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Shikoku l’île aux merveilles Japon

(réalisé)
1 mois sur l’île de Shikoku dans le cadre de notre grand voyage à vélo de 15 mois avec nos trois enfants de 9 ans 7 ans et 5 ans. 
vélo de randonnée
Quand : 10/04/24
Durée : 30 jours
Distance globale : 451km
Dénivelées : +12409m / -12614m
Alti min/max : 5m/1300m
Carnet publié par Helococo le 21 juin
modifié le 02 juil.
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Le topo (mise à jour : 02 juil.)


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Le compte-rendu (mise à jour : 02 juil.)

Le saut de puce en ferry de Wakayama à Tokushima nous permet de débarquer sur l’île de Shikoku en fin de journée et de nuit ! La pluie depuis quelques jours nous laisse peu de répit, notre première nuit se fera à l’hôtel.

La quiétude est à Shikoku ce que la modernité est à Tokyo. L’immersion au milieu des montagnes se fait sans transition , nous nous retrouvons au milieu de tranquilles villages et de belles forêts de bambous géants. Les vallées sont façonnées par les multiples canaux alimentant les rizières de tout bord. Les installations souvent anciennes fonctionnent parfaitement tandis que les bassins des rizières forment un puzzle géant.


Notre premier bivouac est d’ailleurs en fond de vallée face à une montagne lardant ses couleurs printanières et au bord d’une paisible rivière. On découvre le principe des campings gratuits équipes en douche et toilette et espaces barbecue. Vive le Japon ! Nous nous y posons deux jours à flâner avec de beaux feux de camps le soir. Nous allons nous ravitailler au petit village. En souhaitant acheter un tube de colle forte dans le
Leroy Merlin local que nous pensons avoir identifié, nous nous retrouvons finalement dans une énorme salle de spectacle qui comptabilise une collection de 3000 poupées japonaises anciennes (oui notre lecture du japonais ne s’est pas amélioré !) . Les mamies qui s’occupent de ranger les poupées en une pyramide impressionnante nous font faire le tour et offre trois magnifiques poupées geisha et samouraï aux enfants (très pratiquent à porter sur les vélos 😄). Cette attention ne sera que le début d’une longue série sur l’île.

Nous croisons la route de la Grande Vadrouille ; Bertrand et Laurie voyagent en pino avec Jonas (9 ans) et Robinson (6 ans) depuis presque 9 mois. Nous partageons trois jours de bivouac au milieu d’une vallée escarpée. La route est magnifique est serpente le long d’une rivière turquoise , de montagnes verticales au forêts tachetées de vert qui se décline sous tous les tons. Les soirées sont agréables à parler de voyage , de nos impressions et de nos vies françaises tandis que les enfants disparaissent pour leurs multiples jeux quotidiens.


Après ces bons moments, nos routes se séparent . Pour notre part nous tirons plein ouest vers Kochi. Nous enchaînons les bivouacs dans les parcs , a l’abri sous le auvent d’une école. Les parcs sont magnifiques , a l’oree des villes , grands complexe sportif avec une partie arborée avec goût et de grands jeux pour enfants (tyrolienne, toboggan géant etc). Les jours s’enchaînent tranquilles , le réveil matinal à 7h nous voit traîner un peu sous les duvets puis le petit déjeuner se prolonge autour des nombreuses tasses de cafés pendant que les enfants profitent du lieu de bivouacs avec leur jeux sans fin (construction de barrage , d’autoroute , Sylvanians , courses etc etc ) . Nous décollons rarement avant 10h! Nous roulons trois ou quatre heures par jours seulement laissant le temps à chacun de s’adonner à ses petites activités . On pedale , on papote en bord de route avec les mamies. Et en fin d’après midi le bivouac est posé rapidement chacun étant rodé sur les taches qui lui incombe.

Un soir nous aurons un rappel de la ceinture de feu sur laquelle nous nous trouvons : en pleine nuit la terre tremble sous nos matelas nous procurant une belle montée d’adrénaline . Le sommeil mettra un peu de temps à revenir !

Un matin au détour d’un pont nous rencontrons Kazuko à bord de sa camionnette chargée de brin de riz prêts à être plantés. Nous sommes en pleine saison de la mise en place des rizières , les champs débordent de forces vives qui s’activent à couper , labourer et planter.

Kazuko nous invite à rejoindre son mari Yukiho équipé de la machine à planter le riz. Nous acceptons avec plaisir et les rejoignons dans leur rizière pour un cours de plantation du riz à la main. Les enfants s’en donnent à cœur joie les pieds dans la vase tandis qu Axel fait la chasse aux grenouilles présentes en nombre !

