levé à 7h pour un départ à 8h30 et là mince pas d’eau
Vent faible 10 km/h Nord-est temps brumeux route fond 220° sémaphore à Maître île
Habituellement les Ecrehoux sont visibles depuis la plage.
La première heure vitesse 4,3 ds
La deuxième heure 3,2 nds
La troisième heure 2 nds

D’après mes calculs, la marée basse s’établissait à 8h50’. Un départ pour 8h30 me permettait de partir avec la marée descendante, de la calle jusqu'à l’embouchure du port et descendre cette rivière improvisée avec un courant porteur. Mais le faible niveau d’eau et la charge importante du kayak me firent mettre le pied à terre sur deux ou trois passages.

Arrivé à l’embouchure du port je fais face à la mer, pas de barre comme lors de mes repérages juste quelques vagues franchies sans difficulté. Le kayak file rapidement vers le large, la mer est plate mais la visibilité ne me permet pas de distinguer les îles. Bon, je salue ma famille, observe le sémaphore de Carteret puis prends mon cap compas au 240°. A Dieu vat.

Cela fait six mois que je prépare cette aventure. Le départ c’est fait très vite, dans le silence et là j’y suis. Je ne réalise pas encore. Il fait gris, je ne vois pas les îles, bientôt je ne verrais plus la cote. Je suis tout seul dans mon kayak au milieu de cette vaste étendue. J’avais prévu beaucoup de choses mais pas celle là. Oui, je suis tout seul, drôle de sentiment tout de même. Ce n’est pas de la peur, juste une remarque. « Homme libre, toujours tu chériras la mer ! La mer est ton miroir, tu contemples ton âme… ». Je ne vois toujours pas les îles, ah ! J’aperçois les maisons, mais non, ce sont des chalutiers…. Je contacte le sémaphore de Carteret et leur indique que je fais route sur les Ecréhoux et le recontacterais en arrivant. Déjà une heure que je pagaie, toujours rien en vue. Passant près des bouées des filets de pêche, leurs sillages m’indiquent nettement un fort courant traversier déviant ma route sur la gauche (d’après les abaques 1,4 noeuds). Mais sans repère que faire : monter plus sur la droite au risque de passer au dessus des îles et de lutter contre le courant ou se laisser porter et passant sous les îles et remonter vers celles-ci une fois abrité? Heureusement que j’avais choisi un départ avec des mortes-eaux ! Un goéland va m’apporter la réponse, il arrive droit sur moi survole mon kayak puis repart en ligne droite comme pour m’indiquer la route à suivre. 20° de plus sur tribord, cela me semble excessif. Mais je suis là pour m’intégrer au plus près de la nature et de ces habitants. Ce choix n’est pas des plus rationnel mais le nom de baptême du kayak est Albatros. Ce goéland aurait-il des dons de médium? Soit, je suis cette route, au pire dans une heure je verrais les îles. Si je suis trop haut, je me laisse porter par le courant jusqu’à la berge. Deux heures déjà, la fatigue se fait ressentir, de plus le soleil se lève et je commence à étouffer. Ne voyant pas la terre, j’ai accéléré la cadence et pour contrer la fraîcheur matinale j’avais enfilé plusieurs couches de vêtements thermiques. Je soulève mon anorak et descends la fermeture du gilet soft cell. Une bonne gorgé de boisson, une petite compote, j’étire mes muscles et scrute le paysage.

