Voyage "MUL" en famille

par erwan dans Voyager léger 26 janv. 2014 mis à jour 28 janv. 2014 3297 lecteurs Soyez le premier à commenter (partager)

37 jours à pied et en famille « MUL » dans les Alpes

Texte et photos : famille Quéno
palladeip6.blogspot.com
www.randonner-leger.org

Article publié dans Carnets d'Aventures n°19

Depuis l'arche de Tortisse Âgés de 12 à 44 ans, Louis, Denis, Apolline, Joséphine et Cathy, les membres d’une famille de Bretons, ont entamé l’été dernier une traversée de l’arc alpin en plusieurs étapes et en MUL ! (Marche Ultra Légère).

Voici leur témoignage ; nous vous invitons également à vous rendre sur leur blog (ci-dessus) pour avoir plus d’informations et notamment les listes détaillées du matériel transporté.

Depuis une dizaine d’années, nous voyageons ensemble à pied pendant les vacances scolaires. Avec seulement 3,9 kg sur le dos grâce aux infos trouvées sur le site « Randonner léger ». Nous aimons éprouver les sensations de liberté sur une longue distance, sans véhicule pendant un mois.

Cet été, du 16 juillet au 21 août, nous avons réalisé la première étape de notre traversée de l'arc alpin, en bivouac ou au camping, 31.600m de dénivelé en 580 km, de Beauvezer à Argentière…
L’objectif était de nous diriger vers le nord en partant du massif du Grand Coyer, par des sentiers peu fréquentés, sans objectif terminal précis, en improvisant au fur et à mesure, tout en réalisant quelques ascensions de sommets pour randonneur « aguerri », en famille ou en version « trail » (Mont Pelat, Pointe du Trou de l'âne, Tête de l'Enchastraye, Tête de la Frema, Mont Buet, etc.).
L’an prochain, nous poursuivrons vers le Valais, les Dolomites, le Tessin…

Lac de Roburent
Lac de Roburent

Voici le récit de nos 5 semaines de marche :

1. Beauvezer (Haut Verdon, Alpes de Haute Provence) - Saint-Etienne-de-Tinée (Haute Tinée Mercantour, Alpes-Maritimes)

Le départ est donné près de Beauvezer, par les gorges de Saint Pierre, qui nous ouvrent la porte du paradis.
Vers le Grand Coyer et ses steppes : un voyage en Mongolie sans CO2, à part le petit feu du bivouac sur le plateau de « Pisse en l’air », à éviter par vent fort ! :)
Puis arrive le lac d’Encombrette, dans les coulisses du lac d’Allos, à l’abri des tours de grès, un bivouac solitaire en compagnie des bouquetins et des chamois. Les cristaux d’un névé pour se désaltérer… Vient ensuite le lac d’Allos. On découvre cette splendeur turquoise par une porte dérobée, une marche en couverture du calendrier des PTT !

Lac de la grande aiguille
Lac de la grande aiguille

Nous nous hissons sur le mont Pelat : du haut de ses 3045m d’éboulis, un panorama étourdissant dans la pureté de l’azur des Alpes du sud. Non loin, nous bivouaquons au pas du Lausson : le soleil s’attarde, à nos pieds le lac, en face le géant de pierre, au fond de la popote, les crêpes dorent.
Louis et Denis escaladent la pointe Côte de l’Âne : petite plate-forme de grès à 2916m, toute proche, la muraille de grès de Fort Carra défend le cirque. Ils rejoignent le reste de la famille au col de la Roche trouée. Au pied des statues de grès, des bouquetins placides nous jaugent. Nous les abandonnons et descendons au lac de Gialorgues : comme une fosse au pied des fortifications où le téméraire soldat Louis ose se baigner ! Encore un bivouac d’anthologie…

Bivouac au pas du Lausson
Bivouac au pas du Lausson


Après Saint-Dalmas-le-Selvage, le Canal d’Ublan nous offre un moment de spéléo, les pieds dans l’eau ; 500m de tunnel vers Saint-Étienne, éclairés par nos lampes solaires collées aux chapeaux. Trop drôle !
À Saint-Étienne-de-Tinée, nous nous accordons une journée de repos dans l’excellent camping municipal où les véhicules à moteur sont proscrits. On parcourt la ville à la recherche d’un cadeau ultraléger et d’une pizzeria pour fêter les 12 ans d’Apolline…

Ravin de Bressenges
Ravin de Bressenges

2. Saint-Étienne-de-Tinée – Molines (Queyras, Hautes-Alpes)

Ah ! que la montée est rude au départ de Saint-Étienne-de-Tinée ! Mais une fois de plus, la récompense est en haut ! De belles surprises se révèlent à nous durant cette deuxième semaine de rando…
Les lacs de Vens, tels un chapelet d’émeraude garantissent un bivouac sympathique. Au-dessus, les aiguilles et arches en cargneule alimentent notre imagination. Plus loin, les deux gars escaladent la tête de l’Enchastraye, tandis que les filles s’octroient une petite sieste ou lecture pour Joséphine la littéraire… Que la vie est douce !

