"vélo y'a du boulot..."

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70 ans et une irrésistible envie de petite balade... 2000 km en vélo à assistance électrique, de belles émotions, quelques vérités pointées...
vélo de randonnée / vélo de randonnée
Quand : 20/08/19
Durée : 21 jours
Distance totale : 1255.4km Dénivelées : +332m / -534m
Alti min/max : 207m/290m
Carnet créé par bubutop le 02 oct.
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Le topo : Section 1 (mise à jour : 02 oct.)

Distance section : 1255.4km Dénivelées section : +332m / -534m
Section Alti min/max : 207m/290m

Description :

de nombreux chemins, routes communales, voies cyclables portant la distance parcourue à 2009 km suivant compteur de mon vélo

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Le compte-rendu : Section 1 (mise à jour : 02 oct.)

 
VELO Y’A DU BOULOT
 
Voilà quelques mois mes enfants m’ont offert un vélo à assistance électrique.
Quelle bonne idée (à moins qu’ils ne me pensaient plus apte à pédaler simplement vu mes 70 ans) car cette technologie facilite grandement les balades à l’assaut de routes pentues ou l’affrontement des vents très souvent féroces en méditerranée…
Un jour sur un coup de tête, je décidais d’entreprendre un périple qui me mènerait de Perpignan aux côtes d’Armorique, en flânant un peu du côté de l’océan girondin.
 Sans suivre bien entendu les conseils de mes gars, spécialistes des sacs à dos ou des sacoches de vélo judicieusement remplis du strict nécessaire tant en poids qu’en effets ou autres ustensiles inévitablement élémentaires, j’entamais un premier essai « baluchonné » comme un âne : 45 kg sur mon vélo, tellement empilés sur mon porte bagages qu’il paraissait bien illusoire  d’envisager de m’apercevoir une fois assis sur ma selle…
Echec cuisant : 200 km plus tard je faisais demi-tour pour alléger mon barda de 25 kg (quand même !!).
Cette fois bien décidé à ne pas me laisser démonter par mon amateurisme évident, j’entreprends une boucle au départ de Moissac qui me conduisit à Bordeaux, Lacanau, Royan, puis traversée de la France par le parc naturel de la Brenne, Belleville au nord de Lyon pour saluer la venue de ma petite fille et retour par la vallée du Rhône…2009 km en 3 semaines, riches en surprises, en aléas que je propose de résumer en tâchant de ne pas faire de « râlerie » facile ou de raillerie déplacée….
Car pour les vélos, « y’a du boulot » avant que notre sage société accepte de leur donner une place de choix parmi toutes les options de transport disponibles…!
 
LE PRINCE «TOTO-MOBILE »
 
Ensuite, la montagne rechargera certainement mes poumons en oxygène après les abondantes volutes gracieusement offertes par quelques automobilistes peu soucieux de l’entretien de leur véhicule à particules ou par les généreux consommateurs d’huile en excès …
Je suis devenu voiture-réfractaire tout en sachant que cette « chose » me rend, comme à tout le monde, de nombreux services.
J’ai largement constaté que nous sommes dans un immense trop plein de « ferraille sur 4 roues » dont je vois mal comment se guérir…
Ah… !!! ce «toto-mobile », prince du macadam qui nous fait tant de blagues sur la route, obligeant les adeptes de la « petite reine » à s’incliner bien bas devant lui…
Bien évidemment je ne parle pas de ces automobilistes extraordinaires, admirables, dignes, qui anticipent vos entrées sur un passage protégé, attendent patiemment votre sortie du rond-point, qui se déportent jusque sur la voie de gauche pour assurer votre sécurité en dépassant.
Ceux-là forcent un émouvant respect !
Non…je cible ces jouisseurs, impressionnantes stars du bitume qui gonflent la horde des spécialistes du « doublement » sans écart de sécurité. Ils doivent s’identifier à leurs jeux vidéo de prédilection pour lesquels leurs scores peuvent se mesurer en fin de journée, en fin de partie … : « alors…tu en as serré combien aujourd’hui… ? »… quel « pied » j’imagine…. « tu as vu comme il a flippé celui-là ? Il s’est fait minuscule contre la rambarde du pont mais je ne l’ai pas raté… ! »
Comme ils s’amusent ces affolés de « la route n’est qu’à moi » pour qui la conduite doit paraitre d’autant plus jubilatoire qu’elle est dangereuse !
La palme me semble revenir à certains camping-caristes qui malgré le portage ostentatoire de leur bicyclette à l’arrière de leur véhicule oublient, une fois installés au volant, leur qualité supposée de cyclotouristes… ! 
« Tristesse… » !
 