Les îles émergent enfin de la brume comme par enchantement, pile en face, bravo l’oiseau. Je vois les premières roches, puis les maisons se découpent très nettement sur le ciel bleu, la langue de sable étincelle sous le soleil. C’est tout simplement magnifique. Bon deux, stratégies se présentent à moi : un : je passe au sud des îles et je m’engage dans le chenal idoine par le sud, ou deux : la mer étant calme, je m’approche doucement et je traverse le plateau rocheux qui maintenant commence à se recouvrir. J’opte pour le deuxième choix. Je traverse entre Rocheport et la grande Galère quand soudain dans mon champ de vision périphérique une masse vacille, semblable à un énorme galet qui glisse dans l’eau ! Ce doit être la fatigue, ce rocher est hérissé de pics et de crêtes et un galet de 1 à 2 mètres et glissant en douceur dans l’onde cela ne se peut ! Je reprends un peu de boisson, je repose la caméra que je réglais sur le pont. Mais oui bien sur ne serait-ce pas un phoque tout simplement. J’avais lu que l’on pouvait en voir mais pas avant juin d’après les livres naturalistes. J’ai raté celui là, je détourne ma route pour longer d’autres îlots émergés au cas où. Bonne pioche deux phoques se prélassent à 20 mètres de moi, j’approche lentement pour ne pas les effrayer. Le premier lève la tête me regarde passe sur son copain et d’un bond se jette à l’eau. Son congénère le suit en se laissant glisser sur le bord. Puis l’un remonte me regarde un instant aussi surprit que moi de cette rencontre et met fin à ce tête à tête en replongeant. J’entrevois leurs silhouettes passer sous le kayak puis sonder vers les eaux bleues foncées. Vraiment ces îles sont un vrai petit paradis. Les roches repaires de cormorans sont posées sur une eau cristalline. Après cette visite récréative, je passe entre Maître île et la Marmotière. J’approche de la berge de la Marmotière pour débarquer et je découvre à un mètre du kayak une cinquantaine de grand pluvier à collier collés plumes à plumes couvrant l’intégralité d’une petite roche. C’est le paradis des oiseaux.

Je contourne les maisons et descends sur le débarcadère. Pile midi, escale casse- croûte sur la berge sous un soleil radieux. Un jeune pécheur débarque sur le quai, je lui demande la permission de faire une pause. « Just 2 hours » me dit-il. Je vais déjà manger, on verra après. Puis le père débarque à son tour je réitère ma demande. Désirant passer plus de temps sur ce coin de paradis, je demande l’autorisation d’installer ma tente à l’écart pour ne pas trop déranger. Le pécheur m’indique que je devrais mieux partir maintenant car demain un vent de force 6 beaufort est annoncé, je lui rétorque qu’il sera du nord, le pécheur acquiesce d’un hochement du chef. Je lui dis qu’il me sera favorable pour rejoindre Jersey. Lisant ma fatigue sur le visage, il m’indique un emplacement entre les maisons et me propose de prendre de l’eau pour la toilette au réservoir. J’installe ma tente entre deux pans de maisons et ne pouvant planter de piquet dans le béton, j’accroche les sacs étanches en guise de piquets. Après une bonne sieste au chaud dans le duvet, je m’aventure sur cette île et m’imprègne de cette sérénité. Je vois le bateau de pêche qui passe pour relever ses casiers. Tel robinson, je suis seul sur cette île hormis les oiseaux. Passé les maisons accrochées sur le roc, se déroule une grève de galet en arc de cercle qui relie une autre île. Les oiseaux sont ici chez eux et je détourne mon chemin pour ne pas les déranger. Je m’allonge et observe cette faune. Je jubile, je ne trouve même pas les mots pour décrire ce que je ressens.

Retour au bivouac pour le repas, bigorneau en entrée, Zut ! j’ai oublié l’épingle à nourrice. Soit, les premiers sont brisés à l’aide du couteau puis un joli galet rend la tache plus efficace, malgré quelques coquilles persistantes, la chair est appétissante mais croque sous la dent (la prochaine fois, je n’oublierais pas cet outil). le soleil se couche et rougeoie les roches découvertes, quel spectacle... Préparation de la route du lendemain, allez dodo, mais le vent se lève la pluie s’abat sur la tente monté sommairement. Le vent fait claquer les pans de la tente non arrimés. Je m’habille et sors pour bricoler cela. Je glisse ma pagaie dans les passants du double toit et la calle entre deux murs de maisons. Tous les objets lourds sont rangés dans les sacs étanches et mis à contributions pour tendre la tente. Le Horzain annoncé est en avance. Le vent de 40 km/heure s’infiltre entre les maisons et s’accélère dans ses couloirs. Tourne à angle droit et virevolte en sifflant avant de continuer son chemin. Je n’arrive pas à m’endormir, le bruit est étourdissant et j’ai l’impression que la tente va s’envoler. Je me bouche les oreilles avec mes index pour essayer de m’endormir. Je me tourne et me retourne, la tente claque les grains alternent les rafales de vent. Cela promet pour demain. J’enfile une micro polaire au dessus des sous vêtements thermiques, surtout ne pas prendre froid. Dans les précautions de sécurité que je me suis fixé : ne pas prendre froid, s’alimenter correctement, s’hydrater régulièrement, se reposer le plus possible, éviter les petites blessures qui ne pourront cicatriser avec l’eau de mer et devenir gênante pour la suite de l’expédition. Au bout de trois heures, je finis par m’assoupir.