Bivouac au lac de Ste Anne
Bivouac au lac de Ste Anne

Une longue descente vers Bersezio, pour l’approvisionnement. Avant les lacs de Roburent, nous échangeons un long moment avec un berger. Là-haut, le site est spectaculaire : les lacs, la tête de Moïse… Nous quittons les sentiers fréquentés et montons le bivouac au lac de la Reculaye.

Lac de la Reculaye et Tête de Moïse, haute Ubaye
Lac de la Reculaye et Tête de Moïse, haute Ubaye

Après quelques errances, une Apolline survoltée nous mène dans le massif de Chambeyron. Les superlatifs manquent pour décrire les paysages qui se succèdent : les aiguilles, le Brec, le lac des neuf couleurs, le col de Gypière, la tête de la Fréma (escaladée en passant), le col de l’Infernetto. Plus bas, le ballet incessant de deux hermines agrémente notre pique-nique. Le col de Ciasleras et un magnifique bivouac dans la petite cabane de Marinet face à un paysage aux mille couleurs : vert, bleu, ocre…

La vue depuis le col de Marinet (2787m), Haute Ubaye
La vue depuis le col de Marinet (2787m), Haute Ubaye

Le lendemain midi, une halte à l’épicerie du « gîte des zélés » (véritable caverne d’Ali Baba pour randonneurs affamés !) et nous nous offrons une pause gastronomique au refuge de Maljasset.
Nos pas nous mènent ensuite vers le col de Girardin pour passer dans le Queyras, via Ceillac, Molines, après une nuit au col des Prés de Fromage.

La petite famille au col de Pré Fromage (2146m), Queyras
La petite famille au col de Pré Fromage (2146m), Queyras

3. Aiguilles (Queyras, Hautes-Alpes) - Aussois (Maurienne, Savoie)

Le 31 juillet, farniente à Aiguilles (transfert en stop). Puis nous repartons vers les fonds de Cervières en passant par le col de Malriff (2850m). Nous bivouaquons à la Chau. Le lendemain, l’orage nous contraint à descendre en stop à Briançon. Le temps s’améliorant, nous repartons par la crête de Chaffrey vers Névache. Parcours panoramique, aérien, mais dommage, le temps est bouché ! La pluie permet aux gars de tester leurs capes-tapis : quel chic ! Nous bivouaquons au lac de Cristol à l’abri du vent. Au menu : pizza au fromage en popote ! Eh oui, la farine c’est léger !


Le lendemain, ravitaillement à Névache puis nous accédons au mont Thabor (3178m) par le col du Vallon. Beaucoup de randonneurs en redescendent, dont des familles avec jeunes enfants, ce qui n’est pas fréquent… Le panorama sur les Écrins vaut l’effort ! Nous poussons jusqu’au col de la vallée étroite pour un bivouac au milieu des vaches qu’Apolline repousse courageusement ;-)

Bivouac à Nevache, Queyras
Bivouac à Nevache, Queyras

Le lendemain, descente à Modane pour le ravitaillement. Après quelques errances et hésitations, nous arrivons à Aussois pour une journée de pause, prêts à traverser la Vanoise !

4. Aussois - Bourg-Saint-Maurice (Haute Tarentaise, Savoie)

Le bivouac est interdit dans le parc de la Vanoise, aussi nous rejoignons le refuge d’Arpont où le bivouac est toléré sur une petite plate-forme pour la somme de 26 € pour 5 ! Pas de tarif famille… curieuse politique :-(.
Les bivouacs suivants se feront aux limites du parc (on n’est pas des pigeons :-)) et au magnifique camping de Champagny Le Haut, que nous rejoignons par un très beau petit sentier en corniche, jusqu’au refuge du Bec, puis par les forêts.

Vers le lac de la plagne
De notre dernière halte au lac de la Plagne, nous gagnons la station des Arcs pour nous ravitailler. Là, 2 chocs : la vue sur le Massif du mont Blanc et le massacre de la montagne à la pelleteuse ! Après avoir fait nos emplettes, nous bivouaquons hors de vue de ces horreurs, au Plan des Violettes. Le lendemain, descente sympathique en forêt puis au bord de l’Arc jusqu’à Bourg-Saint-Maurice, où les filles prennent le train.

