Tous les chemins mènent en Bretagne...

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1800 km de plaisir à vélo. Voies vertes et véloroutes de l'Auvergne à la Bretagne en faisant un petit détour par le sud.
Plus de photos et de carnets de routes sur mon blog Latitude 45°
S'y rendre de manière douce : C'est possible en train
Précisions : Accès à Lavoûte/Loire en TER par la vallée de la Loire depuis Le Puy-en-Velay ou Saint-Etienne.
vélo de randonnée
Quand : 21/08/16
Durée : 21 jours
Distance totale : 1858.2km
Carnet créé par pattes_de_poulet le 21 févr.
277 lecteur(s) - 4
Vue d'ensemble

Le topo : Section 4 (mise à jour : 21 févr.)

Distance section : 466.8km

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Le compte-rendu : Section 4 (mise à jour : 21 févr.)

Le canal de la Garonne

Dans le village de Montech, j’observe l’ingénieux système de pente d’eau permettant aux bateaux de franchir l’équivalent de cinq écluses en deux fois moins de temps. Deux motrices diesel poussent en montée ou retiennent en descente un triangle d’eau sur lequel flotte un bateau. Je franchis ensuite le pont-canal de Moissac et longe le Tarn qui va se jeter plus loin dans la Garonne. Alors que je roule à vive allure, j’aperçois un héron cendré sur le bord de la piste. Je viens de passer à un mètre cinquante de l’oiseau mais il n’a pas bougé. Tandis que je m’arrête plus loin pour appuyer mon vélo contre un arbre en bois, il reste là, scrutant les eaux du canal. Je m’approche à découvert sans faire de geste brusque. Il me voit mais ne bronche toujours pas. Je suis maintenant à deux mètres de lui, je m’accroupis. Nous restons côte à côte de longues minutes. Hypnotisé, je n’en reviens pas d’être là, si près de ce héron qui se laisse tranquillement étudier. Jamais je n’aurais cru vivre cela. J’ai beaucoup d’intérêt pour l’ornithologie. Pour ce voyage, j’ai donc emmené une paire de jumelles afin d’observer les oiseaux. Je suis captivé par les rapaces, leur regard perçant, leur grande envergure et leur long vol plané. Mais malgré tout, mon oiseau préféré reste le héron cendré. À la pointe de l’Espiguette, j’ai pu observer sa patience et sa rapidité d’exécution lorsqu’il saisit un poisson dans son bec pointu et puissant. Ses longues pattes lui confèrent un air fragile mais ô combien majestueux. J’aime le voir s’envoler avec grâce, dans un battement d’ailes silencieux. Si le rapace est le roi des airs, le héron, lui, est le roi des marais. Ce moment magique restera gravé comme LA rencontre de ce voyage. Je le remercie vivement et reprends ma route.

Héron cendré
Héron cendré
Dans les champs, à côté du maïs, la vigne a laissé place aux tournesols. Les pêcheurs jettent leurs lignes dans le canal, en quête de sandres, perches, brochets et black-bass.

Ce matin, je me lève à huit heures au lieu de six heures trente habituellement. J’ai encore l’impression de m’être fait prendre pour un imbécile hier. Après avoir roulé quatre-vingt bornes le matin, je me faisais un plaisir de déjeuner dans un restaurant pour améliorer mon régime alimentaire à base de pâtes et de riz. L’Indus’Café est le seul restaurant ouvert à Valence d’Agen mais il affiche complet. Il est treize heures passé et on me demande d’attendre si je veux manger en terrasse. Pas de problème, je patiente vingt minutes. C’est alors que la serveuse installe une table en plastique à l’écart. Bon, passe encore… j’ai très faim et soif. Elle met deux plombes à prendre ma commande qu’elle bâcle, et en plus il n’y a plus de frites. Elle me propose… des pâtes ! L’addition pour un demi et un magret de canard accompagné de quelques pâtes est salée : dix-neuf euros. Le soir, je m’arrête au seul camping d’Agen (!), Happy Forest, qui est à la ferme . Chouette ! Le cadre est sympa et je suppose que le tarif est plus qu’abordable. Sauf que les emplacements ne sont qu’un terrain vague où les animaux font leurs besoins. La terre est dure comme du béton (les sardines s’enfoncent très difficilement) et les sanitaires sont dans un état déplorable. Le tout pour seize euros… ! Et pour couronner le tout : la musique d’un mariage voisin m’a bercé jusqu’à trois heures du matin. Pour le même prix, le camping d’Agde propose la piscine et la musique dans les douches.