Dimanche 15 avril 2012
Départ des Ecréhoux pour Jersey distance 15 milles soit 27,4 km 5heures de navigation
Levé 6h30 pour un départ à 8h30
Vent 6 Beaufort Nord, Visibilité 6 milles
Dépense énergétique 1500 calories

Réveil, la tente a résisté malgré son montage de fortune, déjeuner rapide mais consistant. Rangement du bivouac et portage des sacs vers l’embarcadère. Je me change juste un lycra en haut et en bas et l’anorak bas et haut. Le temps est plus chaud qu’hier et la navigation sera longue. Puis portage du kayak au plus près de l’eau et embarquement pour contourner la pointe rocheuse et rejoindre l’embarcadère. Le chargement kayak dans l’eau s’avère fastidieux je suis en nage mais comment ais-je pu rentrer tout cela hier ? De plus le temps presse pour ne pas rater l’heure prévue et les courants favorables. La mer me parait vraiment trop lisse vue la force du vent. Avant d’embarquer je traverse les 50 mètres du village à pied pour observer la mer côté vent. Oui c’est l’état de mer que je risque de rencontrer dans une heure dès que je ne serais plus protégé des Ecréhoux. Ce temps d’observation me permet de faire baisser la pression et m’évite de partir trop rapidement comme la veille.

Vis l’heure présente et profite du temps…

J’embarque et je me faufile entre les roches sur ce lac. Cap au 220°, le kayak glisse sur l’eau, bien que sa charge avoisine les 150kg, kayakiste inclus. Un petit bonjour au Coast Guard de Jersey sur le canal 82 pour signaler ma présence et mon intention de relier St Helier. Rendez vous sera pris dès mon arriver pour stopper la veille radio. Ce bateau je l’ai acheté pour l’expédition, au départ j’avais opté pour un kayak très rapide mais instable. Sur les conseils avisés et pertinents de Claudine de la société Plasmor nous avons trouvé un kayak plus adapté pour cette expédition tout en conservant une vitesse de croisière élevée. Dans quelques heures je ne vais pas regretter ce choix. Le kayak file à 4,3 noeuds et taille sa route dans le clapot qui commence à se lever. La mer est belle à peu agitée, le vent commence à se faire sentir. J’aperçois déjà le brise lame qui protège Sainte Catherine Bay au nord de Gorey. L’état de la mer se transforme progressivement. Ses vagues se creusent, on est passé de peu agité à agité. Cet adjectif qui parait insignifiant modifie la taille des vagues d’un mètre. Cette faible mesure prend toutefois toute son importance quand vous êtes assis au raz de l’eau. Le bateau prend son accélération sur le haut des vagues et dévale la pente dans des surfs puissants au point de rattraper la vague précédente ont approche les 5 nœuds. Même si les sensations sont agréables je suis quand même à plus de 2 milles de la cote, ne pas s’emporter et rester attentif seraient une preuve de sagesse. Deux options s’ouvrent à moi. Je poursuis ma route comme prévue puis je longe la cote Est de Jersey, mais je vais naviguer avec une houle de travers qui devrait déferler à l’approche de la cote. Ou je corrige plein sud pour viser le Sud-Est de Jersey et je profite du courant, du vent et des vagues qui me propulsent sur cette route. Ce deuxième choix est adopté. Le vent se fait sentir et dès que je ralentis le kayak remonte au vent, je n’ose pas trop utiliser la gîte pour le garder sur sa ligne car la mer devient agitée à forte par moment. On change de dimension. J’en profite pour me mettre face au vent pour me poser et m’hydrater. Je me demande si ce n’était pas mieux de ne pas voir la taille des vagues qui me portaient. Là ça devient vraiment gros, bon ont ne traîne pas dans le coin, demi tour et on repart. Ce kayak pourtant très agile à vide parait être à camion à remettre dans son axe. Cela n’est pas dû au Kialivak mais plus à ma fatigue, au stress qui me fait manœuvrer le bateau à plat car je commence à avoir peur de gîter avec un bateau très lourdement chargé et les vagues commencent à déferler sur le pont. Ces quelques secondes vont me paraître une éternité. « Dans le déroulement infini de sa lame, Et ton esprit n’est pas un gouffre moins amer… » Une fois le kayak remis en ligne, les vagues arrivent en paquets croisés. Je ne sais plus si je dois les surfer par la droite comme précédemment ou par la gauche ce qui m’éloignerait vers le large. Le bateau reste stable imperturbable malgré les masses d’eau qui l’animent dans tous les sens. Une demi heure de rodéo, je décroche. Ma technique et ma lucidité ne me suffisent plus pour être à l’aise dans cette mer chaotique. Je confie les rennes au navire. Calé sur ses lignes d’eau il est très stable. Je me contente de pagayer et de le garder à plat, faire quelques appuis quand la situation me parait incertaine. Ce kayak est vraiment très sécurisant, mais il peut facilement vous emmener au-delà de vos possibilités.