5. Bourg-Saint-Maurice – Argentière (massif du mont Blanc, Haute Savoie)

Les filles arrêtent la balade à Bourg-Saint-Maurice ; les deux gars continuent, seuls, à leur rythme, beaucoup plus élevé (trop ? Les muscles de Denis s’en ressentent !!!) : les 2/3 du tour du mont Blanc, par un sentier aérien à peine tracé jusqu’à Courmayeur, seuls au monde face aux Grandes Jorasses, puis Val Ferret en Suisse, Vallorcine, le Mont Buet avec retour par la crêtes des Eves. Magnifique ! Les superlatifs manquent une nouvelle fois…

Louis descend du Pelat

Ce périple se termine en beauté à Argentière au pied du Mont Blanc, point de départ de notre rando l’an prochain…

Récit intégral sur : palladeip6.blogspot.com

Carte rando

Le matériel

Portage

  • Sacs Toutanmesh à base de filets de balles de tennis, créations maison pour Louis et Denis (160g pour 42 litres) ou sacs Décathlon raid 50l allégés (860g)

Les fameux Toutanmeshs !!
Les fameux Toutanmeshs !!

Couchage

  • Par personne : 1 matelas mousse + un autogonflant (680g) ou bien 2 mousses (360g)
  • 2 quilts Golite en duvet (Louis, Joséphine) et 2 couettes en duvet Triple Zéro (dont une de 2mx2m) (Apolline, Denis et Cathy). Le choix des couettes peut surprendre, mais il s’avère extrêmement intéressant car utilisable également à la maison sur le lit. Simplement étalées s’il fait chaud, ou bordées et sanglées au niveau des pieds s’il fait froid, nos couettes nous emballent !
    Sous les matelas, deux rectangles de toile de kite imperméable (« Chikara »).

NB : à la Toussaint, nous avons testé deux matelas pneumatiques Multimat de 1,80m de long + mousse = 680 g => c'est ce qui sera retenu désormais (avec 1/2 mousse + plaid-poncho en polaire, super confortable !).

moustiquaire organza chikara
moustiquaire organza chikara

Abris

  • 1 abri Shangri-la 2 Golite et 1 abri Twin Peaks MSR ; deux abris similaires de 750g, soutenus par deux bâtons de marche. Ils accueillent 3 personnes et leur équipement pour dormir, et 5 personnes pour manger au chaud et passer la soirée.
  • 1 morceau de Chikara (toile de Kite étanche en nylon ripstop) au sol dans chaque abri. Ces rectangles sont également utilisés comme ponchos par Louis et Denis en cas de pluie.
  • 2 moustiquaires, l’une classique, l’autre en organza (matériau suggéré par Chp / Randonner léger). Cathy a cousu cet organza en tube, tendu aux bâtons et fermé par des velcros. Idée à améliorer car peu pratique…

Cuisine

  • Des cuillères jetables qu’on lave, 2 opinels n°5, un moule à charlotte en alu-téflon, des saladières en alu poncé pour gamelles, une petite boîte de thon trouée comme réchaud à alcool… Cette dînette à base d’ustensiles détournés nous permet de cuire des fondues, des pizzas, du pain, des omelettes au Beaufort, des soupes déshydratées, etc.

Nos sacs pèsent en moyenne 3,9 kg et nous permettent de transporter 5 jours de nourriture.

Strict nécessaire de toilette :-)
Strict nécessaire de toilette :-)

Listes complètes sur notre blog : palladeip6.blogspot.com

Les impressions de chacun

J’aime la randonnée, car je trouve que c’est un bon moyen de s’évader de la routine quotidienne. On voit des paysages toujours plus beaux et différents et on est proches des animaux sauvages (marmottes, bouquetins, hermines, etc.).
« Après l’effort le réconfort », on a souvent du temps pour une baignade dans un lac, une lecture au soleil dans l’herbe.
Mais je n’aime pas lorsque l’orage éclate et gronde dans les vallées et je n’aime pas beaucoup les côtes (l’effort ), comme tous les enfants !
Apolline, 12 ans

Pour moi, la randonnée c’est un décrassage. Marcher dans la nature profonde, au milieu des animaux, s’enivrer de paysages sublimes et d’air pur, c’est le moyen le plus efficace de se débarrasser du stress et de toute pression.
Joséphine 16 ans

Le pas, comme seule mesure temporelle et spatiale… :-) C’est aussi avec plaisir qu’on se sépare de certains intermédiaires pour laver ses chaussettes dans un torrent, se tailler une cuillère en bois, chercher une source le soir, ou encore utiliser du matériel fait maison. Mais surtout, chaque bivouac, chaque sommet est un souvenir commun supplémentaire dans le Toutanmesh !
Louis, 19 ans

Ce que j’aime par-dessus tout, c’est ce sentiment de LIBERTÉ : un point de départ, mais pas d’arrivée fixée, une autonomie qui nous permet de nous arrêter quand on veut, pas de défi sportif, un trajet fluctuant, s’improvisant en fonction de nos envies et coups de cœur…
Cathy 44 ans

Notre empreinte est légère…
Denis 45 ans

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