DECIDEURS DE BON « SENS »…
 
Voie ou piste cyclable, voie verte, vélodyssée, via rhôna, canal des deux mers, bourgogne du sud, loire à vélo…comme ces évocations chantent les perspectives de kilomètres séduisants, emplis de nature, de senteurs pures, de douceurs bucoliques…
Enthousiaste, confiant, je m’élançais chaque matin persuadé de pouvoir glorifier ces anges de compassion à l’égard des persécutés incompris de la route, assoiffés d’efforts, de promenades sans moteur bourdonnant, d’ivresse chimérique de liberté d’aller dans le calme, la sérénité et l’absence de contrainte énergétique fossile….
Je me suis gorgé de moments de pure plénitude tant la luxuriance de paysages sublimes, de rencontres insolites, de contemplations émouvantes, de cueillettes de fruits sauvages (ou pas…) comblaient mes attentes.
Mais pourquoi faut-il que les architectes de « la route à vélo » commettent tant d’impasses dans le déroulé de leurs tracés… ?
Pourquoi tant de voies judicieusement pensées, en ville ou en campagne, débouchent férocement sur un néant incommensurable… ?   
Pourquoi le sympathique balisage du début de parcours s’entremêle, s’encoquine t-il soudainement avec les fléchages multiples ou affolés de routes sans lien avec l’itinéraire, nous faisant perdre cruellement le sens logique de notre destination, la prolongeant de plusieurs dizaines de kilomètres décalés tant par l’obligation d’une route dangereuse que par le temps perdu ?
Y a-t-il quelques égoïstes dévoreurs de budgets ?
Y a-t-il quelques esprits maléfiques arracheurs de pancartes ?
Imaginez-vous une nationale à 4 voies soudainement transformées en sentier caillouteux en pleine campagne, fourbu de racines d’arbres, d’épines dévoreuses de pneus, d’aspérités gloutonnes, de fosses vicieuses, sans aucun repère permettant de poursuivre sa route… ?
« Les caisses sont vides monsieur….limitons les vélos, cela nous coûtera moins cher… »…. !!
Vous croyez lire le scénario d’une prochaine fiction ?
Eh bien non…Ces propos m’ont bien été très sérieusement tenus….
Caisses vides pour qui… ??? Moins cher que la voiture… ??? Je vous laisse deviner…. !
 
FAIS DODO MON P’TIT…PERE…
 
Départ le matin avec « objectif 70 km » en moyenne….
Aussi, bien souvent la cible est atteinte vers 16/17h, début de ma recherche d’hébergement : 16 campings, 2 chambres d’hôtes et rares hôtels par temps pluvieux…histoire de faire sécher facilement le barda soumis à quelques exceptionnelles pluies battantes.
La rencontre fut fabuleuse avec une hôtesse aux petits soins, compatissante comme inimaginable à l’évocation de mes ennuis de parcours avérés, m’offrant gîte et petit déjeuner royal pour quelques sous bien mérités.
Ces personnages époustouflants, généreux, spontanés ont forgé de belles bouffées de bonheur dans mon cerveau embué, les matins de rosée, lorsque la fraîcheur piquait un peu mes muscles pas encore échauffés.
Que dire de ce réparateur de tondeuses et autres motoculteurs qui, pour 16,50 €, s’appliqua à venir me récupérer en pleine nature, isolé, pneu explosé, réparant sur le champ dans son atelier avec une simplicité réconfortante, un désintéressement pécunier évident porté par la compréhension d’une situation critique qui aurait pu me rendre dépendant de n’importe quel esprit profiteur…
Quel bonheur ce joyeux rémouleur dans le Berry sifflant au bord de la route comme un rossignol pour accompagner sa meule dévoreuse de lames usagées que les autochtones lui tendaient à profusion…
Tout aussi prenant mon ramasseur d’escargots vociférant à l’encontre des séances de traitements, de débroussaillages des fossés et bas-côtés à l’origine de la quasi disparition de l’objet de son régal délicat…
Il y a bien eu de tristes revers tel cet aubergiste qui, avant que je n’ai pu exprimer le moindre désir m’affirma, majestueux, qu’ici « on ne reçoit pas de baroudeurs qui laveront leurs effets dans le lavabo de leur chambre », ou ce camping de centre-ville sale, bruyant, aux boulistes envinés vociférant jusqu’à plus d’heure, ces tenanciers de chambres d’hôtes à 75 € la nuit, quelques hôtels d’un autre âge dont l’insalubrité aurait pu être compensée par un tarif raisonnable, ce défenseur de l’environnement engagé dans une démarche qualité qui traitait les allées de son aire naturelle au désherbant très chimique… !!!…
Mais quelles récréations ces accueils chaleureux, délassants, régénérants après tous ces coups de pédale que je condensais dans mon hamac en distillant une douce boisson fraîche, ambrée et gazeuse, un peu alcoolisée…avant le montage de ma tente puis la mise en forme ventilée de mon matelas pneumatique….
 
IL FAUT SE SUBSTANTER….
 