Section 4
Je suis donc chafouin au réveil. Mais très vite le plaisir de rouler me redonne de la bonne humeur. La matinée est belle. Je flâne sur les bords du canal, photographiant les plantes, observant les animaux. Je discute un long moment avec un pêcheur. En le quittant, une question me vient soudainement à l’esprit : pourquoi ne voit-on jamais de femmes pêcher ? À la sortie d’Agen, il est dix heures et le dimanche est jour d’affluence sur la voie verte. Les sportifs ont envahi les lieux. Mais qu’y-a-t-il donc au bout de cette piste pour qu’ils y aillent tous en courant ? Il faut que je m’y rende moi aussi pour en avoir le cœur net. Je me mets donc à pédaler comme un fou dans la même direction. Mais je me rends vite à l’évidence : cette piste est sans fin… Les gens sont souriants et j’envoie un bonjour à chacun. La bonne humeur est communicative et se partage naturellement. Plus tard, je me laisse avaler par un groupe de cyclos. Leurs vélos ne sont plus tout jeunes (eux non plus d’ailleurs !) mais ils tournent comme des horloges (comme eux d’ailleurs !). Je reste tranquillement dans le peloton des six amis jusqu’à ce que nos chemins se séparent. L’après-midi, alors que je m’apprête à relever mon vélo après avoir pris une photo, un cycliste s’arrête à ma hauteur. Croyant que j’ai un problème mécanique, il me propose gentiment de l’aide. Je le remercie et le regarde s’éloigner en me disant que cette journée est décidément une très belle journée. Puis j’aperçois la Garonne à proximité du canal. À l’écluse suivante, je quitte la piste cyclable pour aller voir le fleuve. Des enfants du village voisin se baignent devant une belle plage de galets. J’enfile aussitôt mon maillot de bain et pénètre à mon tour dans l’eau. C’est trop bon ! Cette superbe journée se clôt par un magnifique coucher de soleil sur le pont de la Réole. Les haubans d’acier découpent en tranches verticales l’astre solaire qui saigne d’un rouge écarlate. Les nuages sont éclaboussés et se teintent à leur tour tandis que la pénombre envahit les rues du village. « Seule (la) recherche de bonheur nous empêche de le voir. C’est comme un arc-en-ciel qu’on poursuit sans jamais le rattraper. Parce qu’il n’existe pas, qu’il a toujours été là, et t’accompagne à chaque instant. Rien à faire. Rien à forcer. Rien à vouloir. Et tout se fait tout seul. » (Lama Guendune Rinpoché). Et bien aujourd’hui, le bonheur était assis sur mon porte-bagages et m’a accompagné tout au long de ce qui restera comme LA journée de ce voyage. Ah… et en plus, cet après-midi, j’ai aperçu une femme canne à pêche à la main !

Pont de La Réole
Pont de La Réole
Fuligule
Fuligule
J’entre à présent dans les vignobles bordelais. Le paysage est vallonné et les vignes s’étendent à perte de vue. Je fais la connaissance d’un couple de cyclistes jeunes retraités qui se dirige aussi vers Bordeaux. Nous roulons ensemble tout en bavardant pendant une trentaine de kilomètres. Nous échangeons sur nos voyages respectifs. Comme moi, ils ont randonné en Islande, pays magique qu’il faut absolument découvrir. Je les invite à venir se balader en Auvergne et eux m’enjoignent d’aller rouler en Corse : « Les montagnes et la mer bleu turquoise y sont splendides. Et avec ta condition physique, tu ne te rendras même pas compte du dénivelé !!! ». Nous nous séparons à l’heure du déjeuner et nous donnons rendez-vous au camping de Bordeaux dont ils viennent de me donner l’adresse. Je reste dans la cité girondine un jour entier, le temps d’en faire la visite. Je déambule en vélo sur le dense réseau de pistes cyclables et croise à nouveau mes amis. Je parcours encore une trentaine de kilomètres pendant cette journée de repos… Les édifices sont beaux : la cathédrale Saint-André, le pont de pierre, le monument aux girondins, la place de la Bourse. Il fait bon se balader sur les quais de la Garonne et se rafraîchir sur le miroir d’eau. Le soir, je vais boire une bière et discuter avec mes compagnons de route. Il se fait tard et il faut penser à aller se coucher pour être en forme demain. Nous nous serrons la main et nous souhaitons bonne route. Nos chemins se séparent ici.