Nous repartons vers 11h30 avec 5km au compteur ! Il est vrai que notre état d’esprit depuis que nous sommes au Japon est en roue libre ! Prendre le temps , se laisser porter par la beauté de ce qui nous entoure et les rencontres. Nous ne nous fixons aucun objectif kilométrique  ni contraintes de temps  , le plaisir de chacun de nous cinq est notre jauge quotidienne !


Les routes sont agréables et toujours en bon état. Le génie civil japonais n’en finit pas de construire des ponts , des routes , des barrages et de sécuriser les pentes contre les glissements de terrain. Après discussion avec certains japonais ils nous indiquent que malgré l’inutilité de la chose dans certaines régions ces chantiers  créent de l’emploi dans le pays.

Néanmoins la nature sauvage reste maîtresse sur Shikoku. Nous sommes étonnés de l’absence d’élevage sur l’île , le peu d’espaces ouverts est dominé par les rizières qui s’échelonnent maintenant en jolies terrasses bordées de murets de pierre.
Les forêts partout nous entourent , elles sont denses épaisses et s’étalent en un épais édredon de verdure  molletonné . Pins , cèdres , bambous , érables flamboyants et feuillus se mélangent et s’assemblent pour former un patchwork de couleurs vert jaune et orangé. Nous montons doucement mais régulièrement le long d’impétueuses rivières turquoises. De multiples ruisseaux et cascades finissent leur course dans celles ci .

Les jardins potagers nombreux en bord de maison sont aussi représentatifs de cette culture rectiligne, de l’ordre et du sens de l’organisation. C’est propre , esthétique , les petits mamies assises à même le sol s’occupent à désherber et planter.
L’agrume n’a pas disparu bien au contraire les variétés sont nombreuses et nouvelles pour nous : notre coup de cœur : l’orange jaune a la douceur de menthe au palais. Nous nous régalons .


Les japonais nous étonnent quotidiennement. Les salutations et sourires sont nombreux , et chaque jour porte son lot d’offrande de nourriture : oranges , soupes , gâteaux ou même repas complet. Plusieurs fois des mamies offrent de l’argent aux enfants afin qu’ils s’achètent une douceur. Impossible de refuser elles tiennent bon! Les enfants ont repéré que les distributeurs automatiques de glaces sont nombreux dans les parcs et ils y glissent leur monnaie pour le petit plaisir du goûter . Merci à vous chères petites mamies !!

Alors que la pluie nous bloque depuis 2  nuits dans un petit camping municipal ; nous rencontrons Sonoe à l’unique épicerie du village . De fil en aiguille elle nous invite chez elle pour un barbecue en compagnie de son mari Yuzo. C’est une belle soirée joyeuse et bien arrosée (bière et vin se mélangent sans façon) autour d’un barbecue de viande et de poisson à la présentation impeccable. Héloïse et les enfants prennent des cours auprès de Sonoe pour préparer les Onigiri (boulette de riz collant farcies de poisson ou algues) . Finalement ils nous invitent à dormir chez eux pour les deux nuits suivantes . Nous formons une joyeuse bande avec leur amis également septuagénaires qui tiennent l’épicerie du village. A coup de google translator nous échangeons blagues , questions sur nos vies respectives et rigolons comme de vieux amis autour d’un nouveau barbecue (la tireuse à bière a cette fois été sortie !) .
Les enfants ont une salle de jeux pour eux seuls, Manon fait des essayage de Kimono traditionnel avec Setsku . Yuzo est passionné d’histoire et nous emmène visiter le château de Kochi datant du 16eme siècle . Le soir nous prenons le bain réglementaire dans leur salle de bain douche-onsen (pièce qui forme un mini onsen avec douche puis bain à 40 degré en suivant) avant de nous glisser sur les futons dépliés au sol de la chambre en tatamis.
Un petit autel bouddhiste  à la mémoire des parents respectifs de Sonoe et Yuzoest installé sur un mur de la pièce. Le matin du départ nous reculons le moment fatidique avec un café puis un deuxième puis une balade pédestre dans le village … mais il faut se résoudre à les quitter. Après d’émouvants aurevoirs à nos quatre compères nous reprenons la route .