Le choix du nom de baptême du kayak me semble très pertinent. Albatros, car il est grand, il est blanc, grand voilier cet oiseau de haute mer est capable de longues traversées. La légende veut que cet animal abrite l’âme d’un marin péri en mer. Cette âme doit être celle d’un sacré Marin, genre Capt’ain Tempête. Si un jour j’approche le quart de son courage et la moitié de son sens marin, j’aurais fait un grand pas. L’Albatros s’en donne à cœur joie, il vole de vague en vague et descend les vagues au surf comme si il glissait au dessus de l’onde.

Revenons à notre route. Je pointe vers le château de Mont Orgueil pour me rapprocher de la cote se sera peut être pire mais si je me retourne je serai plus près du bord. Je reprends mes surfs sur la droite, c’est plus agréable, je sens le fil de l’eau. Parfois une vague déferle et je sens une tape dans le dos quand la vague s’écrase sur le pont arrière. C’est promis je ne me retourne plus, je regarde droit devant. L’Albatros prend son envol, je surf à près de 8 nœuds et le kayak accélère encore. Arrivé au bas de la vague il transperce littéralement la vague rattrapée et ressort en explosant dans une gerbe de mousse. J’ai de l’eau à la taille régulièrement, la vareuse remplie son office et me garde au sec. Le col en polaire montant est un véritable nid douillet qui apporte un peu de réconfort. Bien à l’abri sous ma capuche qui stop le vent puissant. Je demanderai à David de la société Tribord de remercier les concepteurs de ce produit qui à la base est fait pour les régatiers mais qui me satisfait amplement dans ces conditions de mer.

De la grosse mer j’en ai déjà vécu en mer d’Iroise sur le Belem, un trois-mâts barque. La taille n’est bien sur pas comparable mais cette impression de puissance lors des départs au surf sur une forte houle est similaire. Les pieds ancrés sur le pont, l’intérieur du corps se liquéfie et remonte dans votre estomac pour venir buter sur votre glotte lors de la remonté du navire qui explose dans une gerbe d’écume et vient vous fouetter le visage, avant que e paquet de mer envahisse le bâtiment et emmène avec elle tout ce qui n’est pas rivé sur le pont. C’est l’image qui me vient à l’esprit lors de ces surfs incessants à bord de ce kayak. Joie et peur mêlées intimement. Joie de vivre ce moment marqué à jamais dans mon esprit, peur de me retourner et de pas pouvoir esquimauter. A deux ou trois reprises j’ai bien failli nager. Une réflexion me vient à l’esprit. Tu as un sac entre les jambes, la bonbonne de 5 litres d’eau potable, le bidon du matériel de sécurité. Donc si tu tombes à l’eau : 1° déjuper, 2° retirer le bidon de sécu, 3° sortir le bidon d’eau : L’eau douce est plus lourde que l’eau de mer. Donc, il va couler. S’il n’est pas plein il flottera. Extraire les jambes en espérant ne pas rester coincer avec le sac. Il va falloir prendre une bonne inspiration pour réaliser tout cela. Trop compliquer en plus mettre le paddle float, coincer la pagaie, remonter à bord, vider le kayak, oublie… Ah oui c’est vrai tu n’a qu’à esquimauter. Esquimauter, tu sais le faire et même très bien, en piscine, dans les torrents. Quoique aux derniers Championnat de France de descente lors d’un entraînement tu as parcourue 200 mètres la tête à l’envers et tes concurrents ton affublé de la « bouée d’or ». Tu n’avais pas dit que tu allais t’entraîner à esquimauter avec le kayak en charge à l’étang. Tu l’as fait, non, ah tu n’avais pas le temps. Eh bien tu as le temps maintenant ! Oui c’est vrai bon arrête de te parler et concentre toi sur ta navigation. C’est fou ce que notre cerveau peut imaginer dans de telles situations. Il faut que je m’habitue c’est tout, penser à autre chose, se détendre, apprécier le moment pour ne pas le détester!