Section 4
Au terme de mon voyage le long de la Loire, l’année dernière, j’avais été accueilli par Anne et Alex qui vivent près de Vannes. En arrivant à Sète il y a huit jours, Alex me demandait au téléphone quelle était, cette fois-ci, ma destination finale. Quand je lui répondis que je n’en savais absolument rien mais que je prenais la direction de l’océan Atlantique, il me dit en riant : « De toute façon, tu verras… tous les chemins mènent en Bretagne ! ». En reprenant la route plein nord, le long de l’estuaire de la Gironde, je me dis qu’il avait peut-être raison. Chaque jour, je repousse un peu plus l’horizon, craignant d’arriver déjà. Car je redoute la fin du voyage. J’appréhende le moment qui m’emprisonnera à nouveau dans le train-train quotidien, loin de la vraie vie, celle que je vis en cet instant et qui rime avec insouciance et liberté.
En quittant Bordeaux, je suis agréablement surpris par la piste cyclable qui traverse les villes et villages sur au moins quinze kilomètres. Ici, les infrastructures routières sont réalisées en tenant compte des déplacements à vélo. En ce début d’après-midi, il fait encore très chaud. Je fais donc une halte sur la place ombragée d’un village. Assis sur un banc, je réfléchis à trouver un camping où passer la nuit. C’est alors qu’une dame descend d’un camping-car stationné devant l’église. Je m’approche et lui demande si elle sait où se situe le prochain camping sur ma route. Elle sort un atlas et me montre les prochains villages que je vais traverser. Je devrais y débusquer un camping sans problème. Nous bavardons quelques minutes. Elle m’explique qu’elle vient rendre visite à son papa qui vit à la maison de retraite du village. Plutôt que d’aller se promener en plein soleil, il lui a demandé d’aller chercher deux bières qu’ils boiront à l’ombre d’un arbre. Je lui dis en plaisantant que ce n’est pas bien de me faire envie tandis que je dois attendre ce soir pour boire un demi que j’aurai bien mérité. Comme je retourne à mon vélo, elle m’interpelle, une bière fraîche à la main : « Revenez ici, je vais vous l’ouvrir ! » me dit-elle en souriant. Merci beaucoup !

Sur le chemin, j’aperçois ici trois ragondins qui se figent en me voyant puis se glissent dans l’eau, là deux faisans traversant la route. L’un d’eux passe à deux plumes du pare-choc d’une voiture qui n’a même pas ralenti. Ouf ! Alentour, la vigne a à nouveau envahi les collines.

Estuaire de la Gironde
Estuaire de la Gironde
Le lendemain, dès l’aube, je m’enfonce dans le marais des Terres d’Oiseaux, jumelles en bandoulière. Une averse de pluie me rince quelques instants puis le ciel bleu reprend sa place. Dans le marais, je me régale. Des moutons paissent paisiblement. Des hérons garde-bœufs tiennent compagnie aux vaches. Des canards volent en formation dans l’azur tandis qu’un héron pourpré guette un éventuel festin. Comme d’habitude, des hérons cendrés veillent sur tout ce petit monde. Et pour clore ce festival ailé, une cigogne passe me saluer. Au sol, un écureuil s’enfuit, surfant sur les plantes aquatiques d’un ruisseau. Dans les optiques de mes jumelles, mes yeux sont emplis d’étoiles devant ce spectacle.
Durant les dix premiers jours de l’aventure, j’avais besoin de me poser de temps en temps pour méditer et rechercher un bien-être intérieur. À présent, la sérénité est ma compagne de route, et ce depuis le jour où j’ai touché du doigt le bonheur. Pédaler, respirer, m’imprégner de la nature. Ces gestes anodins, mais ô combien importants, font que la méditation n’est plus une nécessité.

Le plaisir est toujours au rendez-vous grâce au profil vallonné de la région. Les descentes rapides succèdent aux montées parfois difficiles. Une petite ascension abrupte m’oblige à mettre pied à terre et à pousser mon vélo. Les sacoches chargées se rappellent à mon bon souvenir. Une fois au sommet, je me retourne et vois un couple en plein effort. Je pose mon vélo et redescends leur proposer de l’aide. Nous nous reposons enfin en faisant connaissance.

Estuaire de la Gironde
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Roseau
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