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VOYAGE DE DEUX MARINS D'EAU DOUCE. EN KAYAK DE MER DANS LE NORD DU VIETNAM

(réalisé)
kayak de mer
Quand : 21/03/23
Durée : 20 jours
Distance globale : 578km
Dénivelées : +10123m / -10088m
Alti min/max : 50m/1591m
Carnet publié par Liberelle le 10 juin
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Le topo (mise à jour : 10 juin)


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Le compte-rendu (mise à jour : 10 juin)



VOYAGE DE DEUX MARINS D'EAU DOUCE.


EN KAYAK DE MER DANS LE NORD DU VIETNAM




Descente de la Rivière Noire.
Mars Avril 2023


Les participants :
Marc LIBERELLE : briançonnais, septuagénaire avec une vingtaine de voyages en kayak de mer à son actif (Madagascar, Guinée Bissau, Casamance, Grèce, Turquie…..)
Samuel DESCHAMPS : normand , sexagénaire , néophyte en kayak mais solide sportif.


Pourquoi la Rivière Noire ?
Tout est parti d'un livre de Duong Thu Huong,« La Terre des Oublis ». On furette sur Google Earth pour voir à quoi ressemble les montagnes du nord du Vietnam et on tombe émerveillé sur une succession de lacs de barrages. Environ quarante fois Serre Ponçon à parcourir !
Cette « descente » de rivière s'effectue donc sur une eau rigoureusement plate.


Accès :
La Rivière Noire prend sa source en Chine et pénètre au Vietnam à 400 km à l'Est d'Hanoï. Il est certainement possible de partir plus près de la frontière pour un parcours plus long, moyennant le franchissement de barrages. Nous avons embarqué à Cham Nua (22°10'54'' N, 103°10'34'' E) sur un des affluents, la Song Na et avons rejoint la Rivière Noire à Muong Lay.(nouvelle appellation de Lai Chau depuis la mise en eau du barrage).
L'accès s'est effectué d'abord par un des nombreux bus grand confort qui acheminent les touristes à Sapa, ville « climatique » où la température est bien plus fraîche qu'à la capitale, puis par les bus locaux. Cham Nua est bien desservi par les bus locaux allant de Sapa à Dien Bien Phu.


Les gens :
L'hospitalité des vietnamiens n'est pas une légende et il est souvent délicat de refuser de dormir dans les maisons sur pilotis où plusieurs générations cohabitent. Malgré notre goût pour les espaces sauvages et les voyages en autonomie complète, nous n'avons pas pu refuser de participer à quelques repas arrosés à l'alcool de riz ou de maïs en portant des toasts à l'amitié franco-vietnamienne.
Peu de gens maîtrisent la langue anglaise. Il est difficile de tout comprendre à la mosaïque de peuplement de cette zone frontière longtemps restée à l'écart de l'unification nationale. Les gens sont Hmong, Muong, Thai Noirs, Thai Blancs avant d'être Vietnamiens.
De plus, depuis la mise en eau des barrages, les Kinhs, venus de la plaine, habitués à vivre dans leurs maisons-bateaux, se sont installés sur ces étendues d'eau disponibles . On suppose que lors de la mise en eau qui a englouti temples, maisons et rizières, le régime du Parti Unique n'a pas encouragé les populations à constituer des collectifs de défense et des ZAD.


Saison :
Il fait chaud au Vietnam. En mars et avril, nous avons trouvé un niveaux d'eau à cinq mètres sous les plus hautes eaux. En cette saison, l'eau est relativement propre, potable après ébullition et nous a permis de nous baigner tous les soirs. Il est difficile de connaître les variations de niveau des lacs suivant les saisons. On peut penser qu'ils sont pleins après la mousson.


Logistique :
A tout hasard, nous avions contacté plusieurs agences de tourisme pour obtenir des renseignements et une proposition de transport et de location de kayak. Toutes ont clairement répondu qu'elles ne s'occupaient pas de ce genre de voyage. Le Nautiraid Expé 500 a donc été enregistré à l'avion comme bagage supplémentaire moyennant un coût d'environ 250 €. Démonté à Hoa Binh, il a même été remonté quelques jours plus tard pour trois jours dans l'eau salée et les brumes de la Baie d'Ha Long.


Ravitaillement:
Dans les petits supermarchés à Sapa, on trouve à peu près de tout, mais peu de produits sont étiquetés autrement qu'en vietnamien. Nous avons acheté de multiples « sachets surprises » qui nous ont réservé des menus inattendus. Seule valeur sûre dans le doute : les pâtes chinoises.
On trouve ensuite des petites boutiques dans de nombreux petits villages.