Tiens des Kites surfers arrivent à ma rencontre. Ils ont l’air de se régaler puis des winds surfers les accompagnent. Ils viennent de la plage de Grouville Bay un spot de surf fort apprécié semble t-il. Je surveille quand même leurs trajectoires car leur route est perpendiculaire à la mienne et ils passent et repassent à des vitesses effarantes moi petit escargot de la mer. Je suis en avance sur mon horaire et la mer n’est pas suffisamment haute pour traverser Violet bank qui s’étend sur 2 milles. Faire le tour c’est s’exposer aux vagues de travers avec le risque d’être drossé sur le récif pendant 45 minutes, puis contourner le banc et lutter contre un courant de 3 nœuds sur 2 milles. Je surfe jusqu’au bout de Grouville Bay, je débarque dans les déferlantes à l’arrache et je me pose sur le sable en attendant la marée. C’est parti, un vrai régal dès que la rive est proche on se sent pousser des ailes. Arrivé sans encombre, une ration de gel énergisant, un coup de VHF aux gardes cotes.

J’arpente le récif pour visualiser les passages possibles lors du flot. Après cette relâche de 30 minutes j’embarque et navigue dans 20 cm d’eau à la recherche d’un passage pour traverser ce banc. Une petite rivière se dessine entre les rochers qui forment une gorge. Bien à l’abri du vent, le clapotis de l’eau ressemble à une rivière et je me laisse entraîner par ce courant. Ma maîtrise du kayak de descente exploite ces connaissances dans ce dédale de courant et de virage, ou il faut anticiper les trajectoires pour ne pas se retrouver en cravate entre deux rochers. La seule inconnue c’est que j’essaie d’imaginer les passes à suivre mais je découvre le chemin au fur à mesure. L’eau montant rapidement la physionomie du lieu change au rythme de ma progression. Voilà je suis au sud de l’île. Je double Saint Clement bay. La mer est lisse mais le vent de relief s’amplifie et je le reçois maintenant sur tribord. J’actionne ma dérive pour garder le kayak en ligne. J’avais changé et réglé les poignées de commandes pour visualiser l’enfoncement de la dérive juste par la position de celle-ci. Longeant la cote je joue avec ces commandes pour rétablir le cap du kayak suivant le cap désiré, et par moment je les actionnent pour compenser le vent fraîchissant, un vrai bijou de technologie simple et efficace. Je contourne les travaux d’extension du port et me dirige bout au vent pour entrer dans le port de St Helier. La fatigue et le vent de face ralentissent ma progression, je suis fourbue et vidé.

Je laisse passer Le Condor ferry en provenance de St Malo. Je passe sur le canal 14 pour la veille du trafic dans le port. Les feux sont vert je m’engage, je longe les brises lames immenses, un salut à la tour de contrôle et j’accoste au ponton visiteur. Je me rends à la capitainerie pour les formalités de douanes, le capitaine du port me propose de stationner mon kayak dans la marina plus abrité. Il me remet une carte magnétique pour l’accès aux pontons et aux sanitaires. Lui relatant mon trajet il me fait grâce du paiement de la place pour la nuit, charmante attention. Je rencontre mon épouse et ma fille qui ont débarqué du ferry, voyant mon état de fatigue elles m’emmènent à leur hôtel pour récupérer avant de repartir.