Pas question de partir le matin sans un savoureux petit plaisir au préalable…gustatif bien entendu… !
Les premières nuits furent difficiles, allongé sur mon matelas sarcophage, momifié dans mon sac de couchage, bonnet vissé sur la tête, écharpe engoncée sous 4 couches de vêtements, pantalon serré et chaussettes parfumées…les gouttes de condensation qui perlaient de mon double-toit lorsqu’en pleine nuit je devais épancher les trop pleins de l’excès de la veille m’annonçaient des matins frisquets…
Devais-je attendre la chaleur doucerette des premiers rayons de soleil pour sécher mon abri ou partir au plus vite profitant des chaudes fins de journée pour ventiler ma tente humide ?
Puisqu’une heure s’écoulait avant que mes sacoches soient chaque matin rangées, bouclées sur mon vélo, que le pliage fut toujours aisé sans jamais subir de pluie, je choisissais de me presser pour regagner le village proche afin de savourer ce délicieux « café-pain-aux-raisins » incontournable.
Puis je partais l’esprit joyeux, chassant ces envies d’abandon qui me harcelaient lors de mes nuits inconfortables. Souvent vers onze heures une petite faim me tarabusquait. Je fouillais dans mon sac à dos : quel régal cette tomate presqu’écrasée dégustée à même mon reste de pain de mie rehaussé d’un morceau de fromage de chèvre. Point besoin de poêle, de casserole, de réchaud ou de couverts. La simplicité basique d’un confort plus que précaire.
J’étais nuits et jours en pleine nature, loin de mon environnement traditionnel, à « manger » sans comprendre vraiment pourquoi des dizaines de kilomètres de routes et chemins et, parfois,…une salade de carottes industrielle mal assaisonnée mais elle aussi tellement délicieuse.
Deux préoccupations angoissaient un peu mon périple : j’aurais de temps à autre souhaité bivouaquer mais mes trois litres d’eau quotidiens (chaleurs intenses), l’impérative nécessité de recharger la batterie de soutien sans laquelle il m’aurait été impossible de continuer m’en empêchaient.
Qu’importe…les immenses vergers de pommes gaspillées, les grappes de raisin chapardées, les murs de mûres accompagnées de prunelles dont je me gavais littéralement, les abricots, les pêches, délaissés après les récoltes boostaient mon divertissement. Et si cela ne suffisait pas, les sympathiques commerçants des marchés de villages complétaient mes agapes, même si mes seuls achats frugaux n’auraient certes pas suffit à faire leur fortune…
 
D’INTENSES MOMENTS
 
Je voulais de la nature, du calme, de la plénitude, la campagne française m’en servit à profusion !
« Douces pentes, qui me font si mal aux jambes, même si ton asphalte tendre, m’aide un peu à pédaler….
…Tes villages, aux maison fermées dommage, aux églises aux mairies sages, semblent trop abandonnés… »…. j’entonnais très régulièrement cette rengaine sur l’air de « douce France » car quelle « grisaille » ces maisons aux volets clos dans d’innombrables bourgades. Des kilomètres à perte de vue sans jamais croiser autant de quidams que j’ai vu de vaches….d’ailleurs je ne pouvais m’empêcher de leur vociférer un guttural « meuhhhhhhh…. » qui leur faisait tourner le tête et m’éclater de rire… !
Maisons fermées, magnifiques propriétés en vente, commerces inexistants, silence énigmatique, impénétrable…impossible de vivre dans ces endroits reculés, délaissés, à l’image de leurs routes communales détériorées, des écoles sans vie, des lieux de culte fermés, des terrains de sports désertés. Le plus impressionnant, le plus « déroutant » est la quantité d’agglomérations concernées par cette situation.
En parallèle, les zones urbaines traversées semblent suffoquer par la multitude, la course effrénée, le bruit, la pollution, l’explosion des cités « cages à lapin » parfois insalubres, les cris, les belles rues plantées de fleurs, d’arbres ombrageant qui semblent artificiellement s’insérer dans ce décors oppressant.
J’avais besoin de partager cette équipée qui n’a rien d’exceptionnel. Mes garçons, (ma famille), durent subir les envois de messages délirants ou de photos probablement lassantes puisque souvent identiques : tente, vélo, hamac…j’ai beaucoup regretté de ne pas réussir à saisir les radars qui affichaient un émoticône radieux me remerciant, vert d’émotion, pour mon entrée de village contrôlée à 22 km/heure…ou celui très fâché me signifiant la perte d’un point pour mon 52 excessif… !!!
Plaisir disproportionné ces descentes à grandes, très grandes vitesses atteintes lorsqu’en milieu de parcours je me sentais l’âme d’un « superman », obtenue grâce à l’inertie induite par les 130 kg en déplacement !
J’ai goûté au retour le confort de mon appartement, déboussolé par quatre murs enveloppants…
Demain ferra peut-être mon périple sur l’eau… !
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
fruits grapillés à profusion
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la petite récompense des journées canicule
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de magnifiques propriétés désertées
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Section 1
de belles rencontres insolites
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