Autorisations et police :
A Hanoï ou sur les routes d'accès, il y a peu de présence policière. on n'a pas l'impression d'être dans une dictature.
Mais les nouvelles vont vite dans les endroits isolés et le pays est discrètement quadrillé et surveillé….A plusieurs reprises, la police est venue nous rendre visite le soir en s'excusant de devoir contrôler nos identités et en nous souhaitant bon voyage. Parfois, le contrôle s'effectuait dans un des nombreux locaux administratifs abandonnés et poussiéreux, sous les portraits gigantesques de l'oncle Ho Chi Min pendant qu'un haut-parleur égrenait les louanges des héros de la révolution.


RECIT


Du vacarme d'Hanoï au calme du lac. :


Hanoï est dans le brouillard du petit matin. Nous partons à la recherche d'une bouteille de buta-gaz au milieu du brouhaha et klaxons des scooters. Nous revenons bredouilles et épuisés après avoir fait une vingtaine de boutiques. Il faudra donc cuisiner au feu de bois.
Après deux jours de bus, nous sommes à Cham Nua. Nous partons en repérage pour trouver un site de mise à l'eau. A moins d'un kilomètre du village, une plage bien calme constitue l'endroit idéal. Il ne reste plus qu'à trouver un véhicule pour acheminer nos deux sacs contenant le Nautiraid. Nous mettrons du temps à comprendre qu'il n'y a pas d'automobile à Cham Nua, mais uniquement des deux-roues. Nos gros bagages finiront par atteindre la plage en équilibre sur les scooters conduits par des joyeux larrons qui ont bien abusé de l'alcool de riz.
Le montage a lieu sous les regards admirateurs de nos gentils convoyeurs. Un tour d'essai au soleil couchant confirme la stabilité du bon vieux Nautiraid.


Premier lac : Gorges sauvages, fumée des brûlis et collines rouges


Nous rejoignons en quelques heures Muong Lay, une ville nouvelle construite lors de la mise en eau du barrage. C'est une ville fantôme, avec de grandes avenues désertes, et des alignements de bâtiments administratifs à l'abandon. Nous ne nous y attardons pas et nous engageons dans les gorges de la Rivière Noire.


Nous nous chauffons les muscles sur l'eau plate qui emplit de belles gorges encaissées dans les roches noires. Contrairement à ce que nous avions repéré sur Google Earth, il y a des maisons, des bateaux et des gens. Pas de terrasses de riz mais de partout, des brûlis dans les forêts. Le puits de carbone Vietnamien part en fumée autour de la planète et pendant quelques jours, l'odeur de fumée est omniprésente. Nous nous endormons le soir avec le bruit des explosions des bambous incendiés dans les falaises qui nous surplombent.


Les endroits pour camper sont rares mais nous finissons par trouver parfois un belle pelouse au sommet d'une butte, le terre-plein d'une centrale électrique déserte, ou les cages d'un terrain de football à l'écart d'un village.


Le chant des coqs commence très tôt, souvent très près de la tente. Un matin vers six heures nous sommes réveillés par le chant d'une fillette à la voix cristalline qui chantonne en menant ses chèvres.


Au détour d'un des méandre de la rivière, nous sommes interpellés par les occupants d'une pirogue d'où s'échappe une bonne odeur de cuisine. Nous nous mettons à couple et ingurgitons une grosse assiette de riz, petits poissons frits et sauces fortes.


Puis nous parcourons un ensemble de collines rouges, replantées de tiges de manioc, nous avalons quelques grandes lignes droites fastidieuses, une brume bleue adoucit les reliefs.


Nous atteignons au bout de quelques jours une zone karstique où des îlots prennent des allures fantomatiques. Nous découvrons qu'au Vietnam, il existe une multitude de « baies d'Ha Long  Terrestres » sans aucun touriste.


A l'approche du premier barrage, nous apercevons un débarcadère où un camion finit de décharger sa cargaison. Nous pensions devoir sacrifier une journée ou deux pour trouver un transporteur, éventuellement démonter le kayak pour pouvoir franchir l'obstacle. Après quelques dessins, des croquis et l'aide des smartphones, en quelques minutes l'affaire est faite : le kayak est chargé sans démontage, et en échange de quelques billets, nous sommes gentiment déposés par le chauffeur quelques kilomètre en aval, au bord d'une gravière.


A l'heure d'une demande accrue d'électricité dans la capitale, des lâchers d'eau sont effectués et nous nous retrouvons au bord d'une immense rivière tumultueuse.




Deuxième lac : brumes bleues, pêcheurs de crevettes et temples,


Les lâchers d'eau ont cessé, la rivière a reculé et le kayak est à trois cent mètres de l'eau. Il faut décharger les bagages, porter puis haler sur un petit cours d'eau qui nous permet de rejoindre le lac. Pendant quelque temps, nous profitons du courant et chevauchons les remous d'une vraie rivière mais bien vite, nous rejoignons l'étendue du deuxième lac, parfaitement plate.