La météo pour les jours suivants ne semble pas s’améliorer. Soit je pars maintenant et traverse demain les 20 milles qui me sépare de Guernesey mais avant cela il faut que je remonte jusqu’à la pointe Grosnez mais c’est au minimum 5 heures de route ce soir, et là je suis trop fatigué physiquement et nerveusement pour entreprendre ce périple. La fenêtre météo pour la traverser Jersey – Guernesey est trop étroite et aléatoire. La mer sera encore plus forte que ce que je viens d’essuyer. C’est décidé je passe la nuit ici, je mange je dors convenablement, demain on envisage la suite.

Vis le jour présent

D’autre part il est inutile sur la mer comme dans la vie de vouloir avoir une action sur un élément ou une situation dont on ne peut avoir la maîtrise. « Si tu ne peux changer une situation adapte toi à elle ». On ne peut pas changer le temps, mais on peut réduire la toile, ou on peut le prévoir ou du moins le constater et rester au port…
En kayak de mer la marge de manœuvre est plus restreinte. La plage exploitable en loisirs est de 1 à 4 beaufort sur une échelle montant à 12.


Lundi 16 avril 2012
Promenade de détente & réconciliation psychologique avec la mer.
Vent 1 Beaufort, Visibilité 12 milles
St Helier- St Helier 6 milles

La mer est un être vivant, mais sans état d’âme. Elle vit au jour le jour, elle est bien sur imprégnée du temps passé, cela se lit sur la houle résiduelle quelle transporte avec nonchalance si elle à été malmenée par le vent les jours précédents. Elle peut être d’un calme Olympien comme aujourd’hui, puis se réveiller progressivement dans l’après-midi aiguillonné par un vent thermique. Elle vit, à nous de la comprendre et l’aimer comme elle est, ou ne pas l’aimer.

Trois heures de l’après-midi, la mer est sereine, le vent est faible. Il est temps pour moi de remonter en kayak afin de me détendre et retrouver moi aussi ma sérénité. Je sors de la marina et longe les remparts haut comme des falaises vu du ras de l’eau. Les voiliers et motor-cruisers sont bien alignés sur leurs pontons. Je me sens comme un cycliste visitant un terminal d’autobus. Avant de sortir je regarde les feux de trafic de la tour de contrôle et adresse au Maître de port un petit signe de la main. J’étais tellement pressé de rentrer hier que je n’ai même pas fait attention à la grandeur du port et à tous ces petits détails. Containers empilés, bouées cardinales alignées, en attente de retrouver une peinture éclatante. Grues déchargeant les marchandises, une multitude de gens comme des fourmis oeuvrant sur les quais géants du port. Tout ici parait disproportionné. Je sors enfin du port. Emerge devant moi imposant, Elizabeth Castle. Je me place face à lui comme pour le saluer, puis j’entreprends le tour par la gauche. J’admire les oiseaux qui se jettent dans le vide du haut de ses tours, puis viennent se poser sur les roches là ou la frange d’écume lèche les pieds de la forteresse comme pour le vénérer. Le soleil est haut la mer belle, je pars plein ouest pour traverser la baie.

C’est très agréable de naviguer sur une mer plate, profiter du soleil, se détendre, respirer, voguer sans but précis, sans itinéraire ni horaire à respecter. J’aperçois le fort de Saint Aubin au bout de la baie. Je détourne ma route pour m’en approcher. Rapidement je suis près de lui, le longe, le scrute puis le laisse se reposer. Je continue ma promenade en longeant la grande plage de St Aubin en arc de cercle. Quelques promeneurs vont et viennent. Cette plage me ramène vers Elisabeth Castle. Deux cormorans dressés comme des gardes me surplombent et surveillent mon arrivé aux abords de la grande porte. Deux heures se sont écoulées, aucune fatigue, aucun stress, un grand moment de bien être et de détente. Se sera la fin de se périple en kayak.

La dépression au sud de l’Angleterre se dirige sur la Normandie et ne présage rien de bon. Les côtes de Bretagne ne seront as épargnées non plus. Même les gros voiliers repoussent leur départ pour rallier le continent. Le temps est venu de prendre une décision ! Continuez ou pas ?