La rivière Shimanto s’engouffre au cœur du massif montagneux . Nous suivons ce lacet naturel au rythme des musiques de chacun des villages traversés . Chaque jour à 7h, 12h et 21h des hauts parleurs diffusent une petite musique douce . Anciennement destinée aux travailleurs des champs , la tradition s’est perpétuée. Nous glissons au  milieu de ces coulées vertes, nous ne comptons plus les dénivelés quotidiens qui font chauffer nos cuisses.
les temples bouddhistes et sanctuaires shintoïstes sont nombreux. 88 d’entre eux forment le pèlerinage de l’île de Shikoku encore très emprunté . Chaque village possède son sanctuaire souvent un peu à l’écart à l’oree de forêt . En bois sur pilotis , encadré par d’impressionnants gardiens (statues de chien- lion) pour éloigner les mauvais esprits, ici le temps semble s’être arrêté, serenité et paix s’en dégagent .

Nous composons avec la pluie qui nous oblige régulièrement à stopper , décaler nos étapes et sécher nos affaires. Nous râlons un peu mais cela nous permet aussi de faire de belles rencontres!
Une après midi nous repérons un petit groupe affairé autour d’une rizière . Nous nous approchons pour les regarder planter le riz. Et nous rencontrons Kazu et ses amis ! Marin durant 40 ans il parle parfaitement anglais et s’étonne de nous voir ici dans cette vallée perdue . Ses amis Sotomi et Moroni nous proposent de dormir dans l’ancienne partie de la maison centenaire (eux logent dans la nouvelles partie plus moderne) . Et voilà nos sacoches installées au milieu du salon sur les tatamis. A nouveau les futons sont dépliés sous l’œil surpris des aïeux dont les portraits ornent le mur. La maison comme toutes les maisons japonaises est faite de cloisons qui s’ouvrent et se ferment au gré des usages .

Nos hôtes nous invitent pour un barbecue qui marque la fin de la plantation du riz sur leur trois rizières. La famille venue aider à l’ouvrage  est également conviée. C’est à nouveau une joyeuse tablée qui se forme autour de la table barbecue (le barbecue est incrusté directement dans la table). Cette fois le poisson fraîchement pêché dans la mer est à l’honneur. Les morceaux grillent chacun pioche avec ses baguettes , les verres de bière et de vin s’enchaînent , la bonne humeur est de mise.
De nouveau ce moment simple et festif nous est offert . Ils sont curieux de notre périple et de notre présence ici dans cette vallée isolée : « pourquoi venir ici alors qu’il n’y a rien de spécial à voir ?? » « Mais si vous ! ».

Le lendemain matin il pleut on nous propose de rester un jour supplémentaire , nous acceptons  avec plaisir !


Kazu nous embarque dans sa voiture pour visiter la vallée et le village perché à flanc de montagne où il a grandit 70 ans plus tôt! Cela confirme ce que nous constatons depuis 2 mois au Japon  : la population du pays est tres âgée et encore plus dans les zones rurales comme Shikoku. Exode vers les villes , manque de vocation pour l’agriculture et surtout chute de la natalité. 20 % de la population a plus de 75 ans , les villages sont littéralement en train de mourir , les maisons vides sont près de 10 millions … la natalité étant très faible la chute démographique s’accélère . Quelle tristesse lorsque Kazu liste à notre passage dans le village les maisons abandonnées « nobody here » « nobody here ». Il ne reste plus que 5 personnes dans le petit village autrefois bien actif. Dans le collège en bas dans la vallée où il a été gradué il n’y a maintenant plus que 35 élèves (pour quelques centaines auparavant) le bâtiment est presque a l’abandon…
Kazu nous amene dans la maison familiale qu’il entretient depuis 2 ans suite au décès de ses parents. Pas d’acheteurs et personne de la famille intéressé pour y habiter. Comme se résoudre à abandonner à la nature le lieu de sa jeunesse ?
Nous passons en sa compagnie une journée très agréable forte de riches discussions sur le Japon actuel. (Trop longues à reporter ici !)

De retour chez nos hôtes , Les enfants squattent la salle de jeux et ouvrent avec délice les multiples caisses de jeux !
Un an qu ils voyagent avec quatre pick up et une dizaine de Sylvanian, cette pièce est le paradis pour eux !
Nous passerons une agréable soirée avec nos hôtes Sotomi et Motomi qui accueillent aussi leur filles et leurs deux petits enfants fraîchement arrivés de Nara pour les vacances. On se régalent des spécialités japonaises en toute décontraction. Sotomi montre avec patience aux enfants les origamis et jeux de dextérité avec une cordelette. Les garçons qui ont échappés a la douche - onsen la veille sont rattrapés par Motomi qui leur montre le chemin de la salle de bain! Au Japon on ne badine pas avec le bain!

Encore une fois nous repartons le cœur remplit de générosité avec un baluchon lesté de chips , riz et Gâteaux !

Nous prenons la direction de Yawatahama sur la côte afin de prendre le ferry pour notre troisième île japonaise : Kyûshû !
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