De nombreux chantiers sont en cours dans la région, des routes se construisent, le concassage de cailloux bat son plein mais rapidement nous retrouvons le silence dans des passages très sauvages
avec très peu d'habitations. Nous naviguons parfois une demie journée sans voir une pirogue ni une maison.


Là aussi, les endroits pour camper sont rares et dès que la vallée s'élargit,la moindre parcelle horizontale est inondée et plantée de riz. Il faut se résigner à camper près des villages en profitant du karaoké du soir et des cris des coqs du petit matin. Parfois, le site d'une centrale électrique offre une belle plate forme surplombant l'étendue calme du lac, dans le chant stridulant des cigales.


Nous plantons un soir la tente devant une école délabrée et une Maison du Peuple saccagée, comme il en existe dans tous les villages. Vers 21 h les gendarmes nous rendent visite pour contrôler passeports et visas. Puis le son du karaoké dans la maison d'à côté emplit la vallée.
Toute la nuit, les phares des bateaux pêcheurs de crevettes sillonnent lentement l'étendue du lac.


Des négociants collecteurs parcourent le lac à la rencontre des pêcheurs. Quand une route dessert l'accès à la rivière, les cargaisons de crevettes vivantes sont transvasées dans des fûts d'eau refroidie de glace, sur des camions qui filent vers Hanoï.


La brume limite la visibilité à un bon kilomètre mais elle a fait diminuer un peu la chaleur. Au bout de quelques jours, nous atteignons un petit temple niché contre une falaise. Une vieille dame très digne nous accueille. Nous offrons à la déesse un billet de 50 000 Duong (2 €) et trois paquets de pâtes chinoises. A notre départ, la gardienne des lieux nous donne deux bières, dons que des précédents pèlerins avaient déposés près de l'autel.


En vue du temple de Hang Mieng, un fort vent nous prend de face, nous bifurquons pour nous mettre à l'abri et accoster, un peu à l'écart, à un magnifique embarcadère bétonné menant à un escalier monumental. Le temple originel a été englouti sous les eaux et les statues replacées dans un nouveau bâtiment desservi par des aménagements à la hauteur de la réputation du lieu. Belle initiative destinée à accueillir les nombreux pèlerins que les navettes déversent en groupes serrés. Mais les pilotes préfèrent accoster devant le temple et laisser les pèlerins patauger dans la boue.


Le lendemain nous retrouvons l'affluence et croisons une quarantaine de navettes : les visites au temple de Hang Mieng sont une destination prisée de la clientèle locale. A bord, les puissante sonos des karaokés hurlent les vociférations des passagers qui dansent sans un regard aux paysages embrumés. Les pilotes nous saluent à grand coup de cornes de brume. On se précipite alors pour nous photographier, les smartphones sont brandis au dessus du bastingage : nous voyageons au Vietnam en étant plus souvent photographiés que photographes.


En vue du barrage de Hoa Binh, dans un crachin digne du climat breton qui nous a bien humidifiés, nous opérons le dernier accostage. Nous nous empressons de nous mettre au sec à l'hôtel le plus proche. Le kayak est resté à l'embarcadère et en fin de journée, les bateaux que nous avons croisés le matin commencent à déverser leurs passagers, Il faut d'urgence mettre le kayak à l'abri si l'on ne veut pas le voir piétiné par les centaines de pèlerins qui reviennent du temple chargés de poissons, de crevettes et de mille plantes séchées mystérieuses.


Le démontage a lieu dans une ruelle crasseuse mais tranquille, notre fière embarcation réintègre ses deux sacs de transport, prête pour rejoindre la soute de l'autobus pour Hanoï.

TOTAL PARCOURU SUR LA RIVIERE NOIRE :
366 km en 16 jours de navigation
soit une moyenne de 22,80 km/jour.


montage du kayak
montage du kayak
Les forets brulent
Les forets brulent
soirées
soirées
marins d'eau douce
marins d'eau douce
notre baie d'Halong à nous
notre baie d'Halong à nous
brumes et chaleur
brumes et chaleur
un endroit plat
un endroit plat
petit le Nautiraid ?
petit le Nautiraid ?
Rencontres sur berge
Rencontres sur berge
Aucun clapot
Aucun clapot
Rèverie du soir
Rèverie du soir
Derniers bivouacs
Derniers bivouacs
Si c'est plat, il y a du riz
Si c'est plat, il y a du riz
Pêcheurs de crevettes
Pêcheurs de crevettes
Derniers coups de pagaies
Derniers coups de pagaies
Commentaires
Kayak01 - 10 sept.
Génial ce périple. Je travaille régulièrementbau Vietnam depuis 2012 et je pense un jour descendre le fleuve rouge.

Pour info il y a depuis 4-5 ans 2 ou 3 magasin sur Hanoi qui vende et loue du matériel, y compris kayak et paddle gonflables.

J'espère que votre ré it donnera à d'autres des envies d'aventure awuztiques dans ce fabuleux pays !!!