Demain j’embarque le kayak sur le Ferry direction Guernesey d’où je contemplerais la mer depuis la fenêtre de l’hôtel. Le raid est fini, je l’ai décidé. Je ne naviguerais plus cette semaine ni ne bivouaquerais. Je me laisse le choix de découvrir cette côte en kayak lors d’une prochaine expédition. Ce serait me trahir que de naviguer à Guernesey alors que j’y suis venu en Ferry et non en kayak comme prévu initialement. Ce n’est pas chose facile que de savoir s’arrêter. Doit-on continuer coûte que coûte au risque d’y laisser sa vie, ou mettre son orgueil de coté et reprendre l’aventure dans des conditions plus clémentes.

Sur les conseils de psychologues, j’ai passé un contrat moral avec ma famille avant de partir. Il ne faut pas oublier que vous n’êtes pas seul dans la vie et dans votre projet. Sur l’eau vous l’êtes, mais votre entourage s’inquiète ainsi que toutes les personnes qui vous ont fait confiance et vous soutiennent. A vous seul revient la décision de continuer ou d’arrêter, mais si vous ne l’avez pas programmé votre cerveau refusera cette alternative et vous poussera au-delà de vos limites jusqu’au point de non retour.

La frustration est grande, voir incommensurable, mais j’ai déjà accompli un trajet appréciable et surtout j’ai réussi à tenir la promesse que j’avais faite à mon épouse « ne pas prendre de risques inutiles et ne pas naviguer au large en solitaire au delà de force 6 Beaufort »

« Un petit pas pour le kayak, un grand pas pour la sécurité »

17h04 c'était un pari, lors d'un repas de préparation à Gouville pour le retour. Les courants de marée n'étaient pas les meilleurs mais le Maire préférait une arrivé dans l'après-midi pour que le public puisse être présent. En faisant des propositions ont approchait une heure pleine. Pour mettre un peu de gaité j'ai proposé +04' et c'est resté...

http://www.lamanchelibre.fr/actualite-34723-sports-les-evenements-du-week-end.html
"Homme libre, toujours tu chériras la mer"
posté le 26 mai 2012

Trappeur63
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un très beau récit. Merci beaucoup pour le partage.
je n'ai jamais pratiqué le kayak de mer mais les sensations de grands espaces et de liberté qui ressortent des ces lignes sont vraiment motivantes. Tout comme cet esprit d'aventure.
encore merci pour cette aventure
disciplines : rando à pied, en raquettes et en canoë avec recherche de l'autonomie la plus complète possible quelle que soit la saison. matériel : canoë gonflable Gumotex baraka; pulka; raquettes à neige. J'ai posé le pied : Auvergne évidemment; Espagn
posté le 26 mai 2012 mis à jour le 26 mai 2012

H3
Sterne arctique
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Ton texte embarque, très naturellement, le lecteur sur le pont de ton Albatros dans la brume, les surfs, l'écume. Tu transmets bien les états successifs que peut vivre le raider en solo en fonction des conditions rencontrées et des incertitudes aussi.
Merci, Alain, pour ce partage.
Etant moi-même voyageur solitaire sur l'onde et avec une épouse qui doit se poser des questions parfois (je l'imagine en tout cas :rolleyes: ), je note avec grand intérêt le deal que tu as passé avec tes proches.
posté le 05 juil. 2012

alain.poupaert
Hirondelle
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enfin les photos
"Homme libre, toujours tu chériras la mer"
posté le 05 juil. 2012

mad
Oie des neiges
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alain.poupaert :
https://picasaweb.google.com/1092848823 ... 2ZHJ69efEg

enfin les photos


Le lien ne marche pas : j'ai essayé de réparer la syntaxe, mais sans succès.
Tu as fait une fausse manipulation en donnant ce lien :


https://picasaweb.google.com/1092848823 ... 2ZHJ69efEg
"Marche ou vogue ..." Embarcations : Quarter Tonner Dufour 1300, Doris, Nautiraid Expé 520, deux Hélios 380, Twist 1 Gumotex, canoë Old Town Discovery 158 - Présentation : http://www.expemag.com/voyage/viewtopic.php?pid=31931#p31931
posté le 14 juil. 2012 mis à jour le 14 juil. 2012
"Homme libre, toujours tu chériras la mer"
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