les portes de la maison comme portes de l'aventure

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Quand tu décide d'optimiser sportivement ton week-end et de marcher 100 bornes, il n'est jamais trop tôt pour s'échapper.
randonnée/trek / vélo de randonnée
Durée : 3 jours
Distance totale : 100.8km Dénivelées : +1518m / -1559m
Alti min/max : 2m/805m
Carnet créé par wanderlust le 25 Aug
53 lecteur(s) - 1
Vue d'ensemble

Le compte-rendu : Section 1 (mise à jour : 25 Aug)



Après avoir nagé deux kilomètres dans l’eau fraîche j’abandonnais mon corps à l’ardent soleil de printemps méditerranéen qui bruni la peau et éclairci les idées. 
Toujours cette insatiable envie de mouvement qui me taraudait l’esprit. L’envie de voir défiler la géographie autour de moi. 
Mais les périodes propices aux errances sont rares pour celui qui n’a pas une vie romanesque.
  Pour assouvir cette soif de déplacement il allait falloir bouger savamment les meubles des obligations familiales et professionnelles afin de dégager des bulles d’espaces temps. 
J’avais en perspective un petit projet simple et à deux pas de la maison. 
C’était un aller-retour depuis chez moi jusqu’au plus loin possible. 

La porte de mon appart pouvait ainsi se transformer en porte de l’aventure. 
Je savais que le poids est le grand ennemi du marcheur. Il allait falloir que mon sac soit le plus léger possible. Je ne pourrais donc pas transporter de matériel de bivouac très élaboré, au mieux je prendrais avec moi un petit tapis de sol et un micro sac de couchage.

Quelques jours avant le départ, avec un ami, nous avions une conversation au sujet des déplacements pédestres « accélérés » en milieu naturel, plus communément appelé « trail running ». 
Je lui expliquais qu’à mon sens, courir sur les chemins ne permettait pas d’apprécier le paysage car l’on était obligé de regarder constamment ses pieds.
Il rectifiait ma phrase en précisant que l’on ne regardait pas ses pieds, mais où l’on mettait ses pieds!
Je devais bien admettre qu’il avait raison et que cette nuance changeait tout. Il n’empêche que j’avais décidé de parcourir en marchant et avec nuits en bivouac un grand nombres de kilomètres. 
J’allais pouvoir mêler la distance que l’on peut couvrir en trail à la décontraction visuelle de la marche.
Ainsi une pleine satiété de perception allait forcément découler de ce subtil mélange d’effort et de détente. 

Un vendredi après mon travail, je quittais vers les 15h00 le parc de la campagne Pastré au cœur de la cité phocéenne où j’avais attaché mon vélo en faisant une prière au « dieu des vélos garés à Marseille ».

J’avais décidé d’en baver et c’est exactement ce qu’il se passait. Dès le début je me mis à suer à grosse gouttes sous le «cagnard ». 
Col de la Selle, Plateau de l’homme mort, j’usais mes semelles sur les cailloux blancs du relief en dent de scie.
Tandis que ma peau guettait la moindre brise, la chaleur me donnait l’impression que la mer au loin n’était là que pour me narguer de sa potentielle fraîcheur bleutée.
Col de Cortou, col de Sormiou, col de Baumettes, col de Sugiton, vers 19 h la température se fit plus clémente et les rares randonneurs que je croisais rentraient chez eux. 
Les calanques s’offraient à moi, le vent dans les arbres s’apparentait à une respiration divine.
Col de la Candelle, Cap Gros, col de l’Oule. 
Mon dieu tous ces cols, toutes ces montées et descentes dont certaines étaient de vrais murs où il fallait s’aider des mains pour négocier les petits passages d’escalades.

20h30, j’arrivais enfin dans la calanque d’En Vau. Seul, au bout du monde, à 30 kilomètres de chez moi, devant la plus grande piscine dont on puisse rêver, entourée de cathédrales minérales s’étirant sans fin vers le ciel.

Dans les trucs à faire, je pouvais barrer : « traverser les calanques après le boulot »! ça c’était fait.
Bivouac royal, nuit de fakir sur les galets clairs.
Au petit matin, je m’arrachais à mon doux matelas de pierres et fonçait m’offrir un petit déjeuner de bandit sur le port de Cassis. 

Ensuite j’allais cacher mes affaires bivouac derrière la magnifique plage de l’Arène , la journée étant placée sous le signe de l’aller-retour je préférais me décharger un peu. 
Je m’élançais dans une rude montée, encore un mur, le départ de la route des crêtes, bien connu des cyclistes locaux. Je partais sans but précis, juste suivre des chemins, avaler des kilomètres, m’imprégner de distance.

A 10 heures, la chaleur me retomba dessus comme un gros marteau et me planta tel un vieux clou fatigué dans le GR provençal. 

S’ensuivit une longue portion où je marchais sur une piste de caillasses tassées entre la route et l’autoroute, sous des lignes à hautes tensions.
J’avais la sensation d’être un forcené qui s’évadait du bagne de Biribi. 

Mon corps absorbait goulûment mes réserves d’eaux et les transformaient aussitôt en sueur vaporeuse.
Aucun randonneur à l’horizon, à croire que j’étais le seul à avoir eu la bonne idée d’arpenter ce petit coin de France.

Patiemment le paysage changeait, le chemin surplombait maintenant de hautes falaise, une pinède clairsemée venait vers moi, me tendre ses branches et m’offrir un peu d’ombre.
Je repérais une chapelle sur la carte et décidais de pousser jusque-là avant d’amorcer mon demi-tour. 

J’aimais explorer au détour des chemins ces vielles chapelles perdues dans les forets au creux des renfoncements rocheux.
Dans ces lieux l’homme occidental oublie pour quelques minutes son pragmatisme et renoue avec son âme de païen en déposant des petites offrandes, des bougies, une croix, une photo. 
Au cœur du minéral, le promeneur devenu vagabond se convertit au troglodisme mystique et recharge ses batteries de croyances animistes où les esprits de la roche et des arbres dialoguent avec le Christ accompagnant les errances magiques d’une après-midi oubliée.

Sur le retour, je me trompais d’itinéraire et descendais un étroit vallon recouvert d’une forêt dense, bordées de barres rocheuses où le sentier faisait des tunnels dans la végétation.
Peu après j’atterrissais sur la route et finissais les derniers kilomètres ramenant à Cassis, la démarche stressée, me collant contre le bas coté, serrant les fesses aux passages de voitures et le cœur empli de compassion pour les hérissons.

Le soir à mon bivouac surplombant la mer au bout de la plage de l’Arène, je m’accordais quelques bières et le houblon aidant je me mettais au diapason du ronron des vagues.

Dimanche, dernier jour de mon petit week-end d’aventure. 
Aux premières heures je pris mon petit déjeuner sur le port (on ne change pas les bonnes habitudes) et repartais à l’assaut des calanques.

J’étais de nouveau prêt à me taper tous les petits cols bien fourbes du massif.
Au fur et à mesure de ma progression, je ne pouvais cesser d’imaginer que je traversais les vestiges d’une civilisation, où les grattes ciel de calcaire en ruine, témoignaient de bombardements perpétrés par une hostile population extraterrestre. 
Ne laissant derrière elle qu’un désolant chaos de pierres blanches.

Après 7 heures de marche harassante j’arrivais tout sec devant mon vélo, toujours là... (ma prière avait été exaucé).
Le retour jusque chez moi ne fut qu’une longue optimisation du moindre effort, en fantasmant sur les bouteilles d’eaux glacées .


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Carnets d'Aventures N°52